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mercredi 2 avril 2014

La différence entre chômeuse et chômeuse

Il n'avait pas envie de se lever, ce matin, Loulou.
 
Comme tous les matins, chaque fois qu'il y a école, en fait.
 
Donc, souvent.
 
Sinon, quand on peut dormir, genre, le samedi ou le dimanche, il se lève à 5h26, 6h54, 7h23, ce style de créneaux, vous voyez bien.
 
Il pourrait peut-être bosser à la sncf, un jour, il est bien conditionné.
 
Ah oui, mais non. Je vous disais que tous les autres jours, mercredi compris, il employait la technique de la colle imaginaire : il fait semblant d'avoir les fesses collées aux draps, alors je suis obligée de le décoller du lit, mais comme j'ai un balai persistant dans le dos, ça marche moyen, il rebondit tel un élastique dans la couette et ça finit par le cocktail énervant "dépêche-toi-habille-toi-viens-manger-lave-toi-les-dents-dépêche-toi-on-va-être-en-retard-ton-cartable-ton-cartableeeeeee-un-jour-tu-oublieras-ta-tête-mon-dieu-à-cause-de-toi-je-sors-les-mêmes-rengaines-énervantes-de-ma-maman-quand-j'avais-ton-âge-mais-dépêche-toi-on-va-être-en-retard-dépêche-toi-tu-es-en-retard-bonne-journée-mon-Loulou"
 
Et là, je peux me brosser pour le bisou, "parce que je t'en ai déjà fait cinq ce matin".
 
Ah, ok. Pourtant, j'étais lavée et habillée, c'est ce que je lui ai dit pour ma défense, comme un fait exceptionnel qui justifierait qu'il montre quelques signes d'affection, voire des effusions de joie, envers sa maman chérie.
 
Celle qui le décolle du lit tous les matins. Ah oui. Ça, c'est grave. En plus, il estime que c'est un peu de ma faute, ce rythme infernal, parce que s'il a maintenant école le mercredi, aussi, c'est de la faute de François, et donc de la mienne, parce que j'ai donné ma voix au président, il y a fort longtemps (avant la désillusion, je veux dire).
 
Alors, se lever tous les matins de la semaine, c'est grave, fatigant et un rien injuste, à ses yeux, je le sens bien.
 
"Bah oui, toi, tu travailles pas, tu peux aller te recoucher après, alors que pour moi, c'est trop duuuuuuuur"
 
Là, la fierté - que j'ai retrouvée et qui était cachée derrière madame-la-dépression, tout bêtement - me secoue. Je m'entends dire:
 
"Ah mais non, Loulou, tu te trompes. Certes, je ne vais pas tous les matins au bureau, mais je travaille, sur mon projet."
 
Il dévale les escaliers, se tourne vers moi et, avec son air un rien tête à claques (les hormones, les hormones), m'assène:
 
"Ouais, mais t'es quand même chômeuse!!"
 
Ma fierté hurle, au fond de mon être, et insiste:
 
"Certes, mais ce temps me permet d'avancer sur mon projet, pour avoir un vrai métier ensuite."

(Parfois, je prend un air solennel, on dirait que je veux me convaincre que je suis sérieuse en fait. Il y aussi l'idée que je suis sa maman, pas sa copine, non mais oh, ça va, hein.)
 
Il remonte, visiblement avec une idée en tête, tant il semble déterminé.
 
"Mais alors, je comprends pas, avant (sous entendu, quand tu étais en pilou et ravagée par la dépression), tu étais bien chômeuse?
 
- Oui.
 
- Ben alors, c'est quoi la différence avec maintenant?"
 
Sur ce, il est parti vider le tube de gel sur ses cheveux, parce que les hormones le travaillent et que c'est trop bien d'être coiffé comme un pouilleux au cuir chevelu gras.
 
Moi, je me suis vue dans le miroir. J'étais habillée, et même bien rhabillée pour l'hiver, tiens.
 

samedi 22 mars 2014

Le Moyen-âge du futur

-M'man?
 
- Oui, mon Loulou?
 
- J'aime pas que tu m'appelles Loulou.
 
- Ah oui, c'est vrai. D'accord, Loulou. Tu voulais me dire quelque chose?
 
- (Légèrement agacé) Pourquoi l'Etat, il donne pas des sous aux pauvres?
 
- Euh, ben si, il le fait (ou alors, le RSA et l'ASS, c'est juste pour dire? Gros doute, d'un coup)
 
- Oui, mais pourquoi l'Etat, il considère les pauvres comme une sous-espèce?
 
- Euh... (léger blanc de la maman et de son cerveau, en proie à un vide intersidéral)
 
- Non, parce que, vraiment, m'man, les pauvres, ils sont considérés comme une sous-espèce. C'est fou, ça, j'ai l'impression qu'on va vers le moyen-âge du futur.
 
CQFD, Loulou. CQFD.

mardi 10 mai 2011

Un melon, des polis

Il est en grande forme, Loulou, en ce moment. J'ai l'impression que les vacances l'ont bien retapé. Il cumule les bons mots, rigole à toutes mes vannes pourries (comment ça, il fait son fayot? Ah, mince, je n'y avais pas pensé), vide mon frigo en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire (je me demande s'il n'a pas le ténia), reprend de la tarte à la ricotta en se léchant les babines (le ténia, je vous dis), se regarde dans la glace et se fait rire tout seul avec ses grimaces à trois francs (déjà mégalo, damned). Bon, petit détail, il ne veut plus aller à l'école "parce qu'on y apprend des choses qu'on sait déjà."

Euh, elle est où la valve pour dégonfler le melon, là?

Donc, le matin, c'est la croix et la bannière pour le lever, alors qu'il réveillait toute la maison (c'est à dire... juste moi. Même pas un poisson rouge, tiens) dès 6 heures du mat' pendant la trêve pascale. Mais alors, une fois en route, on ne l'arrête plus. Pour vous situer, quand je le laisse devant l'école à 8h53, j'ai déjà la tête farcie. Mais enfin, globalement, rien à avoir avec une logorrhée, c'est même parfois passionnant, ce qu'il raconte. Ou juste drôle. Y'a du déchet,  j'en conviens. Parfois, c'est même lourd (ça doit venir de son père, ça, forcément;)). Mais enfin, je dois être bon public, il me fait marrer (ah, on me signale qu'en temps que mère, je n'ai aucune objectivité. C'est pas faux). Exemple? Tiens, ce matin.

"Maman, tu sais quelle est la ville où on est le plus poli dans le monde?
- Nan, mon loulou, dis-moi." (Imaginez une mère pétrie d'admiration pour son fils, la voix claire, le regard lumineux, les oreilles affûtées... Nan, je déconne, il est 8h53, je vous rappelle, c'est pas encore tout à fait défriché là-haut à cette heure).

"Bah, Tripoli! On est y trois fois plus poli qu'ailleurs.

... (un ange passe)

"Oui, enfin, tu sais, en ce moment, les civilités là-bas, c'est un peu moyen. Ils se battent, les gens, en Lybie.

- Ouais, je sais, n'empêche qu'ils sont plus polis qu'ailleurs à Tripoli. Trois fois plus."
C'est marrant, pourquoi je suis pas tentée d'aller apprécier tant de savoir-vivre?

lundi 9 mai 2011

De l'usage de la candeur

Complètement engluée dans une retranscription terriblement incompréhensible, j'écoute des gens parler, je crois reconnaître parfois quelques mots, mais globalement, c'est comme s'ils parlaient en serbo-croate. Et j'ai pas pensé à prendre serbo-croate à l'école.

En même temps, ça n'aurait servi à rien, il semble que ces gens parlent français. Mais un français bizarre, avec des revendications dedans, des bouts de phrase qui traînent, des points de suspension qui en disent long, tout ça, le coup agrémenté de sonneries de portables, de feuilles froissées, de commentaires en off, de petits rires en coin.

Un vrai défi.

Je souffre, les amis, je souffre. J'ai bien cru que j'en réchapperai après une petite sieste mais rien à faire, ça m'a juste découragée encore plus.

Alors, soupirant encore et encore, j'ai avoué ma difficulté à Loulou, ce soir, seule oreille disponible.

"J'ai l'impression que j'y arriverai jamais"; ai-je osé, comme s'il y pouvait quelque chose, le pauvre.

Il s'est tourné vers moi et d'un ton évident, m'a asséné un truc mortel:

"Maman, faut croire en toi."

Ah oui, même lui le sait. J'aimerais bien avoir 7 ans et retourner dans la cour d'école, tiens. Et pas uniquement pour apprendre le serbo-croate.

jeudi 7 avril 2011

Jasminade et autres rébellions

OK, OK, je n'assure pas un cachou, je vous parle d'un truc*, genre, viendez, viendez, les gens, sur mon blog, je vais vous raconter des choses et pfffffiou... Silence radio.

...

Vous ne me voyez pas? C'est normal, je suis partie me cacher dans une grotte. Quasi décédée de honte.

Ce n'est pas faute d'y mettre du mien, pourtant, mais voilà, entre les avalanches de mauvaise foi qui s'abattent sur la carte-son de mon ordi, les plantades absolument horripilantes de ce même ordi que je soupçonne de rébellion (une jasminade, peut-être?), tout ça à cause de politicards qui font rien qu'à embêter la Présidente de Région qui se trouve être une sommité de notre monde, mes envies de décéder de chaleur (décidément, je deviendrais pas moitié suicidaire, moi?) en allant courir, envers et contre tout - le soleil, donc, le taf à rendre pour hier - les soirées crêpes parce que fêter la chandeleur en avril, c'est quand même vachement plus drôle et les multiples surprises du quotidien, je vous dis pas, je rêve de voler une heure ou deux supplémentaire à cette journée tellement traditionnelle (non mais quoi, 24 heures, c'est pas une arnaque, ce truc?) que l'on nous impose.

Mais tout se fait, bien sûr, et j'aime cette énergie, ce sentiment d'avoir dix mille trucs en tête, de devoir compartimenter chaque tâche, chaque domaine, pour mieux s'organiser... Le seul truc sur lequel je bute, finalement, ce sont les questions désarmantes de Loulou. En ce moment, il n'arrête pas. Et pourquoi doit-on croire en Dieu (les méfaits de l'UMP et de son ignoble débat sur la laïcité, je ne vois que ça), et en quoi on se réincarne quand on est mort (en montre. Je crois que je ferai tic-tac, tic-tac, aux oreilles d'un, ou d'une, stressé(e) de la vie quand je serai morte. Vengeance. D'façon, vu mon karma, je peux me transformer qu'en animal ou en objet alors, hop, je choisis) et pourquoi il faut toujours se laver, c'est nul, les douches (Loulou serait un gros crado si je ne le contraignais pas à ce rituel hélas, pour lui, quotidien).

Du coup, il me mitraille tellement de questionnements plus ou moins existentiels que j'en perds toute répartie. Et que je songe, deux heures plus tard, à la réponse judicieuse que j'aurais dû lui apporter, au lieu de feinter (allez, finis ton assiette... Allez, va te laver les dents... vous voyez bien). Par exemple, ce soir, il m'a demandé : "c'est quoi, un esprit rebelle?"

"Quelqu'un qui se révolte contre l'ordre établi", ai-je commencé par lui répondre. En sachant pertinemment que j'avais ouvert la boîte de Pandore.

"C'est quoi, l'ordre établi?"

Ah ah.

Là, j'ai sorti les rames et bon, un moment donné, j'ai indiqué la voie la plus raisonnable, celle de son lit. Alors qu'en fait, j'avais juste à lui dire qu'un esprit rebelle, par exemple, c'était faire des crêpes en avril au lieu de les faire là, pile poil à la Chandeleur. C'était choisir de se mettre tout seul dans la mouise juste par connerie, euh, pardon, par esprit de contradiction. C'était courir la semaine pendant que les gens bossent et s'enfermer à taffer le week-end. Parce qu'on a la rebelle attitude ou on ne l'a pas.

En même temps, je ne sais pas s'il aurait bien compris. Cette attitude un peu décalée n'a rien de rebelle pour lui. Sa mère, ça fait bien longtemps qu'il sait qu'elle est un peu zarbi.

* Je n'ai pas renoncé à vous raconter ce truc, mais dans un élan de rébellion, je vais le garder au chaud pour plus tard, tiens. Pff, n'importe quoi.

jeudi 24 mars 2011

Ecole buissonnière

Stupeur ce matin devant l'école : je croise plein de parents.

Oui, et alors? École = parents devant le portail, rien d'extraordinaire, je vous l'accorde. Sauf que d'habitude, on est tous les matins en retard avec Loulou et on ne croise pas grand-monde, hormis la dame qui se colle au péril de sa vie au milieu de la rue pour stopper les automobilistes en nous parlant systématiquement de la météo (oui, elle est multitâches) et d'autres retardataires avec la main du gamin qui semble greffée au bras du parent (indigne, et pas coiffé, le parent, pas le temps).

Alors quoi? Eh bien, le portail est fermé, la cour de récré ne contient aucun morceau d'instit dedans, pas la moindre trace du corps enseignant. Donc, tout le monde poireaute en regardant sa montre, voire en tapant un peu dessus (pour accélérer le temps? Je me suis toujours demandée pourquoi on faisait ce geste sur le cadran de la montre, en plus, y'a risque de rayer le verre, non? Sinon, faites comme moi, vivez sans montre, c'est un bon concept, moins stressant) (mais ça cause des retards récurrents, certes) (et un petit yogging improvisé tous les matins, avec l'hooorrible bruit du cartable à roulettes sur le bitume) (nous pourrions y aller en voiture, certes. Mais trop facile).

Bref, vous l'aurez compris, c'est la consternation, mais que fait le peuple, où sont les instits, ont-ils été irradiés par le nuage nippon ? Loulou se tourne vers moi, les yeux brillants. Je sens qu'il a compris et qu'il va me donner la réponse à ce troublant mystère: "Ah bah, ça doit être comme lundi prochain!"

-Quoi, lundi prochain? (notez le bon français qui me caractérise, de bon matin, le cheveu emmêlé.)

- Ben, c'est férié!

De fait, l'école ferme lundi. Pour grève. Rooh, c'est juste une petite nuance, mais au final, j'aurai bien mon loulou dans les pattes pour me rappeler ma condition de free-lance, censée travailler à domicile entre deux rendez-vous chez le médecin/à la mairie pour l'inscription au centre de loisirs pour 2014/ à Pôle Emploi pour régler un trop-perçu et les jours fériés, donc, de l'Education nationale...

Puisque c'est ça, on ira à la mer lundi. Et si le soleil fait grève, j'lui casse la tête à la récré.

dimanche 13 février 2011

L'idole du jeune

Retrouvailles avec Loulou ce soir. Tiens, il est allé chez le coiffeur. Si ce n'était un épi (dû à mon récent coup de ciseau, pour en finir avec une mèche pleine de chewing-gum, yummy...), la coupe est nickel. Il me regarde et se rend compte que je suis aussi passée au bac. Verdict?

"Ça fait Madonna."

...

Je sais pas comment le prendre;)

jeudi 3 février 2011

Incitation au bikini plan

Avec mon loulou, on a des conversations palpitantes. Thème principal?

Les Pokémon.

Ouais, je sais. Sauf que je me suis rendue compte que le nom de ces cartes a priori insignifiantes (sauf pour le porte-monnaie et l'esprit consumériste de nos chères têtes blondes) est complètement réfléchi (à 36 ans, j'aurais découvert un truc sur les Pokémon... Tu parles d'une histoire) et reflète bien les clichés sur la nature humain et sur la société moderne. Vous avez "grostadmorve", par exemple, assez explicite ("Il est saaaaale, celui-là", me confirme Loulou), lui-même extension de "tadmor" (logique). Et puis, il y a mackogneur.

"Ce qui est bien, avec mackogneur, c'est que le mâle a six bras avec plein de muscles", m'explique Loulou en mimant deux ou trois crochets du droit; "et la femelle a six bras aussi, mais plein de gras!"

Ah, les clichés ont la vie dure...

"Et elle en fait quoi, de ses bras plein de gras", lui demande-je, dans l'espoir (l'illusion) que le gras peut servir à quelque chose (à réchauffer? C'est pas faux) en ce bas monde des Pokémon.

"Bah, à rien, en plus ça lui enlève des PV!"

Non, la mackogneur n'accorde aucun passe-droit à votre dernière pointe de vitesse sur la route. Elle perd des Pouvoirs de vie. C'est quand même vachement bien pensé, non?

Au cas où j'avais un doute sur la légitimité de ma diète, je suis vaccinée. Tiens, où sont mes Special K?

mercredi 12 janvier 2011

L'éducation sexuelle

Lové contre moi, dans la chaleur de la couette, Loulou écoutait ce soir les réponses à des tas de questions que les enfants - mais pas que - peuvent se poser. Le bouquin s'appelle tout simplement " Le grand livre des questions qui questionnent" et ma foi, c'est assez passionnant. Un moment, je prends une page au hasard et je lis: "quand commence la vie?"

Aïe. Je réalise qu'il ne m'avait encore jamais fait le coup de la bouteille de lait. Et qu'il m'a jusqu'à présent épargné l'arnaque du chou-fleur et de la rose. Bon, quand faut y aller...

"Je sais, je sais" hurle soudain Loulou, se dressant aussitôt sur le lit. Sur ce, il baisse son pantalon de pyjama et me dit: "Bon, je vais être obligé de te montrer mon zizi, hein."

"Alors, poursuit-il avant que j'ai le temps de protester, et surtout comme si je n'étais pas au courant du commentkonfaitlesbébés, en fait, y'a une graine dans le zizi, enfin non, enfin, tu vois, ça, c'est mes deux graines, une, une là, une là."

"Non, mon chéri, ça, ce sont tes testicules. Mais tu as raison, elles sont là les graines."

Sans se démonter, il m'explique, joignant le geste à la parole dans une sorte de danse tribale assez hallucinante que le zizi du papa va dans le zizi de la maman, hop hop hop, dépose la graine qui devient un oeuf qui devient un bébé... Tout satisfait, mais néanmoins un rien intimidé, il me regarde en s'interrompant quelques secondes, le temps de cacher son visage empourpré sous la couette avant de remonter à la surface et de conclure triomphalement:

"Et le bébé sort par les pieds!"

"Les pieds?"

"Ben oui, les pieds de la maman, enfin je crois..."

...

Demain, je lui lirai la page sur "Comment résister à un éclair au chocolat?". Je crois que j'aurai plus de répondant.

mercredi 22 décembre 2010

Dommages collatéraux d'une dextermania

Je précise en préambule que Loulou n'a jamais regardé la moindre seconde de Dexter et vous prie donc de raccrocher tout de suite, l'appel à la DDASS est inutile. Un hôpital psy, serait peut-être plus approprié, cela dit.

"- Maman?

- Oui?

- C'est qui ton Dieu?

- Tu sais bien que je suis athée, je n'ai pas de Dieu."

...

(Mine déconfite de l'enfant. Vite, ne pas trop l'angoisser)

"- Et toi, loulou, c'est qui ton Dieu?

- Ben, c'est toi, maman!"

(Mine étonnée mais réjouie de la dite-maman. Vite, lui signifier que je n'ai pas les pouvoirs d'obtenir tous les Pokemon de la terre dans notre maison, au simple titre de ma puissance divine).

"-Ah oui? Je suis ton Dieu? Hum. On n'avait pas piscine, aujourd'hui?"

Un ange passe.

"- Maman?

- Oui?

- C'est quoi un psychopathe?"

(la maman cherche le lien avec la conversation précédente, en vain).

" - Euh, c'est une personne qui veut tuer des gens."

(mine circonspecte de Loulou. Il réfléchit. Vite, insister pour qu'il comprenne.)

" -Tu sais, loulou, un psychopathe, c'est un méchant, un malade mental."

(Loulou regarde maman-Dieu avec un grand sourire).

"- Tu sais, quand je serai grand, je serai psychopathe!"

Pour tuer Dieu-sa mère, peut-être ? Pff, demain, j'arrête Dexter.

jeudi 9 décembre 2010

Parenthèses

Je ne sais pas si c'est de saison, mais j'ai passé ma journée, hier, à enguirlander Loulou. J'ai même songé à le coller, malgré le froid, au foot mais j'ai eu un relent d'humanité (de culpabilité?) et me suis résignée à ce qu'il reste comme un lion en cage.

Chiant.

Sa première dent était tombée et, tel un condamné à mort qui ne croit plus à son amnistie malgré son innocence, il n'a pu contenir sa joie lorsque le dentiste l'a gentiment soulagé. Alors, forcément, derrière, c'était un peu la fête du slip. Et le cauchemar de maman, donc.

Ce matin, changement de programme. Doux comme un agneau, même pas besoin de sortir les rangers ni de promettre le parcours du combattant. Non, à la place du petit démon de la veille, j'avais en face de moi une adorable bouille toute mignonne, émerveillée du passage de la p'tite souris. Il m'a montré, un peu éberlué, le parcours qu'avait dû accomplir la p'tite bête pour grimper jusque sous son oreiller histoire de déposer une pièce (eh oui, finalement, il continue d'y croire, à tout ce bullshit), puis s'est habillé sans multiples relances ni menaces de punition (je suis un exemple d'éducation, je crois. Enfin, de tout ce qu'il ne faut pas faire).

Il m'a même donné la main (rien à voir avec le fait que ça caille dehors).

Du coup, sur le chemin de l'école, je me suis lâchée, sans vraiment savoir si Dolto aurait approuvé:

" Tu es adorable. Tu vois, tu es le Loulou comme j'aime ("que tu sois", pas eu le temps de finir ma phrase, peu châtiée, on est d'accord).

Interloqué, il m'a regardée:

"Comme Jaime? C'est qui, jaime?"

Ahem.

dimanche 5 décembre 2010

Merci la crise

Loulou regarde le sapin que nous venons d'installer.

Enfin, que J'ai installé, vu le poil dans la main monstrueux qui est en train de lui pousser dans la main (Je songe à l'envoyer en camp junior GI pour les prochaines vacances, histoire de lui apprendre la vie).

"Si c'est pas le Père Noël qui offre les cadeaux, c'est les parents", me lâche-t-il soudainement.

J'essaie de rester stoïque - j'aime bien l'idée qu'il y croit encore, à 7 ans, même si j'ai de sérieux doutes sur la question depuis un moment - et je lui demande pourquoi il pense pareille chose.

"Ben, souvent, quand on choisit les cadeaux, les parents disent que ça va faire beaucoup pour le Père Noël", me répond-il, hilare, du genre on-me-la-fait-pas-à-moi,-le-petit-malin.

Un ange passe. Je n'ose plus rien répondre. Il reprend:

"Toi, surtout, tu le dis souvent : Oh, ça va faire beaucoup pour le Père Noël. Tu parles!"

Oui, c'est ça, tu parles.

dimanche 5 septembre 2010

Songes orange

Lu dans le cahier de Loulou:

"Présentation:
Je m'appelle Cassandre B... , j'ai 6 ans. Je suis en CE1.
J'aime le football.
Je n'aime pas la violence.
Je rêve d'être un footballeur."

Lu dans ma tête:

"Je m'appelle la mouette, j'ai bientôt 36 ans, j'ai arrêté l'école voilà, hum, quelques années.
J'aime pas le football.
Je n'aime pas la violence.
Et pourtant, je rêverais d'un punching-ball, là, pour me défouler. Histoire d'évacuer ma frustration, après l'élimination des Bleus."

Voilà qu'elle nous recolle du basket, celle-là. Ça faisait longtemps. L'est pas folle, un peu ?

Non, suis pas folle (enfin, ceci est un autre débat), j'ai beau avoir pris de la distance avec ce monde, on n'efface pas de sa vie près de... 30 ans (!) d'amour pour la balle orange. Et je suis toujours enragée lorsque j'assiste à une telle déroute. Même s'il aurait fallu un exploit, même si le plus fort a triomphé, même si...

J'aimerais tellement que, dans leurs rêves les plus fous, les écoliers s'imaginent basketteurs. Et qu'ils l'écrivent, en s'appliquant, dans leur cahier, la langue relevée et la foi chevillée au corps.

jeudi 2 septembre 2010

Coup de vieux

Certains saluts sont discrets et timides, d'autres plus francs, plus cordiaux. Dans la cour d'école surpeuplée, chacun demande comment se sont passées les vacances, si le rejeton est content de retourner au charbon et si, quand même, c'est pas trop dur la reprise.

La routine.

Je tourne la tête à droite, à gauche, je reconnais la maman de machin et le papa de truc, celui qui s'obstine à ne pas dire bonjour et l'autre qui vous fixe carrément sans daigner baisser les yeux. Je me dis que rien n'a changé.

Enfin, presque. Intérieurement, je songe surtout que tout ça n'est que provisoire, temporaire, que dans deux mois, paf, changement de décor et roulez tambours! Loulou me regarde, interrogateur:

"Est-ce je pourrais dire à mes copains que je déménage?"

Oui, mon loulou, tu peux le dire, ce n'est plus un secret.

Libéré, il court en traînant son cartable vers ses complices. Et en oublie même de me dire au revoir.

Pff, la rentrée n'est plus ce qu'elle était. Même pas une larme.

vendredi 13 août 2010

Roulades dans la Lune



OK, c'est illisible. Je vous la refais:
"Bonjoure* maman (*Ceci n'est pas une faute d'orthographe, c'est le bonjour appuyé, motivé par les quinze jours sans se voir l'un l'autre.)
je m'amuse ici à Oléron
J'ai fait du surf et des roulade(s) dans la dune.
Bisoux (oui, avec un x, bah pourquoi pas, on écrit bien xxx en anglais. Oui, mon fils de 6 ans et demi est bilingue, quoi, comment ça c'est pas crédible?)"
Comme quoi une simple carte peut vous donner le sourire pour la journée.
J'avais lu "des roulades dans la Lune", au départ et, en toute objectivité, j'ai immédiatement pensé que mon fils était le nouveau Verlaine.
Avant de relire, correctement, cette fois (je vous dis pas, il va se coltiner des lignes d'écriture à son retour, non mais).
Bon, Loulou n'est peut-être pas un poète mais sa carte a fait sur mon p'tit coeur de maman l'effet d'une jolie caresse. Ça vaut toutes les proses du monde.

vendredi 16 juillet 2010

Oedipe chez Kookaï

Petite folie, l'autre soir en rentrant du chemin des écoliers (enfin, du centre aéré), j'ai ouvert le compteur des soldes. En passant devant une boutique affichant d'aguicheurs 70%, je me suis laissée tenter. Pas le temps, pas l'argent? Allez, vite fait, un petit tour... J'ai donc poussé la porte, au grand désarroi de Loulou qui aurait préféré continuer à lorgner ses voitures de collection dans le magasin proche.

Je savais que la mission serait compliquée, avec mon asticot dans les pattes. Mais un garde-fou dans une boutique où toute la collection est archi-soldée, y'a pas à dire, c'est quand même très, très utile.

Je vous passe ses pompes à une main (!), ses "Regarde, maman, regarde!", ses petits pas de hip hop sous les yeux mi-amusés, mi-consternés d'une vendeuse, ses roulers-boulers sur le parquet - cela dit, au moins le ménage était fait, vu le nombre de bouloches qui se sont greffées sur le T-shirt de Loulou. Oui, je vous passe les "On y vaaaaaa, mamaaaaaannnn ?" et la très agréable et indispensable ouverture du rideau alors que j'étais en plein déshabillage.

Un vrai bonheur.

Autant vous dire que j'ai fait fissa pour essayer le stock de tissus embarqués à la va-vite dans la cabine. Le verdict est tombé, systématiquement. "J'aime pas!" "J'aime pas!" "J'aime pas!"

Non, rien était au goût de Môôôsieur Loulou. Comme il réalisait que je ne tenais pas compte de ses appréciations forcément des plus sensées, il m'a fixée le plus sérieusement du monde, devant le miroir, fait ses gros yeux et a lancé la sentence:

"Maman, j'aime pas, alors tu prends pas."

Moi, bien déterminée à dépenser mes sous: "Ah oui, et depuis quand c'est toi qui décide?"

Lui, pas perturbé pour un sou : "Mais enfin, maman, j'aime pas ces vêtements-là. Et comme il n'y a que moi qui te regarde, et que j'aime pas, il n'y a aucune raison que tu les achètes!"

...

"Et comme il n'y a que moi qui te regarde..." a-t-il dit, donc.

...

Implacable.

Un peu rude, certes, mais implacable.

Bonjour le coup de massue. Je suis quand même repartie avec... deux pulls et une chèche. Pour les longues soirées d'hiver, tout ça. Parce que d'un coup, je sais pas, j'ai eu l'impression qu'il allait être long, cet hiver, mais loooooong...

mardi 13 juillet 2010

La logique du petit boxeur

Ce matin, Loulou s'est réveillé, tel un boxeur au lendemain d'un K.O. L'oeil gonflé, rouge, salement amoché.

Genre Robert de Niro dans Raging Bull.

J'aurais été bien réveillée, je crois que j'aurais crié. Là, dans le brouillard, j'ai juste réalisé que j'allais devoir revoir le programme de la journée.

Non, personne n'appelle "enfants battus", loulou souffre bêtement d'une inflammation du canal lacrymal. Mais il est quand même un rien défiguré. Et surtout, il a mal. Alors, forcément, qui dit enfant malade dit maman obligée de se triturer l'esprit pour savoir comment elle va pouvoir retranscrire du débat institutionnel pendant huit ou dix heures, comme si de rien n'était.

Loulou a été sympa, il m'a laissé bosser dans ma... chambre. Au début, tout concentré sur les Pokemon et le journal de Mickey, il n'a rien laissé entendre d'un quelconque désarroi.

Et puis, sans doute lassé, il est allé farfouiller dans sa chambre, retrouver de vieux trésors. C'est ainsi qu'il a débarqué dans ma tanière improvisée, pistolet à l'eau à la main, en criant: "Haut les Mains". Sur ce, il m'a tuée. Oui, oui, il m'a tuée. En tout cas, c'est ce qu'il m'a dit.

Devant mon manque de réaction, il a eu l'air désappointé.

"Mais maman, comme t'es morte, tu peux plus travailler, oh!"

C'est marrant, je croyais que c'était l'inverse. C'est pas quand tu travailles plus que t'es mort ?

Je m'y perds, à force.

jeudi 24 juin 2010

Vive la grève

"Mamaaaaaaaaaannnnn?"

Oh, je l'aime pas, ce "maman"-là, signe d'une requête spéciale d'un loulou jamais effrayé par la démesure de ses envies.

"Oui?"

Un "oui" prudent, pas trop concerné, pour tromper l'ennemi. Du style, je fais autre chose mais je veux bien prêter deux secondes l'oreille à tes suggestions particulières.

"On peut aller en Chiiiiiiine?"

Le "Chiiiiiiine" sous-entend le regard implorant, les mains jointes en prière et le léger sursaut d'excitation, lié à l'espoir d'une réponse positive.

"En Chine? Mais enfin, pour quoi faire?"

Notez l'exagération dans la surprise, pour illustrer le surréalisme de tels propos. Genre, "la Chine, et pourquoi pas la Lune?", omettant l'existence d'avions et de voyages devenus possibles depuis, ahem, un bon moment maintenant.

" Pour aller chercher des Archeus."

Le ton est confiant, Loulou commence à y croire.

" Ce sont des Pokemon chinois", me précise Loulou.

Donc, je résume, Loulou, qui reste ce matin avec moi, du fait d'une énième grève de l'école, veut s'envoler à l'autre bout du monde pour aller acheter des bouts de carton (il lit derrière mes épaules et me précise illico : "c'est pas du carton, ce sont des boosters.")

Ensuite, il file dans sa chambre, sans doute agacé par ma mine amusée.

Il revient dix minutes plus tard, non sans s'exploser le genou dans le mur (vive l'arnica), surexcité. "Ça y est, maman, on peut aller en Chine. J'ai battu des bons Pokemon!"

Jouant à la plus maligne, je lui demande:

"Et ce sont aussi les Pokemon qui nous paient le voyage?"

"Ben non, c'est toi qui paies... Enfin, tu travailles d'abord et tu paies."

Vive la grève.

mardi 18 mai 2010

La vérité sort toujours de la bouche des enfants

"Monsieur, je travaille ici depuis vingt ans, laissez-moi vous servir."

C'est l'heure de la traditionnelle histoire du soir et j'ai pris un ton classieux pour mimer l'intonation d'un domestique d'une maison bourgeoise - ou du moins est-ce l'idée que je m'en fais.

"Pourquoi il parle comme ça, le monsieur?" me demande Loulou, à fond dans le récit.

"Parce qu'il est un peu précieux."

"Pourquoi il est un peu précieux?"

"Euh, je sais pas, c'est à force de travailler dans une très belle maison, avec des gens classe, j'imagine que ce domestique a fini par adopter le même ton qu'eux." (on nage en plein cliché, c'est n'importe quoi. Je rame!)

"Et c'est quoi un domestique ?"

" C'est une personne qui s'occupe des travaux de la maison. Par exemple, si nous, nous avions un domestique, il ferait la vaisselle il nous servirait, il ferait les lits..."

Ça y est, Loulou a épuisé le stock de ses pourquoi, je le vois à son oeil brillant : il a compris.

"Ah oui, en fait, ici, c'est toi la domestique!"

En fait, oui.

dimanche 2 mai 2010

Dieu dans les nuages

En voiture, souvent, j'aime bien jeter un oeil dans le rétro et observer, en douce, loulou. Les yeux grand ouverts, il semble happé par le paysage, avec l'envie de ne pas en rater une miette. Parfois, il fronce les sourcils. "Je me concentre", m'explique-t-il, quand il surprend mon regard amusé.

Hier soir, il avait donc les yeux au ciel - menaçant, très menaçant, envahi par de gros nuages noirs - lorsqu'il a failli m'envoyer dans le fossé.

"Heeeeeeeeeeeeyyyyyyy" a-t-il hurlé, "je vois Dieu."

Va vraiment falloir que je songe à lui prescrire des gouttes.

Moi, détachée: "Ah oui, où ça?"

"Ben là, tu vois bien" m'indique-t-il avec son doigt (je lui ai déjà dit que ce n'était pas poli de pointer une personne ainsi, mais quand il s'agit de Dieu, peut-être y a-t-il dérogation)

Moi, rabat-joie : "Hum, je ne vois rien, tu sais, chacun voit bien ce qu'il veut avec les nuages."

Lui, catégorique: "Sauf que là, c'est bien Dieu."

Silence.

"D'ailleurs, c'est lui qui m'a donné des super-pouvoirs."

Moi, dubitative: "Ah oui, lesquels?"

Lui, comme si c'était une évidence: "Par exemple, je suis le maître du temps. Je peux changer la météo"

"Ça tombe bien, faudrait que la pluie cesse, là."

Il fronce les sourcils, signe de sa concentration extrême. Je prends un rond-point, je sors, et, coïncidence amusante, il ne pleut plus. Loulou jubile.

"Tu vois?" ajoute-t-il, très fier.

"Tu en as d'autres, des super-pouvoirs comme ça?" poursuis-je, intéressée.

"Oui. Tu veux quoi, par exemple?"

Je réfléchis, avant de lui lancer le défi ultime :"Tu pourrais me trouver un travail?"

Il fronce de nouveau les sourcils, tente de se concentrer.

"Là, ça va être vraiment plus difficile."

Loulou voit Dieu dans les nuages, peut changer la pluie en soleil. Il est souvent dans la Lune, mais est réaliste: sa maman ne va pas se caser comme ça, juste sur l'un de ses coups de pouce célestes.;)