lundi 1 juin 2015

L'histoire de la fille qui mettait les pannes, le gluten et les kilos dans le même ballon rouge

Il y a quelques années de cela, alors que j'avais marqué péniblement le deuil de ma p'tite Dînette et que Loulou présentait quelques symptômes d'un mal-être inquiétant, j'étais allée voir une dame, sorte de docteur de la tête, version soft (comprenez une psychologue).
 
Elle m'avait donné un truc magique, comme aux enfants: vous avez des problèmes? Réunissez-les tous dans un ballon, vous gonflez, vous gonflez, vous fermez et hop, vous le lâchez. Vous le regardez s'envoler, loin là haut, et tous vos soucis avec.
 
Très infantile, mais très efficace sur moi (je pense que j'ai parfois 3, 4 ans d'âge mental, c'est pour ça, je crois).
 
Ce ballon, je l'ai toujours vu rouge, allez savoir pourquoi. Rouge comme la colère que son contenu provoquait chez moi, j'imagine ; rouge, parce que bien voyant...
 
Depuis lors, j'adore souffler dedans. Je m'en donne même à cœur joie et je suis proche du prosélytisme dès qu'un proche se montre un rien angoissé. Tu vas mal? Allez, je te jure, souffle dans le ballon!
 
Un jour, quelqu'un qui prendra la conversation en cours de route m'appellera "la folle de l'éthylotest" et je ne l'aurai pas volé.

Mais je m'égare.
 
Tant bien que mal, j'avais déjà tenté de fourrer dans mon ballon les dix mille vicissitudes qui polluent mon existence. Ça ne rentrait pas. Trop de malheurs, j'imagine (appelez-moi Sophie. Ou Caliméro).
 
Pensez donc: j'étais inquiète pour Tancrède. La cafelière, oui oui, ma cafelière préférée, m'a un peu sauvé la vie (rien de moins) en me confiant son robot, Tancrède, donc, qui avait déjà connu son heure de gloire.
 
Or, je crois que j'ai un mauvais fluide. Après Bobo qui est parti en carafe,  c'est mon antique robot à tout faire qui m'a lâchée le soir même. Et Tancrède, dès notre première collaboration, s'est éteint tout seul. Il était chaud-bouillant, le pauvre, il n'avait visiblement pas aimé la meringue italienne, lui non plus.
 
Forcément, je commençais à stresser pour de bon, à deux semaines de l'examen et encore dix milliards de choses à tester (enfin, à peine).
 
Ma copine Louloutte venait à mon secours avec son robot de compet... néanmoins amputé de son crochet. Damned, pas de pétrissage avec ce pourtant bel artisan...
 
Je démarre une nouvelle collec'... A qui le prochain?
 
Pas découragée, et un rien naïve, je revenais le soir au chevet de Tancrède. Il n'avait plus de fièvre, le pauvre. Alors, je suis arrivée doucement devant lui, et je lui donné de la farine, de l'eau, du lait et tutti quanti pour qu'il me pétrisse tout ça.
 
Docile, il a obéi. Et tac, d'un coup, il a recommencé. Arrêt brutal et fièvre démesurée. Autant vous dire que j'ai fini la pâte à la main et ça tombait bien, j'avais sérieusement besoin de me défouler.
 
Ce matin, j'ai eu un haut le cœur devant les pains au lait, finalement lassée de tant de sucre et de farine. Le gluten a eu ma peau, les amis. Alors, je me suis mise à mes révisions mais je sentais bien que le cœur n'y était pas. Je suis allée façonner mes pains au chocolat et là, devant mon propre spectacle, j'ai réagi.
 
Je ne pouvais plus me contenter de regarder mon ballon prendre son envol. C'était vain et il me fallait un autre échappatoire.
 
Il était temps de réagir.
 
J'ai ôté mon pyjama fariné (oui, honte sur moi), j'ai remis à plus tard la comparaison des avantages et inconvénients du marbre, des ovoproduits et de la table à induction en pâtisserie et je suis allée chausser mes runnings.
 
Ma lassitude, ma cellulite, mon gluten, mes brûlures et moi, nous sommes donc allés souffler un gros coup dans le ballon, en maudissant toutes ces foutues pannes mécaniques qui sabotent vos plans.

J'ai couru, couru, couru, jusqu'à me faire des ampoules (bon, si j'avais pris des chaussettes normales, aussi, j'aurais pu éviter ça. Trop facile).
 
Et vous savez quoi? Ça a marché. Plus d'une heure et demie sous le cagnard (personne ne m'avait prévenue, mais il fait chaud, en fait, dehors), à laisser mes interrogations se cogner les unes aux autres, avant de les laisser, enfin, aller rejoindre le gros ballon...

J'ai même repris mon schéma du germe de blé en rentrant, c'est dire.
 
Si, si, on doit connaître la constitution d'un germe de blé, pour passer le CAP pâtisserie. Et puis celle de l'œuf, aussi.
 
Heureusement qu'on ne nous demande pas de dessiner ce qu'on a dans notre propre caboche. Je ne suis pas sûre que le jury apprécierait un tel fouillis.

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