Avant ce drôle de coup de fil que j'ai reçu, une matinée d'août, j'avais commencé à recenser divers articles, pour une sorte de revue de presse un rien décalée. Les événements m'avaient conduite à bouleverser mes plans mais j'avais gardé en mémoire ce fait divers, lu dans Ouest-France :
Au tribunal du Mans, un prévenu avait justifié son attaque d'un distributeur de billets d'une façon assez cocasse : "J'avais impérativement besoin de 16000 euros pour ouvrir mon restaurant". Deux chalumeaux, une bouteille de gaz et hop, l'affaire était dans le sac. Enfin, presque, car le type avait mis le feu et s'était fait choper.
J'ai trouvé ça plutôt marrant et je me suis dit qu'au niveau des subventions possibles pour soutenir mon projet, il serait bon que je raye l'option braquage. Et que j'envisage de jouer au Loto, qui sait.
Coûteux, utopique, mais moins dangereux.
Samedi dernier, lorsque l'experte-comptable m'a prévenue que mon prévisionnel ne passait pas, j'ai songé à cette histoire. Puisqu'il n'était pas question de régler la solution ainsi (mon fils n'a pas de fusil à pompe en plastique, à peine deux ou trois pistolets arroseurs), j'ai retourné le problème de tous les côtés, afin d'augmenter mon chiffre d'affaires de façon réelle, sans le gonfler artificiellement.
Ouvrir le lundi midi, ce qui n'était pas prévu? Et je fais quand, l'élaboration des menus, mes courses, ma compta, les appels aux fournisseurs? Là, je ne parle même pas d'aller courir un p'tit yogging ou de m'octroyer une pause shopping, ce serait trop présomptueux. Bref, l'hypothèse ne me semblait pas très réaliste, à long terme.
Là, le sort s'en est mêlé. Voilà quelques mois, j'avais discuté assez longuement avec une jeune femme, ludothécaire de son état, qui rêve d'ouvrir un bar à jeux. Une certaine alchimie s'était créée d'emblée, mais elle était très tournée vers l'associatif et je ne voyais pas vraiment comment gagner ma vie en restant dans ce créneau.
Le temps a passé et nous nous sommes finalement rencontrées lundi soir. Tout est allé assez vite et nous avons convenu d'une collaboration enrichissante: elle viendrait animer des soirées jeux pour adultes, deux soirs par semaine - avec dégustation de tapas à la clé - et nous offririons des "dimanches en famille" pour rassembler les âmes esseulées (ou pas, d'ailleurs), où les enfants (et leurs parents!) pourraient à leur tour jouer, autour d'un goûter.
Évidemment, ces apéros dînatoires sortent du concept du salon de thé, mais ça me va très bien puisque ce terme me sort par les yeux, traînant une image surannée qui ne correspond pas au concept que je souhaite développer. A vrai dire, mon restaurant sera également un "bar à thé" (voilà, c'est dit). Mais je tiens à préciser aux plus perplexes que je garde la ligne choisie depuis le départ: ni alcool fort, ni ectasy, mon établissement sera respectable!
D'ailleurs - petit aparté - je rassure celui qui a tapé sur Google : "ne fais jamais confiance à une mouette bourrée" et qui a donc atterri ici : je ne souhaite pas travailler en état d'ébriété. Et, ici, je ne poste pas en cas d'alcoolisation de mon organisme. Trop risqué. Il m'arrive en revanche d'être très, très fatiguée, comme hier soir où je me suis réveillée sur mon canapé, l'ordi sur les genoux et le billet inachevé! J'ai eu toutes les peines du monde à le finir. Ça s'est vu je crois...
Bref, cette solution permet de donner un nouvel élan à l'affaire et d'attirer, également, un public d'habitués (ma future "partenaire" anime déjà ce genre de soirées dans trois bars de la ville), que je n'avais pas forcément ciblé Cela remet également en cause le nom que j'avais choisi. Pour l'instant, je ne suis pas décidée sur la question, mais je ne manquerai pas de vous en parler.
Demain, je vous raconterai l'autre solution que j'ai trouvée pour viabiliser mon affaire. Si simple que j'ai du mal à croire que cela va marcher...
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mercredi 23 septembre 2009
Jouer ou braquer, j'ai choisi
mardi 8 septembre 2009
Le plus fou n'est pas celui que l'on croit
En apparence, nous étions quatre personnes, tranquillement installées en terrasse, à siroter un café, prenant le soleil.
En apparence, donc.
Parce qu'en réalité, nous étions tous fourbus, éreintés, suintants et conscients du miracle accompli. Aucun retour de plat, pas de clients mécontents. Quelques haricots verts tombés par terre, certes (hum, hum), un concombre trop dépiauté, mais globalement, rien qui puisse assombrir l'horizon.
Il était plus de 15 heures et le service s'était achevé plutôt sereinement. J'avais multiplié les chargements de chariot et pour tout dire, j'avais passé plus de temps à presser la douchette que les robots ménagers. Mais c'est aussi cela, la cuisine.
Et nous étions donc là, à savourer quelques minutes de répit avant de repartir à l'assaut de cette satanée vaisselle sale. L'occasion, me semblait-il, d'entamer la conversation avec le chef, afin de découvrir son parcours.
Je n'avais pas pris en compte que le chef, justement, est d'une nature taciturne. Et très, très stressé. Il m'a donc indiqué qu'il était cuistot depuis 32 ans. C'est à peu près tout ce que j'ai pu en tirer. Lorsque je l'ai interrogé sur la provenance de ses si beaux légumes, il s'est renfrogné: en gros, on ne peut compter sur personne, si ce n'est soi-même, et les fournisseurs tentent toujours de refourguer leur vieille came si on a le malheur de demander la livraison.
Voilà au moins une leçon retenue.
Il s'est tu. Son visage sec ne m'avait jamais semblé aussi soucieux. Et là, il a conforté l'impression que j'en avais depuis sa rencontre. Il est tout, sauf un hédoniste. Il voit son métier comme une sorte de fardeau - bien malgré lui, j'imagine.
Il a fait une petite moue. "Il faut être fou pour faire ce métier."
C'est bien cela. Lui qui s'avère si créatif dans ses plats, si consciencieux dans le dressage, est aussi devenu une sorte d'automate, qui a dû renoncer au plaisir pour simplement faire tourner sa boutique. Je le trouve admirable, sincèrement. Il ne triche pas, peaufine le moindre détail, pose le persil plat avec une attention délicate sur la viande, avant de verser la sauce, concentré au plus haut point. Mais le plaisir, il n'a plus le temps de le ressentir.
On a tous entendu l'éternel discours sur la difficulté de la restauration. Je n'en ai jamais douté mais l'expérience que je vis me donne une idée concrète du miracle permanent que constitue un service sans heurts. Cela ne me décourage pas, bien sûr, car je n'ai ni l'ambition, ni la prétention de me transformer en chef. Mais je comprends d'autant mieux les réticences de tous ceux qui ont pu m'écouter, depuis le début de ma reconversion.
Aujourd'hui, j'ai enfin un élément de comparaison. Et plus que jamais, je m'engouffre dans la voie de la cuisine maison. Bien loin des "vrais" restaurants traditionnels, mais plus près chaque jour de mon rêve.
En apparence, donc.
Parce qu'en réalité, nous étions tous fourbus, éreintés, suintants et conscients du miracle accompli. Aucun retour de plat, pas de clients mécontents. Quelques haricots verts tombés par terre, certes (hum, hum), un concombre trop dépiauté, mais globalement, rien qui puisse assombrir l'horizon.
Il était plus de 15 heures et le service s'était achevé plutôt sereinement. J'avais multiplié les chargements de chariot et pour tout dire, j'avais passé plus de temps à presser la douchette que les robots ménagers. Mais c'est aussi cela, la cuisine.
Et nous étions donc là, à savourer quelques minutes de répit avant de repartir à l'assaut de cette satanée vaisselle sale. L'occasion, me semblait-il, d'entamer la conversation avec le chef, afin de découvrir son parcours.
Je n'avais pas pris en compte que le chef, justement, est d'une nature taciturne. Et très, très stressé. Il m'a donc indiqué qu'il était cuistot depuis 32 ans. C'est à peu près tout ce que j'ai pu en tirer. Lorsque je l'ai interrogé sur la provenance de ses si beaux légumes, il s'est renfrogné: en gros, on ne peut compter sur personne, si ce n'est soi-même, et les fournisseurs tentent toujours de refourguer leur vieille came si on a le malheur de demander la livraison.
Voilà au moins une leçon retenue.
Il s'est tu. Son visage sec ne m'avait jamais semblé aussi soucieux. Et là, il a conforté l'impression que j'en avais depuis sa rencontre. Il est tout, sauf un hédoniste. Il voit son métier comme une sorte de fardeau - bien malgré lui, j'imagine.
Il a fait une petite moue. "Il faut être fou pour faire ce métier."
C'est bien cela. Lui qui s'avère si créatif dans ses plats, si consciencieux dans le dressage, est aussi devenu une sorte d'automate, qui a dû renoncer au plaisir pour simplement faire tourner sa boutique. Je le trouve admirable, sincèrement. Il ne triche pas, peaufine le moindre détail, pose le persil plat avec une attention délicate sur la viande, avant de verser la sauce, concentré au plus haut point. Mais le plaisir, il n'a plus le temps de le ressentir.
On a tous entendu l'éternel discours sur la difficulté de la restauration. Je n'en ai jamais douté mais l'expérience que je vis me donne une idée concrète du miracle permanent que constitue un service sans heurts. Cela ne me décourage pas, bien sûr, car je n'ai ni l'ambition, ni la prétention de me transformer en chef. Mais je comprends d'autant mieux les réticences de tous ceux qui ont pu m'écouter, depuis le début de ma reconversion.
Aujourd'hui, j'ai enfin un élément de comparaison. Et plus que jamais, je m'engouffre dans la voie de la cuisine maison. Bien loin des "vrais" restaurants traditionnels, mais plus près chaque jour de mon rêve.
vendredi 4 septembre 2009
Coupez-le, il repoussera plus fort encore
La nuit fut courte mais je me suis levée du bon pied ce matin. J'avais rendez-vous. Chez Café Clochette (dont je vous recommande chaudement le blog, j'insiste), à Rennes, accompagnée d'une amie. Cela faisait un moment que je souhaitais rencontrer la fameuse cafelière et son restau. Eh bien, je n'ai pas été déçue! D'entrée, la petite et mignonne Clochette, jeune chatte un rien fofolle, nous a accueillies, dans ce cadre si chaleureux, à l'atmosphère bien particulière, entre vrai établissement (miam! ) et ambiance familiale, comme à la maison.
Il y avait du monde, ce midi, et plus de poulet au citron confit. Qu'importe. La brick de thon et le brownie ont épaté mes papilles, et je me suis même régalé d'une terrine de saumon-baies roses, moi qui déteste ce poisson! Le service terminé, nous nous sommes installées à la table de Pascale et de son employée-complice, Christine, pour discuter, échanger, raconter les joies, les galères...
La cafelière, c'est la force tranquille personnifiée. Rien de moins. Sa présence est apaisante, son sourire contagieux. Loin de moi l'idée de la flatter, elle me conforte juste dans l'idée que les convictions et l'énergie permettent de soulever des montagnes. C'est un défi permanent qu'elle relève, guidée par la foi et la sérénité.
Suivant le conseil avisé de la cafelière, nous sommes ensuite passées dans un autre restaurant à caractère familial, les Libellules, toujours dans la cité bretonne. Un immense lieu, clair et ludique, ouvert aux (tout) petits et grands. A vrai dire, j'ai été davantage charmée par Café Clochette, plus intimiste, plus unique, aussi.
Cette rencontre m'a reboostée. Ce soir, je me suis pris un petit tâcle (oui, ouin, je sais que tu lis, mais quand tu fais partie de l'histoire, je suis bien obligée d'en parler, non?), constructif. Sur l'idée que j'abandonnais trop vite l'hypothèse de ce local tant décrié par l'expert-comptable. Sur l'idée que, peut-être, au fond, ma versatilité était mon plus gros obstacle à la concrétisation de mon projet. Sur l'idée que j'avais peur.
Oui, j'ai peur, bien sûr. Pourtant, je sens mon énergie décupler. Comme je le lisais ce matin dans un joli portrait de l'auteur américain James Frey, en dernière page de Libération, "Coupez-le, il repoussera plus fort encore." Je ressens cela en moi. Non, je ne me cherche pas de fausses excuses pour laisser tomber. Oui, j'ai donné trop de pouvoir à ce briseur de rêves, qui ne s'est pas fait prier pour en abuser. Oui, je suis influençable car je découvre, chaque jour, un univers qui m'était totalement étranger il n'y a pas si longtemps.
Suis-je prête à me jeter dans le vide ? Ou pas? Je croyais l'être. Ses hésitations prouvent sans doute que non. Le discours tellement ferme du fou-des-chiffres-qui-ne-l'est-pas-tant m'a stoppée net dans mon élan. Je me suis fiée à sa supposée compétence sans penser qu'il n'avait pas forcément la science infuse.
Je me suis emportée. Bien sûr que je suis seule à savoir si telle ou telle solution me serait bénéfique, mais sans doute ai-je besoin d'avoir plus foi en moi-même. Tout simplement.
J'ai l'impression qu'il me serait parfois profitable de ne pas partager mes états d'âme, au risque de laisser paraître toutes mes faiblesses... De prendre le bâton pour me faire battre, comme l'a suggéré un autre lecteur régulier.
C'est ma vie, j'ai choisi de la raconter, à moi d'en assumer les conséquences. Plutôt que d'évoquer mon dépit et mon impuissance, hier soir, sans doute aurais-je dû rester stoïque et laisser passer le torrent de sentiments qui m'a traversée. Je suis trop spontanée pour cela. Trop stupide, aurais-je même écrit il y a peu.
Mais désormais, je le sais : Il me faut relever la tête.
Il y avait du monde, ce midi, et plus de poulet au citron confit. Qu'importe. La brick de thon et le brownie ont épaté mes papilles, et je me suis même régalé d'une terrine de saumon-baies roses, moi qui déteste ce poisson! Le service terminé, nous nous sommes installées à la table de Pascale et de son employée-complice, Christine, pour discuter, échanger, raconter les joies, les galères...
La cafelière, c'est la force tranquille personnifiée. Rien de moins. Sa présence est apaisante, son sourire contagieux. Loin de moi l'idée de la flatter, elle me conforte juste dans l'idée que les convictions et l'énergie permettent de soulever des montagnes. C'est un défi permanent qu'elle relève, guidée par la foi et la sérénité.
Suivant le conseil avisé de la cafelière, nous sommes ensuite passées dans un autre restaurant à caractère familial, les Libellules, toujours dans la cité bretonne. Un immense lieu, clair et ludique, ouvert aux (tout) petits et grands. A vrai dire, j'ai été davantage charmée par Café Clochette, plus intimiste, plus unique, aussi.
Cette rencontre m'a reboostée. Ce soir, je me suis pris un petit tâcle (oui, ouin, je sais que tu lis, mais quand tu fais partie de l'histoire, je suis bien obligée d'en parler, non?), constructif. Sur l'idée que j'abandonnais trop vite l'hypothèse de ce local tant décrié par l'expert-comptable. Sur l'idée que, peut-être, au fond, ma versatilité était mon plus gros obstacle à la concrétisation de mon projet. Sur l'idée que j'avais peur.
Oui, j'ai peur, bien sûr. Pourtant, je sens mon énergie décupler. Comme je le lisais ce matin dans un joli portrait de l'auteur américain James Frey, en dernière page de Libération, "Coupez-le, il repoussera plus fort encore." Je ressens cela en moi. Non, je ne me cherche pas de fausses excuses pour laisser tomber. Oui, j'ai donné trop de pouvoir à ce briseur de rêves, qui ne s'est pas fait prier pour en abuser. Oui, je suis influençable car je découvre, chaque jour, un univers qui m'était totalement étranger il n'y a pas si longtemps.
Suis-je prête à me jeter dans le vide ? Ou pas? Je croyais l'être. Ses hésitations prouvent sans doute que non. Le discours tellement ferme du fou-des-chiffres-qui-ne-l'est-pas-tant m'a stoppée net dans mon élan. Je me suis fiée à sa supposée compétence sans penser qu'il n'avait pas forcément la science infuse.
Je me suis emportée. Bien sûr que je suis seule à savoir si telle ou telle solution me serait bénéfique, mais sans doute ai-je besoin d'avoir plus foi en moi-même. Tout simplement.
J'ai l'impression qu'il me serait parfois profitable de ne pas partager mes états d'âme, au risque de laisser paraître toutes mes faiblesses... De prendre le bâton pour me faire battre, comme l'a suggéré un autre lecteur régulier.
C'est ma vie, j'ai choisi de la raconter, à moi d'en assumer les conséquences. Plutôt que d'évoquer mon dépit et mon impuissance, hier soir, sans doute aurais-je dû rester stoïque et laisser passer le torrent de sentiments qui m'a traversée. Je suis trop spontanée pour cela. Trop stupide, aurais-je même écrit il y a peu.
Mais désormais, je le sais : Il me faut relever la tête.
mardi 7 juillet 2009
Woody, le carrossier et RSI-Man
J'ai toujours aimé Woody Allen. Son côté névrosé assumé, sans doute, qui me parle tellement... Ce matin, j'avais décidé qu'entre deux séances afpaiennes, je m'offrirai, dans la soirée, un p'tit ciné. "Whatever works" tombait à pic.
Cet opus est un petit bijou et, après l'épopée européenne de Woody - que j'avais adorée - c'est un régal de retrouver notre metteur en scène yankee chez lui, à Manhattan. Allez voir cette rencontre entre un génie désabusé et une blonde vraiment blonde, c'est cocasse, délicieux et d'autant plus jubilatoire que Woody en rajoute des louches, au fur et à mesure de l'histoire.
Et puis, je crois que j'ai tout simplement aimé le titre. Whatever works. "Tant que ça marche" nous dit donc Woody Allen, à travers son clone, l'aigri et asocial Boris. Peu importe la façon d'y arriver... Une fois encore, le message de Woody me parle. Et d'autant plus que j'ai pas mal médité sur la tournure que je devais donner à ma p'tite vie, ces derniers jours, et sur le soutien que j'avais pu recevoir. Un soutien inattendu, opportun, précieux car finalement, je ne me sens pas si seule.
Mine de rien, cela a eu le don de me booster, aujourd'hui, malgré une matinée un rien pénible avec un intervenant du RSI, autrement moins drôle que sa collègue, la rebelle, fâchée contre les carrés. J'ai bien essayé de le neutraliser, en l'étouffant avec un muffin au chocolat, mais il est arrivé vers moi la bouche en coeur, en me disant qu'il avait adoré le gâteau. En bon boulet, il avait jeté le moule à silicone dans la poubelle. Grrrrr.
A la fin de sa session, assez éprouvante pour les paupières - tenir, empêcher qu'elles tombent, allez allez, elles ne sont pas lourdes - le p'tit gars du RSI a eu l'outrecuidance de nous demander s'il ne nous avait pas rasés, par hasard. Là, l'un des stagiaires afpaiens présents, futur carrossier de son état, n'a pas hésité.
- "Si", qu'il a répondu. "Et d'ailleurs, vous savez ce que j'en fais, des gars comme vous?"
- "Euh, non?" s'est inquiété RSI-Man en prenant nerveusement la serviette pour essuyer le tableau blanc.
" Ben, je les remets à leur place."
Il s'est levé. Ai-je besoin de vous préciser que le carrossier en question, s'il n'est pas grand, en impose néanmoins, avec son quintal largement dépassé depuis un moment ?
Oui, mieux vaut que je vous le précise, c'est plus parlant.
Il a bombé le torse, ses pectoraux restant néanmoins recouverts d'une sacrée couche de graisse, s'est dirigé vers RSI-Man, qui commençait à suer de partout, et lui a donné une tape sur l'épaule.
"Hein, mon p'tit bonhomme?!"
RSI-Man a continué d'essuyer le tableau, murmurant:
"C'est pas grave, euh, on vous enverra directement l'huissier."
"M'en fous, les huissiers, c'est pareil, ils sont tout petits"
A part cet intermède, disais-je, j'ai senti un regain d'énergie et l'envie revenue de concrétiser mon projet. Par la fenêtre ou la cheminée, j'y arriverai! Cela suscite une remise en question permanente et la recherche de nouvelles pistes, dont certaines que j'ai déjà évoquées récemment et que je ne peux exclure. Mais à la vue des muffins avalés goulûment par les afpaiens du jour, je me dis qu'il y a moyen de contenter quelques gourmands. Que je me dois d'essayer.
J'ai relu mon "business plan". Et décidé de suivre mon instinct, ce que m'a d'ailleurs conseillé mon nouvel ami (facebookien) Jésus, en ne cherchant pas à répondre aux schémas classiques de la restauration mais bien en imposant mon propre timing. Cela limitera forcément le chiffre d'affaires, lorsque je fermerai à 18h au lieu de servir le soir, mais c'est aussi un choix de vie. Mon prévisionnel m'indique que je peux m'en tenir à mes postulats initiaux. Je peux aussi choisir de me développer, mais pourquoi se précipiter ? Je vais laisser le temps au temps. Tant que ça marche...
Cet opus est un petit bijou et, après l'épopée européenne de Woody - que j'avais adorée - c'est un régal de retrouver notre metteur en scène yankee chez lui, à Manhattan. Allez voir cette rencontre entre un génie désabusé et une blonde vraiment blonde, c'est cocasse, délicieux et d'autant plus jubilatoire que Woody en rajoute des louches, au fur et à mesure de l'histoire.
Et puis, je crois que j'ai tout simplement aimé le titre. Whatever works. "Tant que ça marche" nous dit donc Woody Allen, à travers son clone, l'aigri et asocial Boris. Peu importe la façon d'y arriver... Une fois encore, le message de Woody me parle. Et d'autant plus que j'ai pas mal médité sur la tournure que je devais donner à ma p'tite vie, ces derniers jours, et sur le soutien que j'avais pu recevoir. Un soutien inattendu, opportun, précieux car finalement, je ne me sens pas si seule.
Mine de rien, cela a eu le don de me booster, aujourd'hui, malgré une matinée un rien pénible avec un intervenant du RSI, autrement moins drôle que sa collègue, la rebelle, fâchée contre les carrés. J'ai bien essayé de le neutraliser, en l'étouffant avec un muffin au chocolat, mais il est arrivé vers moi la bouche en coeur, en me disant qu'il avait adoré le gâteau. En bon boulet, il avait jeté le moule à silicone dans la poubelle. Grrrrr.
A la fin de sa session, assez éprouvante pour les paupières - tenir, empêcher qu'elles tombent, allez allez, elles ne sont pas lourdes - le p'tit gars du RSI a eu l'outrecuidance de nous demander s'il ne nous avait pas rasés, par hasard. Là, l'un des stagiaires afpaiens présents, futur carrossier de son état, n'a pas hésité.
- "Si", qu'il a répondu. "Et d'ailleurs, vous savez ce que j'en fais, des gars comme vous?"
- "Euh, non?" s'est inquiété RSI-Man en prenant nerveusement la serviette pour essuyer le tableau blanc.
" Ben, je les remets à leur place."
Il s'est levé. Ai-je besoin de vous préciser que le carrossier en question, s'il n'est pas grand, en impose néanmoins, avec son quintal largement dépassé depuis un moment ?
Oui, mieux vaut que je vous le précise, c'est plus parlant.
Il a bombé le torse, ses pectoraux restant néanmoins recouverts d'une sacrée couche de graisse, s'est dirigé vers RSI-Man, qui commençait à suer de partout, et lui a donné une tape sur l'épaule.
"Hein, mon p'tit bonhomme?!"
RSI-Man a continué d'essuyer le tableau, murmurant:
"C'est pas grave, euh, on vous enverra directement l'huissier."
"M'en fous, les huissiers, c'est pareil, ils sont tout petits"
A part cet intermède, disais-je, j'ai senti un regain d'énergie et l'envie revenue de concrétiser mon projet. Par la fenêtre ou la cheminée, j'y arriverai! Cela suscite une remise en question permanente et la recherche de nouvelles pistes, dont certaines que j'ai déjà évoquées récemment et que je ne peux exclure. Mais à la vue des muffins avalés goulûment par les afpaiens du jour, je me dis qu'il y a moyen de contenter quelques gourmands. Que je me dois d'essayer.
J'ai relu mon "business plan". Et décidé de suivre mon instinct, ce que m'a d'ailleurs conseillé mon nouvel ami (facebookien) Jésus, en ne cherchant pas à répondre aux schémas classiques de la restauration mais bien en imposant mon propre timing. Cela limitera forcément le chiffre d'affaires, lorsque je fermerai à 18h au lieu de servir le soir, mais c'est aussi un choix de vie. Mon prévisionnel m'indique que je peux m'en tenir à mes postulats initiaux. Je peux aussi choisir de me développer, mais pourquoi se précipiter ? Je vais laisser le temps au temps. Tant que ça marche...
jeudi 25 juin 2009
Scarlett, la Tour de Pise et Sainte-Edith
Elle sourirait certainement à cette évocation mais, avec sa bouche charnue, sa peau lisse et ses pommettes hautes, elle a des airs de Scarlett Johansson. Elle est vivante, pleine de peps et n'hésite pas à parler fort dès qu'elle sent des regards perplexes la scruter. Sonia a 29 ans, bientôt 30, et elle m'a écrit un mail, voilà quelques jours. Où elle me disait que le projet collectif bio, ça n'allait pas le faire pour elle, mais qu'elle avait "aimé ma façon de penser" et que l'idée de travailler ensemble lui plairait beaucoup.
Je suis une star, je sais.
Nous nous sommes de fait rencontrées à cette réunion collective, dont la deuxième séance se tenait ce soir. A ce propos, j'avais mûri ma réflexion et, ne voyant pas comment on pouvait vivre de ce projet certes passionnant mais très utopique -il me semble- je savais que j'allais y renoncer. J'avais en outre les idées plus claires grâce, j'imagine, aux petites aiguilles de monsieur le magicien, alias l'ostéopathe qui, à défaut de m'avoir débarrassé de mon balai, m'a permis d'effectuer un petit "reset" mental.
En gros, j'étais zen. Et je venais à cette nouvelle entrevue davantage pour écouter, avant de refermer la porte, avec l'idée de ne pas (trop) intervenir.
Dès qu'elle m'a vue, Sonia a eu cette petite lueur complice dans le regard, du genre, chut, ne dévoilons rien, nous aviserons en temps voulu. A côté d'elle, un nouveau, la cinquantaine bien tassée, un peu monsieur-je-sais-tout, a commencé à me taper sur les nerfs. Là, j'ai compris que ça n'allait pas être possible de travailler avec des personnes si différentes les unes des autres.
Au final, il était plutôt constructif, mais du coup, c'est Edith, "à qui il manque juste l'auréole", dixit Sonia, qui me sortait par les yeux, elle qui n'a jamais mis les pieds dans un bar. J'exagère à peine. Dommage lorsque l'on a un projet de bar-restaurant. A vrai dire, Sainte-Edith me semble une sorte d'ayatollah du bio et n'a pas caché son effarement lorsque l'on a soumis l'idée de vendre de l'alcool. Perso, je n'ai pas caché ma perplexité: super, l'idée d'un lieu qui refuse de rentrer dans le jeu des capitalistes en ne vendant ni Coca, ni aucun produit de multinationales. Mais on fait comment, pour être rentable, avec nos trois bouteilles de Jaja bio qui se battent en duel? Avec quatre temps-pleins ? Eh ben, on coule. Vite.
Pour autant, le naturel revenant toujours au galop, je n'ai pas pu m'empêcher de l'ouvrir et j'étais assez sciée de constater l'attention dont je bénéficiais.
Je suis une star, je vous dis.
A la fin de la séance, je ne pouvais plus me cacher. Je ne me sentais pas de les planter. Sincèrement, leur projet me plaît et si leur idée aboutit, ce sera un chouette lieu de vie. Mais tout cela me semble intenable, en terme de rentabilité, avec autant de personnes - aux caractères et aux envies tellement hétérogènes, qui plus est. Je leur ai donc avoué que je partais a priori seule, même si je n'étais pas opposée à l'idée de les suivre, en prenant sans doute de la distance. Sonia m'a fixée, un peu interrogative. Genre "seule, seule?"
En sortant de chez Adrian, Sonia et moi avons naturellement emboîté nos pas. Nous nous sommes installées à une terrasse et avons discuté. De business, bien sûr, mais surtout de nous. Elle m'a montré la photo de sa fille. Evoqué ses joies et ses peines, en lissant régulièrement ses cheveux châtains, et sans jamais se départir de sa bonne humeur. M'a raconté ses amours avec une liberté et une générosité incroyables.
Elle m'a semblé à la fois forte et fragile. Mûre et espiègle. A la fin, elle m'a demandé, de nouveau, si on pouvait monter notre affaire ensemble. Elle a pour elle sa vivacité, son expérience de la restauration, son ouverture. Je ne la connais que trop peu pour envisager de prendre à la va-vite une décision tellement primordiale pour la suite. Mais c'est drôle de constater que je puisse représenter, à ses yeux, un espoir. Une sorte de béquille.
Je ne voudrais surtout pas la contredire. D'ailleurs, je vais éviter de lui raconter ce que m'a dit ce matin l'ostéo en observant mon dos : que je ressemblais à la Tour de Pise.
PS: Ah, au fait, motivée par le challenge "week-end réussi en sept leçons", je pars dès demain quatre jours à la mer. Donc, je vous donne rendez-vous au plus vite, dimanche soir peut-être. D'ici là, portez-vous bien et si vous connaissez un moyen d'avoir une allure normale avec un balai, surtout, n'hésitez pas, sonnez-moi!
Re-PS : Je lui dois ce surnom de "Mouette" et surtout pas mal de sacrés moments. Joyeux Anniversaire à toi, Zoccie!
Je suis une star, je sais.
Nous nous sommes de fait rencontrées à cette réunion collective, dont la deuxième séance se tenait ce soir. A ce propos, j'avais mûri ma réflexion et, ne voyant pas comment on pouvait vivre de ce projet certes passionnant mais très utopique -il me semble- je savais que j'allais y renoncer. J'avais en outre les idées plus claires grâce, j'imagine, aux petites aiguilles de monsieur le magicien, alias l'ostéopathe qui, à défaut de m'avoir débarrassé de mon balai, m'a permis d'effectuer un petit "reset" mental.
En gros, j'étais zen. Et je venais à cette nouvelle entrevue davantage pour écouter, avant de refermer la porte, avec l'idée de ne pas (trop) intervenir.
Dès qu'elle m'a vue, Sonia a eu cette petite lueur complice dans le regard, du genre, chut, ne dévoilons rien, nous aviserons en temps voulu. A côté d'elle, un nouveau, la cinquantaine bien tassée, un peu monsieur-je-sais-tout, a commencé à me taper sur les nerfs. Là, j'ai compris que ça n'allait pas être possible de travailler avec des personnes si différentes les unes des autres.
Au final, il était plutôt constructif, mais du coup, c'est Edith, "à qui il manque juste l'auréole", dixit Sonia, qui me sortait par les yeux, elle qui n'a jamais mis les pieds dans un bar. J'exagère à peine. Dommage lorsque l'on a un projet de bar-restaurant. A vrai dire, Sainte-Edith me semble une sorte d'ayatollah du bio et n'a pas caché son effarement lorsque l'on a soumis l'idée de vendre de l'alcool. Perso, je n'ai pas caché ma perplexité: super, l'idée d'un lieu qui refuse de rentrer dans le jeu des capitalistes en ne vendant ni Coca, ni aucun produit de multinationales. Mais on fait comment, pour être rentable, avec nos trois bouteilles de Jaja bio qui se battent en duel? Avec quatre temps-pleins ? Eh ben, on coule. Vite.
Pour autant, le naturel revenant toujours au galop, je n'ai pas pu m'empêcher de l'ouvrir et j'étais assez sciée de constater l'attention dont je bénéficiais.
Je suis une star, je vous dis.
A la fin de la séance, je ne pouvais plus me cacher. Je ne me sentais pas de les planter. Sincèrement, leur projet me plaît et si leur idée aboutit, ce sera un chouette lieu de vie. Mais tout cela me semble intenable, en terme de rentabilité, avec autant de personnes - aux caractères et aux envies tellement hétérogènes, qui plus est. Je leur ai donc avoué que je partais a priori seule, même si je n'étais pas opposée à l'idée de les suivre, en prenant sans doute de la distance. Sonia m'a fixée, un peu interrogative. Genre "seule, seule?"
En sortant de chez Adrian, Sonia et moi avons naturellement emboîté nos pas. Nous nous sommes installées à une terrasse et avons discuté. De business, bien sûr, mais surtout de nous. Elle m'a montré la photo de sa fille. Evoqué ses joies et ses peines, en lissant régulièrement ses cheveux châtains, et sans jamais se départir de sa bonne humeur. M'a raconté ses amours avec une liberté et une générosité incroyables.
Elle m'a semblé à la fois forte et fragile. Mûre et espiègle. A la fin, elle m'a demandé, de nouveau, si on pouvait monter notre affaire ensemble. Elle a pour elle sa vivacité, son expérience de la restauration, son ouverture. Je ne la connais que trop peu pour envisager de prendre à la va-vite une décision tellement primordiale pour la suite. Mais c'est drôle de constater que je puisse représenter, à ses yeux, un espoir. Une sorte de béquille.
Je ne voudrais surtout pas la contredire. D'ailleurs, je vais éviter de lui raconter ce que m'a dit ce matin l'ostéo en observant mon dos : que je ressemblais à la Tour de Pise.
PS: Ah, au fait, motivée par le challenge "week-end réussi en sept leçons", je pars dès demain quatre jours à la mer. Donc, je vous donne rendez-vous au plus vite, dimanche soir peut-être. D'ici là, portez-vous bien et si vous connaissez un moyen d'avoir une allure normale avec un balai, surtout, n'hésitez pas, sonnez-moi!
Re-PS : Je lui dois ce surnom de "Mouette" et surtout pas mal de sacrés moments. Joyeux Anniversaire à toi, Zoccie!
lundi 27 avril 2009
Idéaliste ? A peine.
Maslow, ODIL, McGregor... Non, ce ne sont pas mes nouveaux amis mais, je le sais déjà, je vais en rêver cette nuit. C'était aujourd'hui notre deuxième réunion hebdomadaire à l'AFPA et je suis tout aussi enthousiaste que la semaine passée. De quoi regonfler le moral!
Cette "confrontation" entre des projets plus ou moins aboutis me plaît pour les échanges qu'elle suscite entre nous, apprentis créateurs, et d'autant plus que j'y décèle une vérité commune. Pas d'esbroufe, mes petits camarades sont comme moi, à croire dur comme fer à leur projet, mais sans jamais oublier d'où nous venons.
Ce n'est pas par hasard que j'évoque ce terme de confrontation. Car, clairement, mes idées du commerce ne sont pas partagées par tous. Est-ce que je cours à ma perte?
Je l'ignore, mais je reste persuadée que l'on peut développer son affaire à son échelle, sans chercher à racoler les clients les plus huppés, ceux qui sont au sommet de cette "pyramide de Maslow". On les identifie comme ceux qui ont des "besoins de réalisation" (c'était la minute-je-sors-ma-science. C'est aussi à cela que sert une formation, pas vrai?) J'avoue que ça me choque, naïvement, que l'on puisse considérer que les signes ostentatoires de richesse sont forcément autant de marques de réussite et de bonheur. Et que l'on puisse penser combler cette clientèle, prête à payer davantage pour s'assurer qu'elle fait bien partie de la France d'en haut, au détriment d'une population moins nantie.
Je conçois parfaitement qu'il faille s'adapter aux exigences de sa clientèle, mais l'évocation d'une déférence particulière à l'égard d'une classe plus aisée me pose problème. Pourquoi devrais-je me comporter autrement ? Je n'ai pas envie de ravaler tous mes idéaux ni de faire des courbettes pour avoir "l'honneur" de recevoir les fameux CSP++. Pas question de fermer mes portes à qui que ce soit - ce serait du suicide et j'ai conscience des couleuvres qu'il faut parfois avaler dans le commerce - mais de là à privilégier une certaine clientèle au prétexte qu'elle a un pouvoir d'achat supérieur... Oui, je sais, c'est l'éternel paradoxe qui m'agite. Je veux gagner ma vie mais sans perdre de vue la notion d'une aventure humaine, pas toujours compatible avec le business.
C'est ce qu'estime notamment M.C. - dont j'apprécie par ailleurs la franchise et la vivacité d'esprit - laquelle m'a fait remarquer qu'il était dommage de devoir trimer pour vingt-cinq clients lorsque l'on pouvait obtenir le même chiffre avec un seul client plus fortuné. Ben oui, mais, que voulez-vous, moi, j'aime la diversité. Et, qu'on se le dise, je n'ai pas envie de créer un lieu pour les plus nantis, mais pour tous ceux qui cherchent un endroit cosy. Qu'ils soient dans une recherche de besoins "primaires" ou de "réalisation". Riches ou pauvres. J'ai encore le droit de rêver, non?
Cette "confrontation" entre des projets plus ou moins aboutis me plaît pour les échanges qu'elle suscite entre nous, apprentis créateurs, et d'autant plus que j'y décèle une vérité commune. Pas d'esbroufe, mes petits camarades sont comme moi, à croire dur comme fer à leur projet, mais sans jamais oublier d'où nous venons.
Ce n'est pas par hasard que j'évoque ce terme de confrontation. Car, clairement, mes idées du commerce ne sont pas partagées par tous. Est-ce que je cours à ma perte?
Je l'ignore, mais je reste persuadée que l'on peut développer son affaire à son échelle, sans chercher à racoler les clients les plus huppés, ceux qui sont au sommet de cette "pyramide de Maslow". On les identifie comme ceux qui ont des "besoins de réalisation" (c'était la minute-je-sors-ma-science. C'est aussi à cela que sert une formation, pas vrai?) J'avoue que ça me choque, naïvement, que l'on puisse considérer que les signes ostentatoires de richesse sont forcément autant de marques de réussite et de bonheur. Et que l'on puisse penser combler cette clientèle, prête à payer davantage pour s'assurer qu'elle fait bien partie de la France d'en haut, au détriment d'une population moins nantie.
Je conçois parfaitement qu'il faille s'adapter aux exigences de sa clientèle, mais l'évocation d'une déférence particulière à l'égard d'une classe plus aisée me pose problème. Pourquoi devrais-je me comporter autrement ? Je n'ai pas envie de ravaler tous mes idéaux ni de faire des courbettes pour avoir "l'honneur" de recevoir les fameux CSP++. Pas question de fermer mes portes à qui que ce soit - ce serait du suicide et j'ai conscience des couleuvres qu'il faut parfois avaler dans le commerce - mais de là à privilégier une certaine clientèle au prétexte qu'elle a un pouvoir d'achat supérieur... Oui, je sais, c'est l'éternel paradoxe qui m'agite. Je veux gagner ma vie mais sans perdre de vue la notion d'une aventure humaine, pas toujours compatible avec le business.
C'est ce qu'estime notamment M.C. - dont j'apprécie par ailleurs la franchise et la vivacité d'esprit - laquelle m'a fait remarquer qu'il était dommage de devoir trimer pour vingt-cinq clients lorsque l'on pouvait obtenir le même chiffre avec un seul client plus fortuné. Ben oui, mais, que voulez-vous, moi, j'aime la diversité. Et, qu'on se le dise, je n'ai pas envie de créer un lieu pour les plus nantis, mais pour tous ceux qui cherchent un endroit cosy. Qu'ils soient dans une recherche de besoins "primaires" ou de "réalisation". Riches ou pauvres. J'ai encore le droit de rêver, non?
samedi 18 avril 2009
Du rêve à la réalité
La première fois que je suis allée à (feu) l'ANPE, j'ai exposé mes envies. Regonflée à bloc, j'ai même avoué mon envie ultime: ouvrir une chambre d'hôtes. J'ai vite compris que ce joli projet allait être rangé dans un p'tit coin de mon esprit pour un bout de temps. Peu importe, c'était aussi une façon de désacraliser l'ouverture d'un restaurant. Car ce qui aurait pu me sembler une montagne m'est apparu d'un coup comme une très belle étape vers "le" projet.
En attendant, au quotidien, les étapes, je les passais au fur et à mesure. Et j'en ai connu, des phases! Au début, déjà, j'étais assez étonnée que mes interlocuteurs ne me rient pas au nez quand je leur racontais ce que j'assimilais encore à un délire. Une journaliste qui veut ouvrir un resto? J'ai bien perçu parfois du scepticisme, mais davantage lié au contexte actuel qu'à moi-même. A vrai dire - et c'est fou - aucun diplôme n'est requis pour se lancer dans la restauration. J'imagine bien que celui qui sait à peine cuire un oeuf aura du mal, rapidement, à assurer aux fourneaux, mais enfin, cela m'a semblé incroyable qu'une simple passionnée culinaire puisse passer à l'acte, sans "validation officielle".
Bon, j'avais quand même un peu envie de me rassurer, ou de m'entendre dire, peut-être, qu'il valait mieux laisser tomber. Un sentiment d'imposture hélas un peu familier, j'avoue, mais qui me permet, au moins, de garder les pieds bien sur terre... Alors, j'ai fait ce que l'on appelle un "bilan de compétences", une vraie aubaine en vérité. Parce que j'y ai vu un concentré de notre société et ressenti beaucoup d'optimisme.
Je me souviendrai toujours de cette première séance collective où, évoquant la radiation des droits en cas d'absence à l'une des séances, la consultante (A-L., si vous me lisez, merci, sincèrement) a lâché un sacré lapsus: "Eradication", a-t-elle dit, provoquant le rire général et l'impression... de n'être que des parias. Des rebuts de la société. On a ri, sincèrement, de ce constat doux-amer.
On a fait un tour de table. Nous étions sept. Et pour la plupart, le chômage était de fait vécu comme un mal nécessaire pour retrouver cet équilibre qui nous manquait. Cela m'a surprise. Je m'attendais sans doute à ne lire que désespoir et souffrance dans les yeux de mes nouveaux camarades. Il y a eu des larmes, certes. Une veuve, un handicapé, une personne victime de harcèlement moral, beaucoup de galères et d'émotions. Mais aussi du pragmatisme et un vrai bon sens face à ce qui nous arrivait. Le plus frappant, c'était cette sensation d'oppression qui se dégagait des histoires de chaque personne présente. Tout du moins, lorsqu'elles travaillaient. La plupart avouait leur soulagement d'avoir quitté un monde de fous. Mais aussi leur inquiétude de ne pas retrouver une place.
Je suis repartie de cette première séance vidée. Mais pleine d'espoir. Ces personnes m'avaient permis de relativiser, de comprendre aussi que nous pouvons tous avoir mille vies en une. Il suffisait de suivre le bon chemin.
En attendant, au quotidien, les étapes, je les passais au fur et à mesure. Et j'en ai connu, des phases! Au début, déjà, j'étais assez étonnée que mes interlocuteurs ne me rient pas au nez quand je leur racontais ce que j'assimilais encore à un délire. Une journaliste qui veut ouvrir un resto? J'ai bien perçu parfois du scepticisme, mais davantage lié au contexte actuel qu'à moi-même. A vrai dire - et c'est fou - aucun diplôme n'est requis pour se lancer dans la restauration. J'imagine bien que celui qui sait à peine cuire un oeuf aura du mal, rapidement, à assurer aux fourneaux, mais enfin, cela m'a semblé incroyable qu'une simple passionnée culinaire puisse passer à l'acte, sans "validation officielle".
Bon, j'avais quand même un peu envie de me rassurer, ou de m'entendre dire, peut-être, qu'il valait mieux laisser tomber. Un sentiment d'imposture hélas un peu familier, j'avoue, mais qui me permet, au moins, de garder les pieds bien sur terre... Alors, j'ai fait ce que l'on appelle un "bilan de compétences", une vraie aubaine en vérité. Parce que j'y ai vu un concentré de notre société et ressenti beaucoup d'optimisme.
Je me souviendrai toujours de cette première séance collective où, évoquant la radiation des droits en cas d'absence à l'une des séances, la consultante (A-L., si vous me lisez, merci, sincèrement) a lâché un sacré lapsus: "Eradication", a-t-elle dit, provoquant le rire général et l'impression... de n'être que des parias. Des rebuts de la société. On a ri, sincèrement, de ce constat doux-amer.
On a fait un tour de table. Nous étions sept. Et pour la plupart, le chômage était de fait vécu comme un mal nécessaire pour retrouver cet équilibre qui nous manquait. Cela m'a surprise. Je m'attendais sans doute à ne lire que désespoir et souffrance dans les yeux de mes nouveaux camarades. Il y a eu des larmes, certes. Une veuve, un handicapé, une personne victime de harcèlement moral, beaucoup de galères et d'émotions. Mais aussi du pragmatisme et un vrai bon sens face à ce qui nous arrivait. Le plus frappant, c'était cette sensation d'oppression qui se dégagait des histoires de chaque personne présente. Tout du moins, lorsqu'elles travaillaient. La plupart avouait leur soulagement d'avoir quitté un monde de fous. Mais aussi leur inquiétude de ne pas retrouver une place.
Je suis repartie de cette première séance vidée. Mais pleine d'espoir. Ces personnes m'avaient permis de relativiser, de comprendre aussi que nous pouvons tous avoir mille vies en une. Il suffisait de suivre le bon chemin.
mercredi 15 avril 2009
Rêve de gosse
Vous allez penser que l'enfance me hante, mais quand j'étais petite, je voulais être journaliste. Et après, "mais seulement quand je serai vieille", ouvrir un restaurant.
Je n'avais pas forcément imaginé être vieille à 34 ans. Ou alors ma reconversion arrive un peu tôt. Mais qu'importe, l'opportunité est là.
Oui, j'ai toujours rêvé d'ouvrir un restaurant. Ou plutôt, une sorte de lieu d'échange, d'immense table qui réunirait tous les convives autour de p'tits plats chaleureux. Le bruit, le fourmillement, la toque, sans m'effrayer, ne sont pas dans mes cordes. En revanche, couvrir la nappe de plats colorés, joyeux, originaux, tester de nouvelles saveurs sans chercher à en mettre plein les mirettes, voir les convives oublier un peu leur retenue pour se servir de nouveau, ou prendre leur pain pour le tremper à même le plat... Voilà, c'est ça, pour moi, un déjeuner (ou un dîner, hein) réussi. Où chacun peut partager ses impressions, les papilles en alerte. A vrai dire, c'est une façon de retenir le temps.
Paradoxalement, l'affectif ne devrait pas rentrer en compte lorsque l'on souhaite ouvrir un restaurant, où les notions de chiffre d'affaires, de coûts de revient et de marge ternissent sérieusement la conception chaleureuse que je garde naïvement d'un repas. Pourtant, c'est le pari que j'aimerais réaliser. Ouvrir un lieu qui me ressemble, où mes hôtes se sentiraient comme à la maison.
C'est en lisant un jour "Mangez-moi" d'Agnès Desarthe - excellent roman, au demeurant - que le déclic s'est produit. L'histoire d'une femme qui ouvre son resto, dans lequel elle est contrainte de vivre - dans le secret. Sans doute avais-je envie de m'identifier à ce personnage de fiction. En tout cas, je me suis dit que moi aussi, un jour, je me lancerai. En tentant de concilier business et chaleur. Oui, je suis une éternelle rêveuse.
Je n'avais pas forcément imaginé être vieille à 34 ans. Ou alors ma reconversion arrive un peu tôt. Mais qu'importe, l'opportunité est là.
Oui, j'ai toujours rêvé d'ouvrir un restaurant. Ou plutôt, une sorte de lieu d'échange, d'immense table qui réunirait tous les convives autour de p'tits plats chaleureux. Le bruit, le fourmillement, la toque, sans m'effrayer, ne sont pas dans mes cordes. En revanche, couvrir la nappe de plats colorés, joyeux, originaux, tester de nouvelles saveurs sans chercher à en mettre plein les mirettes, voir les convives oublier un peu leur retenue pour se servir de nouveau, ou prendre leur pain pour le tremper à même le plat... Voilà, c'est ça, pour moi, un déjeuner (ou un dîner, hein) réussi. Où chacun peut partager ses impressions, les papilles en alerte. A vrai dire, c'est une façon de retenir le temps.
Paradoxalement, l'affectif ne devrait pas rentrer en compte lorsque l'on souhaite ouvrir un restaurant, où les notions de chiffre d'affaires, de coûts de revient et de marge ternissent sérieusement la conception chaleureuse que je garde naïvement d'un repas. Pourtant, c'est le pari que j'aimerais réaliser. Ouvrir un lieu qui me ressemble, où mes hôtes se sentiraient comme à la maison.
C'est en lisant un jour "Mangez-moi" d'Agnès Desarthe - excellent roman, au demeurant - que le déclic s'est produit. L'histoire d'une femme qui ouvre son resto, dans lequel elle est contrainte de vivre - dans le secret. Sans doute avais-je envie de m'identifier à ce personnage de fiction. En tout cas, je me suis dit que moi aussi, un jour, je me lancerai. En tentant de concilier business et chaleur. Oui, je suis une éternelle rêveuse.
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