vendredi 11 avril 2014

L'histoire du grain de sucre et du grain de sel

Les running ne fomentent pas un complot pour me rappeler ma condition de mouette saucissonnée. Elles ont juste des lacets, qu'on pense à défaire quand on a un cerveau.

J'ai enfilé mes running, vous disais-je. Même elles s'étaient donné le mot, visiblement.
 
Trop serrées.
 
Après, je les ai regardées. En enlevant les lacets pour les enfiler, ça pourrait aussi être pratique.
 
Voilà un petit moment (trois semaines, peut-être) que je n'avais pas endossé ma tenue de runneuse. En mettant mon casque sur ma frange plus vraiment Playmobil, j'ai ressenti une vague de bien-être et la sensation de liberté... Non, je déconne. D'habitude, ça me fait cet effet. C'est mon moment, je vais courir dans les bois et je me sens plus forte que Hulk et Wonder Woman réunis.
 
Mais là, je crois bien que quelqu'un m'a mis des poids, au niveau du bide. Et du plomb sur les paupières.
 
D'emblée, j'ai le souffle court. Allez, allez, tout ça est mental, je le sais bien, ouf-fouf-fouf (non, ce n'est pas le cri d'un bœuf essoufflé, c'est la respiration pour motiver les troupes. Parfois, pourtant, la mouette se met à crier comme un bœuf essoufflé, mais on n'y peut rien). Ouf-fouf-fouf, disais-je, tout va bien, je suis un diesel, je vais être de mieux en mieux à chaque foulée.
 
Je songe alors au docteur de la tête que mon Loulou a vu ce matin et à son regard désespéré et hautain, ne cherchant même pas à cacher que c'est vraiment n'importe quoi et que, non vraiment, je ne suis pas à la hauteur.
 
Ouf-fouf-fouf, ma foulée s'étire, je gagne en souplesse, on est bien, on est bien.
 
...
 
J'ai chaud, là, quand même.
 
Je songe aussi au profil bas de Loulou, en sortant du cabinet, qui vient de se prendre une soufflante.
 
J'ai retrouvé le rythme, ah yé. Si, si, je viens de chevaucher des herbes folles en poussant à au moins trois centimètres de hauteur.
 
Si ça, c'est pas un signe...
 
Je crois que le docteur de la tête a piqué Loulou au vif quand il lui a demandé s'il voulait vraiment aller à "l'école des nuls".
 
Pourquoi notre cerveau tourne-t-il toujours à cent à l'heure, quand on court, alors qu'on se sent asphyxié de partout?
 
Je me demande à quel moment j'ai failli. Je pense aussi qu'on ne contrôle pas tout non plus, et que, après tout, la tendance qu'a dégagée le docteur de la tête, elle vient forcément du père.
 
Ben oui. C'est toujours la faute de l'autre. Surtout de l'autre parent, en l'occurrence.
 
J'arrive à hauteur d'un plan d'eau, dont je fais parfois le tour trois, quatre, cinq fois, dans mon parcours de grande malade.
 
Je tourne à gauche, plutôt.
 
Après tout, je reprends, faut pas froisser mes muscles, toussa.
 
Enfin, ce qu'il en reste, je veux dire, ceux qui sont bien au chaud sous le gras.
 
Je regarde ma montre, comme pour m'encourager. Sûr que j'ai passé la barre des 20 minutes, là.
 
16 minutes et 23 secondes.
 
Je suis au bord de l'apoplexie et je n'ai couru que 16 minutes et 23 secondes. Soit un quart de mon objectif.
 
"Hop hop hop, déjà un quart de passé, c'est facile, on y va, forza la mouette", intervient alors la nunuche de service (ma pensée positive).
 
Pff, j'en peux déjà plus et je n'ai couru qu'un quart d'heure, je suis mal. Tout ça, c'est à cause de l'autre, là. Le docteur de la tête qui s'est montre kré kré méchant (la vérité, ça fait toujours mal).
 
Certes, peut-être qu'en me couchant un peu plus tôt, j'aurais aussi pu envisager d'avoir mon quota de sommeil et de ne pas être une larve après 16 minutes et 23 secondes.
 
...

Je croise des vaches. Je les regarde, elles me regardent, je les regarde. Elles semblent me dire: "laisse tomber, regarde ce que ça a donné pour nous."

Au moment où je m'apprête à leur répondre que, eh oh, ça va bien, j'ai pas la morphologie d'une vache non plus, je trébuche. Je suis tellement lourde que je ne lève plus assez les pieds.
 
Non mais, sérieux, qui m'a mis ces culottes de cheval sur le haut de la fesse? Je vous assure, chez moi, ce n'est pas une culotte de cheval, mais carrément deux, si si.
 
Peut-être pourrais-je envisager une rupture. Pas avec Bobo mon petit robot, non (quoique, le traître agit dans le sens du gras pour tous, et surtout pour mon séant). Avec l'homme.
 
Ben oui, si j'en crois "les gazelles", le film que j'ai vu la semaine passée, il paraît que tu perds deux tailles quand tu te sépares.
 
C'est simple, dans cette comédie doux-amer, les nanas, elles passent leur temps à picoler et à cloper. Du coup, elles n'ont plus le temps de se goinfrer.
 
Oui, mais moi, si je bois, il faut que je mange, sinon, je deviens aussi agitée du bocal que Brigitte Fontaine et Gainsbarre réunis (j'aime bien les combinaisons, aujourd'hui, sans doute pour tenter de réconcilier gras et running. Je sais, c'est peine perdue, mais laissez-moi rêver).
 
Et en plus, je fume pas. Faut que je commence, pour perdre mon gras?
 
Et là, je me dis, je suis à la ramasse, alors que je ne clope pas. Je devrais donc avoir un souffle du tonnerre et pourtant, alors que je rentre sur l'île Clémentine, prête à terrasser ma peau d'orange, je suis toute rouge, à deux doigts d'arrêter.
 
Ouf-fouf-fouf.
 
Y'a un truc, je vous dis.
 
Allez, j'arrête dans trois minutes. Enfin, non, je vais faire du fractionné. Ah oui, mais pour le fractionné, il faut piquer des sprints et repartir doucement. Repartir doucement, je peux, finger in the noise. Accélérer, comment dire... Si vous me trouvez une raboteuse dans les trois minutes qui viennent pour me débarrasser de ces couches superflues sur le côté...
 
Donc, la rupture... Mais quand même, elles n'ont pas l'air si heureux que ça, ces célibataires (plus ou moins endurcies), dans le film. Je veux dire, leur vie n'inclue pas les pétales de rose chaque matin au lever du soleil.
 
L'homme ne met pas non plus de pétales de rose au pied de notre lit chaque matin, on est d'accord, mais enfin, je l'aime, quand même. Il est bien pratique, en plus, il me sert de défouloir, hoche la tête en disant miammiam quand je lui cuisine des petits trucs, me donne de l'affection...
 
Oui, je vous vois venir, je pourrais prendre un chien, aussi, mais j'ai déjà trois chats, ça va aller, les conneries (un jour, je vous parlerai des courriers de ma voisine, y'a moyen de rigoler).
 
Je suis donc toujours sur l'île Clémentine et là, cette fois, j'en suis sûre, je suis au taquet, ça fait au moins trente minutes que je cours.
 
Un coup d'œil au chrono. 28 minutes et 17 secondes.
 
Ouf-fouf-fouf. Le running, c'est mental. On ne se laisse pas abattre par un élément - la montre - dont on découvre le caractère sournois aussi soudainement.
 
De toute façon, moi, je commence à me sentir bien à 32 minutes. Pourquoi 32? Je ne sais pas, moi, pourquoi vous aimez les fraises? Ben, 32 minutes, c'est pareil, ça ne s'explique pas.
 
J'arrive dans la gadoue, ça me rappelle ma vie. En même temps, il a pris des gants, le docteur de la tête. Je le revois:
 
"Je vais vous dire quelque chose, ne le prenez pas mal... En même temps, vous allez forcément mal le prendre."
 
Oui, ça met en condition.
 
Je franchis le pont, sors de l'île Clémentine et sens un regain. Le fameux cap des 32 minutes. Ah, ah, j'en étais sûre. Ça dure à peu près cinq secondes. Ouf-fouf-fouf...
 
Ce qui a été terrible, aussi, dans cette consultation, c'est qu'après les "révélations" du docteur de la tête, je me suis mise à regarder différemment Loulou. Mon enfant. J'ai enfanté une personne qui ne suis pas parfaitement les balises imposées.
 
J'ai mal. A la tête et aux jambes. Pourtant, je suis contente, je crois que le coton a remplacé le gras dans mes poteaux qui, paraît-il, me servent pour courir. J'ai envie de mourir tellement je suis à bout. A 45 minutes, je fais un truc que je déteste. Je m'arrête, avant l'heure.
 
Finalement, après 5 minutes de pause à ressasser mon gras, le docteur de la tête, mes failles, mes sentiments et cette envie irrépressible de vomir et de boire de l'eau (loin de moi l'idée de boire mon vomi, promis), j'ai remis le chrono et mon corps en route pour quinze minutes de course et de réflexion.
 
Dans les deux cas, j'ai morflé.
 
Mais je me suis dit que finalement, je n'ai peut-être pas besoin de rompre, avec l'homme, je veux dire. Je peux aussi freiner cet élan que j'ai pour le chocolat et courir, courir, courir... Pour le reste, je vais juste accompagner Loulou comme il se doit et envisager, aussi, que rien n'est figé et qu'on peut toujours avancer à pas de géant.
 
Suffit de s'entraîner. Suffit de s'entraider.
 
Suffit d'arrêter le sucre, aussi. Mais bon, Rome ne s'est pas fait en un jour, hum?
 

jeudi 10 avril 2014

La mouette n'est pas une autruche

Mardi matin, j'ai fini par enlever mon déguisement, parce que jouer à top chef toute la journée, c'est rigolo, mais pas très adapté à la vie courante.
 
Comme j'avais rendez-vous avec l'institutrice de Loulou, mais qu'il était très tôt (8h15, oui oui, du matin. Trop dure, la vie), j'ai enfilé à la va-vite un jean, moi qui ne jure plus que par les petites robes, en ce moment.
 
Au moment de le glisser sur mes hanches, j'ai songé à la réflexion de ma meilleure amie, habituée des tenues féminines, qui me disait combien on se sentait serrée quand on remettait un jean.
 
Vieux doute, quand même.
 
Me fiant à son 36-38, je me suis dit que c'était donc normal d'avoir la même sensation, là, à 8h du matin, et que de toute façon, j'étais pas bien réveillée, et puis qu'est-ce que j'allais encore me prendre comme réflexions (chez moi, un rendez-vous avec l'instit s'apparente à une sentence, l'école est une cour de justice, l'instit le bourreau, pardon le juge et si Loulou a des défaillances, c'est forcément de la faute de sa môman).
 
Bref, j'ai glissé comme j'ai pu dans mon jean et en route.
 
L'instit ne m'a pas jugée, moi. Elle m'a parlé de Loulou, toussa. Avec beaucoup d'empathie, vraiment, et de désarroi, aussi. Loulou est l'un de "ce genre d'élève", vous savez, ceux qu'on ne sait pas où caser, parce qu'ils ont la tête dans les nuages sans vraiment de prise avec la réalité.
 
Ce "genre d'élèves", pas autistes, loin de là, mais qui seraient sans doute mieux "dans un établissement spécialisé, où l'apprentissage se fait autrement."
 
Mon ventre s'est serré. Ou bien était-ce mon jean qui serrait trop mon ventre?
 
Ensuite, je suis retournée à mes activités normales. J'ai même vu une conseillère bancaire, qui m'a suggéré, pour engranger un maximum de chances dans la construction de mon projet, de "me serrer la ceinture".
 
En rentrant, j'ai préparé une grande salade de fruits, pour le dessert. Et puis des légumes, beaucoup de légumes, en me demandant, quand même, s'il ne se fomentait pas un complot, un truc comme ça.
 
Comme j'avais cuisiné et que j'avais eu chaud, je suis passée prendre une petite douche, en évitant soigneusement le miroir. Mon petit knaki gauche s'est quand même pris la balance dans le museau et je lui ai jeté un œil noir, à cette sournoise, qui, depuis quelques temps, semble crier "monte-moi dessus, monte-moi dessus, que je rigole"...
 
Après, j'ai voulu m'habiller en fille. Mais j'avais froid, alors j'ai opté pour la facilité: un pantalon. Et vous savez quoi? La balance n'est pas la seule à comploter un truc, la machine à laver a visiblement décidé de rétrécir tous mes vêtements. Non, sérieusement, comment pourrais-je expliquer autrement la douloureuse sensation d'avoir les cuisses aussi serrées que des grains de riz dans une feuille de nori?
 
J'ai changé de pantalon, j'ai mis un jean. L'un de ceux que j'avais rangés, parce qu'ils étaient trop grands. Ben là, il tombait à peu près bien.
 
Aïe.
 
Complot ou pas, j'ai pensé que j'avais beau être une mouette, je n'étais pas une autruche. Alors hier matin, j'ai enfilé... mes running.
 
To be continued...

mardi 8 avril 2014

L'histoire de la mouette qui s'habillait en cordon bleu

Comme je vous le racontais brièvement hier, j'avais rendez-vous au centre de formation que je vais fréquenter dans les huit prochains mois, histoire de savoir où je mets les pieds... et de rassurer les profs sur mon potentiel cupcakecien.
 
J'ai beaucoup aimé le discours du formateur (et je n'écris pas ça en sachant qu'il est susceptible de lire ces lignes) (d'ailleurs, combien de temps arriverai-je vraiment à me censurer?) (ouais, c'est mort, je sens que je vais me griller très vite) (tiens, des parenthèses, ça faisait longtemps). Bref.
 
Il est question d'apprendre, évidemment, mais en pratiquant beaucoup, beaucoup. En arrivant à mon rendez-vous, le ton était donné, de toute façon. J'ai en effet traversé la salle de cuisine, toute équipée, où des stagiaires étaient en examen. Leur stress était très palpable, et je me suis dit que tous les aspirants à Master chef et autres émissions culinaires de ce style feraient bien d'aller mettre leur nez dans ce genre d'endroit. Ça remet les idées en place, croyez-moi.
 
Le formateur a d'ailleurs noté qu'ils feraient bien de se détendre un peu, qu'ils avaient l'air tout raide, mais allez cuisiner devant des examinateurs au faux air de Super Nanny, et on en reparlera, hein.
 
Je regardais ça tout sourire, et puis j'ai eu un flash. Moi aussi, dans quelques mois, je serai là, toute raide et stressée, à passer mon titre.
 
Bouh.
 
Le formateur a été plutôt rassurant, on a évoqué les différents stages possibles, le déroulé de la formation, les travaux personnels à fournir... Et le matériel à acquérir. Le livre de référence, la mallette du cuisinier et... la tenue complète, qu'il faudrait enfiler dès le 5 mai. Eh ouais.
 
 
Où comment dépenser l'équivalent d'un week-end à Rome pour ressembler à un ouvreur de sac.
Je suis donc partie faire mon shopping, dans la foulée, toute excitée. Oui, oui, on peut être excitée à l'idée de recouvrir sa tête d'un calot, de protéger ses pieds de chaussures de sécurité et d'enfiler une tenue au potentiel glamour - 1000.
 
Eh eh eh, j'ai enfin trouvé un équivalent confort au combo pilou-ballerines, que je vais pouvoir porter en toute légitimité...
Vous ne voyez rien? C'est normal, la tenue est noire. Maman m'avait dit de la prendre en blanc, mais je nageais carrément dans celle en taille 3 (seule dispo) et pis, le noir, ça amincit... (Au moins, vous constaterez que mon air playmobil s'atténue au fil de la repousse de la frange, mais je m'égare)
 
L'habit ne fait pas le moine, certes. Je n'ai pas échangé mes mains carrées contre celles, plus agiles, d'une cordon bleu hors-pair, juste en revêtant cette tenue professionnelle encore un rien rêche. Pourtant même si je ne suis pas (encore) cuisinière, aujourd'hui, en enfiler les habits m'a fait sentir les prémices d'une nouvelle vie.
 

lundi 7 avril 2014

Pas de cupcake à ce numéro...

"Mais en fait, vous faites quoi comme pâtisseries?
 
- Tarte au citron meringuée, moelleux au chocolat, cannelés, madeleines, financiers, cake citron, banane, orange, scones..."
 
Il m'interrompt. J'ai cru percevoir un soulagement dans son regard.
 
Vous vous souvenez de cette formation, que je démarre le 5 mai? Eh bien, ce matin, j'avais rendez-vous avec le responsable pédagogique.
 
"Vous ne faites pas de cupcakes, alors?
 
- Non, je n'en vois pas trop l'intérêt, à vrai dire...
 
- Ni de pâte à sucre, toussa?
 
- Vous voulez savoir? Je suis un peu une quiche en déco, moi mon truc - et c'est pour ça que j'avais appelé mon auto-entreprise "Ma p'tite madeleine"- ce sont les pâtisseries régressives, les douceurs qui rappellent l'enfance, les trucs simples..."
 
Ouf. Il ne cherche plus à cacher son soulagement.
 
"Non, parce que j'ai lu votre blog, et il faisait très cupcake...
 
- ??????
 
- Oui, très bleu, tout ça... Je sais pas... J'ai cru qu'on avait affaire à une personne à cupcake."
 
Alors là, je l'ai rassuré. Et pour conforter mon propos, j'ai sorti mon portable et je lui ai montré - comme je me sentais vraiment à l'aise avec lui - le cliché de la charlotte confectionnée ce week-end pour ma commande.
 
 
Oui, mes biscuits cuiller sont maouss costauds et pas calibrés, oui, la mousse dépasse. Ouf.
 
Alors là, son "ouf" a été encore plus marqué. Il a bien vu qu'il y avait du boulot, et que tout ça était loin d'être parfait.
 
Ça m'apprendra à mettre l'adresse du blog sur mon CV, tiens.

dimanche 6 avril 2014

Le doux parfum de cette sacrée madeleine

Plusieurs mois durant, ma p'tite madeleine et moi, on est parti de bon matin, à bicycletteuh... (Charles Trenet, sors de ce corps)...
 
C'était il y a longtemps, et peut-être ai-je un peu idéalisé ces moments, que je considère comme jolis et empreints de liberté alors que, quand même, j'en ai passé des heures à préparer de la pâte à cannelés par hectolitres, lancer quinze fournées de madeleines, m'échiner sur des centaines de macarons et démouler des milliers de financiers et autres cookies... pour la gloire, ou presque.
 
Sans parler de ces loooongues minutes passées devant le four, à scruter LE moment où il fallait sortir la tarte au citron, juste avant de carboniser la meringue sous le grill.
 
Bon, grâce à Bobo le petit robot, la meringue, elle tient bien, très bien...
 
 
Mais voilà, j'avais toujours cette petite fierté d'avoir créé mon p'tit truc, d'aller livrer ma restauratrice bien-aimée et de voir ces assiettes vides et les sourires des clients, repus et satisfaits.
 
Je me souviens du sentiment de petite mort, le jour où j'ai dû lâcher ma p'tite madeleine, confrontée à quelques détails d'importance.
 
Alors, lorsqu'au hasard d'une conversation, ma covoitureuse, qui me déposait à Bordeaux, m'a demandé si je pouvais lui préparer quelques douceurs, pour l'anniversaire de son papa, tout est revenu à la surface, avec cette même excitation qui m'avait permis alors de surmonter quelques flammes et autres couacs.
 
Elle venait chercher sa commande ce samedi. J'aurais dû, bien sûr, ne pas réfléchir et faire comme avant, quand je me lançais à la one-again. Sauf que, soudain, le doute est venu ternir ma bonne humeur. Et si ça ne lui plaisait pas? Et si je n'étais pas capable? Et mon moelleux, il va pas paraître un peu simplet? Et si, pour la charlotte, mes biscuits à la cuillère ne sont pas calibrés, comment je fais?
 
Ou comment se faire des nœuds au cerveau pour des pâtisseries que j'ai déjà préparées à peu près dix mille fois.
 
Enfin, pas les biscuits à la cuillère. Je vous épargne mes mains tapissées de pâte liquide quand j'ai rempli pour la douzième fois la poche à douille trop petite (bonne nouvelle, je sens que je passe au niveau supérieur, en termes de maîtrise de la popoche. Du genre "ECA", en cours d'acquisition, comme ils disent à l'école). Je vous épargne aussi la tête des dits-biscuits, ç'aurait été trop facile que je les fasse tous de la même taille. Pour vous situer ma haute confiance, j'avais acheté... une grosse boîte de biscuits cuillère, au cas où. Grosse classe.

L'avantage, c'est que si je me pète les chicots demain, je pourrais taper dans cette réserve de boudoirs pour une bonne semaine. Comme les bébés ou les vieux, en fait.
 
Oui, j''ai eu un sérieux doute, d'un coup, sur ma capacité à assurer. Vraiment, je veux dire. J'ai développé le syndrome de la débutante, celle qui a de la chance au premier coup mais qui ne parvient plus à reproduire le bon geste derrière et qui rame, qui rame...
 
Bon, après avoir bien psychoté, je me suis dit que, oh, c'était jamais que trois gâteaux, que le ciel n'allait pas me tomber sur la tête et qu'avec un peu de doré, ça passerait.
 
Je le sais, je ne serai jamais designeuse culinaire.
Le plus dur, c'est de ne pas toucher au carré de chocolat aux cranberries. Pour la déco, juste pour la déco...
 
Non, mais en fait, si ça déborde, c'est juste pour montrer que c'est une charlotte aux fruits rouges. De la mauvaise foi? Meuh non, pensez donc...
 
Le truc, c'est que mes ronds dorés étaient tous trop grands. Obligée de les couper. Avec ma polio, ça faisait tout de suite moins classe. C'est comme dans certaines grandes cuisines (ah ah), si on regarde dans les coulisses, c'est décidément pas brillant.
 
 
J'ai bien pensé m'en servir comme une couronne, mais ça tient pas. Pff.
 
Allez, en attendant d'avoir les retours - et sans doute pour me rassurer - je garde en tête l'air gourmand qu'a pris la personne venue chercher les pâtisseries. "Vivement 15h, qu'on mange le dessert!"
 
Et moi aussi, j'ai pensé "Vivement." Vivement que la p'tite madeleine ressorte des cartons. D'ici là, qui sait, j'aurais peut-être acheté des cartons dorés au bon diamètre.

vendredi 4 avril 2014

La kamikaze du cul de poule

Il fronce les sourcils.
 
Oh non, pas encore!
 
Je devrais être habituée, depuis le début de ma reconversion, à ces airs sceptiques qui ont un atout majeur, celui de renforcer plus encore ma détermination.
 
N'empêche que ça fait toujours un peu bizarre. D'autant plus quand le contact initial avait été bon, au téléphone, quelques jours plus tôt.
 
A sa décharge, le monsieur avait bien voulu me recevoir alors même que j'avais été très confuse au bout du fil. Et, surtout, je dois l'avouer, il avait en face de lui un véritable zombie.
 
J'avais dû dormir deux heures, dans la nuit, tournant et retournant nombre de questions et, y'a pas à dire, la vieillesse est une garce, elle ne supporte pas le moindre écart et te le fait payer cash.
 
Oui, mes yeux étaient plus petits que ceux d'un hamster sous ecsta. On est d'accord, ça donne moyennement envie.
 
Bref, je suis arrivée à la chambre des métiers en imaginant que des élastiques me tiraient les paupières par le haut, tel Gaston Lagaffe (vous voyez un peu l'esprit), me pinçant pour me réveiller.
 
Comme je vous le disais hier, j'ai décidé de faire compliqué. Puisque je veux me lancer dans la pâtisserie, je passe... un titre de cuisinier.
 
Mais c'est parce que je veux AUSSI cuisiner, tout bêtement. Et qu'en pâtisserie, les places sont chères, très chères. Quand j'ai tenté de peser le pour et le contre en appelant tous les centres de formation du département, voire au delà, j'ai constaté qu'il n'y avait que deux écoles dans la région: à Sainte-Luce sur Loire, où j'habite (!), tout près de Nantes, et... au Mans. La ville que j'ai quittée en 2010, après quinze ans passés là-bas. Ah ah.
 
Là, j'ai bien compris l'épaisseur des barrages. Pas de place, soi-disant, pour les gens au delà de 26 ans, trop de rêveurs ou d'utopistes, 40 candidats pour 10 places...
 
Et puis, j'ai rencontré Patricia. Qui m'a confirmé la nécessité de posséder un CAP Pâtisserie pour vendre des douceurs... et qui l'a elle-même passé en candidat libre, l'an dernier. Autant vous dire qu'elle sait de quoi elle parle.
 
Maman a des mains d'or, vraiment, et au moment d'entamer sa formation toute seule, comme une grande, elle avait une longueur d'avance (doux euphémisme) sur ma polio et moi. Mais elle a défriché le terrain et m'a livré tous les trucs et astuces pour potasser intelligemment. J'ai à peu près une tonne de bouquins à lire et décortiquer, deux milliards de dacquoise, Joconde et autres pâtes feuilletées à tester, mais enfin, c'est le lot de tous ces grands malades qui s'improvisent toqués, non?
 
Avec Bobo le petit robot, il y avait aussi ces deux livres dans ma commande...
 
Mardi, donc, c'est à peu près ce que j'ai expliqué au responsable de la formation, à la Chambre des Métiers. Son visage s'était déjà détendu à la lecture de mon CV, et là, il m'a regardé droit dans les yeux. "OK, passez votre CAP en candidat libre si vous voulez. Mais appelez-moi en décembre, à l'issue de votre formation en cuisine, pour qu'on discute." Et, comme sur un plateau, il m'a proposé une place pour la session 2015-2016 (!) si jamais ça ne passait pas la première fois, ou si j'avais renoncé à jouer la kamikaze toute seule.
 
J'ai eu envie de le serrer dans mes bras, et je me suis souvenu que ça ne se faisait pas trop. Comme je n'avais ni papa, ni maman, auprès de moi, j'ai gardé mon affection pour plus tard, et je lui ai dit, comme pour le conforter:
 
"Mais vous savez, ce n'est pas une lubie, hein"
 
Fausse bonne idée.
 
"C'est ce que me disent les 40 candidats" a-t-il relevé, en haussant les épaules et cachant à peine un soupir.
 
Et un boomerang dans les dents, un.
 
"On en voit combien, de ces femmes entre 35 et 40 ans, dont les enfants ont grandi, et qui veulent faire des gâteaux pour le baptême du dernier? Celles-là, qu'elles restent dans leur garage!"
 
Oups. Vous voulez dire que mes ambitions sont aussi banales qu'un facho au front national? (cliché? Cliché. J'assume)
 
"Là, je vois un projet, et ça, ça m'intéresse", a ajouté le monsieur.
 
Vraiment, j'ai été à deux doigts de le serrer dans mes bras. Et fort, en plus.

jeudi 3 avril 2014

Où je retourne (encore) à l'école

Bordeaux, jeudi dernier. Téléphone. Un 02... Ok, c'est peut-être mes parents, qui ont craqué et qui ont renvoyé Loulou tout seul à la maison. Ou bien l'école, qui s'inquiète que Loulou veuille dormir dans la cour.
 
C'est la conseillère de chez Popol. Elle prend la peine de m'appeler pour m'annoncer une grande nouvelle.
 
Ma formation au titre professionnel de cuisinier est acceptée. Les OPCA ont validé, hop hop hop, c'est parti. Je commence le 5 mai.
 
Elle est à l'autre bout du fil mais j'ai envie de la serrer fort dans mes bras. Très fort, même. A la place, je raccroche et j'annonce comme une furie la chose à ma maman. Puis à mon papa.
 
Ils ont l'air très fier de moi, alors je bombe le torse comme un coq, ce qui n'est pas d'une évidence absolue pour une mouette, vous en conviendrez.
 
Voilà. Près de six ans après le début de mes aventures en cuisine, après les joies et les désillusions, le retour à une vie "normale", les espoirs revenus, me voilà bel et bien à basculer de nouveau dans ce monde, décrit partout comme tellement dur, toussa, toussa.
 
En même temps, ça se saurait, si je choisissais la facilité, hum.
 
Oh, j'en vois déjà un ou deux qui se disent: "elle se met le doigt dans l'œil, si elle croit que ça va marcher."
 
Alors, je double la mise. Oui, oui. J'ai décidé, à l'issue de cette formation longue de huit mois, de passer mon CAP pâtisserie en candidat libre. Mais ça, je vous en parlerai... demain, ça ira?
 
'Scusez-moi, j'ai un nouveau joujou à inaugurer...
 
Oui, j'ai craqué. C'est Bobo, le petit robot, l'ami de... la mouette.