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mercredi 9 juin 2010

De l'art d'être manipulé (avec glamour. Ou pas)

Coup de fil, un jour gris d'automne. Mon chef me demande si, à tout hasard, ça ne me dirait pas d'aller à Saint-Jean-de-Luz le week-end prochain, "parce que, tu comprends, Nike veut inviter un des journalistes du magazine et personne n'a envie d'y aller."

C'est sa délicatesse qui définit le mieux le personnage. Mais passons, je serais hors-sujet.

L'idée, c'est de se faire un vol Paris/Biarritz, d'aller jusqu'à Saint-Jean-de-Luz, de dormir dans un hôtel thalasso réputé et de cumuler les sorties, entre 4x4 dans le Pays Basque et cidrerie en Espagne. Et de parler, entre deux séances de spa et un petit tour sur le port, de basket et de ses perspectives.

C'est l'abnégation qui me définit le mieux. Le sens du devoir, que dis-je, du sacrifice. Bon, OK, j'allais me dévouer.

La pauvre vie, je vous jure.

Sur place, on a effectivement discuté de basket, entre deux repas gastronomiques, une virée au hammam et une beuverie dans une vieille auberge, de l'autre côté des Pyrénées. Soyons honnête: cette convivialité, si elle s'est avérée réelle, n'était que manipulation pour tenter d'amadouer le faible journaliste, accueilli dans sa chambre à 200 euros, surpris et comblé par les tenues Nike nonchalamment déposées sur le lit.

Après ce week-end ma foi fort agréable - et tous frais payés, y compris le taxi entre mon domicile et la gare, que ma boîte aurait normalement réglé- autant vous dire que j'aurais dû me taire: mon chef, attentif à mon concert de louanges, se réserva ensuite ces fameux séminaires, se payant régulièrement une petite tranche de sports d'hiver à l'oeil.

Et rapportant une doudoune qu'il continue de porter - je l'ai vue cet hiver encore, lorsqu'il m'a croisée dans la rue en m'ignorant - mais passons, je serais hors-sujet (et un peu rancunière, j'imagine).

Je vous passe les soirées dans les boîtes branchées de Paris, organisées par ce même annonceur, où je me suis sentie comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Mais enfin, j'ai côtoyé du people, je vous le dis. Et le people est de la race des pique-assiettes de compet', l'open bar l'attire comme une journaliste tourne de l'oeil devant un carton presse pour les soldes privées- j'y viens, j'y viens.

La contrepartie, l'équipementier l'attendait forcément. Pas facile de dire du mal, après s'être fait rincer... Je n'ai pas eu trop de cas de conscience dans la mesure où, derrière les paillettes, un homme chargé du marketing se donnait corps et âme pour sa boîte, pour le basket aussi. Les événements organisés et le message véhiculé servaient la cause de Nike, certes, mais n'étaient pas dénués d'intérêt, bien au contraire. Il fallait voir les étoiles dans les yeux de ces centaines de jeunes participants, s'éclatant à la Halle Carpentier, à Paris, fiers comme des paons d'être observés par des scouts américains. Le raconter, c'était l'évidence même pour moi, sans être dupe, une fois encore, de l'opération marketing qui était derrière de telles initiatives.

Hormis ce trip de folaïïï dans le Sud-Ouest - région chère à mon coeur qui plus est - et ces virées nocturnes totalement indécentes et hors de propos avec l'attitude digne d'une journaliste sportif, je peux faire le compte des pots-de-vin. En quinze ans de journalisme, j'ai reçu des pansements, des huiles essentielles, un soutien-gorge pour le sport, des T-shirts tout moches et trop grands, des bouquins de qualité inégale, quelques DVD - toujours sur le sport, pas du Woody Allen ou le dernier des Frères Coen - des jeux-vidéo, sachant que je ne dispose d'aucune console, deux, trois CD bien pourris, des badges et des autocollants Converse, une paire de pompes casse-genoux...

Ah oui, j'allais oublier le plus glamour: une pommade anti-hémorroïdes.

Ouais, je sais, grosse classe.

Au moment de l'affaire Botton, je n'en menais pas large: sûr qu'après PPDA, c'est moi que la Justice allait épingler.

Si j'étais régulièrement chargée de la rubrique Conso ("Personne d'autre ne veut s'y coller" pensait très fort mon chef), je crois bien que pour me faire rincer, je me suis un peu trompé de domaine. J'aurais dû viser la mode, histoire de remplir ma salle de bains de crèmes miracles et mon dressing de robes Isabel Marant. Là, pas d'histoire de cartons pleins à partager entre collègues hystériques. Mes camarades se souciaient peu de récupérer cette crème anti-hémorroïdes dont je ne savais que faire.

Bon, pourquoi je vous parle de tout ça? A cause (grâce ?) d'un édito, publié ce mois-ci dans Glamour, un magazine girly et futile que j'aime bien, j'avoue (Ah, pitié, ne me flagellez pas, j'aime les choses qui ne font pas mal à la tête) et que vous pourrez retrouver ici, sur un blog que j'affectionne particulièrement pour son ton décalé.

Pour résumer, la dame, elle est un peu aigrie et vénère que les blogueuses mode, ces nanas qui n'ont fait ni études dans la fashion, ni dans le journalisme, puissent attirer à ce point les régies pub et détourner les sous des annonceurs, sans aucune légitimité - sinon celle de plaire à un lectorat friand de spontanéité, de fraîcheur et... de gratuité aussi (je reviendrai là-dessus dans un post futur. Demain, sans doute). La réponse des "accusées", ces "blogueuses influentes", n'a pas tardé: chez Violette, donc, mais aussi chez Deedee et, celle-ci particulièrement bien tournée, de "Cachemire et soie."

Le flot des commentaires n'a cessé, depuis ces parutions, et j'ai été assez sciée de l'image que la presse véhiculait chez les lectrices lambda. En gros, un titre de presse féminin qui critique le côté très "marketé" des blogs, c'est un peu l'hôpital qui se fout de la charité. Pas faux, tant l'espace publicitaire domine l'ensemble des magazines - Au moment des "spécial mode", on en est presque à chercher les articles, les vrais, je veux dire. Oui, c'est vrai, les marques "achètent" les rédactrices en les alimentant en produits, les incitant ainsi à évoquer les nouveautés.

En même temps, parler des derniers fards ou de la crème solaire ultime, c'est un peu le fonds de commerce de tous ces magazines. Sans les faire passer pour des PAM (pétasses à mules, comme les a appelées dernièrement, de façon un rien condescendante, Télérama, évoquant les femmes, ces décérébrées, qui aiment les Grazia et autres nouveaux Be), sans les faire passer pour des PAM, disais-je, les rédactrices mode qui sévissent dans Glamour, par exemple, ne courent pas forcément après le Prix Pulitzer (davantage après la dernière paire de Jimmy Choo qui vient de leur passer sous le nez, à cette vente presse, peut-être?). Et ce, même en supposant qu'elles approfondissent certains sujets (le bio est-il vraiment bio? Quels effets le paraben a-t-il réellement sur notre santé? Quel est l'impact, à long terme, de régimes carencés? Voyez le genre...).

Pourquoi, alors, certaines lectrices s'offusquent-elles des méthodes existantes dans la presse féminine où, de fait, pour sortir un canard de 200 pages avec couverture glacée à 2 euros, l'appui financier des annonceurs est indispensable? Paradoxalement, la désertion des espaces publicitaires dans les pages d'un magazine signe la mort, ou peu s'en faut, de ce dernier. A moins d'avoir les reins solides, évidemment, ou un fichier d'abonnés tellement conséquent que la trésorerie reste positive.

Alors, oui, les attachées de presse qui appellent, voix plus mielleuse que jamais, ne le font pas juste pour prendre des nouvelles. Si elles tutoient d'emblée leur interlocuteur, parlent en finissant toutes leurs phrases par "eeeee" ("Bonjoureeeee, c'est Karineeeeee, de l'agenceeeee...") et affichent un sourire coincé en permanence, c'est pour tenter d'établir cette connivence indispensable avec le journaliste qui va servir la soupe. Souvent, parce que les produits proposés sont alléchants, le ou la scribouillard(e) se laisse tenter, dans un élan vénal très humain. On met les valeurs de probité et d'éthique de côté, parce qu'après tout, les avantages en nature, ça n'a jamais tué personne.

Aujourd'hui, la rédactrice en chef de Glamour dénonce ces pratiques chez les blogueuses, sans balayer devant sa porte, largement ouverte sur le publi-rédactionnel. Ces pratiques sont également très courantes dans le secteur automobile, où les journalistes sont invités, tous frais payés, à essayer la dernière merveille d'un constructeur en Australie ou au Brésil. A vrai dire, on pourrait multiplier les exemples. Mais faut-il pour autant discréditer à ce point TOUS les journalistes?

J'ai beau être sortie de ce "sérail", j'ai beau réaliser à quel point mon avenir dans le journalisme me semble aussi hypothétique que la compétence réelle de Christine Boutin à conduire une mission chèrement rémunérée (mais passons, je serais hors-sujet), je ne peux lire ces clichés sans réagir. Cela ne changera pas grand-chose à l'affaire - je ne suis pas une blogueuse influente et hormis pour recevoir un aller-retour gratos à New York (ben quoi?), je n'en ai cure - mais peu importe, je rétablis une vérité: tous les journalistes ne sont pas achetés. Je n'ai jamais été couverte de cadeau.

Et autant vous le dire: je n'ai jamais fait la promotion de la crème anti-hémorroïdes. Oui, vous pouvez admirer ma droiture.

A vrai dire, j'ai fini par jeter le tube: il était périmé.

samedi 6 février 2010

La vie des autres

Dans ma vie d'avant, entre les interviews "chicken or pasta" (des trucs bidons où on demande aux basketteurs de se dévoiler, au travers du fameux questionnaire de Proust) et les sempiternelles questions du genre "alors, ce match", il y a un exercice que j'adorais. Le "moi je", où une personnalité se racontait, telle qu'elle était et pas seulement en expliquant pourquoi elle préférait Halle Berry à Angelina Jolie.

L'idée, c'était d'être un simple relais entre la personne, son histoire et les lecteurs. Écouter, retranscrire, sans chercher à faire des effets de style. Rester fidèle au récit.

J'adorais ça. Nous essayions, dans la mesure du possible, de nous tourner vers des personnes au profil atypique, ou qui avaient connu un bouleversement dans leur vie. Histoire d'avoir un peu de relief, de donner à découvrir une autre facette que le sportif (ou la sportive) que les gens avaient l'habitude de côtoyer.

Il y a eu quelques chocs. Je me souviens notamment d'un joueur, Fred N'Kembe (je peux le citer, son histoire est connue dans le milieu du basket), me racontant comment il avait évité le viol en prison. Le titre me revient encore en mémoire. "J'étais comme une bête". Emprisonné après avoir menacé d'une arme (de défense, pas une vraie comme chez les cow-boys) un automobiliste, le jeune homme a vécu un cauchemar. Interpellé de façon brutale, il s'est retrouvé derrière les barreaux, y passant trois mois - si mes souvenirs sont bons. Encore traumatisé au moment où je suis venue chez lui recueillir ses propos, il s'est lâché, sans chercher à jouer les héros. Je savais ce que je devais faire: l'écouter. Simplement ça.

Je me souviens aussi de Samuel Nadeau, autre basketteur atypique, qui aura connu une carrière tumultueuse, retenu prisonnier dans une maison aux Etats-Unis, privé de passeport, et qui n'aura jamais pu exprimer son potentiel ensuite. Trop cassé. Dans son appartement à Vichy, il avait lui aussi décidé de se livrer, sans fards, et j'avais ressenti, de la même façon, ces frissons envahir mon corps soudain congelé.

A vrai dire, leur histoire était si forte que je me suis interrogée sur une possible mythomanie. Mon rédac' chef m'avait même conseillé de conserver l'enregistrement. Le doute restait prégnant pour N'Kembe. J'ai fini par supprimer les passages trop douteux, parce que je n'avais aucune possibilité de vérifier ses dires. Or, travaillant pour un journal, avec cette volonté de diffuser de l'information, il était hors de question de véhiculer des affabulations. Néanmoins, la confiance était là. Le récit paru était fidèle à ce qu'il avait pu raconter.

Il y a eu d'autres histoires, graves ou plus légères, avec à chaque fois ce bonheur immense, celui d'arriver chez la personne, dans son environnement, de s'installer et d'écouter. Le tête-à-tête avait quelque chose de déroutant, à chaque fois, car l'interviewé prenait conscience qu'il ne pouvait pas faire semblant, qu'il allait devoir dire sa vérité - et non la vérité, nuance de taille. J'ai découvert des personnes épatantes, authentiques. Certaines prenaient même la peine de m'appeler ou d'envoyer un texto, après la publication, pour me dire combien elles avaient été touchées.

Même si cela fait plaisir, je n'en tirais aucune gloire. J'avais bien conscience de ce qui les avait réellement touchées : elles avaient posé un regard sur leur propre parcours, tout simplement et cela les bouleversait. Le fait de lâcher ainsi des choses si personnelles tenait de la thérapie.

Et c'est justement ainsi que Nicole envisage les choses.

Nicole? Je vous parlais de grand écart, l'autre soir... Après la matinée follement excitante à démarcher les restaurateurs, je suis de fait partie à la campagne, pour démarrer un nouveau projet, totalement étranger aux fourneaux.

Nicole veut raconter sa vie et en faire un livre. Lorsqu'elle m'en a parlé, j'étais plutôt enthousiaste, car j'adore l'idée d'être nègre et j'ai bien l'intention d'entamer des démarches dans ce sens. Pourtant, une partie de moi demeurait sceptique. N'a-t-on pas tous la sensation de vivre des choses extraordinaires, parfois, qui, racontées aux autres, deviennent fades et sans saveur? Nicole avait-elle l'impression d'avoir une vie hors du commun ou cette vie-là l'était-elle vraiment?

Après une séance, je sais qu'elle n'a pas eu une vie ordinaire, de fait. La difficulté, c'est maintenant d'aller au delà du factuel et de s'aventurer dans les méandres de son moi, avec la part d'ombre que celui induit. Elle le voit comme une thérapie? A elle, alors, d'accepter de lâcher des biscuits, pour que le fil de son histoire devienne clair comme de l'eau de roche, dans mon esprit. Je n'aurai pas ensuite à juger. Je serai son scribe, voilà tout. Pour l'instant, on a survolé sa drôle d'existence, tandis que je sentais des verrous sauter et d'autres freins ralentir, dans le même temps, le flux de ses paroles.

Il y a un bon signe, en tout cas. J'ai ressenti le froid envahir mon corps, alors qu'elle parlait. Cette congélation express, si elle n'est guère agréable, me permet d'attendre le prochain rendez-vous avec une certaine curiosité...

lundi 31 août 2009

Ôde au basket

Je radote, oui, mais c'est la première fois que je ne reprends pas le chemin de l'école (enfin, là, ça remonte) ou du bureau et j'avoue que cela m'angoisse un rien. Depuis la semaine passée, les routes se sont remplies de gens tout-bronzés-tout-stressés, anxieux à l'idée de reprendre le taf et les habitudes. Et, alors que j'ai toujours tout fait pour éviter cette déprimante routine, je me surprends à écouter avec envie les témoignages de ceux qui ont retrouvé leur vie de tous les jours.

Voilà un an, j'avais une boule d'angoisse mais à vrai dire, le rythme, infernal, avait déjà démarré. C'était la course pour tout, la moindre minute était comptée, on parlait de rentabiliser le temps au maximum, quitte à s'épuiser très vite. Trop vite.

Cela faisait quatorze ans que je vivais les affres de la rentrée dans ce magazine. Beaucoup de stress, un tas de coups de fil à la dernière minute, des corrections à tire-larigot, quelques coups de gueule, d'immenses soupirs de soulagement à chaque fin de bouclage... L'année passée, pourtant, quelque chose s'était cassé. Nous avions été rachetés par nos concurrents et tout avait changé. L'impression de n'être plus qu'une vache à traire de l'info. La sensation d'avoir mis les pieds dans un engrenage infernal où l'idée de prendre UNE journée de répit équivaudrait à une quasi-démission. Des sandwiches avalés à la va-vite devant l'ordi, les miettes sur le coin du bureau et l'oeil hagard traduisant toute l'incongruité de la situation.

Je n'ai jamais voulu cette fin. Mais elle était inéluctable. En regardant l'équipe de France de basket se qualifier pour l'Euro, hier, j'ai songé à quel point j'avais pris le large par rapport à ce petit monde, malgré mon intérêt, sinon intact, au moins certain pour la balle orange. Je ne pensais pas que l'on pouvait s'éloigner ainsi de sa passion, laisser la vie reprendre ses droits sur les priorités d'hier.

Sans doute parce que je suis une femme, on doutait parfois de mes compétences dans le domaine, de mes connaissances réelles, sur le basket masculin, principalement. A vrai dire, j'avais fini par mettre cela de côté, pour m'épanouir dans ce que j'aimais faire. Ce qui m'intéressait, c'était d'en savoir davantage sur l'homme, derrière le basketteur. Sur la capacité, aussi, à se transcender ou à rebondir, lorsque le joueur perdait pied.

J'aimais aussi partir, un peu à l'aveuglette, rencontrer les hommes et les femmes qui aimaient ce sport, au point de lui sacrifier des vacances. J'en ai gardé des liens enrichissants, sincèrement. Je les admire aujourd'hui d'autant plus que, de mon côté, je me suis éloignée des terrains, en jetant simplement un oeil curieux, sans chercher, comme auparavant, à creuser côté coulisses.

Je ne regrette rien. Cela ne servirait pas, de toute façon. Simplement, l'envie d'écrire, le bonheur d'avoir ce lien privilégié avec de belles personnes, la possibilité d'aller à droite, à gauche, avec une liberté de mouvement inestimable, j'avoue, cela me manque.

J'ai tourné une page. Et, au moment d'en tourner, peut-être, une autre, je réalise à quel point le sentiment d'inachevé - que j'avais chassé lorsque j'ai quitté le magazine - me rattrape insidieusement.

Je croyais avoir fait le tour mais il y avait encore tellement de choses à découvrir, à ressentir, à raconter que je rends les armes: tel que je l'ai vécu, le basket me manque.

jeudi 6 août 2009

Idéalisme

De France, on ne se rend pas compte à quel point Tony Parker est célèbre.

A l'occasion du All Star Game à Houston en 2006, je me souviens être sortie récupérer mes bagages à l'aéroport texan, accompagnée de... maman Parker, qui avait pris le même vol. Je la connaissais un peu, pour l'avoir déjà croisée par le passé et, à vrai dire, avec son stetson, ses tiags et sa longue tignasse blonde, elle ne passe pas inaperçue. Bref, au moment de reprendre les valises sur le tapis roulant, un douanier est arrivé, suspicieux, s'attardant sur les sacs de la maman. Laquelle a commencé à paniquer: elle avait amené, en douce, du chocolat et surtout du foie gras, hautement banni à l'importation outre-Atlantique.

Et là, on a commencé à parler de Tony, que nous allions le voir au All Star Game, à Houston, avant de retourner avec lui à San Antonio (enfin, elle, moi, je filais ensuite à Phoenix). Un rien stupéfait, incrédule, surtout, le douanier nous a dévisagées.

"C'est la maman de Tony Parker", me suis-je lancée

"Really?"

Il était baba. Il nous a posé tout un tas de questions et il a compris que l'on disait vrai. Il a rayé la petite annotation qu'il avait inscrite sur la fiche de la maman, laquelle, au lieu d'être fouillée comme il était visiblement prévu, a filé avec son foie gras. Limite si le douanier n'allait pas lui réclamer un autographe.

Globablement, la NBA s'avère un bon filon pour se mettre dans la poche les douaniers, mais aussi les taxis, les commerçants, les hôteliers... Vous dîtes que vous êtes là pour couvrir un événement de la ligue américaine et hop, c'est un véritable sésame. Tous rêvent d'assister à un match de basket, ou d'y retourner. Car malgré la quarantaine de rencontres à domicile, chaque saison, ils ne sont pas si nombreux à pouvoir aller régulièrement applaudir leur équipe préférée. A 60 dollars la place, souvent, multipliés par le nombre de membres familiaux mais surtout additionnés du passage à la boutique du club et, évidemment, de l'orgie de junk-food avalée, c'est un véritable luxe que de poser ses fesses dans une salle américaine.

Je m'égare. Donc, disais-je, si aux States, Tony Parker est une star, je ne saurais vraiment dire comment il est perçu, en France, tant le basket est relégué loin derrière le foot, le rugby - entre autres. Nul n'est prophète en son pays...

Alors forcément, le voir aujourd'hui se battre vaille que vaille pour défendre les couleurs nationales demeure rafraîchissant. Voilà un milliardaire qui revient fissa endosser un short et un maillot, malgré tous les obstacles, les fiascos de la sélection, malgré sa mise à l'écart, parfois, malgré la NBA, surtout. Il raccourcit ses vacances - qu'il pourrait passer à St-Barth, loin du tumulte, seulement zoomé par quelques paparazzi - pour tenter d'exaucer son rêve de gosse.

Cela ne rendra peut-être pas le basket plus populaire, certes. Mais c'est une idée qui me plaît bien, ça, qu'un type qui a tout puisse rester un idéaliste dans l'âme.

Tipi

Quelle chaleur, mercredi soir! Et pas seulement parce que le thermomètre s'emballe depuis peu, non. Je me suis sentie suffoquer devant ma télé, tout bêtement. Pour les non-initiés, c'était en effet le début des qualifs de la dernière chance, pour disputer le championnat d'Europe de basket. La France a péché, à de multiples reprises, pour tout un tas de raisons - à commencer par une incompétence notoire des big boss de la Fédé. Et si les Bleus ne disputent pas l'Euro, en septembre prochain, ce sera le plus gros gâchis de l'histoire du basket français. Lequel sport n'a pas besoin d'une telle pub pour finir de s'enterrer, hélas.

Bon, je mets fin au suspense, la France a fait le métier et réussi à battre l'Italie, son plus gros rival, sur les terres transalpines. Et le plus fort, c'est que l'équipe a montré pas mal de ressources, malgré l'absence de son leader, Tony Parker.

Tony Parker. Mais si, vous savez, le mec qui fait la pub pour Kinder Bueno, l'air ahuri devant le distributeur? Siouplaît, j'aime trop les kinder et j'arrive pas à les attraper... Non?

Ben alors, le p'tit gars qui tente de rapper ? Balance, balance-toi... ? Toujours pas?

Le mari d'Eva Longoria?

Ah, ça y est, vous y êtes. Bon, le joueur, on aime ou on n'aime pas mais son dévouement pour l'équipe nationale est sans faille. Chaque fois qu'il a pu le faire, il a rejoint l'équipe de France, s'est montré souvent héroïque et a toujours clamé qu'il voulait terminer sa carrière sur une médaille d'or, avec les Bleus, entouré de ses potes de toujours.

Cette fois, il y a eu un hic : une entorse bénigne. Au début, il a juste été dispensé des matches de préparation, mais on pensait tous qu'il serait d'attaque pour disputer le premier match de ce tournoi de "rattrapage" - le plus important, en passant. Sauf que le jeune homme est employé par un club NBA et que les Américains, qui aiment bien savoir pourquoi ils paient leurs salariés - et qui, surtout, continuent de se comporter comme s'ils étaient les maîtres du monde - ont exigé que TP rentre aux Etats-Unis pour que le médecin des San Antonio Spurs vérifie la nature du mal. Genre, vous vous cognez douze heures de vol jusqu'au Texas, pour vous entendre dire que, de fait, vous souffrez d'une... entorse bénigne. C'est vrai que la médecine française en est à ses premiers pas... Bref. Tony a eu le feu vert mais n'a pu prendre part à la première rencontre. Cela aurait pu être fatal aux Bleus, si l'audace des p'tits jeunes n'avait pas fait la différence.

Pourtant, Parker, aussi milliardaire et coté soit-il, ne peut que s'incliner lorsqu'on lui intime l'ordre de rentrer. L'arrogance américaine, Tony y est habitué, après tout, étant lui-même mi-frenchie/mi-yankee. D'ailleurs, ça me rappelle quelques lointains souvenirs...

La première fois que je l'ai rencontré, je devais réaliser une interview de ce jeune Français qui assurait à la terre entière qu'il allait réussir en NBA - alors qu'il jouait relativement peu dans son propre championnat, finalement. Un stagiaire d'alors m'avait accompagnée et comme le Hamster - surnom du stagiaire, cherchez pas - était fort motivé, je lui avais proposé de préparer quelques questions, au cas où.

Nous sommes donc arrivés chez Tony, porte de Saint-Cloud, qui nous a ouvert la porte en traînant des pieds, chaussettes blanches dans les tongs, la démarche chaloupée et nonchalante. Le ricain dans toute sa splendeur. Les clips de MTV passaient en boucle sur la télé dernier cri. Sa copine d'alors semblait un rien gênée, à vrai dire, de cette attitude légère, et tentait de rattraper le coup par un accueil des plus chaleureux.

Nous avions devant nous un grand gamin de 17 ans qui se la jouait à la one-again et, à vrai dire, j'ai vite écumé les questions. Pour tout dire, je me suis même sentie en complet décalage, comme si j'avais pris d'un coup vingt ans dans les dents. J'ai fait un signe au Hamster, pour qu'il prenne le relais. J'étais dépitée, Tipi se targuait d'une confiance sans limite en lui-même, mais manquait clairement de naturel.

Nous sommes sortis, le Hamster aux anges, moi déçue. Cette sensation mi-figue, mi-raisin, je l'ai ressentie à de multiples reprises, chaque fois que j'ai re-croisé Tony Parker. Alors que je ne m'attendais plus à rien, il m'a bluffée lors de notre entrevue suivante, montrant beaucoup plus d'intérêt. Puis, de nouveau branché sur courant alternatif, il n'a même pas cherché à réfréner ses bâillements.

Lors de son premier All Star Game, où il avait de quoi frimer au milieu du gratin de la NBA, il avait pris le temps de prendre quelques nouvelles. Au suivant, il a esquivé toute la presse française. Lors de ses dernières finales NBA, dont il a fini MVP (meilleur joueur, excusez du peu!), il répondait systématiquement aux questions de ses compatriotes de journalistes, avant de se tourner vers toutes les caméras nationales, et les types de CBS nous regardaient toujours de travers, comme si nous avions commis un crime de lèse-majesté.

A la fois très mature et très juvénile, Tony n'a pas hésité à faire poireauter pendant des heures un tas de fans venus écouter son (mauvais) rap, lors d'une soirée grotesque à Houston, n'arrivant que très tardivement aux côtés de sa tendre et chère Eva. Mais, sensible aux critiques négatives qui lui sont revenues aux oreilles, il nous a tous "convoqués" dans les vestiaires, nous les scribouillards français, à quelques minutes de jouer le All-Star Game.

A suivre...

samedi 4 juillet 2009

J'ai retrouvé la dame au cochon!

En attendant de vous raconter si j'ai été touchée par la grâce (ah ah), je ne peux m'empêcher de vous offrir une photo, la première sur ce blog (ça se voit, la mise en page est d'anthologie. Cliquez dessus pour zoomer), prouvant que je ne suis pas une mytho et qu'une dame peut se balader avec un cochon dans les rues de Salt Lake City, sans que personne n'y trouve à redire...

Et sinon, bienvenue aux lecteurs de l'excellent basquetebol.org, qui seront certainement déçus en découvrant que ce blog ne traite pas (que) de basket. Nul n'est parfait

Jojo in Paris, ou comment je suis restée baba

Ce qui est bien avec Michael Jordan, c'est qu'il fait l'effort de venir et je l'ai ainsi vu à deux reprises, en France. Oui, bon, OK, ce n'était pas (que) pour moi mais c'est l'intention qui compte, non?

Après notre courte entrevue en juin 1997, Jojo venait donc à Paris en septembre de la même année. Jouant les pots de colle à outrance, je l'avais suivi partout, des lattes de Bercy au studio de Canal +, où il avait été invité pour l'émission "Nulle Part Ailleurs". Les Américains qui viennent visiter notre jolie capitale sont tous les mêmes. Sauf Mike. Malgré son statut d'icône, il reste très humain, sensible et attentif aux autres. Ou du moins, c'est un excellent comédien. Lors de sa venue avec les Bulls, à l'occasion du tournoi Open McDonald's - qui réunissait ténors européens et champion NBA, sur le Vieux Continent - il avait bluffé toute l'assistance, sur et en dehors du terrain.

Neuf ans plus tard, mon chef vient me voir et me parle d'une rumeur persistante: Michael Jordan viendrait à Paris. Je dois relater l'événement. Mais Jojo, il ne joue plus, oh! Si c'est pour parler de ses frasques conjugales, ses affaires foireuses ou sa passion nouvelle pour la moto, je ne vois pas l'intérêt. Bon, évidemment, je vais y aller, j'ai ma conscience professionnelle, bien sûr, et ce n'est pas du tout pour le simple plaisir de le revoir que je me vais finalement accepter de me rendre à quelques encablures des Champs-Elysées, dans le fastueux Palais Ledoyen. Non.

La rumeur se confirme mais chut, il ne faut pas l'ébruiter, il y a une liste réduite d'invités à cette conférence de presse. Je suis une VIP, je suis une VIP! J'ai soudain plein d'amis qui veulent m'accompagner. Désolée, les gars... Moi qui croyais que Jordan avait quasiment viré dans la catégorie has-been, me voilà bien obligée d'admettre qu'il fascine toujours autant.

En arrivant dans ce fameux palais, j'en ai d'ailleurs la confirmation. Le contraste est saisissant entre l'ambiance feutrée que confère un tel endroit et l'effervescence palpable. Vieux roublards ou jeunes Rastignac, les journalistes présents, triés sur le volet je vous le rappelle, sont excités comme des puces. Il y a ceux qui ont déjà eu affaire à Mike et qui la jouent blasés, mais qui, intérieurement, sont en pleine ébullition. Et les autres qui ne cachent même pas leur exaltation à rencontrer, enfin, l'idole de leur jeunesse. En vrai. A l'intérieur, c'est la folie, on dirait les finales NBA, avec des caméras partout. Le pire, c'est que tout le monde se contrefout de la raison qui amène la star à Paris. Seule sa présence compte.

Je retrouve des confrères, on s'installe et on discute en attendant l'arrivée de Mike. Souvent, dans ce genre de retrouvailles, entre deux bouclages, les scribouillards aiment à se plaindre, entre eux, l'horaire, le lieu, la personne... Là, tout le monde est heureux. L'ambiance s'avère on ne peut plus dissipée, quelques dizaines de minutes plus tard.

Soudain, un frémissement.

Jojo est là. Silence. Question look, c'est un peu la cata, avec son costard à gros carreaux blancs, les boutons de manchettes dorés, l'énorme montre bling-bling et sa cravate orange. Pour le reste, il n'a rien perdu de son aura. OK, il a un peu empâté depuis sa retraite, trois ans plus tôt. Cou épais, traits plus marqués, rides visibles, Jordan a 43 ans. Mais il lui suffit de sourire pour embarquer toute l'assistance. Je le revois encore, à se passer sa si célèbre langue (pour les néophytes, il la sortait quand il partait au dunk) sur les lèvres, l'air mutin, nous regardant, amusé.

J'avoue, je n'ai pas retenu tout son discours sur la marque qu'il venait promouvoir. Comme les autres, j'étais simplement conquise devant tant de charisme - et après tout, je venais pour écrire un papier d'ambiance, pas pour lui servir la soupe. Mais je n'ai pas manqué l'occasion de lui parler, enfin. Fébrile, j'ai levé la main. "Yes ?" qu'il m'a fait, fixant son regard dans le mien. J'ai lâché ma question, il a souri, y a répondu, j'ai vite fait jeté un oeil dans la salle, regardé Mike et, sentant son approbation, hop, osé une deuxième. Je ne vous explique même pas, une vraie midinette, mais genre, sérieuse, concentrée sur les dires de Jojo. Mes questions étaient insignifiantes mais rien que de lui parler, je sentais mon coeur battre à tout rompre.

Voilà, c'est ça l'effet Jordan. C'est unique. J'ai eu la chance de rencontrer beaucoup de basketteurs, des très bons, des moins bons, des célèbres et des anonymes. Des chiants, des pénibles, bien sûr, mais énormément de personnes attachantes, respectables et adorables, aussi.

Jojo est à part.

Sans vouloir l'idéaliser (il était perçu comme un tyran, du temps des Bulls, dictant ses lois à ses coéquipiers et sa reconversion, après le basket, n'a pas été sans heurts), j'avoue que je le situe au-dessus de toutes ces considérations. Les palpitations qu'il a toujours suscitées chez les autres ne sont que le signe d'un être d'exception. Je ne tire aucune gloire de l'avoir rencontré, j'ai juste conscience d'avoir croisé une personne rare. J'imagine qu'aujourd'hui, c'est le même sentiment qui anime ceux qui ont la chance de côtoyer Barack Obama.

Demain, je vous raconterai pourquoi j'envisage d'aller sonner chez mes voisines du dessus, les soeurs de la Providence (ou de la Miséricorde, j'ai un doute). Un vrai retour aux réalités!

vendredi 3 juillet 2009

Jojo, l'antidépresseur

Michael Jordan en ferait bien d'autre, vous disais-je... Après ce final éblouissant et un dernier sacre en 1998, Jojo tire sa révérence pour la deuxième fois. Désormais, quand je pars en NBA, je sais que je ne le croiserai plus qu'en costard-cravate. A priori.

La vie sans Mike, c'est fade. En 1999, je suis à New York à me geler lorsque la NBA annonce que la grève des joueurs va raccourcir la saison. En 2000, j'assiste au All Star Game à San Francisco (Oakland, pour être précise). Il y a bien Al Green, qui me colle des frissons lorsqu'il entonne l'hymne national. Il y a bien Vince Carter, qui multiplie les arabesques dans les airs, il y a bien la jeune génération, mais tout ça manque de sel.

En 2001, Mike, démangé par l'envie de revenir, réalise son come-back, again. C'est une aubaine pour la Ligue, évidemment, mais aussi pour tous les magazines spécialisés sur le basket américain. Nous, on boit du petit lait, même si l'idée qu'il joue avec une autre équipe que Chicago me déplaît un peu, tant il a marqué les mémoires collectives sous le maillot 23 des Bulls. Je ne l'ai jamais vu en match officiel, aux couleurs de Washington, si ce n'est à la télé, mais deux ans plus tard, je saisis la dernière chance de le voir éclabousser de sa classe la NBA. A 40 ans, il est sélectionné pour le All-Star Game, qui se tient à Atlanta.

Atlanta. La ville de Coca-Cola. Une cité sans âme où je me sens mal dès mon arrivée, sous la pluie. Je peine à trouver le motel que j'avais choisi. Il est loin, à 40 km du Downtown, à l'une de ces sorties d'autoroute où le décor est invariable - un Mc Do, un Denny's, un supermarché et des motels plutôt glauques.. Le malaise persiste et je ne sais pas l'expliquer. Je n'ai jamais vraiment eu peur aux Etats-Unis, y compris dans le Bronx où j'ai eu la "chance" de séjourner (y'a moyen de rigoler, je vous dis), mais là, je suis sur mes gardes.

Depuis les attentats de Septembre 2001, l'Amérique a rangé au placard ses airs avenants et ne complexe pas de présenter un visage paranoïaque. Lorsque j'arrive à Atlanta, l'alerte orange a été déclenchée. Il ne s'agit pas de météo, mais du risque terroriste. Ce qui explique les reportages alarmistes des chaînes nationales, et les hélicoptères qui tournoient sans discontinuer au dessus de la ville. Atlanta semble en état de siège. Les sirènes de police hurlent, dehors, et j'éprouve les plus grandes difficultés à m'endormir.

On frappe à ma porte en pleine nuit. Je crois divaguer, en plein jet-lag. Le téléphone. Je regarde l'heure. Mon compagnon? La voix est très grave. Le type est graveleux, prend un air sirupeux, au début, puis m'agresse. Il me demande pourquoi je suis toute seule. A la façon qu'il a de me décrire, il ne fabule pas: il m'a vue et n'est pas loin. J'ai peur.

Je raccroche, j'appelle la réception qui m'affirme qu'elle ne m'a passé personne. Donc, si j'ai reçu un coup de fil, cela provient bien de l'hôtel. Je fais comment, maintenant ? Je raccroche. J'aurais besoin d'un maître yogi, là, pour rester zen. A défaut, je panique. Il rappelle. Nouvelle proposition indécente. Je le menace de prévenir la police, lui raccroche au nez pour décrocher aussitôt le combiné. Je reste ainsi dans le noir, sans oser bouger. Je flippe.

Je ne ferme pas l'oeil de la nuit, évidemment, mais résiste à affoler mon compagnon, resté en France. Au petit matin, je tente de soulager un peu mon esprit traumatisé avec mon chef. Lequel bredouille, pas à l'aise, et finit par me demander si je ne pourrais pas... lui envoyer mon premier papier au plus vite. Et évidemment, hors de question de changer d'hôtel, j'ai déjà réglé et ça coûterait de l'argent à la boîte.

Genre, compréhensif. Et mon corps, rapatrié en France, ça coûterait aussi?

Totalement parano, je retarde le moment de sortir de la chambre. Je n'en peux plus, j'appelle mon compagnon, forcément impuissant, à des milliers de kilomètres de là. Comme prévu, il est mal. Mais cela n'arrange rien.

Finalement, une femme de chambre -sosie de l'intendante de Scarlett O'Hara dans Autant en emporte le vent - vient à mon secours, me fait changer de chambre et m'annonce en levant ses poings grassouillets que si ce type remet ça, il aura affaire à elle. J'ai envie de lui sauter au cou.

Je vous laisse imaginer la quinzaine passée dans le coin... Totalement sous le choc, limite dépressive, je suis allée chaque jour couvrir le All-Star Game, dans le Downtown, craignant, le soir venu, de rejoindre ma sordide sortie d'autoroute et de me jeter dans la gueule du loup -pendant que mes chers confrères français allaient s'empiffrer tranquillement aux frais de la princesse.

Et le rapport avec Michael Jordan, alors?

Eh bien, lui seul a réussi à me redonner le sourire. Bon, il a eu du mal à retrouver la mire, au début du match, mais a réussi le tir victorieux dans les ultimes instants, as usual... Dans la salle, chacun a saisi sa chance d'assister ainsi à la dernière révérence du champion. Et l'a écouté religieusement lorsqu'il a fait ses adieux, aux côtés d'une Maria Carey énamourée, en robe moulante aux couleurs du maillot de Jordan, LE 23 des Bulls.

A 40 ans, Jojo avait toujours la classe. Les reporters blasés ressemblaient à des gosses devant un paquet de bonbons, simplement heureux d'être là, conscients de côtoyer un extraterrestre. A cet instant, j'ai tout oublié, la tension, la peur, ma vulnérabilité. Et lorsque j'ai de nouveau croisé Super Mike en 2006, c'est ce que j'ai eu envie de lui dire.

A suivre...

jeudi 2 juillet 2009

Jojo et moi, part 3

La sortie héroïque de Michael Jordan permet aux Bulls de revenir à Chicago en laissant la pression sur Utah... Et, à ma petite échelle, sur moi, consciente que je dois rendre le papier sitôt la fin des Finales NBA. Je suis revenue au même hôtel craignos qu'à mon arrivée dans la Windy City, coincé entre un boulevard sordide et une station-service minable. Bien décidée à m'avancer au maximum, je m'enferme dans la chambre du motel, résistant aux appels de la cité, qui me crie de profiter de ses petites merveilles. La gérante vient frapper à ma porte. Et m'ordonne de fermer les rideaux. Devant ma mine interloquée, elle répète et justifie son accès d'autoritarisme: les petites frappes du coin n'hésitent pas à casser le carreau et à agresser les naïfs qui osent vouloir rester dans leur chambre à la lumière du jour...

L'Amérique.

J'obtempère. Me voilà à bosser, rideaux fermés et petite lampe de rigueur, laquelle vit là ses dernières heures si j'en crois ses chuintements. J'allume la télé et Michael Jordan, ce héros, passe en boucle sur toutes les chaînes nationales. Tous les "spécialistes" s'accordent désormais à dire que les Jazz ont laissé passer leur chance. J'anticipe le scénario du prochain match: les Bulls vont emporter leur cinquième titre NBA sur un dernier tir de Jojo l'unique. C'est tellement écrit que je pourrais balancer mon papier ainsi, avant même la rencontre.

En attendant, je file à l'entraînement, au United Center, et suis interceptée à l'entrée par un reporter d'une chaîne locale de Chicago. Il me demande de me poster devant la statue de Michael Jordan et de répondre à quelques questions sur la popularité de la star en Europe. L'intervieweuse interviewée.

Allez savoir pourquoi, je n'ai jamais cherché à regarder ce grand moment de la télé américaine. Mon papa aurait été certainement ravi de me revoir sur le petit écran. Mais j'ai ma fierté.

De toute façon, dès le lendemain, les confettis et l'air archi-connu de Queen - "we are the chaaaaaampions..."- ont envahi les écrans chicagoans. Les Bulls l'ont effectivement emporté. Mais pas comme je l'imaginais. Dans les dernières secondes, à l'issue d'une partie disputée mano-a-mano et d'un temps-mort hautement stratégique, Michael Jordan s'empare du ballon. Toute l'assistance du United Center attend fiévreusement que Jojo enclenche le tir. Lui prend tout le monde à contre-pied en passant la balle de match à John Paxon, shooteur émérite. Switch. Les Bulls sont champions.

Derrière moi survient une femme énorme, la main dans le pop-corn... Qu'elle était allée chercher pendant le fameux temps-mort stratégique. Elle n'a absolument rien vu du final. Elle n'en a cure. Elle mange. Et puis, Jordan, il en fera bien d'autres...

A suivre...

mercredi 1 juillet 2009

Jojo et moi, part two

J'arrive donc, à la bourre, dans ces finales NBA et assiste, un rien médusée, à la séance d'interviews post-entraînement. En gros, pendant que les finalistes suent sang et eau sur le parquet, un tas de scribouillards, envoyés spéciaux de la presse télé ou audio, squattent les travées d'une salle vide de 20.000 places. Genre, on a le temps, d'façon, on n'est pas stressé, blablabla. Et d'un coup, un costume-cravate, PR (relations publiques) de son état, donne le coup d'envoi. Là, c'est la ruée vers les stars, véritable mêlée où il faut esquiver les sales coups des pseudo-confrères, bedaines envahissantes et air bas-du-front. Comprendre aussi que la Barbie à côté de nous est là comme les autres, pour causer à Michael Jordan et qu'elle va y parvenir, non sans ruse, en jouant d'oeillades insidieuses et convaincantes.

Autant que je sois honnête avec vous: ce jour-là, en juin 1997, je n'ai pas pu lui adresser la parole. Il aurait fallu pour cela que j'emprunte un échafaudage pour grimper au-dessus des caméras. Ce qui est marrant, en revanche, c'est de se faufiler entre les jambes de nos amis-les-faux-calmes, dont l'adrénaline a grimpé à la vue de Jojo, même s'ils jouent l'attitude stoïque à l'extrême. Les questions, aussi, valent leur pesant de cacahouètes.

Question : "- Alors, Mike, comment tu expliques ce tir réussi dans les ultimes instants? "

" Bah, je sais pas pourquoi, je me suis retrouvé avec le ballon en main et je savais pas quoi en faire, alors j'ai shooté", peut-on lire dans le regard amusé de Jordan.

" - Mon équipe m'avait mis dans les meilleures dispositions pour que je prenne mes responsabilités" répond le Jordan politiquement correct.

Question : "- Mais, quand même, ce tir plein de sang-froid, c'est incroyable!"

"Si ça c'est une question, je postule demain au Chicago Tribune. Sont chiants, à s'extasier comme ça" pense Jojo.

" - Je remplis juste ma mission", poursuit Jordan, toujours courtois.

Vous voyez un peu le cirque. Moi, j'ai envie de lui demander s'il n'aurait pas plutôt envie d'aller se détendre à l'extérieur, mais je vois bien que c'est un peu déplacé. Donc, j'écoute.

Couvrir des finales NBA, cela peut supposer un sacré taf. En vérité, la Ligue mâche tellement le travail qu'un envoyé spécial étranger digne de ce nom finit par prendre le pli des autres. Au début, on se triture le cerveau pour être sûr d'avoir bien traduit les réponses et différentes quotes des joueurs et coaches. Puis, le cerveau en ébullition, on va se rafraîchir en salle de presse. Où l'on tombe sur TOUTES les phrases retranscrites par les petites mains de la NBA. Prémâché, je vous dis. L'intérêt, c'est que 1/ on ne risque pas le contre-sens ; 2/ ça laisse davantage de latitude pour observer (et pour se resservir du Coca Light). Le hic, c'est qu'avec une icône comme Jojo dans la salle, on a tendance à se focaliser et à oublier qu'à côté de lui, et contre lui, ça joue aussi.

Assumant complètement son statut, Michael Jordan va, après chaque match, aller répondre en conférence de presse. Sauf un soir, à Salt Lake City.

Dans la cité mormone, c'est l'euphorie absolue. Salt Lake City, ville paumée au milieu des montagnes de l'Utah, triste à mourir avec ses bars qui ferment à minuit et ses rues immenses constamment désertes, a changé de visage. Totalement transis, ses habitants ont habillé la moindre parcelle de violet, la couleur des Jazz. Je prends une photo d'une femme, agenouillée à côté de son... cochon, qu'elle a peint pour l'occasion. Elle sourit, elle semble trouver tout cela très normal. Je me demande où je suis et soudain, je me souviens: c'est l'Amérique, baby.

Les Jazz ont les moyens de revenir sur les Bulls et sortent l'artillerie lourde. Je suis parquée au dernier rang du Delta Center - à l'instar de la grande majorité des journalistes étrangers - et suis obligée de supplier le fan surexcité devant moi de ne pas se lever toutes les trois secondes, histoire que nous puissions suivre le match autrement que sur l'écran de contrôle. Pétards, feux d'artifice, Harley Davidson sur le parquet, Utah a mis le paquet alors que Michael Jordan transpire à grosses gouttes sur le banc. Il est malade, lutte contre la fièvre et est déclaré incertain pour cette rencontre capitale.

Pourtant, il va rentrer. Inscrire 38 points et offrir aux Bulls la victoire, malgré l'ambiance hallucinante qui règne, en cette chaude soirée de juin. C'est un héros. J'imagine la dame au cochon saluer l'exploit, malgré sa logique déception. Limite si le Delta Center ne réserve pas une ovation à son bourreau de la soirée. Mon esprit cynique me souffle que, peut-être, tout ça n'était qu'une question de marketing. Que Jojo, il allait aussi bien que moi. Pff. Genre, l'idole qui tombe de son piédestal.

Limite échaudée, je décide de boycotter la conf' de presse. 'Sont lourds, ces Ricains, à scénariser ainsi les finales! Me voilà donc dans les coulisses, ruminant ces pensées, lorsqu'un type, 2,10m et 130kg de muscles, à vue d'oeil, me frôle. Le même spécimen le suit. Entre ces deux armoires à glace, Michael Jordan. Mon jojo! Des gouttes de sueur perlent sur son front plissé. Il a du mal à tenir sur ses deux jambes. Il est là, dans le coton, à quelques centimètres de moi, et ne feint pas: il est affaibli. Oui, il est malade et a sorti un match d'extra-terrestre! Cet homme est un héros. Marketing ou pas.

A suivre...

mardi 30 juin 2009

Michael Jordan et moi, part one

Bon, je vois que mes six lecteurs ont décroché et que deux seuls irréductibles continuent de commenter - je les en remercie chaleureusement, c'est bon de ne pas se sentir seule. C'est vrai aussi que j'ai la sensation de tourner en rond en ce moment et comme je n'avais pas grand-chose de passionnant à vous raconter sur ma journée (excellente au demeurant, mais sans rapport aucun avec ce blog) et que Franck - il se reconnaîtra - m'a suggéré une bonne idée, je vous demande de vous accrocher : nous allons faire un grand bond dans le passé.

Franck m'a en effet écrit : "Je pensais que dans le post précédent, tu nous aurais longuement parlé de ta relation à Michael. Car comme dit l'autre, on a tous un peu de MJ en nous."

Il évoquait Michael Jackson. Mais ces initiales m'ont immédiatement fait penser à l'autre MJ. Une autre de mes idoles. Michael Jordan.

Himself.

La première image qui me vient de lui, c'est sa petite moue et ses longues mains écartées, alors qu'il vient de marquer (allez à la 4e minute de la vidéo) alors qu'il vient de marquer un nouveau 3pts - établissant un nouveau record de 35 unités inscrites en une mi-temps. Il était en finales NBA, pour la deuxième fois de sa (splendide) carrière et démarrait tambour battant cette série contre Portland. Et pendant qu'il mâchouillait stoïquement son chewing-gum, j'étais là, avec huit heures de décalage, derrière mon écran, raccourcissant dangereusement mes nuits - et mes chances de réussir mon bac de français - pour assister en direct à ses exploits, alors que je continuais de demander à mon père d'enregistrer chaque match. Je me couchais alors que le soleil se levait. J'avais 16 ans et, comme beaucoup de fans de basket d'aujourd'hui, j'étais alors totalement accro à la NBA, et surtout à MJ.

Ensuite, je l'ai revu, sur papier glacé, en couverture de tous les magazines, y compris celui où j'allais ensuite travailler. L'Europe allait bientôt craquer pour ce personnage au charisme indéfinissable, basketteur le plus doué que j'aie eu l'occasion de voir - Kobe Bryant y compris, mais c'est un autre débat. C'était l'époque de la Dream Team, aux JO de Barcelone, lorsque les Américains nous faisaient encore rêver. Personnellement, j'étais totalement fascinée par Michael Jordan. Et mon sentiment n'a jamais varié, au fil de nos rencontres.

Bah oui, que voulez-vous, MJ et moi, on se connaît. Enfin, moi plus que lui. Je n'ai jamais été à ses yeux qu'un de ces innombrables farfadets qui l'ont saoulé de questions. Qu'une admiratrice lambda. Mais de mon côté, la magie est toujours restée intacte.

Après mon premier trip aux States, j'étais rentrée avec l'envie folle d'y retourner, mais il m'aura fallu plus d'un an pour exaucer ce voeu. En 1996, l'opportunité se présente: c'est le All-Star Game à San Antonio. Nous débarquons à trois dans cette petite (enfin, à l'échelle américaine) cité texane, aux allures mexicaines, nous abreuvant de pina colada en toute insouciance, simplement pour oublier les 35 degrés extérieurs - nous sommes en février. C'est pour moi l'occasion de découvrir tous les us et coutumes de cette grand-messe annuelle, où les plus grosses stars NBA se retrouvent, le temps d'un week-end, pour fêter la Ligue et s'amuser sur le terrain, sans pression. Où Bruce Willis vient hurler dans le micro, en pleine rue à San Antonio, juste pour célébrer l'événement.

A vrai dire, je suis comme une gamine, passant d'un vestiaire à l'autre, sans presque plus me soucier du "Woman in the locker-room" hurlé à chaque intrusion dans cet univers mâle. Il est là, majestueux, avec son sourire courtois et son air à la fois si absent. Michael Jordan a su se protéger très tôt. Sa carapace, indispensable avec un tel statut, lui donne une longueur d'avance sur tous. Il semble comme flotter au-dessus de cette mêlée médiatique, pour qui la moindre de ses paroles n'est que pain bénit. Sur le terrain, au milieu d'autres monstres sacrés, il virevolte, survole l'assemblée et finit MVP de la rencontre. Meilleur joueur. Nous, on a eu du bol, nous sommes au premier rang et assistons à cette démonstration. Du grand art. Cerise sur le gâteau, mon papa est ravi, il m'a vue à la télé. Waouh.

Il n'a pas précisé que j'étais affalée sur la table de presse, avec des yeux ronds devant tant de talent. C'est tout de suite moins glorieux. Mais passons.

En rentrant à l'hôtel, nous sommes un rien refroidis par la voiture de police stationnée, gyrophare en marche. Nous savions que le quartier, à la sortie du Downtown, n'était pas Beverly Hills. Nous n'imaginions pas forcément assister à une scène de crime. Un p'tit cadavre, hop, hop, hop, circulez, c'est l'Amérique...

Pourtant, je n'ai qu'une hâte, en reprenant l'avion. Revenir aux States. Revoir Michael Jordan. A nouveau, j'ai beaucoup de chance. En juin 1997, je rejoins Chicago, pour suivre les finales entre les Chicago Bulls et les Utah Jazz. Timing pourri et économies de bout de chandelle oblige, j'arrive dans la Windy City au lendemain du premier match, à l'issue duquel Sa Majesté - son p'tit nom, à Jojo, pour les non-initiés- a crucifié les Mormons d'un ultime tir pour l'emporter, à l'arrache.

Pendant que j'étais dans l'avion...

Comment je le sais? Tout simplement parce que l'info passe en boucle sur la radio du taxi, lequel est complètement excité à l'évocation de Mike. Je lui demande de me raconter comment ça s'est passé. Il me chambre en apprenant ce que je viens faire ici. "Bah, couvrir les finales NBA." Oui, même en ayant raté la première performance de la star. J'ai confiance en Jordan, je sais qu'il accomplira d'autres miracles lors de cette série.

A suivre...

dimanche 14 juin 2009

Une fille, des joueurs

Lors de cette quinzaine à New York, je devais faire un saut de puce à Philadelphie, antre des Sixers, trois jours durant. Les deux villes ne sont distantes que de 150 km, desservies par la ligne ferroviaire d'Amtrak, service national. On vous prévient toujours de la grandeur des choses, aux Etats-Unis, et ce n'est pas un mythe. Généralement, dans les petites villes, on pourrait construire une maison sur les places de parking. Pour le train, c'est pareil : on pourrait presque installer une famille sur un seul siège !

Cette volonté d'infini n'est pas juste une tendance mégalo de se distinguer du reste du monde. Tout le monde le sait, les obèses représentent au moins un quart de la population aux States et c'est pour leur confort (et éviter ainsi toute discrimination et le flot de procédures judiciaires qui va avec...) que la société s'est adaptée à la donne. En "normalisant" la maladie, ou du moins en nuançant les difficultés quotidiennes qu'elle engendre.

C'est également pour lisser les inégalités que les vestiaires sont ouverts à tous, aux Etats-Unis. Quand vous rentrez, un type crie "Woman in the locker-room!" Pour la discrétion, c'est mort.

Lorsque j'étais encore étudiante, j'avais réalisé mon mémoire sur "la place des femmes dans le journalisme sportif." Cela m'avait permis de rencontrer une bonne quinzaine de ces "spécimens" - que j'avais appelées, par provocation, des "dégénérées" - un rien esseulées dans des rédactions à dominante mâle. On pourrait les supposer, de l'extérieur, peuplées de gars hirsutes, une bière à la main et la part de pizza dans l'autre, à hurler contre le poste. Ou à taper dans le dos des footeux, en adoptant la même coupe "j'en ai marre de vivre", en ne parlant QUE du ballon rond.

En fait, ces fameux journalistes sportifs s'avèrent - en général - des personnes à peu près normales, intelligibles, qui se comportent comme des êtres sociables, y compris avec leurs (rares) collègues féminines. Je mets là à part le traditionnel apéro du lundi - lorsque je bossais dans le Nord - qui nous permettait de décompresser du bouclage hebdomadaire, où le gosier et les esprits s'échauffaient. Et l'exemple de deux ou trois misogynes finis dont les cas relèvent de la psychiatrie.

Vous l'aurez compris, il y a peu de femmes dans ce milieu. Et en réalisant ce mémoire, j'avais été interloquée par le cas d'une journaliste américaine, Lisa Olson, qui avait porté plainte pour harcèlement sexuel contre une équipe de foot US, les Patriots. Encore une hystérique, avais-je pensé.

Eh bien, un soir à Philadelphie, j'ai eu une vague idée du problème.

Ce soir-là, donc, j'ai pour mission d'interviewer - encore une séance "poulet ou pizza"- Shaquille O'Neal, 2,16m et plus de 140 kg. Le type de l'entrée m'a un peu surprise, certes, mais j'essaie de garder le cap, d'autant que juste devant moi, Shaq est assis sur le banc. Je me dirige vers lui. Arrivée à sa hauteur, il se lève et... fait glisser sa serviette au sol. Hum. Il est nu comme un ver mais c'est moi qui ai l'impression d'avoir fait un strip-tease. Je sens le rouge me monter aux joues, je lui demande si on peut discuter quelques minutes en s'asseyant. Il acquiesce, sans cacher son amusement. Et ses coéquipiers éclatent de rire.

Des années plus tard, j'ai vécu de nouveau ce grand moment de solitude, avec un joueur peu loquace, Shareef Abdur-Rahim, entouré de ses sbires. Usant de slang, ils n'ont pas cherché à masquer leur hilarité. J'ai tout juste saisi "skirt" dans leur grand délire. Oui, j'étais en jupe. Même pas courte, qui plus est. Au secours!

J'ai alors repensé à mon jugement à la va-vite à l'encontre de Lisa Olson. Et si elle n'avait pas provoqué ces réactions, finalement ? Et s'ils avaient simplement abusé d'elle, ne la considérant justement pas comme une journaliste, mais comme une femme?

C'est l'éternel débat autour des femmes dans ce milieu sportif. Tout le monde y est habitué, outre-Atlantique, et pourtant, votre arrivée continue d'être signalée. J'aurais aussi pu m'en dispenser, certes, mais ce moment, avant et après le match, s'avère précieux pour réaliser les interviewes, car les joueurs sont disponibles. Attention, c'est la NBA qui l'exige, s'il n'y avait qu'eux, ils se contenteraient de jouer à la PS ou de bâfrer les tonnes de junk-food à leur disposition...

Et puis, je dois l'avouer, le ballet dans les vestiaires m'a toujours bluffée : voir cette ronde de micros se tendre devant un joueur en serviette, se passant de la crème hydratante sur le corps tout en répondant à l'énième indispensable question "Alors, ce match?" "Quelle en a été la clé?" avant de se passer un coup de déo en expliquant pourquoi il aurait dû jouer davantage. Mon grand challenge, c'était d'éviter les caméras, qui foncent sans envisager qu'il puisse y avoir quelqu'un sur leur trajectoire jusqu'à LA star de l'équipe; mais aussi me frayer un chemin entre ces pros américains pour tenter d'obtenir une "quote" un peu décalée... J'aimais bien me poster là, en tant qu'observatrice, pour raconter ensuite l'ambiance, plus que les mots. Mais ma démarche n'avait rien à voir avec du voyeurisme. Je faisais mon job. Autour de mecs qui mettaient deux heures à se rhabiller, certes.

En France, on a résolu le problème : les femmes ne peuvent pas rentrer dans les vestiaires, point. Et pour le job, on attend que ces messieurs veuillent bien sortir!

samedi 13 juin 2009

Envoyée spéciale

La conclusion de mon précédent post pouvait vous laisser penser que j'ai démarré à New York. Il n'en est rien! Si j'ai longtemps caressé l'espoir de travailler dans la Grosse Pomme, mes séjours à Manhattan ont été davantage propices à un flambage de carte bleue en règle, à de gros coups de coeur, des moments d'euphorie et d'abattement. A pas mal de péripéties en tout genre, ce qui fera sans doute l'objet d'un post - y'a de quoi rigoler. Et donc, la première fois que j'ai mis les pieds aux States, c'était donc pour passer deux semaines à New York. Mission: observation!

Vous imaginez? Habituellement, on râle quand on nous cantonne à l'observation. Sauf que là, le journal m'avait envoyée pour que je sache de quoi je parle (plutôt judicieux, comme raisonnement). Une quinzaine au milieu de la jungle urbaine, simplement entrecoupée d'un petit passage à Philadelphie: y'a des métiers plus compliqués.

Me voilà donc à 20 ans, des ducasses et autres brocantes encore plein la tête, propulsée dans un univers qui me dépasse totalement. En fait, je devais quand même un peu bosser, mais la dose était tellement minime que j'ai pu savourer à plein ce premier voyage chez les fous-dingos US. Oh, n'allez pas croire que je suis anti-américaine à la base. Je crois que j'ai fini par le devenir un peu, même si je ne rejette pas tout en bloc, loin de là. Mais je vous assure qu'il y a de quoi s'étrangler, de rire ou de larmes d'ailleurs, lorsque l'on reste trop longtemps. Fin de la parenthèse.

En ce jour frisquet de novembre, j'étais évidemment bien moins blasée. Les clichés me sont apparus d'emblée: le long serpent jaune de taxis devant JFK, cette tâche de ciel bleu, soudainement, entre deux buildings, véritables monstres urbains en verre et métal, ces bouches de métro fumantes, le gros portier à l'entrée de l'hôtel, et ces sirènes, ces sirènes... Hurlantes, incessantes, comme si la ville était en état d'alerte permanente (d'ailleurs, c'est le cas). Ce ronronnement constant, la rumeur de Manhattan qui devient au fil des heures de plus en plus assourdissante. Un peu décalquée par le jet lag, j'ai pu prolonger la soirée. Mais comme je croyais encore aux légendes urbaines, je n'ai pas emprunté le métro, lors de cette quinzaine, et me suis gardée de rentrer trop tard. J'avais entendu parler de grands méchants loups...

Nous étions en 1994 et New York n'était alors pas sécurisée comme elle l'est aujourd'hui. Ce n'était pas de la paranoïa de ma part, à l'époque, même si ma prudence d'alors me semble, avec le recul, excessive. Histoire de me donner un aperçu de Big Apple, et profitant de ma journée avec le premier match NBA de ma vie pour de vrai, j'ai pris un bus, genre la vraie touriste de base, qui proposait un large tour de la ville. Arrivés à hauteur de Harlem, nous avons dû nous contenter d'une visite depuis nos sièges. Le quartier était beaucoup moins sûr qu'aujourd'hui (même si c'est pas Park Avenue non plus, faut pas pousser) et je n'avais donc eu qu'un sombre aperçu d'un coin semble-t-il abandonné des autorités et de la ville. Comme dans un film de Spike Lee, les gamins traînaient leur peine sur le perron de maisons délabrées, le regard un peu vide. Un cliché, je vous dis, mais vu depuis la vitre de ce bus qui refusait de s'arrêter. Sans doute y avait-il un peu de voyeurisme dans notre démarche. J'avais juste voulu me donner une impression générale, avant de creuser davantage. Là, je n'étais plus à ma place.

Ce qui m'a toujours épatée, à New York, et dans les mégalopoles en général, c'est cette promiscuité entre riches et pauvres. Aux quartiers résidentiels entourant Central Park succèdent Harlem, puis le Bronx (là aussi, drôles de souvenirs. Later, later...). Nous sommes donc redescendus, avec de nouveau des haltes, connues de tous les touristes. Il était temps de rentrer, je devais filer au Madison Square Garden, mythique salle de basket, mythique salle tout court, antre des New York Knicks. J'en avais rêvé et je suis rentrée (presque) comme dans un moulin, l'accréditation autour du cou, dans un état second. Je devais réaliser une interview après match et je flippais.

Quatre heures après (oui, c'est très, très long, un match NBA), je sortais du Madison Square Garden dans l'air glacé de Manhattan. J'avais le sourire aux lèvres, toute seule, bêtement. J'avais eu ma première interview, non pas avec Pat Ewing - qui m'avait toisée de toute sa hauteur (pas un vain mot pour le pivot de 2,13m), d'énormes poches de glace sur ses genoux meurtris. Non, avec Derek Harper (je sais, c'est moins classe. Mais les amateurs apprécieront!), un truc absolument nul où je bafouillais, toute rouge, tandis que lui ne perdait pas patience, mais un truc quand même. Où je lui demandais en gros s'il préférait un burger un une pizza, la ville ou la mer et plein d'autres questions aussi passionnantes.

Pour tout dire, cette pseudo-interview m'avait réconfortée. Car le match entre New York et Orlando, que je me faisais une joie de voir pour de vrai, je l'ai suivi des rangs supérieurs du Madison Square Garden, là où l'on parque les journalistes étrangers. Mon voisin, un habitué, avait amené ses jumelles (!). J'ai passé la rencontre les yeux rivés sur... l'écran géant, pendant que des dizaines de mètres plus bas, Pat Ewing s'échinait avec le tout jeune Shaquille O'Neal. Tu parles d'une envoyée spéciale!

vendredi 12 juin 2009

De Tourcoing à New York...

Be at the right place at the right time. Être au bon moment au bon endroit. Combien de fois ai-je entendu cette réponse? Et combien de fois ai-je posé la question de savoir pourquoi mes interlocuteurs n'avaient pas concrétisé leur rêve ultime ?

J'ai eu de la chance. J'étais au bon endroit au bon moment.

Maintenant que j'étais à l'école, j'avais une sorte de passeport. Du haut de mon insouciance d'alors, j'ai pris le téléphone et j'ai appelé directement le rédacteur en chef du magazine dont je rêvais depuis gamine. Écrire une lettre de motivation? Je n'y avais même pas pensé, à vrai dire. Et voilà comment je suis arrivée la première fois dans cette rédaction de basket. Un stage, un deuxième. Une réunion, un jour, parce que la société avait lancé un deuxième titre, très enfantin, qui marchait -alors- du feu de dieu. Ils avaient besoin d'un journaliste. J'avais été conviée, mais plus en tant que simple observatrice. J'ai quand même évoqué l'idée que cela pourrait m'intéresser, éventuellement... (Intérieurement, je bouillais). Le red' chef de la publication m'a regardée, drôlement étonné:

"Je pensais que tu ne voudrais jamais. Les étudiants en journalisme ont souvent le syndrome de Watergate."

Ah, ah. Moi, d'où je viens, c'est impossible. La zone a dû être décontaminée. Pour avoir la tête comme une pastèque, il faut quand même un gonfleur et mon papa a beau être un passionné de cyclisme, il ne m'a jamais fourni la valve.

Quelques jours plus tard, je visitais... Tourcoing (ou Roubaix? C'est grave, j'ai fait un total reset!), où j'étais censée travailler en locale pour un grand (le syndrome, ça y est, j'étais atteinte!) quotidien régional et là, je sais pas, j'ai eu comme une petite déprime. La sensation d'une ville-fantôme, grise, terriblement vidée de son âme... Va savoir pourquoi, j'ai finalement été affectée à Lille, mais à la PAO (mise en page).

Pfffff, là, ça dégonfle le melon. J'avais toujours en tête "le" poste mais j'avais signé un contrat auparavant, j'étais un peu coincée. Et puis, y'a pas à dire, quand on passe ses journées à monter des pages remplies de ducasses, comices agricoles, de faits divers super sanglants ("une femme rate la marche en sortant de la mairie: 3 points de suture") et autres noces d'or, on revoie vite ses rêves de grandeur.

Et c'est justement alors que j'étais en plein casse-tête sur des noces d'or (caser une photo sur 6 cols, avec 200 signes de texte, je vous jure, c'est pas simple) que j'ai reçu un coup de fil. Le réd'chef me demandait de lui trouver des idées pour le nouveau magazine, là, tout de suite. Un délai de 24 heures obtenu et un passage au kiosque plus tard, me voilà en train de disserter sur "les bons conseils de rookie" (!) sous l'oeil noir de l'un de mes collègues et alors que le chef de locale de Dunkerque trépignait sur la deuxième ligne. Et c'est comme ça que j'ai été embauchée.

Par téléphone.

Alors que je raccrochais, l'un des journalistes a foncé sur moi, complètement excité : "c'est génial, tu vas aller aux States!" Il était carrément hystérique. Pourtant, je n'avais aucune intention de l'amener dans mes valises.

Cela dit, il avait raison et je n'avais même pas songé à la chose en débitant mes trois idées pourries. Je me disais seulement que j'atteignais mon but, même si c'était par la porte de derrière : je n'étais pas supposée travailler pour le magazine dont je rêvais initialement, seulement son (tout) petit frère. J'ai pensé aussi que je ne connaissais personne dans le milieu, mais que mon utopie n'en était pas une. J'ai ressenti une sacrée montée d'adrénaline.

C'est dans cet état d'esprit que j'ai débarqué, trois mois plus tard, à l'aéroport JFK Kennedy...

jeudi 11 juin 2009

La vie des autres

La suite, disais-je... Ou comment se coller toute seule la pression en annonçant un truc qui va retomber comme un soufflé. Pff, voilà, vous êtes prévenus.

Bon, après l'épisode de mes premiers journaux manuscrits, je suis passée au stade supérieur : l'achat d'une machine à écrire. Moi qui suis une vraie cigale, économiser autant s'est avéré un véritable challenge. Fini, le billet mensuel de 50 francs aussitôt reçu, aussitôt volatilisé! Il fallait tout garder et ça, j'avoue que ça a toujours été un peu compliqué pour moi.

La machine, je me la suis finalement offerte, une bien rustique, de celles qui t'obligent à jeter ta feuille à la moindre faute de frappe. Peu importe, j'étais dans mon élément. J'écrivais. C'était nul, forcément, mais je me voyais déjà assouvir mes envies. Je serai journaliste.

Quand on est enfant, on peut balancer tranquillou à ses parents que l'on sera roi du monde, plus tard, ça les fait juste sourire. Lorsque j'ai évoqué, très tôt, mes envies de devenir scribouillard, je me souviens des commentaires, tous plus touchants les uns que les autres:

"Tu n'y arriveras jamais"

"Il faut connaître du monde"

"Il faut coucher" (celle-là, elle est venue bien plus tard, n'étant pas supportable alors par mes jeunes et chastes oreilles)

Bien soutenue, donc, je remplissais invariablement la même chose, à la rentrée, sur la fiche de renseignements des profs. Journaliste. Dans ma tête, je précisais même : à "Bip-Bip" magazine. D'aucuns appelleraient cela un rêve, d'autres une obsession, c'était un but, c'est tout, à mes yeux. Quand la conseillère d'orientation a voulu m'envoyer en lettres sup, arguant que rentrer dans une école de journalisme était mission impossible, j'ai tenu tête. Lorsque, arrivée à l'oral devant le jury de cette même école, ils ont voulu me diriger vers Sciences-Po, "car vous êtes trop jeune pour notre établissement", j'ai répété le même discours. Mes origines bretonnes, j'imagine.

Je suis allée à Marseille, Lille, Bordeaux, à Maubeuge (tout de suite, c'est moins glamour), St-Quentin et Angoulême, durant ces deux années d'études. En ouvrant un peu les yeux, en allant à droite à gauche dans des rédactions, j'ai appris à découvrir, écouter, maudire aussi, apprécier, voire aimer des gens qui n'avaient pourtant rien à voir avec l'univers que je convoitais. Il y avait de tout, des notables, des cas soc', des alcooliques anonymes, des mamies qui se battaient pour devenir la meilleure cuisinière de l'année, des enfants simplement souriants à l'idée qu'on les regarde, des campeurs qui maudissaient la pluie, des taggeurs qui redonnaient un peu de couleur à une ville sinistrée... A 19 ans, je me suis retrouvée dans ce tourbillon humain, dont je découvrais chaque jour les contours, avec toute ma candeur.

C'était cela, aussi, le journalisme, raconter comment cette femme désespérée tentait de se défaire de son addiction pour l'alcool en avalant des tonnes de camembert, pourquoi le maire avait pété les plombs en plein conseil, calmer les ardeurs de ce maître yogi, raconter la colère du coach après le coup de sifflet injuste et fatal à l'encontre de son équipe, tenter de réfréner son fou-rire face à cette passionaria qui faisait la chasse aux douilles ou ce collectionneur de pièces anciennes qui voyait en ma venue l'occasion de sortir de sa solitude, ne serait-ce que quelques dizaines de minutes... J'avais nourri l'espoir de faire parler ceux que je considérais alors comme mes idoles et d'un coup, j'avais été balancée dans la vraie vie, où les gens demandaient juste à être écoutés. Quel que soit leur environnement, le sportif ou le culturel, la politique ou le social... Et souvent la misère.

Écouter. Moi qui parle beaucoup, voilà qui me plaisait plus que tout. A moins que ce ne soit l'idée de retranscrire ce flot de paroles. Sur cette machine à écrire, j'avais cherché la matière. Ce que j'avais à raconter m'avait toujours semblé trop fade. Le support des ces histoires humaines s'avérait une aubaine. Enfin, j'allais pouvoir raconter l'histoire des autres, m'étonnant de leur confiance soudaine, de cette envie de se livrer. Puisque ma vie ne serait jamais un roman, j'allais simplement m'ouvrir sur celle des autres.

A suivre...

mercredi 10 juin 2009

Je ne suis pas Tintin

Mail de Pôle-Emploi aujourd'hui avec, dans l'intitulé, un mot qui fâche: suspension. Quoi, comment, pourquoi, que se passe-t-il? Il me reste 18 mois de droits et je suis en "parcours entreprise", messieurs-dames, si si. En gros, ça veut dire que cette "maison du chômage" - comme une charmante Québécoise que j'ai croisée hier l'a appelée - ne me cherche pas des poux et me laisse mariner tranquille pour mon projet.

En fait, la vénérable institution m'indique que, ne m'étant pas connectée à son site internet depuis cinq semaines maintenant, je vois mon CV "Reporter" suspendu. Et d'un coup, tout me revient en vrac, les images, les sensations, les visages, les errances, les joies, tout.

On n'efface pas quinze ans de sa vie ainsi.

Histoire de mettre les choses au clair, je précise que le terme de "reporter", qui peut sembler pompeux, ne vaut chez moi que parce que je réalisais des... reportages. N'allez pas imaginer là les grands baroudeurs qui frayent leur chemin à travers les champs minés. Je ne suis pas Tintin. Et d'ailleurs, je n'ai pas de Milou non plus, l'appart, c'est quand même pas génial pour un toutou.

Simplement, petit caprice, je pouvais écrire "reporter" dans mon intitulé de CV, et je ne m'en suis pas privée, genre je me la pète... et de toute façon, vous n'aurez pas de job à me proposer. Gagné. Depuis que je l'ai mis en ligne, en mars, je crois, j'ai eu une offre. A Avignon. Sympa, Avignon, y'a le festival, le soleil, l'accent du Sud... Oui mais non. Pas possible. Disons que j'étais déjà tellement investie dans mon projet de restaurant que l'idée de replonger dans le journalisme ne me tentait guère. Et que je ne suis pas très mobile.

Pourtant, j'ai toujours voulu faire comme Tintin. Lorsque j'étais gamine, bluffée par... la série française Châteauvallon (j'en vois au fond qui se marrent, je sais, c'est lamentable, mais j'avais dix ans tout au plus) qui mettait en scène une rédaction, j'avais décidé d'écrire un journal. Pas un diary personnel, non, un vrai journal de news. Qui s'appelait "La dépêche républicaine." Avant de se transformer en "La dépêche mondaine" car je voulais donner une connotation internationale à ce grand canard qui allait révolutionner la planète, - sans penser que le titre relevait plutôt du people.

Cette superbe feuille de chou était composée de petites feuilles quadrillées bleues (plus funky) et agrafées les unes aux autres, avec une mise en page assez exceptionnelle composée d'articles personnels et de... collages de papiers du Presse-Océan. La grosse classe. Mon cousin s'en souvient certainement, lui qui avait été catapulté directeur de la rédaction (par tirage au sort!). En tant que rédactrice en chef, j'imposais tous les papiers et c'était d'autant plus facile qu'il n'y avait personne d'autre, hormis une rédactrice, un peu dégoûtée par ce drôle de scrutin, qui lâcha vite l'affaire (Farida, si par le plus grand des hasards, tu tombais là-dessus, bonjour à toi).

Mon premier gros reportage fut la prise d'otages au Tribunal de Nantes, en décembre 1985, qui me marqua d'autant plus que mon papa était sur les lieux et qu'il n'était rentré qu'au petit matin, après une journée épuisante nerveusement. Témoin privilégié de l'affaire, il se plia de bonne grâce à l'interview, qu'il put lire ensuite, moyennement 50 centimes: parce que je n'avais qu'un exemplaire, c'était le prix de la consultation!

Il y eut aussi un "dossier" complet sur la disparition de Philippe de Dieuleveult, réalisé depuis la terrasse ensoleillée chez mes parents... Oui, le "terrain" était une notion très particulière pour moi, à l'époque... Mais je sentais un besoin profond de raconter des histoires, de partir de faits réels et de blablater dessus. Cela n'a pas changé depuis.

Tiens, d'ailleurs, voilà que je m'étends et que je rends ce post imbuvable en en mettant des tartines... Alors, à demain pour la suite!