vendredi 19 septembre 2014

Seventy four

OK, soyons concentrés.
 
 
Combien j'ai de doigts?
 
Combien de cheveux blancs?
 
Combien d'enfants?
 
Même la bougie a déjà pris cher.
 
Combien de mari?
 
Combien de raisons de pleurer ?
 
Combien de prétextes pour sourire ?
 
Combien de rêves ?
 
 
Alors, 10, 3, 1, 0, 36, 48, numéro complémentaire 10 000.
 
 
Mon loto a un drôle de tête mais il est l'histoire de ma vie.
 
Ma vie, elle, n'est pas vraiment linéaire et mon balai, qui a décidé de s'incruster parce que, visiblement, il est bien au chaud chez moi, ne va pas me démentir, lui qui me rappelle constamment cet état d'instabilité.
 
Je suis une pub vivante pour les appels à témoins. Ancienne anorexique devenue boulimique, journaliste femme dans un milieu d'hommes, mère célibataire, apprentie cuistot à l'âge où les vrais, ceux qui ont passé leur CAP à l'adolescence, ont déjà 25 ans de métier derrière eux, je cumule et si je n'ai guère d'appétence pour le racolage télévisuel, je reconnais que j'aurais pu être une bonne cliente pour Confessions intimes ou autre déballage sur des chaînes d'un haut niveau intellectuel.
 
Je suis pourtant tellement normale. Comme nombre d'entre nous, j'ai peur du temps qui passe, et si je devais réécrire ce petit laïus, je n'en changerais pas une ligne.
 
C'est juste qu'au lieu de chercher une voie rassurante (relativisons, nous sommes quand même entourés de grands méchants qui coupent des têtes et gouvernés par des têtes qui devaient l'être) (sans doute plus méchantes mais aussi coupées, je veux dire) (non, parce que là, quand même, faut pas pousser, quand on commence à ressentir des bouffées de chaleur de honte dès que Prési & cie sortent de leur boîte, c'est moyennement bon, non?) (et non, mes bouffées n'ont rien à voir avec la ménopause, je vois les mauvaises langues réagir un peu vite), BREF, au lieu de me rassurer en retournant sur le droit chemin, j'explore, je divague, je m'égare, je teste, j'imagine, je rêve, j'envisage (et j'abuse des parenthèses, faut-il le souligner).
 
Je me prends pas mal les pieds dans le tapis, aussi, mais ça fait partie du kit "je-veux-bien-grandir-mais-garder-un-petit-bout-de-mes-4-ans".
 
C'est drôle, en ce jour un peu spécial pour moi, je pensais être capable de dresser un bilan. J'imaginais déjà évoquer une phobie administrative pour ne plus avoir à confesser mon grand âge. Je me voyais, telle Greta Garbo, me retirer avec dignité avant que les sévices du temps ne fassent vraiment leur œuvre.
 
Mais, rien à faire, je continue de courir (bon, ok, le balai aime bien me jouer quelques tours), de pédaler le nez au vent, d'avoir 8 ans devant une glace en revenant de la plage, de me rouler dans le sable chaud sous le regard effaré de ceux qui, pourtant, me connaissent un peu. Je ne renie toujours pas mon rire, même si ma crédibilité ne lui dit pas merci, parce que c'est comme un reste d'enfance et d'insouciance.
 
Oui, je continue de regarder les quadras à cravate comme des gens pas tout à fait comme moi, les mamans d'élèves comme des femmes tellement plus investies dans la vie locale, et quand je me vois dans la glace, je sens toujours ce décalage avec l'idée très conformiste que je me fais des adultes.
 
Ce matin, au lieu du bilan mi-figue mi-raisin que je pensais établir, je mesure surtout tout le chemin qui reste à parcourir, et ça me donne un étonnant sentiment de... jeunesse.
 
Non, je ne cherche pas à me rassurer (quoique), je saisis pleinement les chances qui me sont données de vivre à plein cette décennie qui démarre.
 
Bref, j'ai 40 ans.
 
 

lundi 15 septembre 2014

Le balai qui incitait à la prière

Jus corsé, sauce dugléré, pommes Pont Neuf, chartreuse printanière, râble au lapereau farci ou sirop au réglisse, j'avais tout bien révisé.
 
Je savais que le challenge était relevé, cette semaine. Le menu était costaud, les techniques culinaires multiples mais je comptais bien sur mon moral ascendant pour affronter tout ça.
 
Hier après-midi, pourtant, j'ai bien compris que l'affaire allait se corser.
 
Mon balai.
 
 
Il a osé.
 
Je marchais dans la rue quand soudain, paf. Bloquée.
 
La fille coupée en deux, en version moins cinématographique, que Chabrol se rassure. Plus à saigner des yeux qu'à ressembler à Ludivine Sagnier (ok, je sors).
 
...
 
Sérieusement, j'ai vécu un vrai moment de solitude.
 
Impossible de marcher. Impossible de rester debout. Impossible de m'asseoir.
 
Euh, je fais comment? Je veux dire, sans chaise roulante ni déambulateur?
 
Je me suis accroupie et ai improvisé une prière à Allah. Amis musulmans, n'y voyez aucune offense. J'ai juste essayé de feinter mon balai en adoptant cette position.
 
Bon, en pleine rue, je suis d'accord, c'est moyennement discret.
 
C'est un bon exercice, remarquez, pour mesurer l'empathie des gens. Il y a ces gens intrigués mais qui, de toute façon, ne parlent pas français (ça complique). Il y a ces autres, tout aussi étonnés, qui donnent un grand coup de coude à leur voisin pour montrer "la chose" ("Tu crois qu'elle est folle?"). Et puis, il y a tous ces gens qui comprennent que, peut-être, si je m'accroupis sur le bitume quitte à ravager mes genoux et mettre en avant mon décolleté, c'est que j'ai une bonne raison de le faire.
 
Non, je ne fais pas la manche, non, je ne cherche pas un mec, non, je n'expérimente pas la trace des petits cailloux sur mon épiderme. J'ai juste mal.
 
C'est comme ça que, sous la pression de personnes hautement sympathiques et apitoyées,  j'ai fini shootée au nurofen, avalant deux fois la dose, comme ça, le balai, il ferait moins le malin.
 
C'est comme ça aussi qu'un vieux monsieur s'est senti obligé, "pour me soulager" de me tripoter un peu trop au niveau de la taille.
 
Euh, ça va aller, là, je préfère avoir mal, finalement. Et marcher à deux à l'heure.
 
Bref, après une semaine de chef, j'étais contente de retourner aux fourneaux pour assurer et me rassurer. Un lumbago plus tard, je vais juste attendre deux, trois jours pour revenir aux affaires.
 
La bonne nouvelle là-dedans - même si cela n'a qu'un rapport un rien tiré par les cheveux avec ce que je viens de vous raconter (hormis le fait d'être allée voir mon médecin, soit) - c'est qu'il paraît, au vu d'analyses que j'avais faites par ailleurs, que je fabrique un excédent de bon cholestérol et que je suis donc bien protégée.
 
Le gras qui me fait du bien.
 
Décidément, on aura tout vu.

mardi 9 septembre 2014

Appelez-moi chef!

Appelez-moi Chef... Ou "Petite chef", comme l'a si bien trouvé l'un de mes camarades apprentis marmitons. Oui, parce que le vrai chef, celui qui fait les gros yeux, il a eu la bonne idée de me mettre "Chef", cette semaine, et c'était sacrément bien trouvé, tiens.
 
C'était en effet la meilleure façon pour moi de me refaire la cerise, de reprendre goût et espoir à cette formation - sachant que la passion de la cuisine et de la pâtisserie, elle, ne m'avait jamais quittée.
 
Avec mes trois petites responsabilités, je me suis sentie toute regonflée. Prendre mon air digne pour vérifier les températures des frigos, se transformer en passe-partout en tant que seule détentrice des clés, dire à machin d'aller vérifier la plonge, à truc de laver les plans de travail, à machinchose de s'occuper de la légumerie et surtout, ô moment de grâce, jouer à l'aboyeur en demandant deux faux-filets à point, en direct et plus vite que ça, ou faire la moue devant cette assiette de moules peu garnie à mon goût... Ah la la, c'est jouissif.
 
Un moment, j'ai même joué les tyrans en demandant à l'un de mes esclaves des stagiaires de nettoyer le frigo, vu qu'il avait renversé mon cul de poule rempli d'un appareil destiné à MA tarte (je cuisine pour le perso, ouais, faut bien quand même faire un minimum).
 
D'ailleurs, petite parenthèse, je me suis demandé si, à tout hasard, je n'avais pas été maraboutée. Pourquoi la seule préparation qui part en vrille est celle que j'ai concoctée, hein? Quelqu'un m'explique?
 
En même temps, un cul de poule, c'est rond, donc susceptible d'un rien d'instabilité.
 
Soit.
 
Mais je reste attentive, quelqu'un s'amuserait avec une poupée à mon effigie que je ne serais pas étonnée.
 
Comment ça, je deviens parano? Rappelez-vous que je suis chef, les gens, forcément, mon pouvoir fascine, attire et suscite les jalousies...
 
Bon, rassurez-vous. Pas d'inquiétude pour mes chevilles, le curseur de la confiance en soi n'est pas à ce point remonté et l'ensemble reste fragile. Mais le fait de m'être imposé quelques règles (par exemple, euh, bah travailler le soir chez moi, mais vraiment, je veux dire) m'apporte un peu de zénitude, comme dirait la Ségo.
 
Au lieu de papillonner, je lis et remplis des tas de devoirs et je vais devenir incollable (il faut l'espérer, en tout cas) sur le jargon culinaire et l'intérêt de porter des tissus moches en cuisine.
 
Vous voyez, je suis sûre que vous m'enviez... Aïe, non, pas de piqûre, s'te plaît, monsieur le marabout, sincèrement, j'ai pas besoin de ça pour aggraver mon cas. D'ailleurs, en me voyant faire lamentablement tomber un bout de tarte aux fraises-pistache au sol (elle était destinée à ma bouche. C'est mon inconscient, je crois, qui a provoqué la chute, histoire que je limite les dégâts et que je ne sois pas à me demander qui m'a collé ces culottes de cheval sur mon corps de rêve) (mais là, je suis en train de vous perdre avec des détails à trois balles) (bref), l'un des stagiaires m'a regardée en souriant, avant de lâcher la phrase magique:
 
"C'est vrai que t'as un petit côté Pierre Richard, toi!"
 
Hum... Les boucles blondes et la chaussure noire en moins, peut-être?
 
 

samedi 6 septembre 2014

Le doigt dans l'oeil

"Eh ben, si je prenais une photo de ça, ils seraient drôlement déçus, vos lecteurs!"
 
Il s'esclaffe.
 
"Il", c'est le chef de cuisine au centre de formation.
 
"Ça", c'est la tarte aux fraises et crème chiboust que j'ai préparée ce midi pour le "perso". Livrée avec pâte friable et crème dégoulinante. Yummy...
 
Depuis ce vendredi et jusqu'à la fin de la semaine prochaine, j'ai été désignée "chef" de notre cuisine de stagiaires, parce que je fais un peu partie des murs, au centre, par rapport aux jeunots qui viennent d'entrer en formation. J'en étais très heureuse. Les tâches sont multiples, on délègue, aussi, et on fait le miam miam pour nos petits camarades cuisiniers et serveurs.
 
Et c'est la déception.
 
Pour le chef et pour moi.
 
J'ai l'impression d'avoir perdu tout le fluide. Plus rien ne marche, je foire tout. Jeudi, je l'ai joué trop cool, alors que j'étais aux desserts. Et hier, alors que je me suis pourtant concentrée, rien n'est allé comme il faut. Impossible d'apprivoiser ma pâte ni de dresser les fraises sans qu'elles s'effondrent, tandis que mon rôti était tout juste cuit.
 
Soyons honnête : j'ai quitté le lieu en ravalant mes larmes et en m'interrogeant très sérieusement sur mes compétences et mes chances d'y parvenir.
 
Me suis-je vraiment mis le doigt dans l'œil? On peut être passionné sans être doué et, à un moment donné, ça se voit vraiment.
 
Je me flagelle? Non, non, j'écoute juste les commentaires du chef et, si j'ai le malheur de reprendre confiance, je songe à sa moue...
 
Une seule solution, je crois: potasser. Bosser. Ne pas lâcher l'affaire. Car j'ai toujours envie de tracer ma voie en cuisine et pâtisserie... Même si je ne peux m'empêcher d'imaginer, parfois, une volte-face qui me remettrait sur les rails de l'écriture, ou ce qu'il en reste dans le journalisme actuel.
 
C'est un bon coup de pied aux fesses que j'ai reçu. Je doute simplement quant à ma capacité à remonter la pente, malgré l'alerte. Suis-je capable de sortir des plats beaux, bons et réalisés avec les techniques supposées maîtrisées? De respecter le timing? De ne pas m'emmêler les pinceaux et de respecter les consignes?
 
Le pire, c'est que je ne cesse d'encourager les nouveaux, je leur dis combien on ne leur demande pas l'impossible, qu'ils sont juste là pour faire, apprendre et prendre plaisir.
 
Moi, j'ai fait, appris et j'ai pris du plaisir. Mais là, j'ai raté un épisode, je crois, et je crains déjà d'être le bonnet d'âne de cette promo, sorte d'électron libre qui comprendrait, enfin, qu'on peut rêver un destin, mais que ça ne suffit pas pour le vivre.
 
Je vais me cacher dans une grotte et je reviens. Haut les cœurs :)

lundi 1 septembre 2014

Le grand (faux) méchant chef, les Bisounours et mon SOS

" - Bah, vous redoublez, vous?"
 
La boutade du chef, alors qu'il venait de m'apercevoir parmi tous ces nouveaux stagiaires, a provoqué le premier vrai grand sourire de la journée. Oh, j'avais retrouvé de l'allant depuis mes états d'âme compulsifs, que j'ai paradoxalement pansés... à coup de blues et autres airs de jazz enchanteurs (merci les rendez-vous de l'Erdre, moment fort de notre cité nantaise, mais je m'égare).
 
Jean-Jacques Milteau et le groupe 24 pesos, ou comment
un petit harmonica peut venir à bout des plus gros coups de blues.
 
C'est juste qu'au petit matin silencieux, malgré les rais lumineux qui perçaient les stores, je me sentais un rien barbouillée, à l'idée de la rentrée.
 
Il n'y avait pas de quoi, pourtant. Certes, j'ai craint que le monsieur de Popol E. nous gâche un peu la fête avec ses acronymes (AISF, AES, RFPE, AM???? Ah, mais SOS, oui!) mais au final, je me suis régalé de cette journée.
 
Il fallait voir la tête de notre chef, qui jouait au grand méchant loup devant un parterre médusé et forcément intimidé. Et vas-y que je te colle un peu de pression pour rappeler qu'ici, c'est pas l'école des Bisounours toqués, avant de laisser un grand silence.
 
Mais un vrai grand silence, je veux dire.
 
Et vas-y que je m'esclaffe. Il jubilait, le chef.
 
Ensuite, il y a eu le tour de table. J'ai avoué mon âge, comme si l'heure était grave et le chef, toujours plein d'empathie (ou est-ce de la pitié?) m'a assuré que non, vraiment, je ne les faisais pas. Et une stagiaire de renchérir:
 
"Ah ben non, vraiment, tu les fais pas, c'est dingue!"
 
Oui, chérie, mais je comprends ton air catastrophé, je suis bel et bien sur la pente descendante (allez, je peux rire, un peu? Je vous promets que ça va).
 
Ensuite, on a fait un jeu très rigolo, où, réunis par groupe, on s'est pris pour des nababs russes en développant un business plan sur notre futur domaine touristique. J'ai même prévenu la boss qu'il était hors de question qu'elle nous exploite comme je le pressentais déjà, alors du coup, je crois qu'elle va calmer le jeu.
 
Euh, comment ça, je me suis prise au jeu?
 
Bon, pour le reste, pas de surprise, juste des profils une nouvelle fois totalement hétéroclite (j'ai déjeuné avec une femme japonaise arrivée il y a 4 ans en France et un Kosovar, qui a notamment vécu à Chicago, Stockholm, en Allemagne... la routine). La maison, je la connais et j'ai retrouvé avec un réel plaisir la cuisine, que nous n'investirons réellement que jeudi, pour le premier service de cette nouvelle année.
 
J'ai juste réalisé ce matin, en regardant mon planning, que j'étais déjà à la moitié de ma formation, avec nombre de semaines en stage. D'ailleurs, j'ai du lourd à ce propos, mais je vous en garde un peu pour plus tard, eh eh eh...
 
Aujourd'hui, après quatre mois, j'ai simplement assisté à la réunion de présentation que je n'avais jamais eue.
 
Et on s'étonnera que je me sente toujours en décalage, après ça...

vendredi 29 août 2014

Ce léger voile sur la rétine...

C'est drôle, lorsque je me plonge dans le délicieux piège de la nostalgie, les images défilent, et j'entends les violons sans chercher à les effacer. J'ai envie d'être imprégnée de cette atmosphère-là, où se mêlent tristesse, douceur, regrets et bonheurs passés.
 
En ce moment, je n'aspire qu'à ça. Me glisser dans ce nid douillet, nourrir cette mélancolie que je ne cherche même plus à fuir. N'écouter que des airs teintés de mélo, comme pour demeurer dans cet état de flottement qui m'a envahie.
 
Je ressens une espèce de jubilation, même, lorsque mon cœur est touché direct, et que je réalise à quel point je recolle les morceaux, en ce moment. Derniers exemples en date ces deux derniers jours où, plutôt que d'enchaîner les névralgies à force de potasser mes devoirs, j'ai choisi les salles obscures. Bilan, deux œuvres jolies, vraiment, Le beau monde et New York Melody, avec en toile de fond... la séparation.
 
Au cas où j'aurais oublié que j'étais un peu directement concernée, tiens.
 
L'avantage d'aller au ciné seule, c'est qu'on peut déverser des torrents de larmes presque discrètement. Seul le moment de la sortie s'avère délicat, parce qu'il faut affronter le regard de ces curieux qui vous dévisagent, juste parce que votre visage est défait.
 
A vrai dire, c'est un peu le cadet de mes soucis, en ce moment. Je traîne un rien mon vague à l'âme? Et alors? Qui a décidé qu'il fallait vaille que vaille garder le regard fixe, la tête droite, le sourire jamais loin?
 
La décence?

Ah oui, autant pour moi. Si je relativise un tout petit peu, je dois bien admettre que ma mélancolie, elle pousse un peu, parce que je suis pas malheureuse. Ben oui, contrairement à des millions de vrais gens qui auraient de quoi se plaindre, j'ai la vie devant moi (enfin, je frise les 40 piges, hein, là, je pourrais contester), je ne suis pas malade, j'ai un toit, de quoi manger, un loulou extra, l'éternelle ritournelle, toussa, toussa...
 
Ben oui mais, que voulez-vous, la mélancolie, elle est ma fidèle compagne, depuis toujours, je crois. A bien y réfléchir, j'ai toujours senti en moi cette ambivalence. J'étais un clown, à l'extérieur, avec mes cheveux bouclés et ma bouille trop ronde. Je me faisais facilement de nouveaux amis et je crois que, de la maternelle au lycée, voire même ensuite, on m'a toujours trouvé sympa, boute-en-train, plutôt dynamique.
 
Tant mieux, hein, je ne vais pas me plaindre. Peut-être, même, cela m'a-t-il arrangé. J'ai pu masquer cet autre moi, qui se complait aujourd'hui dans cet état mélancolique, allongée sur le canapé, à laisser couler ses larmes, comme ça, juste au son du piano, de ce p... de violon, aussi.
 
Tout s'entrechoque. Les peines ravalées, ce sentiment de devoir s'écraser et de ne pas trop demander, cette attente, cet oubli de soi, toutes ces années passées à essayer de se faire aimer, tous ces instants, aussi, de surprise quand j'ai pu lire l'amour ou l'admiration dans le regard des autres.
 
J'entretiens ce sentiment, oui, et à ceux qui me conseilleraient, avec sagesse j'en conviens, de cesser aussitôt ce petit manège narcissique, parce qu'on ne vit pas dans le passé et qu'un tas de projets m'attendent, je leur dirais simplement: laissez-moi juste digérer, reprendre pied, devenir ce que je suis en acceptant que, moi aussi, je peux laisser ce léger voile sur la rétine se manifester.
 
C'est gênant, je l'admets. Hier, par exemple, alors que je passais au centre de formation avant la rentrée officielle, lundi prochain, je n'ai pas pu empêcher mes yeux de s'embuer à la simple évocation de mon stage passé. Une fois encore, j'en ai pris plein les mirettes et je savoure cette chance que j'ai eue de travailler auprès d'un chef si créatif et doué. Mais cette aventure a mis en lumière ces fragilités que je tentais depuis si longtemps d'esquiver.
 
Il est question de prendre confiance en soi, bien sûr, et de transformer cette sensibilité accrue en une force. J'entends déjà le killer en moi - si, si, on a tous un killer en nous - me demander de me coller deux claques et d'avancer maintenant, ça va bien, hein, les ruminations. Et puis, je vois débouler la puce mélancolique, qui effleure ma peau et mon esprit si souvent, pour me supplier de surtout, surtout, ne pas chercher à tout chambouler.
 
Personne n'est épargné par les doutes, les ambivalences, les peurs. On peut chercher à les affronter, les braver. Moi, je crois que j'ai juste envie de les apprivoiser parce que je sais, au fond, que la rigolote doit cohabiter avec cette jeune fille un peu trop sensible et que le mariage devient chaque jour plus compliqué.
 
 

lundi 25 août 2014

Un pied de nez face à l'inconnu

Lorsque, à 18 heures, j'ai enfilé mon gros gilet gris et ajouté un plaid, avant de rêver d'un bon feu de cheminée, j'ai compris ce qui était en train de se tramer.
 
Cette grisaille. Ces routes de nouveaux encombrées. Ces pulls et pantalons qu'on enfile sans y réfléchir. Ces listes infinies de choses à régler pour hier.
 
Pas de doute. Aujourd'hui, c'était la reprise.
 
Ouille.
 
Comme j'avais un rien le blues, après avoir passé trois semaines pleines de soleil et de joie, de pierres et d'eau, de verdure et de lumière, j'ai pensé que, quand même, c'était pas sympa d'attaquer de pauvres êtres un rien déconnectés de la réalité.
 
Oui, ça pique. Mais j'aime bien quand même...

Les Caraïbes? Les Antilles? Non, l'île de Porquerolles...

Oh, mais, mais, c'est une sorcière...

Bain de (presque) minuit...

... Et dernières heures passées sur la Méditerranée.

A Aix-en-Provence, des façades à tomber...

Mais, mais, mais, c'est la Vierge!

Le Mont St-Clair, ou comment frôler la tendinite en le grimpant en tongs...

Nîmes, lumineuse...

Ceci est un être humain tout ce qu'il y a de plus équilibré, contrairement aux apparences...

... En revanche, méfiance, ce lion-là est neurasthénique.
 
 
Mais, allez, je ne vais pas vous jouer la complainte de la pauvre mouette qui aurait trop pris le soleil.
 
Oui, j'ai un peu peur, de ce qui va suivre. Oui, je suis excitée, aussi, par les échéances à venir. Oui, je doute et je m'interroge sur la suite des événements.

Histoire d'éviter nœuds au cerveau et rate au court-bouillon, une seule alternative: foncer. Et avant de reprendre la cuisine en vrai, la semaine prochaine, je potasse la théorie, toute seule comme une grande.
 
J'ai à peu près une tonne de devoirs à rendre. Je ne devrai pas trop m'ennuyer. Quant à la mélancolie qui a tenté d'envahir mon pauvre esprit, voilà ce que je lui dis, tiens.
 
Comment ça, j'ai fortement régressé cet été? Je vois même pas de quoi vous parlez...