J'ai fait le tri. Enfin écrit ces lettres que je retardais tellement, certaines depuis mon arrivée à Nantes, voilà maintenant près d'un an. Enfin ressenti cette forme d'apaisement... même si elle n'est que relative. Car seule ma conscience souffle, ma situation, elle, reste en stand-by.
Comme je le souhaitais, j'ai senti l'effet bénéfique de la rentrée, cette envie de renouvellement et d'une bouffée d'air frais, loin de la mélancolie estivale. Loulou est redevenu le Loulou, certes espiègle, mais si touchant que j'avais l'impression d'avoir un peu perdu dans le bouleversement de ces derniers mois... Et moi, j'ai retrouvé cet enthousiasme qui m'avait un peu lâchée, un peu lasse de la tournure des événements.
Alors, j'ai postulé, pour des boîtes qui m'attirent, en premier lieu, évidemment. Mais aussi en réponse à des annonces, où l'on vous demande d'être le mouton à cinq pattes, Bac + 12 et disponible 24 sur 24, le tout pour 1200 euros bruts mensuels. Dans la presse, la rédaction, mais aussi la restauration et même d'autres secteurs plus inattendus parce que, après tout, on ne sait jamais.
J'ai parfois envoyé ces lettres comme des bouteilles à la mer mais quelque chose me dit qu'il faut le faire. Parallèlement, j'ai reçu de nouvelles missions et je vais donc repartir dans mon marathon rédactionnel, avec plein de politicards, de syndicalistes et leurs tics de langage - je vous en parlerai, un jour - dedans. Je m'interroge sérieusement sur la pérennité de ce blog, parce que l'envie d'écrire demeure pressante, mais que j'ai de plus en plus de mal à coucher mes envies et mon ressenti ici, comme si tout ça me semblait indécent et, oui, futile. Cette sensation de trop m'écouter me gêne.
Je tourne en rond.
Vous voyez, tout bouge et rien ne change, les doutes persistent, les questionnements m'empêchent régulièrement de vivre au jour le jour comme je m'y suis pourtant toujours appliquée. Je suis dans la projection et ce n'est guère confortable. Je rêve du jour où je vous annoncerai que, ça y est, j'ai retrouvé le chemin vers une vie, non pas plus heureuse - car je le suis, paradoxalement - mais plus rassurante.
Comme si, finalement, j'avais hâte de m'ennuyer;)
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jeudi 8 septembre 2011
mercredi 31 août 2011
Cette fragilité-là
Silence radio. Soudain, je me suis sentie coupée des mots, comme s'ils ne pouvaient plus suffire à m'apaiser, comme s'ils m'échappaient, surtout, comme si j'avais perdu la clé pour jouer, tourner et jongler avec.
J'ai passé un drôle d'été. Entre tourments et grands bonheurs, entre sensations vertigineuses de vide et sommets d'épicurisme. Un été de frustration, parfois, mais une semaine de vacances, enfin, régénérante et durant laquelle j'ai eu le sentiment d'être moi, tout simplement, libre et sans fioritures, bien accompagnée et heureuse. Une semaine à sentir les embruns bretons, à observer l'incroyable manège des mouettes et autres cormorans, à sillonner les chemins en vélo, à respirer, à manger avec plaisir et appétit, à aimer et vivre sans contraintes.
Un drôle d'été, oui, durant lequel mon corps m'a rappelé mes excès, en me coupant les ailes et me privant de ma bouffée sportive. Or, j'ai besoin de me faire mal, un peu, de tester mes limites, pour me sentir plus forte. D'aller courir, nager ou pédaler, peu importe, pour évacuer mes habituels doutes et états d'âme. Sans ça, je me sens oppressée. Cette fois, j'ai dû composer, l'écouter davantage, ce corps, arrêter de foncer tête baissée pour accepter de me poser, me reposer, de me regarder vraiment dans la glace et faire le point.
Aïe.
Terrible constat d'impuissance, évidemment. Parce qu'à l'instar des mots, j'ai senti que tout m'échappait. Que je focalisais sur des détails de ma vie personnelle parce que, dans le désert pro qui a caractérisé ce mois d'août, j'avais besoin de me raccrocher aux rayons de soleil qui éclairent mon existence actuellement. J'ai compris toute l'importance, aujourd'hui, de me "réinsérer" dans la vie active, pour ne plus tourner en rond et être à la merci de missions toujours aléatoires. Et pour relativiser davantage, surtout.
Naïvement, je pensais qu'une fois la raison revenue, je pourrais envisager d'avoir une vie comme tout le monde, avec un cadre, des horaires, des collègues - peut-être lourds et pénibles, certes, mais des collègues, une vie autour de moi. J'ai postulé, à droite, à gauche, dans une période certes peu propice au plein-emploi, tant dans ce contexte de crise qui n'en finit pas de nous anéantir, que dans une période estivale où les DRH se dorent peut-être la pilule en Corse ou décompressent à l'autre bout de la planète (clichés, quand tu nous tiens...). Le bilan est peu flatteur, entre refus polis, recrutements finalement déjà bouclés, relances vaines et sensation de perdre pied chaque jour un peu plus avec ce monde du travail si déconcertant.
Rien de neuf, me direz-vous, je me lamentais déjà de tout ça voilà peu. Mais je déteste ce que ce constat d'impuissance réveille en moi, cette fragilité que j'ai tant contrée, repoussée, envoyée valser. Ce sentiment de n'être qu'une petite chose, au lieu de me tenir tête droite, prête à me lancer dans la bataille et lutter, vaille que vaille, pour retrouver cette sérénité professionnelle à laquelle j'aspire aujourd'hui.
J'ai lancé mon plan d'action, listé mes envies, creusé plus ou moins de nouvelles pistes et j'en suis consciente: je suis la seule à avoir la clé pour changer la donne. Pourtant, je sens toujours ces freins en moi, sans parvenir vraiment à les déraciner. Je réalise que ces recherches d'emploi me ramènent à mon métier d'avant et que je le veuille ou non, j'ai l'impression d'une forme de régression, d'un compromis que j'aurais passé avec moi-même et qui me dérange.
Loin des ambitions d'antan, de ces rêves anéantis, de cette énergie que je sentais jaillir en moi, j'en suis là, dans ce marasme, à chercher ma place. Avec, néanmoins, ce petit quelque chose qui demeure dans un coin de mon esprit. Parce que si les mots étaient cachés au fond du placard, ces dernières semaines, cette envie de cuisiner m'a tenaillée plus que jamais dans le même temps, et il n'y a que la main dans la pâte que j'ai senti cette sérénité et cette envie de faire quelque chose de nouveau, de grand, de positif.
Je sais, il faut savoir ronger son frein, remiser certaines idées et filer droit en attendant la fin de l'orage. Je vais donc laisser derrière moi ce découragement latent et cette fragilité encombrante pour bouleverser cette vie un rien marginale qui me pèse aujourd'hui plus, bien plus, qu'hier. Et songer à tous ces fragments de bonheur qui ponctuent mon existence, ça et là, pour effacer cette image de petite chose et casser cette coquille de Caliméro qui n'a décidément aucun sens et que je véhicule depuis trop longtemps, bien malgré moi.
Bien malgré moi? Caliméro, tu sors, j'ai dit;)
J'ai passé un drôle d'été. Entre tourments et grands bonheurs, entre sensations vertigineuses de vide et sommets d'épicurisme. Un été de frustration, parfois, mais une semaine de vacances, enfin, régénérante et durant laquelle j'ai eu le sentiment d'être moi, tout simplement, libre et sans fioritures, bien accompagnée et heureuse. Une semaine à sentir les embruns bretons, à observer l'incroyable manège des mouettes et autres cormorans, à sillonner les chemins en vélo, à respirer, à manger avec plaisir et appétit, à aimer et vivre sans contraintes.
Un drôle d'été, oui, durant lequel mon corps m'a rappelé mes excès, en me coupant les ailes et me privant de ma bouffée sportive. Or, j'ai besoin de me faire mal, un peu, de tester mes limites, pour me sentir plus forte. D'aller courir, nager ou pédaler, peu importe, pour évacuer mes habituels doutes et états d'âme. Sans ça, je me sens oppressée. Cette fois, j'ai dû composer, l'écouter davantage, ce corps, arrêter de foncer tête baissée pour accepter de me poser, me reposer, de me regarder vraiment dans la glace et faire le point.
Aïe.
Terrible constat d'impuissance, évidemment. Parce qu'à l'instar des mots, j'ai senti que tout m'échappait. Que je focalisais sur des détails de ma vie personnelle parce que, dans le désert pro qui a caractérisé ce mois d'août, j'avais besoin de me raccrocher aux rayons de soleil qui éclairent mon existence actuellement. J'ai compris toute l'importance, aujourd'hui, de me "réinsérer" dans la vie active, pour ne plus tourner en rond et être à la merci de missions toujours aléatoires. Et pour relativiser davantage, surtout.
Naïvement, je pensais qu'une fois la raison revenue, je pourrais envisager d'avoir une vie comme tout le monde, avec un cadre, des horaires, des collègues - peut-être lourds et pénibles, certes, mais des collègues, une vie autour de moi. J'ai postulé, à droite, à gauche, dans une période certes peu propice au plein-emploi, tant dans ce contexte de crise qui n'en finit pas de nous anéantir, que dans une période estivale où les DRH se dorent peut-être la pilule en Corse ou décompressent à l'autre bout de la planète (clichés, quand tu nous tiens...). Le bilan est peu flatteur, entre refus polis, recrutements finalement déjà bouclés, relances vaines et sensation de perdre pied chaque jour un peu plus avec ce monde du travail si déconcertant.
Rien de neuf, me direz-vous, je me lamentais déjà de tout ça voilà peu. Mais je déteste ce que ce constat d'impuissance réveille en moi, cette fragilité que j'ai tant contrée, repoussée, envoyée valser. Ce sentiment de n'être qu'une petite chose, au lieu de me tenir tête droite, prête à me lancer dans la bataille et lutter, vaille que vaille, pour retrouver cette sérénité professionnelle à laquelle j'aspire aujourd'hui.
J'ai lancé mon plan d'action, listé mes envies, creusé plus ou moins de nouvelles pistes et j'en suis consciente: je suis la seule à avoir la clé pour changer la donne. Pourtant, je sens toujours ces freins en moi, sans parvenir vraiment à les déraciner. Je réalise que ces recherches d'emploi me ramènent à mon métier d'avant et que je le veuille ou non, j'ai l'impression d'une forme de régression, d'un compromis que j'aurais passé avec moi-même et qui me dérange.
Loin des ambitions d'antan, de ces rêves anéantis, de cette énergie que je sentais jaillir en moi, j'en suis là, dans ce marasme, à chercher ma place. Avec, néanmoins, ce petit quelque chose qui demeure dans un coin de mon esprit. Parce que si les mots étaient cachés au fond du placard, ces dernières semaines, cette envie de cuisiner m'a tenaillée plus que jamais dans le même temps, et il n'y a que la main dans la pâte que j'ai senti cette sérénité et cette envie de faire quelque chose de nouveau, de grand, de positif.
Je sais, il faut savoir ronger son frein, remiser certaines idées et filer droit en attendant la fin de l'orage. Je vais donc laisser derrière moi ce découragement latent et cette fragilité encombrante pour bouleverser cette vie un rien marginale qui me pèse aujourd'hui plus, bien plus, qu'hier. Et songer à tous ces fragments de bonheur qui ponctuent mon existence, ça et là, pour effacer cette image de petite chose et casser cette coquille de Caliméro qui n'a décidément aucun sens et que je véhicule depuis trop longtemps, bien malgré moi.
Bien malgré moi? Caliméro, tu sors, j'ai dit;)
samedi 18 juin 2011
De l'impact du rooibos sur une déprime passagère
C'est drôle, quand même. Dans la semaine, j'avais entamé un post, que je n'ai finalement pas publié, qui ne disait pas grand-chose d'autres, finalement, que des banalités. Oh, de jolies banalités, une vie qui roule, l'impression de nager dans une mer de chamallow ou de me rouler dans un champ de bisounours, c'est selon. Cette sensation que tout s'est mis en place, que l'équilibre est trouvé, que la chance a tourné.
Que je n'ai jamais été aussi heureuse de ma vie.
J'y racontais comment ma dernière visite à Pôle Emploi, qui aurait dû m'accabler, ne m'avait finalement pas plus affectée que cela ; comment j'avais acquis de nouveaux droits mais tellement riquiqui que c'en était risible, finalement; comment tout cela me laissait impassible, consciente que je suis aujourd'hui d'avoir sabordé pas mal d'ambitions professionnelles pour y gagner en équilibre général.
Petite parenthèse, oui, on peut s'épanouir dans le travail, j'en reste persuadée, mais il n'est plus, à mes yeux, la condition d'une sérénité totale. D'ailleurs, il me suffit d'écouter divers témoignages de proches ou de moins proches pour comprendre à quel point le monde du travail broie chaque jour davantage ses petites fourmis. C'est accablant. Fin de la parenthèse.
Je parlais de choses plus futiles, aussi, de ces moments volés où le temps semble se figer comme pour mieux nous laisser en profiter. De bonnes nouvelles, de missions diverses et variées, de mon bras figé par une overdose de sport (!) ou de la forme incroyable de Loulou qui joue aux gourmets et note mes plats. Autant vous dire que je n'étais pas peu fière lorsqu'il a considéré que mon tagine à l'agneau et aux fruits secs méritait un "A" comme "Acquis", tandis que son accompagnement, de l'épeautre aux petites légumes, devait se contenter d'un "en cours d'acquisition" parce que... trop chaud (on a les critères que l'on peut).
D'ailleurs, nouvelle petite parenthèse, ce système de notations me laisse un peu perplexe. Pas de note sur 10 ou sur 20 à l'école, Loulou a des A (Acquis), des ECA (En cours d'acquisition) ou des NA (Non acquis - attendez qu'il me ramène cette dernière note, non mais) (comment ça, je fais mal la mère d'élève engagée et intransigeante? Pff ). Genre, les notes, c'est vraiment trop traumatisant. Mouais. Bon.
Bref, je vous racontais mon retour en hémicycle, pour de vrai, en pingouin, en savourant, malgré tout, cette impression d'exister socialement, le temps d'une réunion. Je vous expliquais comment, quelques minutes avant les débats, une vendeuse de parapharmacie m'avait prise pour une reine de la pampa, rubis sur ongle ou que sais-je encore, en tentant de me refourguer pour 25000 dollars de produits-qu'ils-sont-trop-bien-pour-votre-peau, et qui a semblé étonnée que je me contente du minimum vital. Avant de réaliser, quelques minutes plus tard face au reflet d'une vitrine, que j'étais effectivement en tailleur, bien coiffée (une rareté chez moi), maquillée et donc potentiellement... une cible.
Et pas une petite chose payée trois francs six sous pour retranscrire du syndicaliste.
Note à moi-même: être toujours pouilleuse au moment de rentrer dans ces temples de beauté. Enfin, pas trop, au risque de se voir proposer , gratuitement (ah ah) un ravalement de façade fissa moyennant 25000 nouveaux dollars, une fois à la caisse.
Finalement, prise par le temps et par cette impression que tout cela était bien plat, j'ai laissé le post en friche. Hier soir, j'ai eu de quoi l'alimenter, puisque j'ai retrouvé, lors d'une nouvelle réunion municipale, mon dragueur à trois balles qui m'a... complimenté sur mes boucles d'oreille, mon vernis à ongle, mon physique tout court (!!) avant de décréter, en s'asseyant à mes côtés, que, décidément, "on faisait un sacré couple tous les deux."
"Une sacrée paire, oui", ai-je nuancé, un peu narquoise, m'obstinant à le vouvoyer, avant de le renvoyer gentiment dans ses 25 mètres. Pas rancunier, il m'a dit, à la fin de la réunion, que j'avais tout compris et que ça se voyait, que j'étais heureuse. Bizarre.
J'ai senti que, au fond, tout ça était ténu. Que je ressentais ce bonheur au quotidien, ces derniers temps, mais que je n'ignorais rien de son caractère fugace, que ces pépites pouvaient s'envoler du jour au lendemain, que la sérénité pouvait décider de se faire la malle sur un micro-événement.
Je ne croyais pas si bien dire.
Ce matin, je me suis sentie chavirer de l'autre côté. Est-ce le flash routier en rentrant? La pluie incessante et le ciel gris qui ont torpillé mon humeur? Cette solitude incroyable que j'ai ressentie en ouvrant ma porte, sachant que je n'allais voir aucun visage familier ce week-end, terrée dans mon nid pour rendre les missions alors que chacun est parti de son côté, loin d'ici ?
Oh, si je déballais tout ici, je pourrais trouver une tentative d'explication - au fond, je sais bien ce qui m'a accablée. Sans rentrer dans les détails (question de pudeur. Je sais, nous sommes sur un blog, cette notion pourrait sembler incongrue. Mais non), je me suis sentie impuissante, hier soir, confrontée à un mal-être d'une personne que j'aurais tellement aimé soulager. Mais si la vie m'a semblé pavée de roses, depuis quelques temps, je dois bien comprendre que ce concept est absolument personnel et que me prendre pour une gourou ou Mère Théresa ne suffira pas à rendre les autres, ceux que j'aime, forcément plus heureux.
Je peux les accompagner, oui, à ma modeste échelle, portée par cette énergie que je ressens actuellement. Et après tout, on peut tous prêter une oreille attentive, tendre la main, offrir un regard tendre et plein d'empathie, tenir un discours positif. Mais nul autre que soi-même ne peut prétendre réparer sa propre âme, qu'elle soit torturée ou juste blessée.
Nouvelle parenthèse: je ne suis sous l'emprise d'aucune substance illicite, je me suis juste réconcilée avec le rooibos grâce au délicieux Rouge Bourbon de chez Mariage Frères (quitte à être déprimée, autant le faire dans le snobisme). Fin de l'énième parenthèse.
Je suis persuadée que chacun a en soi la clé. Perso, je la perds souvent, j'en ai bien conscience mais alors, quand je l'ai en main, je savoure.
Et j'ai d'autant plus mal quand je l'égare, comme ce matin. Perdue, vidée et déprimée, j'aurais voulu remonter le temps, revenir à cette minute où le bien-être se lisait sur mes traits - pourtant tirés (j'aurais dû lui acheter, ses produits-miracle, à la dame, finalement). Au lieu d'être là, dans l'attente de je ne sais quoi, l'esprit rempli de nuages noirs et menaçants, l'estomac lourd d'une grosse boule d'angoisse, le corps sans plus d'énergie.
Alors, j'ai sombré dans le sommeil. J'avais la gueule de bois au réveil, la bouche pâteuse et l'âme un peu entre-deux. Mais j'ai aperçu un rai de lumière (l'effet du rooibos?). Et j'ai compris que j'avais encore besoin de ces piqûres de rappel pour réaliser que, décidément, rien n'était jamais acquis.
Que je n'ai jamais été aussi heureuse de ma vie.
J'y racontais comment ma dernière visite à Pôle Emploi, qui aurait dû m'accabler, ne m'avait finalement pas plus affectée que cela ; comment j'avais acquis de nouveaux droits mais tellement riquiqui que c'en était risible, finalement; comment tout cela me laissait impassible, consciente que je suis aujourd'hui d'avoir sabordé pas mal d'ambitions professionnelles pour y gagner en équilibre général.
Petite parenthèse, oui, on peut s'épanouir dans le travail, j'en reste persuadée, mais il n'est plus, à mes yeux, la condition d'une sérénité totale. D'ailleurs, il me suffit d'écouter divers témoignages de proches ou de moins proches pour comprendre à quel point le monde du travail broie chaque jour davantage ses petites fourmis. C'est accablant. Fin de la parenthèse.
Je parlais de choses plus futiles, aussi, de ces moments volés où le temps semble se figer comme pour mieux nous laisser en profiter. De bonnes nouvelles, de missions diverses et variées, de mon bras figé par une overdose de sport (!) ou de la forme incroyable de Loulou qui joue aux gourmets et note mes plats. Autant vous dire que je n'étais pas peu fière lorsqu'il a considéré que mon tagine à l'agneau et aux fruits secs méritait un "A" comme "Acquis", tandis que son accompagnement, de l'épeautre aux petites légumes, devait se contenter d'un "en cours d'acquisition" parce que... trop chaud (on a les critères que l'on peut).
D'ailleurs, nouvelle petite parenthèse, ce système de notations me laisse un peu perplexe. Pas de note sur 10 ou sur 20 à l'école, Loulou a des A (Acquis), des ECA (En cours d'acquisition) ou des NA (Non acquis - attendez qu'il me ramène cette dernière note, non mais) (comment ça, je fais mal la mère d'élève engagée et intransigeante? Pff ). Genre, les notes, c'est vraiment trop traumatisant. Mouais. Bon.
Bref, je vous racontais mon retour en hémicycle, pour de vrai, en pingouin, en savourant, malgré tout, cette impression d'exister socialement, le temps d'une réunion. Je vous expliquais comment, quelques minutes avant les débats, une vendeuse de parapharmacie m'avait prise pour une reine de la pampa, rubis sur ongle ou que sais-je encore, en tentant de me refourguer pour 25000 dollars de produits-qu'ils-sont-trop-bien-pour-votre-peau, et qui a semblé étonnée que je me contente du minimum vital. Avant de réaliser, quelques minutes plus tard face au reflet d'une vitrine, que j'étais effectivement en tailleur, bien coiffée (une rareté chez moi), maquillée et donc potentiellement... une cible.
Et pas une petite chose payée trois francs six sous pour retranscrire du syndicaliste.
Note à moi-même: être toujours pouilleuse au moment de rentrer dans ces temples de beauté. Enfin, pas trop, au risque de se voir proposer , gratuitement (ah ah) un ravalement de façade fissa moyennant 25000 nouveaux dollars, une fois à la caisse.
Finalement, prise par le temps et par cette impression que tout cela était bien plat, j'ai laissé le post en friche. Hier soir, j'ai eu de quoi l'alimenter, puisque j'ai retrouvé, lors d'une nouvelle réunion municipale, mon dragueur à trois balles qui m'a... complimenté sur mes boucles d'oreille, mon vernis à ongle, mon physique tout court (!!) avant de décréter, en s'asseyant à mes côtés, que, décidément, "on faisait un sacré couple tous les deux."
"Une sacrée paire, oui", ai-je nuancé, un peu narquoise, m'obstinant à le vouvoyer, avant de le renvoyer gentiment dans ses 25 mètres. Pas rancunier, il m'a dit, à la fin de la réunion, que j'avais tout compris et que ça se voyait, que j'étais heureuse. Bizarre.
J'ai senti que, au fond, tout ça était ténu. Que je ressentais ce bonheur au quotidien, ces derniers temps, mais que je n'ignorais rien de son caractère fugace, que ces pépites pouvaient s'envoler du jour au lendemain, que la sérénité pouvait décider de se faire la malle sur un micro-événement.
Je ne croyais pas si bien dire.
Ce matin, je me suis sentie chavirer de l'autre côté. Est-ce le flash routier en rentrant? La pluie incessante et le ciel gris qui ont torpillé mon humeur? Cette solitude incroyable que j'ai ressentie en ouvrant ma porte, sachant que je n'allais voir aucun visage familier ce week-end, terrée dans mon nid pour rendre les missions alors que chacun est parti de son côté, loin d'ici ?
Oh, si je déballais tout ici, je pourrais trouver une tentative d'explication - au fond, je sais bien ce qui m'a accablée. Sans rentrer dans les détails (question de pudeur. Je sais, nous sommes sur un blog, cette notion pourrait sembler incongrue. Mais non), je me suis sentie impuissante, hier soir, confrontée à un mal-être d'une personne que j'aurais tellement aimé soulager. Mais si la vie m'a semblé pavée de roses, depuis quelques temps, je dois bien comprendre que ce concept est absolument personnel et que me prendre pour une gourou ou Mère Théresa ne suffira pas à rendre les autres, ceux que j'aime, forcément plus heureux.
Je peux les accompagner, oui, à ma modeste échelle, portée par cette énergie que je ressens actuellement. Et après tout, on peut tous prêter une oreille attentive, tendre la main, offrir un regard tendre et plein d'empathie, tenir un discours positif. Mais nul autre que soi-même ne peut prétendre réparer sa propre âme, qu'elle soit torturée ou juste blessée.
Nouvelle parenthèse: je ne suis sous l'emprise d'aucune substance illicite, je me suis juste réconcilée avec le rooibos grâce au délicieux Rouge Bourbon de chez Mariage Frères (quitte à être déprimée, autant le faire dans le snobisme). Fin de l'énième parenthèse.
Je suis persuadée que chacun a en soi la clé. Perso, je la perds souvent, j'en ai bien conscience mais alors, quand je l'ai en main, je savoure.
Et j'ai d'autant plus mal quand je l'égare, comme ce matin. Perdue, vidée et déprimée, j'aurais voulu remonter le temps, revenir à cette minute où le bien-être se lisait sur mes traits - pourtant tirés (j'aurais dû lui acheter, ses produits-miracle, à la dame, finalement). Au lieu d'être là, dans l'attente de je ne sais quoi, l'esprit rempli de nuages noirs et menaçants, l'estomac lourd d'une grosse boule d'angoisse, le corps sans plus d'énergie.
Alors, j'ai sombré dans le sommeil. J'avais la gueule de bois au réveil, la bouche pâteuse et l'âme un peu entre-deux. Mais j'ai aperçu un rai de lumière (l'effet du rooibos?). Et j'ai compris que j'avais encore besoin de ces piqûres de rappel pour réaliser que, décidément, rien n'était jamais acquis.
dimanche 1 mai 2011
Droit de réponse...
Allez savoir pourquoi, le blog fait des caprices, je n'arrive plus à enregistrer de réponse aux commentaires. Et comme j'ai envie d'y répondre, un p'tit post fera l'affaire. D'autant que la réaction mi-amusée, mi-consternée qui a suivi mon dernier papier, sur mon côté garçon manqué, n'a pas manqué de m'interroger. Celle de mes copines et de ma soeur, d'abord, qui avaient l'impression que j'avais un peu pété un câble en écrivant un truc pareil, parce qu'il paraît que j'ai l'air d'une fille, en vrai. Bien. C'est rassurant, finalement. Je crois que je vais continuer à mettre des boucles d'oreille pour tromper les apparences...
Il n'empêche que je traînais ce sentiment depuis fort longtemps et le fait de le formuler m'a soulagée, je dois vous l'avouer. Comme si je mettais le doigt sur un aspect qui me bloquait, déclenchant le starter pour passer à autre chose.
L'autre réaction, celle d'Anne, dans les commentaires, m'a un peu brusquée, je dois dire, d'où mon envie d'y répondre. Surtout le "Il serait temps que tu te voies femme. La bonne copine, passé 25 ans, ça finit vieille fille."
Ouh. C'est dur. Vrai, mais dur.
Bien sûr que j'ai le droit d'être une femme, et non une "das", comme j'appelle ces êtres qui passent parfois, dont on ne saurait trop affirmer le genre tant ils ne ressemblent à rien (je sais, c'est cruel. Mais je suis cruelle, et pas seulement bonne copine sympa, ah ah ah).
Je me suis néanmoins reconnue dans les propos d'Anne sur cette "peur de la capture, (peur de) perdre quelque chose en ayant une relation sérieuse". J'ai tellement couru après cette liberté - dont je continue de payer le prix aujourd'hui - qu'envisager la vie en duo serait comme me tirer une balle dans le pied, je crois. Alors, finalement, je comprends mieux aujourd'hui cette forme de recul que j'ai prise, ce presque-refus de rentrer dans la séduction. Question d'orgueil, finalement, car j'évite ainsi toute désillusion, ce risque d'abandon (qui peuvent néanmoins survenir également dans l'amitié, cela étant) et cet enchaînement à l'autre que je considère, je m'en rends compte, comme une entrave à tout mouvement.
Oui, quand on reste dans sa grotte, au moins, on ne risque rien... Et on meurt d'ennui.
Et comme j'ai encore un peu envie de m'amuser, que je vois bien que parfois, c'est pas trop bête, un garçon, que j'ai pas mal de boucles d'oreille et de jolies robes (ben quoi?), je me suis dit qu'il était peut-être temps, maintenant, de se défaire de cette panoplie encombrante de Tomboy (je persiste...) pour en revêtir une nouvelle, plus entreprenante. Une sorte de mue, en gros.
Pas certaine qu'il en sorte un joli papillon, hein, mais enfin, l'intention y est. C'est un début, non?;)
Il n'empêche que je traînais ce sentiment depuis fort longtemps et le fait de le formuler m'a soulagée, je dois vous l'avouer. Comme si je mettais le doigt sur un aspect qui me bloquait, déclenchant le starter pour passer à autre chose.
L'autre réaction, celle d'Anne, dans les commentaires, m'a un peu brusquée, je dois dire, d'où mon envie d'y répondre. Surtout le "Il serait temps que tu te voies femme. La bonne copine, passé 25 ans, ça finit vieille fille."
Ouh. C'est dur. Vrai, mais dur.
Bien sûr que j'ai le droit d'être une femme, et non une "das", comme j'appelle ces êtres qui passent parfois, dont on ne saurait trop affirmer le genre tant ils ne ressemblent à rien (je sais, c'est cruel. Mais je suis cruelle, et pas seulement bonne copine sympa, ah ah ah).
Je me suis néanmoins reconnue dans les propos d'Anne sur cette "peur de la capture, (peur de) perdre quelque chose en ayant une relation sérieuse". J'ai tellement couru après cette liberté - dont je continue de payer le prix aujourd'hui - qu'envisager la vie en duo serait comme me tirer une balle dans le pied, je crois. Alors, finalement, je comprends mieux aujourd'hui cette forme de recul que j'ai prise, ce presque-refus de rentrer dans la séduction. Question d'orgueil, finalement, car j'évite ainsi toute désillusion, ce risque d'abandon (qui peuvent néanmoins survenir également dans l'amitié, cela étant) et cet enchaînement à l'autre que je considère, je m'en rends compte, comme une entrave à tout mouvement.
Oui, quand on reste dans sa grotte, au moins, on ne risque rien... Et on meurt d'ennui.
Et comme j'ai encore un peu envie de m'amuser, que je vois bien que parfois, c'est pas trop bête, un garçon, que j'ai pas mal de boucles d'oreille et de jolies robes (ben quoi?), je me suis dit qu'il était peut-être temps, maintenant, de se défaire de cette panoplie encombrante de Tomboy (je persiste...) pour en revêtir une nouvelle, plus entreprenante. Une sorte de mue, en gros.
Pas certaine qu'il en sorte un joli papillon, hein, mais enfin, l'intention y est. C'est un début, non?;)
vendredi 29 avril 2011
Tomboy*
Les larmes ont coulé, vous disais-je, réduisant à néant mon apparent stoïcisme. A force d'encaisser des micro-événements en me répétant que je suis forte, je suis forte, je suis forte (les mantras, rien de tel. Et j'expérimente ainsi ma reconversion en gourou), j'ai fini par flancher. Logique, personne n'est infaillible, surtout pas moi, et mon coeur, qui n'a jamais été de pierre, a subi quelques remous ces derniers temps.
Ce qu'il en ressort ne fait hélas que confirmer certains aspects de ma personnalité. Je suis une midinette, cachée dans un corps de garçon manqué (quoique, mon corps n'a rien d'androgyne). Une nana qui sait aussi bien manier la séduction qu'une perceuse, en gros, et quand on sait à quel point je suis une quiche en bricolage, ça vous situe le niveau.
Nul.
Je n'ai jamais cherché ce rapport de séduction, je crois. Les jeux de garçon me plaisaient plus, enfant (d'ailleurs, je vous en avais déjà parlé ici) et je ne faisais aucune distinction entre filles et garçons, dans la cour d'école. Même si, quand même, j'avais un amoureux. Marcel, qu'il s'appelait. Je voulais vous scanner la photo car, grosse classe, le cliché avait été publié dans le journal municipal de Tremblay-les Gonesse - oui, j'étais déjà une star, ah ah - mais le rendu est ridicule. Imaginez juste un blondinet à capuche et, à côté, une petite fille, aux grosses joues, mains sur les hanches, air résolu et visiblement pas commode... Ahem.
Je devais avoir 4 ou 5 ans lorsque j'ai supplié mon père de m'acheter deux camions, quand toutes les filles de mon âge ne juraient que par les poupées. Mon pauvre padre s'en souvient encore, lui qui, tellement énervé par ma comédie, avait plié sa voiture contre un arbre, sur le parking du supermarché, pendant que j'avais triomphalement à la main mes camions (j'étais une peste, je crois bien). Je passais mes week-end au basket, entourée de mes copains et copines du club, et le shopping consistait souvent pour moi à fureter dans les rayons de magasins de sport.
Avec le temps, quelques apprentissages douloureux et d'autres rencontres plus exaltantes, j'ai découvert que j'étais une fille. Mais à vrai dire, c'était comme approcher un monde parallèle, sans vraiment pouvoir y appartenir. Les histoires d'A. toutes plus ubuesques les unes que les autres qui ont suivi m'ont conforté dans l'idée que je ne me sentais pas vraiment femme avec un grand F, seulement une fille en transit dans un monde parfois romantique, souvent catastrophique.
Après mon coup de foudre new-yorkais et la période de désenchantement qui a suivi, j'ai ressenti plus fort que jamais ce sentiment d'être asexuée. D'ailleurs, le sort s'en est mêlé. Je me suis fracturé le poignet, l'été qui a suivi, restant deux mois avec un énorme plâtre du bout des doigts à l'épaule. Outre une autonomie limitée me contraignant à retourner vivre provisoirement chez mes parents (hum, à 25 ans, oui), j'ai vécu ce sentiment d'être juste la fille de pôpa-môman, une personne dont le monde sentimental ressemblerait un peu au désert de Gobi (en moins beau, sans doute).
Oh, pourtant, des hommes, il y en a eu, des gentils, des pervers, des intelligents, des tordus, des physiquement intelligents, des lourdingues, des mystères, des regrets... Mais au final, j'avais toujours l'impression que ce pouvoir de séduction qu'ils étaient capables de produire sur moi, j'étais moi-même incapable de le reproduire ensuite. J'étais du genre à regarder derrière moi lorsqu'un garçon me fixait, vous voyez le genre. Toujours cette impression d'imposture.
Je m'en suis accommodée, je crois. Les garçons, finalement, ça peut être utile, sympa et divertissant. Moins pleureuses et chieuses que les filles, moins prise de tête, plus cash ; oui, je suis devenue la copine des garçons. Dans mon entourage, j'en ai pas mal, avec qui je ne nourris aucune ambiguïté et je crois sincèrement à l'amitié hommes-femmes (même si je conviens aisément que le syndrome "Harry & Sally" peut parfois s'installer), parce que les rapports sont finalement simples, du moment qu'on y mette son authenticité et sa spontanéité.
Bon, je ne me gratte pas les parties ni ne bois de bière, mais enfin, on n'est pas non plus obligé de prôner la caricature, hein.
Revers de la médaille, les garçons me considèrent aussi comme un pote. Et, bien que j'adore ces amitiés masculines, je vous avoue que je trouve la chose un rien vexante, parfois. Comme si, une nouvelle fois, j'étais asexuée. Je l'ai vécu à mes dépens, encore une fois, tout récemment, et je m'interroge: dois-je utiliser des artifices pour rappeler à la gente masculine que je suis bel et bien une fille? Ah, on me signale qu'il s'agit là de la méthode utilisée depuis des siècles par les représentantes du sexe faible. Mais c'est fatigant, non? Je veux dire, on ne peut pas juste être soi et séduire ainsi?
Ah, si, ça existe. Ça s'appelle l'amour. L'amour de soi, d'abord, ça peut aider. Je vais prendre un trangsène et je reviens.
* A moins de vivre dans une caverne ou de vous être transformé en stalagmite en tentant la baignade dans l'Atlantique (en avril, ne te découvre pas... même pas peur, j'ai osé. L'Océan à 15° - je suis généreuse, je crois - rien de tel pour raffermir les tissus) (fin de la parenthèse, savoir synthétiser, exprimer des propos clairs... ) Bref, disais-je, à moins de vivre calfeutré en attendant que Fukushima nous achève, vous avez forcément entendu parler de Tomboy, ce joli film de Céline Sciamma et dont je suis ressortie assez enthousiaste de la salle. Avant que la vie, cette saleté qui s'amuse à nous faire tourner en bourrique avec son ironie à trois balles, se charge de me rappeler quelques heures plus tard à quel point je suis imprégnée de ce syndrome Garçon manqué.
Ce qu'il en ressort ne fait hélas que confirmer certains aspects de ma personnalité. Je suis une midinette, cachée dans un corps de garçon manqué (quoique, mon corps n'a rien d'androgyne). Une nana qui sait aussi bien manier la séduction qu'une perceuse, en gros, et quand on sait à quel point je suis une quiche en bricolage, ça vous situe le niveau.
Nul.
Je n'ai jamais cherché ce rapport de séduction, je crois. Les jeux de garçon me plaisaient plus, enfant (d'ailleurs, je vous en avais déjà parlé ici) et je ne faisais aucune distinction entre filles et garçons, dans la cour d'école. Même si, quand même, j'avais un amoureux. Marcel, qu'il s'appelait. Je voulais vous scanner la photo car, grosse classe, le cliché avait été publié dans le journal municipal de Tremblay-les Gonesse - oui, j'étais déjà une star, ah ah - mais le rendu est ridicule. Imaginez juste un blondinet à capuche et, à côté, une petite fille, aux grosses joues, mains sur les hanches, air résolu et visiblement pas commode... Ahem.
Je devais avoir 4 ou 5 ans lorsque j'ai supplié mon père de m'acheter deux camions, quand toutes les filles de mon âge ne juraient que par les poupées. Mon pauvre padre s'en souvient encore, lui qui, tellement énervé par ma comédie, avait plié sa voiture contre un arbre, sur le parking du supermarché, pendant que j'avais triomphalement à la main mes camions (j'étais une peste, je crois bien). Je passais mes week-end au basket, entourée de mes copains et copines du club, et le shopping consistait souvent pour moi à fureter dans les rayons de magasins de sport.
Avec le temps, quelques apprentissages douloureux et d'autres rencontres plus exaltantes, j'ai découvert que j'étais une fille. Mais à vrai dire, c'était comme approcher un monde parallèle, sans vraiment pouvoir y appartenir. Les histoires d'A. toutes plus ubuesques les unes que les autres qui ont suivi m'ont conforté dans l'idée que je ne me sentais pas vraiment femme avec un grand F, seulement une fille en transit dans un monde parfois romantique, souvent catastrophique.
Après mon coup de foudre new-yorkais et la période de désenchantement qui a suivi, j'ai ressenti plus fort que jamais ce sentiment d'être asexuée. D'ailleurs, le sort s'en est mêlé. Je me suis fracturé le poignet, l'été qui a suivi, restant deux mois avec un énorme plâtre du bout des doigts à l'épaule. Outre une autonomie limitée me contraignant à retourner vivre provisoirement chez mes parents (hum, à 25 ans, oui), j'ai vécu ce sentiment d'être juste la fille de pôpa-môman, une personne dont le monde sentimental ressemblerait un peu au désert de Gobi (en moins beau, sans doute).
Oh, pourtant, des hommes, il y en a eu, des gentils, des pervers, des intelligents, des tordus, des physiquement intelligents, des lourdingues, des mystères, des regrets... Mais au final, j'avais toujours l'impression que ce pouvoir de séduction qu'ils étaient capables de produire sur moi, j'étais moi-même incapable de le reproduire ensuite. J'étais du genre à regarder derrière moi lorsqu'un garçon me fixait, vous voyez le genre. Toujours cette impression d'imposture.
Je m'en suis accommodée, je crois. Les garçons, finalement, ça peut être utile, sympa et divertissant. Moins pleureuses et chieuses que les filles, moins prise de tête, plus cash ; oui, je suis devenue la copine des garçons. Dans mon entourage, j'en ai pas mal, avec qui je ne nourris aucune ambiguïté et je crois sincèrement à l'amitié hommes-femmes (même si je conviens aisément que le syndrome "Harry & Sally" peut parfois s'installer), parce que les rapports sont finalement simples, du moment qu'on y mette son authenticité et sa spontanéité.
Bon, je ne me gratte pas les parties ni ne bois de bière, mais enfin, on n'est pas non plus obligé de prôner la caricature, hein.
Revers de la médaille, les garçons me considèrent aussi comme un pote. Et, bien que j'adore ces amitiés masculines, je vous avoue que je trouve la chose un rien vexante, parfois. Comme si, une nouvelle fois, j'étais asexuée. Je l'ai vécu à mes dépens, encore une fois, tout récemment, et je m'interroge: dois-je utiliser des artifices pour rappeler à la gente masculine que je suis bel et bien une fille? Ah, on me signale qu'il s'agit là de la méthode utilisée depuis des siècles par les représentantes du sexe faible. Mais c'est fatigant, non? Je veux dire, on ne peut pas juste être soi et séduire ainsi?
Ah, si, ça existe. Ça s'appelle l'amour. L'amour de soi, d'abord, ça peut aider. Je vais prendre un trangsène et je reviens.
* A moins de vivre dans une caverne ou de vous être transformé en stalagmite en tentant la baignade dans l'Atlantique (en avril, ne te découvre pas... même pas peur, j'ai osé. L'Océan à 15° - je suis généreuse, je crois - rien de tel pour raffermir les tissus) (fin de la parenthèse, savoir synthétiser, exprimer des propos clairs... ) Bref, disais-je, à moins de vivre calfeutré en attendant que Fukushima nous achève, vous avez forcément entendu parler de Tomboy, ce joli film de Céline Sciamma et dont je suis ressortie assez enthousiaste de la salle. Avant que la vie, cette saleté qui s'amuse à nous faire tourner en bourrique avec son ironie à trois balles, se charge de me rappeler quelques heures plus tard à quel point je suis imprégnée de ce syndrome Garçon manqué.
jeudi 28 avril 2011
Quand les verrous sautent
Hasard de l'horaire, j'ai croisé en tout début d'après-midi un cortège de personnes, jeunes pour la plupart, tout de noir vêtues, marchant d'un pas régulier jusqu'à une église. L'Église de Saint-Félix, où les Nantais allaient se recueillir sur les tombes de la famille Dupont de Ligonnès. Il n'était évidemment pas question que je m'y joigne, mais j'ai senti comme une chape de plomb, soudainement, comme si la réalité dépassait les pires cauchemars. De mon côté, j'avais de bien plus légères intentions, faire un truc que je n'osais plus trop faire depuis un moment: un p'tit ciné en plein après-midi, à l'heure où les gens, ces bienheureux, bossent.
A ma décharge, j'avais écumé toutes mes tâches jusque tard la veille au soir et je tenais vraiment à voir ce film, "Tous les soleils", avec Stefano Accorsi, toujours charmant. J'y allais sans a priori et j'ignorais en voyant ces visages marqués sur le trottoir, près de Saint-Félix, que les larmes couleraient aussi sur mes joues quelques heures plus tard.
Évidemment, on est d'accord, la terrible détresse et le chagrin mêlé d'horreur et d'incompréhension de cette famille, de ces amis, de ces connaissances, de ces curieux, aussi, peut-être, n'a absolument rien à voir avec la tristesse que j'ai ressentie, de mon côté, au simple visionnage d'un film. Mais pourquoi devrais-je taire cette émotion qui a surgi, brusquement? Par dignité, par décence? Le fait est que ce film a résonné en moi, très fort, qu'il a bousculé deux trois verrous que j'avais pris la peine de bien poser, pour faire comme si. Comme si je ne me souciais de rien, comme si je me laissais vivre, comme si je cédais à l'attrait de mes rêves en oubliant la dure réalité. Il a bouleversé ces remparts, cette carapace et laissé apparaître cette mélancolie qui jamais, je crois, ne me quitte vraiment.
Le film traite de la solitude d'un homme, veuf depuis quinze ans, qui n'a jamais cherché à "refaire sa vie" (quelle expression horrible). Un homme qui s'est accommodé de cette drôle de compagne, qui n'est, au fond, sans doute ni heureux, ni malheureux, comme anesthésié. Vivre pour lui, il a un peu oublié, il y a sa fille, son frère anarchiste, ses cours à la fac et au chant... Sa vie est remplie, finalement, et il s'en contente aisément.
La solitude est une fidèle compagne, qui ne vous trahit que lorsque vous la mettez un peu de côté, le temps d'une furtive rencontre, d'un moment un peu hors du temps, d'un événement impromptu, toutes ces choses qui rendent la solitude, cette vie à tracer seul, soudain intolérable. Comme après un très long sommeil, on se réveille la bouche un peu pâteuse, l'esprit un peu engourdi avec l'envie de croquer dans la pomme, alors que la vie indépendante et plus ou moins organisée que nous menions nous convenait encore la veille. Comme une prise de conscience, un électrochoc. Laisser les morts et les résidus de souvenirs derrière nous... Construire, ériger de nouvelles voies.
Avancer.
J'aurais dû sortir le coeur léger de la séance. Après tout, le portrait du frère rital, auto-déclaré apatride depuis que Berlusconi a pris le pouvoir en Italie, l'attentat d'une postière sous influence, la flamme d'une chef d'établissement et surtout la lumière qui se dégage du film et de l'ultime scène prêtent au sourire. C'est pourtant là que j'ai fondu en larmes. Parce que j'ai compris qu'à mon échelle, j'avais trop rêvé ma vie ces derniers temps, envisagé trop de scénarios souriants avec l'idée que ma bonne volonté suffirait à soulever des montagnes. Des petits bouts de coeur qui s'émiettent un peu partout, un travail trop réduit et voilà que remontent en force ces foutues angoisses, cette peur du lendemain et l'idée, insupportable, que je n'ai pas toutes les cartes en main pour décider de mon destin. Perte de contrôle, oui, illustrée par cette salve de larmes inattendue.
Il fallait que ça sorte, j'imagine. D'ailleurs, une fois les larmes séchées, mes émotions étaient bien rangées dans leurs tiroirs, ce soir. Elles avaient juste besoin de prendre l'air, un peu, histoire de montrer qu'on ne peut pas les anesthésier de façon permanente à coup de méthode Coué. Ni imaginer qu'à la seule grâce de la volonté, la magie va repeindre le quotidien du sol au plafond, d''un seul coup de baguette.
L'huile de coude et l'envie d'en découdre me semblent plus adaptées, à bien y réfléchir.
A ma décharge, j'avais écumé toutes mes tâches jusque tard la veille au soir et je tenais vraiment à voir ce film, "Tous les soleils", avec Stefano Accorsi, toujours charmant. J'y allais sans a priori et j'ignorais en voyant ces visages marqués sur le trottoir, près de Saint-Félix, que les larmes couleraient aussi sur mes joues quelques heures plus tard.
Évidemment, on est d'accord, la terrible détresse et le chagrin mêlé d'horreur et d'incompréhension de cette famille, de ces amis, de ces connaissances, de ces curieux, aussi, peut-être, n'a absolument rien à voir avec la tristesse que j'ai ressentie, de mon côté, au simple visionnage d'un film. Mais pourquoi devrais-je taire cette émotion qui a surgi, brusquement? Par dignité, par décence? Le fait est que ce film a résonné en moi, très fort, qu'il a bousculé deux trois verrous que j'avais pris la peine de bien poser, pour faire comme si. Comme si je ne me souciais de rien, comme si je me laissais vivre, comme si je cédais à l'attrait de mes rêves en oubliant la dure réalité. Il a bouleversé ces remparts, cette carapace et laissé apparaître cette mélancolie qui jamais, je crois, ne me quitte vraiment.
Le film traite de la solitude d'un homme, veuf depuis quinze ans, qui n'a jamais cherché à "refaire sa vie" (quelle expression horrible). Un homme qui s'est accommodé de cette drôle de compagne, qui n'est, au fond, sans doute ni heureux, ni malheureux, comme anesthésié. Vivre pour lui, il a un peu oublié, il y a sa fille, son frère anarchiste, ses cours à la fac et au chant... Sa vie est remplie, finalement, et il s'en contente aisément.
La solitude est une fidèle compagne, qui ne vous trahit que lorsque vous la mettez un peu de côté, le temps d'une furtive rencontre, d'un moment un peu hors du temps, d'un événement impromptu, toutes ces choses qui rendent la solitude, cette vie à tracer seul, soudain intolérable. Comme après un très long sommeil, on se réveille la bouche un peu pâteuse, l'esprit un peu engourdi avec l'envie de croquer dans la pomme, alors que la vie indépendante et plus ou moins organisée que nous menions nous convenait encore la veille. Comme une prise de conscience, un électrochoc. Laisser les morts et les résidus de souvenirs derrière nous... Construire, ériger de nouvelles voies.
Avancer.
J'aurais dû sortir le coeur léger de la séance. Après tout, le portrait du frère rital, auto-déclaré apatride depuis que Berlusconi a pris le pouvoir en Italie, l'attentat d'une postière sous influence, la flamme d'une chef d'établissement et surtout la lumière qui se dégage du film et de l'ultime scène prêtent au sourire. C'est pourtant là que j'ai fondu en larmes. Parce que j'ai compris qu'à mon échelle, j'avais trop rêvé ma vie ces derniers temps, envisagé trop de scénarios souriants avec l'idée que ma bonne volonté suffirait à soulever des montagnes. Des petits bouts de coeur qui s'émiettent un peu partout, un travail trop réduit et voilà que remontent en force ces foutues angoisses, cette peur du lendemain et l'idée, insupportable, que je n'ai pas toutes les cartes en main pour décider de mon destin. Perte de contrôle, oui, illustrée par cette salve de larmes inattendue.
Il fallait que ça sorte, j'imagine. D'ailleurs, une fois les larmes séchées, mes émotions étaient bien rangées dans leurs tiroirs, ce soir. Elles avaient juste besoin de prendre l'air, un peu, histoire de montrer qu'on ne peut pas les anesthésier de façon permanente à coup de méthode Coué. Ni imaginer qu'à la seule grâce de la volonté, la magie va repeindre le quotidien du sol au plafond, d''un seul coup de baguette.
L'huile de coude et l'envie d'en découdre me semblent plus adaptées, à bien y réfléchir.
jeudi 21 avril 2011
Tourner dans un carré
J'ai horreur de l'indécision. Oh, ça va, vous savez comme je peux me montrer indécise, mais c'est rapport au fait que je déteste les principes et donc, je ne peux par principe refuser d'être indécise (quoi, c'est pas clair?). Pour autant, disais-je, je déteste être indécise.
Le premier qui dit que je me déteste, je le défenestre.
Même si, globalement, il a un peu raison, à bien y réfléchir.
Si je saute du deuxième je me fais mal?
Ouais, mais si je meurs, je vais louper plein d'épisodes (et pas que de Dexter), et pis je suis chargée de famille, je peux pas tout laisser en vrac, comme ça.
D'façon, je déteste le suicide, ça pue, et même par principe, je n'irai pas contre mes principes, ça, non, aucune chance.
A ce stade du post, il me semble relativement primordial de préciser que je n'ai rien bu, ni gobé, d'illicite, il est 9h25, quand même, faudrait voir à rester réaliste. No drug, no alcohol. Aucune excuse, donc.
Le truc, c'est que ça tourne pas rond.
Ça tourne pas rond car je tourne en rond. Comme un hamster dans sa cage, je suis dans ma roue, là, je me débats mais toute cette énergie, pff, elle est même pas bonne à recycler. Je réalise que j'aime ma vie quand elle part en live, justement, dans une sorte d'anarchie que je prends soin, ensuite, de contrôler. J'ai besoin, vraiment, de me coucher quand je suis HS, comme une zombie. Alors, le coup d'aller se coucher le soir juste parce qu'il est l'heure de dormir, ou de regarder un film juste pour occuper ma soirée, bien peinard dans mon canapé, tous ces trucs si classiques dont j'ai pourtant rêvé il y a encore peu... Ben, j'ai du mal.
Je suis (de plus en plus) pathétique. C'est à cause de l'inactivité. Je me préfère en Wonder woman, finalement, à courir partout, à jongler entre les mots et les moules. A me chercher, à creuser le sens de tout ça, entre deux, consciente d'être sur un fil. Alors que, actuellement, tout est bouclé. Je peux prendre mon temps, écouter les oiseaux depuis mon balcon, aller courir quand bon me semble, limite me faire un ciné (enfin, je suis chargée de famille, je vous rappelle, donc j'oublie cette idée et je la sors derechef de ma tête, je vais me faire mal sinon).
Oui, de quoi je me plains, tout le monde rêve d'une pause.
C'est un concept intéressant, aussi appelé "vacances".
Mais quand on ne les choisit pas, ces temps de vacances, ben, bof. Je subis, j'ai horreur de ça. Et là, je n'ai rien choisi, plus de missions, Poney qui reporte un rendez-vous, je me sens toute vide, je prends conscience que je ne sers pas à grand-chose (et accessoirement que les sous ne vont pas tomber par magie, léger détail purement matériel).
Alors quoi? Ah oui, se bouger la nouille. Oui, oui. Allez, on ressort les belles lettres, remplies de jolies intentions, on se réinsère dans la "vraie" vie active et on arrose le tout à quelques boîtes sympas, sur un malentendu, ça peut marcher... Sauf que j'aime mon indépendance, que voulez-vous, j'y ai pris goût.
Se bouger la nouille, donc, autrement. Retourner farfouiller une piste un peu négligée. Je ne vous en avais pas parlé, je crois, mais j'ai rejoint une association d'écrivains publics, voilà quelques mois. J'ai pas dû tout comprendre, j'ai payé, mais mon nom n'apparaît nulle part sur le site. Pas pratique, vous en conviendrez. Et là, plutôt que de me jeter sur le téléphone en cherchant une réponse et une solution, je fais quoi? Je reste dans le prospectif, le "tiens, faut que je le fasse", cette mollesse insupportable qui me caractérise depuis... deux ou trois jours, en fait.
Je sais, il faut savoir souffler, respirer, tout ça. Mais je me sens un peu en sursis. Il y a cette culpabilisation, aussi, de se dire qu'on flâne sans but précis et que de toute façon, pourquoi on profiterait pas des rayons du soleil pendant que les autres bossent, hein? Ben, parce qu'on n'en profite pas vraiment, je vous assure, quand on réalise qu'après cette "pause", rien ne nous attend vraiment. Que, par ailleurs, ça ne sert à rien d'aller relancer l'économie du textile en France et le chiffre d'affaires des boutiques qu'on a délaissées parce que, de toute façon, il manque un truc. Je comprends pas, ils acceptent pas le troc dans les magasins, ils tiennent absolument à ce métal, même dématérialisé.
C'est la dèche, oui, mais ce n'est pas ça qui me gêne le plus, finalement. C'est cette vacuité. Cette sensation d'être sortie de tout système. Et paradoxalement de s'être enfermé dans un univers inconnu, angoissant dont, pourtant, on a les clés.
Les clés? Le mental, les enfants, le mental. Dès que je remets la main sur le trousseau de mon mental, je reviens.
...
Remarque, je pourrais faire gourou, sinon, tiens;)
Le premier qui dit que je me déteste, je le défenestre.
Même si, globalement, il a un peu raison, à bien y réfléchir.
Si je saute du deuxième je me fais mal?
Ouais, mais si je meurs, je vais louper plein d'épisodes (et pas que de Dexter), et pis je suis chargée de famille, je peux pas tout laisser en vrac, comme ça.
D'façon, je déteste le suicide, ça pue, et même par principe, je n'irai pas contre mes principes, ça, non, aucune chance.
A ce stade du post, il me semble relativement primordial de préciser que je n'ai rien bu, ni gobé, d'illicite, il est 9h25, quand même, faudrait voir à rester réaliste. No drug, no alcohol. Aucune excuse, donc.
Le truc, c'est que ça tourne pas rond.
Ça tourne pas rond car je tourne en rond. Comme un hamster dans sa cage, je suis dans ma roue, là, je me débats mais toute cette énergie, pff, elle est même pas bonne à recycler. Je réalise que j'aime ma vie quand elle part en live, justement, dans une sorte d'anarchie que je prends soin, ensuite, de contrôler. J'ai besoin, vraiment, de me coucher quand je suis HS, comme une zombie. Alors, le coup d'aller se coucher le soir juste parce qu'il est l'heure de dormir, ou de regarder un film juste pour occuper ma soirée, bien peinard dans mon canapé, tous ces trucs si classiques dont j'ai pourtant rêvé il y a encore peu... Ben, j'ai du mal.
Je suis (de plus en plus) pathétique. C'est à cause de l'inactivité. Je me préfère en Wonder woman, finalement, à courir partout, à jongler entre les mots et les moules. A me chercher, à creuser le sens de tout ça, entre deux, consciente d'être sur un fil. Alors que, actuellement, tout est bouclé. Je peux prendre mon temps, écouter les oiseaux depuis mon balcon, aller courir quand bon me semble, limite me faire un ciné (enfin, je suis chargée de famille, je vous rappelle, donc j'oublie cette idée et je la sors derechef de ma tête, je vais me faire mal sinon).
Oui, de quoi je me plains, tout le monde rêve d'une pause.
C'est un concept intéressant, aussi appelé "vacances".
Mais quand on ne les choisit pas, ces temps de vacances, ben, bof. Je subis, j'ai horreur de ça. Et là, je n'ai rien choisi, plus de missions, Poney qui reporte un rendez-vous, je me sens toute vide, je prends conscience que je ne sers pas à grand-chose (et accessoirement que les sous ne vont pas tomber par magie, léger détail purement matériel).
Alors quoi? Ah oui, se bouger la nouille. Oui, oui. Allez, on ressort les belles lettres, remplies de jolies intentions, on se réinsère dans la "vraie" vie active et on arrose le tout à quelques boîtes sympas, sur un malentendu, ça peut marcher... Sauf que j'aime mon indépendance, que voulez-vous, j'y ai pris goût.
Se bouger la nouille, donc, autrement. Retourner farfouiller une piste un peu négligée. Je ne vous en avais pas parlé, je crois, mais j'ai rejoint une association d'écrivains publics, voilà quelques mois. J'ai pas dû tout comprendre, j'ai payé, mais mon nom n'apparaît nulle part sur le site. Pas pratique, vous en conviendrez. Et là, plutôt que de me jeter sur le téléphone en cherchant une réponse et une solution, je fais quoi? Je reste dans le prospectif, le "tiens, faut que je le fasse", cette mollesse insupportable qui me caractérise depuis... deux ou trois jours, en fait.
Je sais, il faut savoir souffler, respirer, tout ça. Mais je me sens un peu en sursis. Il y a cette culpabilisation, aussi, de se dire qu'on flâne sans but précis et que de toute façon, pourquoi on profiterait pas des rayons du soleil pendant que les autres bossent, hein? Ben, parce qu'on n'en profite pas vraiment, je vous assure, quand on réalise qu'après cette "pause", rien ne nous attend vraiment. Que, par ailleurs, ça ne sert à rien d'aller relancer l'économie du textile en France et le chiffre d'affaires des boutiques qu'on a délaissées parce que, de toute façon, il manque un truc. Je comprends pas, ils acceptent pas le troc dans les magasins, ils tiennent absolument à ce métal, même dématérialisé.
C'est la dèche, oui, mais ce n'est pas ça qui me gêne le plus, finalement. C'est cette vacuité. Cette sensation d'être sortie de tout système. Et paradoxalement de s'être enfermé dans un univers inconnu, angoissant dont, pourtant, on a les clés.
Les clés? Le mental, les enfants, le mental. Dès que je remets la main sur le trousseau de mon mental, je reviens.
...
Remarque, je pourrais faire gourou, sinon, tiens;)
mercredi 16 mars 2011
KO
Des villes rayées de la carte. Un spectacle de désolation, des carcasses de voitures à l'abandon sur un sol jonché de cadavres, de bouts d'humanité, de néant. Des hommes en combinaison blanche, des survivants hagards qui avalent des capsules d'iode, prisonniers de ce champ morbide encerclé par la boue noire. Ils vont crever de faim ou de froid, de ne pas prendre leur traitement ou de ne pouvoir quitter ce cimetière à ciel ouvert. Ils vont crever d'avoir été irradiés.
Ils vont crever.
C'est le chaos. La fin du monde.
Je lis les témoignages mais, je l'admets volontiers, la force iconographique dépasse tout le reste. Je tourne les pages du journal lentement, très lentement, le regard littéralement scotché sur ces clichés japonais.
Je pense à ces BD que je lisais, gamine, déployant les fantasmes les plus fous sur la fin ultime. Je restais fascinée devant tant d'imagination, sans soupçonner la moindre allégorie, trop naïve. Des histoires futuristes où les survivants luttent, dans une sorte d'énergie du désespoir, conscients qu'il ne reste plus rien sur cette terre dévastée.
Je pense qu'on n'y peut rien, qu'on assiste, impuissants, à la dégénérescence de notre civilisation dite évoluée, de notre planète.
Je pense que, finalement, nous ne devrions pas être surpris d'en arriver là.
Je pense que la science-fiction a rattrapé notre quotidien.
Je pense que mes mots, là, sont juste d'un banal désespérant, traduisant la vacuité qui est la mienne, mais que je n'arrive pas à trouver autre chose pour exprimer ce bouleversement, ce sentiment qui m'étouffe.
La fronde des pays arabes, la montée de l'extrémisme en Europe, les séismes, le tsunami et la catastrophe nucléaire au Japon... Tout s'enchaîne dans une sorte de spirale infernale et nous, nous sommes là, à tenter de survivre dans nos petites existences, à nos échelles. Bien sûr qu'on a le droit de se plaindre, de s'indigner, de crier, de hurler. Contre la mauvaise foi et les dysfonctionnements d'une administration, contre le chauffard qui a manqué de renverser des gamins sur la route de l'école, contre cet idiot qui fait le malin sur son scooter, sur les prix qui flambent, sur ce débat abject visant à stigmatiser les musulmans...
Je pense qu'il ne faut jamais se résigner. Ne jamais accepter l'inacceptable.
On a le droit aux coups de blues, devant l'angoisse du lendemain, confrontés à une solitude soudain omniprésente ou à l'absence d'un être qui nous manque tant. Soumis à une cruelle panne d'inspiration, qui laisse la page vierge et la sensation d'un vide inouï en soi. Luttant contre soi-même pour retrouver ce sens à la vie qui nous fait cruellement défaut, brusquement, à la (dé)faveur d'événements récents et personnels.
Faveur ou défaveur parce que ces événements nous rendent finalement plus forts, nous apprennent, sur nous-mêmes, sur les autres, sur nos ressources insoupçonnées ou sur l'impossible contrôle des choses, des situations et des âmes - parfois aussi perdues que nous. Ils nous enjoignent à poursuivre la route parce que la vie réclame justement qu'on ne se laisse pas ensevelir sous l'émotion et qu'il y a tant, précisément, à espérer, croire et rêver.
C'est humain de craquer. C'est humain de pleurer, et de rire dans la foulée, parce que la vie continue. Tout cela est tellement banal.
Pourtant, nous sommes témoins de l'inconcevable. Des gens qui ont tout perdu, qui pleurent leurs morts et qui sont plongés dans le chaos. Ça ne vaccine pas contre la connerie ordinaire mais disons que ça remet certaines choses à leur place. Question de décence.
Question de relativité.
Ils vont crever.
C'est le chaos. La fin du monde.
Je lis les témoignages mais, je l'admets volontiers, la force iconographique dépasse tout le reste. Je tourne les pages du journal lentement, très lentement, le regard littéralement scotché sur ces clichés japonais.
Je pense à ces BD que je lisais, gamine, déployant les fantasmes les plus fous sur la fin ultime. Je restais fascinée devant tant d'imagination, sans soupçonner la moindre allégorie, trop naïve. Des histoires futuristes où les survivants luttent, dans une sorte d'énergie du désespoir, conscients qu'il ne reste plus rien sur cette terre dévastée.
Je pense qu'on n'y peut rien, qu'on assiste, impuissants, à la dégénérescence de notre civilisation dite évoluée, de notre planète.
Je pense que, finalement, nous ne devrions pas être surpris d'en arriver là.
Je pense que la science-fiction a rattrapé notre quotidien.
Je pense que mes mots, là, sont juste d'un banal désespérant, traduisant la vacuité qui est la mienne, mais que je n'arrive pas à trouver autre chose pour exprimer ce bouleversement, ce sentiment qui m'étouffe.
La fronde des pays arabes, la montée de l'extrémisme en Europe, les séismes, le tsunami et la catastrophe nucléaire au Japon... Tout s'enchaîne dans une sorte de spirale infernale et nous, nous sommes là, à tenter de survivre dans nos petites existences, à nos échelles. Bien sûr qu'on a le droit de se plaindre, de s'indigner, de crier, de hurler. Contre la mauvaise foi et les dysfonctionnements d'une administration, contre le chauffard qui a manqué de renverser des gamins sur la route de l'école, contre cet idiot qui fait le malin sur son scooter, sur les prix qui flambent, sur ce débat abject visant à stigmatiser les musulmans...
Je pense qu'il ne faut jamais se résigner. Ne jamais accepter l'inacceptable.
On a le droit aux coups de blues, devant l'angoisse du lendemain, confrontés à une solitude soudain omniprésente ou à l'absence d'un être qui nous manque tant. Soumis à une cruelle panne d'inspiration, qui laisse la page vierge et la sensation d'un vide inouï en soi. Luttant contre soi-même pour retrouver ce sens à la vie qui nous fait cruellement défaut, brusquement, à la (dé)faveur d'événements récents et personnels.
Faveur ou défaveur parce que ces événements nous rendent finalement plus forts, nous apprennent, sur nous-mêmes, sur les autres, sur nos ressources insoupçonnées ou sur l'impossible contrôle des choses, des situations et des âmes - parfois aussi perdues que nous. Ils nous enjoignent à poursuivre la route parce que la vie réclame justement qu'on ne se laisse pas ensevelir sous l'émotion et qu'il y a tant, précisément, à espérer, croire et rêver.
C'est humain de craquer. C'est humain de pleurer, et de rire dans la foulée, parce que la vie continue. Tout cela est tellement banal.
Pourtant, nous sommes témoins de l'inconcevable. Des gens qui ont tout perdu, qui pleurent leurs morts et qui sont plongés dans le chaos. Ça ne vaccine pas contre la connerie ordinaire mais disons que ça remet certaines choses à leur place. Question de décence.
Question de relativité.
mercredi 7 juillet 2010
A quoi bon
Lundi soir, j'étais toute guillerette: j'avais bouclé ma mission avec deux jours d'avance, j'allais pouvoir m'attaquer à la suivante dès le lendemain, sereinement, sans trop de pression. Pour un peu, je me serais même imaginée avoir une vie privée: à savoir manger à des heures normales, aller chercher mon loulou au centre et même, peut-être pouvoir aller faire quelques longueurs à la piscine.
Le rêve.
Pour téléphoner ou voir des amis, j'allais devoir encore attendre, évidemment, mais enfin le progrès était flagrant. Quant aux soldes, en revanche, j'avais un peu renoncé, le fait de n'avoir pas reçu de salaire ce mois-ci (eh oui, ironie du sort, maintenant que j'ai trouvé un peu de taf, je me retrouve sans le sou, allez comprendre) n'y étant pas vraiment étranger. Et puis, je l'avoue; j'espérais bien finir cette mission avant le 20, date-butoir, histoire de filer sur Nantes glaner quelques infos et préparer l'avenir. Prendre un peu le temps de vivre aussi, parce que décidément, je ne m'y ferai jamais, de laisser mon loulou partir au centre dans un car, dès potron-minet, au lieu de profiter de l'été comme moi, à son âge, j'avais la chance de le faire.
Nostalgie d'un temps que je ne pourrai pas lui offrir. A moins que, un jour, peut-être.
Vous l'aurez compris, je me sentais sur de bons rails. Certes, j'avais eu une petite alerte, lundi après-midi, m'endormant lamentablement vingt minutes sur l'écran de mon ordi. Une sieste réparatrice, va-t-on dire. Mardi, à la piscine - allez, je me suis offert cette petite parenthèse, finalement - les palmes m'ont semblé plus lourdes que jamais. Pas trop d'énergie. Le double effet d'un week-end sans mettre le nez dehors et d'une diète alimentaire toujours en cours, sans doute. Mais bon.
L'après-midi, je m'y colle sérieusement et... je m'endors une nouvelle fois sur mon ordi. Quarante minutes cette fois. Je me réveille la bouche pâteuse et surtout, aucune, mais alors aucune envie de m'y remettre. Je sature. Je force ma nature paresseuse et me replonge dans ces débats beaucoup moins passionnants que les derniers. Une heure et demie après, je me rends à l'évidence: ça n'imprime plus, là haut.
Pas grave, il est l'heure d'aller chercher loulou. Je reprendrai le soir, comme d'hab. Sauf que mardi soir, rien à faire, je n'ai pas pu. Bloquée. A 22 heures, j'étais donc au lit, le genre de truc qui ne m'arrive jamais et j'ai eu toutes les peines du monde à m'extirper de la couette ce matin. Oui, ça ressemble à de la saturation, mais normalement, on ressent ça sur un temps plein, au bout de plusieurs mois, tout ça...
Je crois que le malaise est plus profond, que cette vie à jongler est en train de m'épuiser, que je m'imagine trop pouvoir faire comme les autres à aller me dorer la pilule alors qu'en ce moment, ce n'est juste pas possible! Le pire dans tout ça, c'est que l'énergie que je consacre pour ce boulot rémunéré au ras des pâquerettes et qui me vaut un salaire à la moitié du mois suivant me pompe tout mon temps et ma sève, donc pour les perspectives, la solution n'est pas idoine.
Pourquoi je continue, alors? Parce que, malgré tout, ça fait du bien de travailler, de recevoir des offres de mission. Les retours sont valorisants. C'est l'idée aussi, qu'il faut sans doute en passer par là pour se relancer, pour avancer et voir le bout du tunnel. Et puis, au souvenir des terribles matins hivernaux où je me levais sans la moindre idée de ce que j'allais bien pouvoir faire de ma peau, je me ressaisis d'emblée et préfère ce surmenage à l'inertie.
Je me dis aussi, au vu des événements actuels, qu'il n'y a que peu de raisons que les choses s'arrangent pour une certaine frange de la société française. Que seul le système D va pouvoir éclairer un peu la voie. Parce que les employeurs profitent plus que jamais du désespoir qui s'est installé, de la quête d'un job, vaille que vaille, pour tous ceux qui se sont retrouvés sur le bas-côté. Qu'un journaliste doit se contenter aujourd'hui d'un salaire au SMIC, tout en étant, il va sans dire, polyvalent et disponible jour et nuit pour son cher canard.
Tout ça est terriblement frustrant, bien sûr, et je ne parviens pas totalement à effacer ce "A quoi bon?" qui s'est imprimé dans mon esprit. Plus que jamais, j'ai conscience d'avoir repris le chemin d'un travail d'exécutante, comme pour me rassurer. J'en suis même à espérer un boulot stable, loin de mes envies de création et d'épanouissement personnel.
La différence, par rapport à ma vie d'avant, c'est cette précarité qui s'installe chaque jour un peu plus. Je veux croire que quelque chose va arriver, que rien ne survient au hasard et que ce fastidieux parcours va mener quelque part, que rien de tout cela ne sera vain.
Il n'empêche qu'au lieu de bosser, là, ce soir - j'ai tenu une heure, pff - je suis en train de m'épancher bêtement. Foutu besoin de liberté.
Le rêve.
Pour téléphoner ou voir des amis, j'allais devoir encore attendre, évidemment, mais enfin le progrès était flagrant. Quant aux soldes, en revanche, j'avais un peu renoncé, le fait de n'avoir pas reçu de salaire ce mois-ci (eh oui, ironie du sort, maintenant que j'ai trouvé un peu de taf, je me retrouve sans le sou, allez comprendre) n'y étant pas vraiment étranger. Et puis, je l'avoue; j'espérais bien finir cette mission avant le 20, date-butoir, histoire de filer sur Nantes glaner quelques infos et préparer l'avenir. Prendre un peu le temps de vivre aussi, parce que décidément, je ne m'y ferai jamais, de laisser mon loulou partir au centre dans un car, dès potron-minet, au lieu de profiter de l'été comme moi, à son âge, j'avais la chance de le faire.
Nostalgie d'un temps que je ne pourrai pas lui offrir. A moins que, un jour, peut-être.
Vous l'aurez compris, je me sentais sur de bons rails. Certes, j'avais eu une petite alerte, lundi après-midi, m'endormant lamentablement vingt minutes sur l'écran de mon ordi. Une sieste réparatrice, va-t-on dire. Mardi, à la piscine - allez, je me suis offert cette petite parenthèse, finalement - les palmes m'ont semblé plus lourdes que jamais. Pas trop d'énergie. Le double effet d'un week-end sans mettre le nez dehors et d'une diète alimentaire toujours en cours, sans doute. Mais bon.
L'après-midi, je m'y colle sérieusement et... je m'endors une nouvelle fois sur mon ordi. Quarante minutes cette fois. Je me réveille la bouche pâteuse et surtout, aucune, mais alors aucune envie de m'y remettre. Je sature. Je force ma nature paresseuse et me replonge dans ces débats beaucoup moins passionnants que les derniers. Une heure et demie après, je me rends à l'évidence: ça n'imprime plus, là haut.
Pas grave, il est l'heure d'aller chercher loulou. Je reprendrai le soir, comme d'hab. Sauf que mardi soir, rien à faire, je n'ai pas pu. Bloquée. A 22 heures, j'étais donc au lit, le genre de truc qui ne m'arrive jamais et j'ai eu toutes les peines du monde à m'extirper de la couette ce matin. Oui, ça ressemble à de la saturation, mais normalement, on ressent ça sur un temps plein, au bout de plusieurs mois, tout ça...
Je crois que le malaise est plus profond, que cette vie à jongler est en train de m'épuiser, que je m'imagine trop pouvoir faire comme les autres à aller me dorer la pilule alors qu'en ce moment, ce n'est juste pas possible! Le pire dans tout ça, c'est que l'énergie que je consacre pour ce boulot rémunéré au ras des pâquerettes et qui me vaut un salaire à la moitié du mois suivant me pompe tout mon temps et ma sève, donc pour les perspectives, la solution n'est pas idoine.
Pourquoi je continue, alors? Parce que, malgré tout, ça fait du bien de travailler, de recevoir des offres de mission. Les retours sont valorisants. C'est l'idée aussi, qu'il faut sans doute en passer par là pour se relancer, pour avancer et voir le bout du tunnel. Et puis, au souvenir des terribles matins hivernaux où je me levais sans la moindre idée de ce que j'allais bien pouvoir faire de ma peau, je me ressaisis d'emblée et préfère ce surmenage à l'inertie.
Je me dis aussi, au vu des événements actuels, qu'il n'y a que peu de raisons que les choses s'arrangent pour une certaine frange de la société française. Que seul le système D va pouvoir éclairer un peu la voie. Parce que les employeurs profitent plus que jamais du désespoir qui s'est installé, de la quête d'un job, vaille que vaille, pour tous ceux qui se sont retrouvés sur le bas-côté. Qu'un journaliste doit se contenter aujourd'hui d'un salaire au SMIC, tout en étant, il va sans dire, polyvalent et disponible jour et nuit pour son cher canard.
Tout ça est terriblement frustrant, bien sûr, et je ne parviens pas totalement à effacer ce "A quoi bon?" qui s'est imprimé dans mon esprit. Plus que jamais, j'ai conscience d'avoir repris le chemin d'un travail d'exécutante, comme pour me rassurer. J'en suis même à espérer un boulot stable, loin de mes envies de création et d'épanouissement personnel.
La différence, par rapport à ma vie d'avant, c'est cette précarité qui s'installe chaque jour un peu plus. Je veux croire que quelque chose va arriver, que rien ne survient au hasard et que ce fastidieux parcours va mener quelque part, que rien de tout cela ne sera vain.
Il n'empêche qu'au lieu de bosser, là, ce soir - j'ai tenu une heure, pff - je suis en train de m'épancher bêtement. Foutu besoin de liberté.
jeudi 3 juin 2010
La ronde des sentiments
Non, ne pas regarder en arrière.
Oui, envisager l'avenir avec le sourire, rester positif, débarrasser son esprit du vieux, de l'usagé, du non-abouti.
Se recentrer sur la réalité. Être optimiste.
Rien de mieux pour avancer, on est d'accord.
J'ai tenté d'enfouir mon projet très loin, dans un coin de ma mémoire. En tentant d'apposer le tampon "absurde" (histoire de ne pas y retourner) à cette idée d'ouvrir un lieu de restauration -mais pas que. Les clients lambda, pressés, les habitués, les potes rassemblés autour de tapas en fin de journée, les copines venues prendre le thé ou les mamans en quête d'une respiration, avec leur(s) jeune(s) enfant(s)... Tout ça relève de mon imaginaire. Un endroit kids friendly, ça ne parle pas aux gens, dans le coin. Parce que la crise, parce que l'étroitesse d'esprit, parce que...
Je me suis résignée. D'ailleurs, en attendant la visite d'un appartement prochainement, je commence le grand tri, histoire d'alléger les cartons- mais pas seulement.
Alors, pourquoi, pourquoi un tel reportage (que vous pourrez retrouver ici, sur le Bürki blog), diffusé aujourd'hui sur Canal +, me bouleverse-t-il? On y voit quelques gamins attablés, racontant leur amour immodéré pour un bout de gâteau au chocolat. Et, surtout le témoignage d'une auteur, qui a recensé les bonnes adresses pour venir se restaurer avec Loulou & cie. Rien de plus.
Enfin, je ne sais plus, parce que je me suis sentie submergée par un flot de sentiments contradictoires, qui a brouillé ma vision des choses.
Pourquoi ces simples images nourrissent-elles chez moi des regrets stériles? Pourquoi ai-je l'impression d'avoir effleuré, et laissé passer, un rêve? Pourquoi ?
Avancer. Me projeter. Ignorer le gris qui embrume le cerveau. Éteindre la télé, Internet et tous les liens qui me ramènent vers un monde où les créateurs les plus audacieux parviennent, eux, à leurs fins.
Stopper l'auto-flagellation. Envisager que ma résignation n'est pas le signe de ma médiocrité, mais qu'un regain de confiance en soi serait, au contraire, salutaire en ces temps de flottement. M'auto-persuader que la galère n'a absolument rien à voir avec une personnalité vide et dénuée d'intérêt. Que ça peut arriver à tout le monde.
Enrayer la rechute. Regarder par la fenêtre. Y voir le soleil et les prémices d'un avenir meilleur.
Jour après jour, je mesure les concessions que je me résous à faire, pour revenir dans un monde "normal", si on suppose que la normalité consiste à se ranger dans la masse.
Jour après jour, je me sens un peu plus en décalage. Sans doute suis-je trop impatiente.
Mais j'ai beau sourire, rien ne vient.
J'ai beau me démener, rien ne vient.
Un pas dans la normalité engendre chez moi deux pas dans le gouffre de l'incertitude, car les gens normaux me rappellent sans cesse la précarité de ma situation. J'en viens à envier des personnes qui ont un boulot moyen, qui traînent souvent des pieds pour y aller, comme s'ils avaient compris, EUX, le sens de la vie. Comme s'ils savaient, EUX, que la quête du bonheur est vaine et que les compromis sont la seule réponse à un début de satisfaction.
Tout ça à cause de Daphné Bürki? Waouh, j'en tiens une bonne aujourd'hui.
Oui, envisager l'avenir avec le sourire, rester positif, débarrasser son esprit du vieux, de l'usagé, du non-abouti.
Se recentrer sur la réalité. Être optimiste.
Rien de mieux pour avancer, on est d'accord.
J'ai tenté d'enfouir mon projet très loin, dans un coin de ma mémoire. En tentant d'apposer le tampon "absurde" (histoire de ne pas y retourner) à cette idée d'ouvrir un lieu de restauration -mais pas que. Les clients lambda, pressés, les habitués, les potes rassemblés autour de tapas en fin de journée, les copines venues prendre le thé ou les mamans en quête d'une respiration, avec leur(s) jeune(s) enfant(s)... Tout ça relève de mon imaginaire. Un endroit kids friendly, ça ne parle pas aux gens, dans le coin. Parce que la crise, parce que l'étroitesse d'esprit, parce que...
Je me suis résignée. D'ailleurs, en attendant la visite d'un appartement prochainement, je commence le grand tri, histoire d'alléger les cartons- mais pas seulement.
Alors, pourquoi, pourquoi un tel reportage (que vous pourrez retrouver ici, sur le Bürki blog), diffusé aujourd'hui sur Canal +, me bouleverse-t-il? On y voit quelques gamins attablés, racontant leur amour immodéré pour un bout de gâteau au chocolat. Et, surtout le témoignage d'une auteur, qui a recensé les bonnes adresses pour venir se restaurer avec Loulou & cie. Rien de plus.
Enfin, je ne sais plus, parce que je me suis sentie submergée par un flot de sentiments contradictoires, qui a brouillé ma vision des choses.
Pourquoi ces simples images nourrissent-elles chez moi des regrets stériles? Pourquoi ai-je l'impression d'avoir effleuré, et laissé passer, un rêve? Pourquoi ?
Avancer. Me projeter. Ignorer le gris qui embrume le cerveau. Éteindre la télé, Internet et tous les liens qui me ramènent vers un monde où les créateurs les plus audacieux parviennent, eux, à leurs fins.
Stopper l'auto-flagellation. Envisager que ma résignation n'est pas le signe de ma médiocrité, mais qu'un regain de confiance en soi serait, au contraire, salutaire en ces temps de flottement. M'auto-persuader que la galère n'a absolument rien à voir avec une personnalité vide et dénuée d'intérêt. Que ça peut arriver à tout le monde.
Enrayer la rechute. Regarder par la fenêtre. Y voir le soleil et les prémices d'un avenir meilleur.
Jour après jour, je mesure les concessions que je me résous à faire, pour revenir dans un monde "normal", si on suppose que la normalité consiste à se ranger dans la masse.
Jour après jour, je me sens un peu plus en décalage. Sans doute suis-je trop impatiente.
Mais j'ai beau sourire, rien ne vient.
J'ai beau me démener, rien ne vient.
Un pas dans la normalité engendre chez moi deux pas dans le gouffre de l'incertitude, car les gens normaux me rappellent sans cesse la précarité de ma situation. J'en viens à envier des personnes qui ont un boulot moyen, qui traînent souvent des pieds pour y aller, comme s'ils avaient compris, EUX, le sens de la vie. Comme s'ils savaient, EUX, que la quête du bonheur est vaine et que les compromis sont la seule réponse à un début de satisfaction.
Tout ça à cause de Daphné Bürki? Waouh, j'en tiens une bonne aujourd'hui.
vendredi 29 janvier 2010
Résidus d'une vie
Hier, par la force des choses, l'entretien "à blanc" m'avait replongée dans mon passé. Un rien mélancolique de nature, j'ai eu envie de balayer tous ces souvenirs qui rejaillissaient, pour me concentrer sur l'avenir, et uniquement là-dessus. Inutile de nourrir une quelconque nostalgie, c'eût été stérile.
Sauf qu'aujourd'hui, j'ai senti la nécessité de faire le vide, de trier, ranger, jeter et, pour tout dire, mon appart est un capharnaüm sans nom à l'heure où j'écris ces lignes. J'en suis à devoir enjamber des tas, à droite à gauche car, cette fois, j'ai bien l'intention de faire place nette.
Y'a du boulot, je vous explique pas.
Évidemment, lorsque l'on range, il y a toujours quelques détails qui ralentissent vos bonnes intentions. Oh, je ne parle pas d'une invitation de dernière minute pour aller dîner - et ça, ça ne se refuse pas, hum - qui a pour le moins ralenti mes ardeurs.
Non, ce sont toutes ces marques du temps. Cette carte postale que j'avais oubliée, évoquant un été lumineux, et celle-ci, réveillant une once de spleen. Ces cours d'italien, que j'avais ramenés à la maison, dans l'espoir de m'y remettre un jour. Ce pendentif, dégoté à Londres, me rappelant l'insouciante réalité de mes 18 ans. Ces critiques de bouquins que je n'ai jamais eu le temps de lire. Le flacon de ce parfum que je ne porte plus depuis longtemps, mais que je n'avais jamais pu me résoudre à jeter.
Et puis, bien sûr, ces photos, belles, moches, réussies ou floues, de ces visages encore lisses, de ces sourires naïfs. Celles de ses parents, alors dans leur quarantaine. Celle de ma soeur, alors partie vivre sa vie à Londres. Et puis des clichés où j'apparais, ado souriante, un rien délurée aussi. Je regarde tout ça avec beaucoup plus d'indulgence qu'à l'époque, avec curiosité aussi, tant cette image de candeur contraste avec ma réalité, aujourd'hui.
Cette ado, c'est moi mais je la vois comme une étrangère. Je sais que, derrière le sourire, se cachaient déjà quelques tourments, qu'un mal me rongeait. Pourtant, les apparences n'en laissaient rien paraître. Même sensation au moment de feuilleter les derniers albums, ceux de mon loulou depuis sa naissance. Si loin, si proche... C'est bizarre, j'ai le sentiment d'avoir vécu cela dans une autre vie, où tout me semblait plus doux.
Une vie où je pouvais m'appuyer sur d'autres épaules que les miennes, parfois. Mais où je n'étais pas vraiment moi-même, acceptant des compromis pour le confort que cela engendrait.
...
Je me suis relevée. J'avais des fourmis dans les jambes d'être restée ainsi accroupie, seule dans le salon, et j'ai jeté un oeil à ma montre. Je n'avais pas vu le temps passer. Littéralement.
J'imagine que, dans vingt ans, je me relèverai de la même façon, un peu assommée, riant doucement de la noirceur qui m'avait envahie alors. Je saurai peut-être que cette vague sombre n'était que passagère, que la vie n'était finalement pas si compliquée et que j'avais tendance à trop m'écouter. A trop idéaliser ma vie d'avant, lorsque j'étais pleine d'espoir et de rêves. J'aurai grandi, forcément et mon loulou, en regardant les photos à son tour, trouvera que mon visage était finalement encore un peu lisse.
En attendant, il faut vivre au quotidien ses doutes et assumer le changement que le temps nous impose.
Oui, je sais, il est temps de balancer pas mal de vieux résidus...
Sauf qu'aujourd'hui, j'ai senti la nécessité de faire le vide, de trier, ranger, jeter et, pour tout dire, mon appart est un capharnaüm sans nom à l'heure où j'écris ces lignes. J'en suis à devoir enjamber des tas, à droite à gauche car, cette fois, j'ai bien l'intention de faire place nette.
Y'a du boulot, je vous explique pas.
Évidemment, lorsque l'on range, il y a toujours quelques détails qui ralentissent vos bonnes intentions. Oh, je ne parle pas d'une invitation de dernière minute pour aller dîner - et ça, ça ne se refuse pas, hum - qui a pour le moins ralenti mes ardeurs.
Non, ce sont toutes ces marques du temps. Cette carte postale que j'avais oubliée, évoquant un été lumineux, et celle-ci, réveillant une once de spleen. Ces cours d'italien, que j'avais ramenés à la maison, dans l'espoir de m'y remettre un jour. Ce pendentif, dégoté à Londres, me rappelant l'insouciante réalité de mes 18 ans. Ces critiques de bouquins que je n'ai jamais eu le temps de lire. Le flacon de ce parfum que je ne porte plus depuis longtemps, mais que je n'avais jamais pu me résoudre à jeter.
Et puis, bien sûr, ces photos, belles, moches, réussies ou floues, de ces visages encore lisses, de ces sourires naïfs. Celles de ses parents, alors dans leur quarantaine. Celle de ma soeur, alors partie vivre sa vie à Londres. Et puis des clichés où j'apparais, ado souriante, un rien délurée aussi. Je regarde tout ça avec beaucoup plus d'indulgence qu'à l'époque, avec curiosité aussi, tant cette image de candeur contraste avec ma réalité, aujourd'hui.
Cette ado, c'est moi mais je la vois comme une étrangère. Je sais que, derrière le sourire, se cachaient déjà quelques tourments, qu'un mal me rongeait. Pourtant, les apparences n'en laissaient rien paraître. Même sensation au moment de feuilleter les derniers albums, ceux de mon loulou depuis sa naissance. Si loin, si proche... C'est bizarre, j'ai le sentiment d'avoir vécu cela dans une autre vie, où tout me semblait plus doux.
Une vie où je pouvais m'appuyer sur d'autres épaules que les miennes, parfois. Mais où je n'étais pas vraiment moi-même, acceptant des compromis pour le confort que cela engendrait.
...
Je me suis relevée. J'avais des fourmis dans les jambes d'être restée ainsi accroupie, seule dans le salon, et j'ai jeté un oeil à ma montre. Je n'avais pas vu le temps passer. Littéralement.
J'imagine que, dans vingt ans, je me relèverai de la même façon, un peu assommée, riant doucement de la noirceur qui m'avait envahie alors. Je saurai peut-être que cette vague sombre n'était que passagère, que la vie n'était finalement pas si compliquée et que j'avais tendance à trop m'écouter. A trop idéaliser ma vie d'avant, lorsque j'étais pleine d'espoir et de rêves. J'aurai grandi, forcément et mon loulou, en regardant les photos à son tour, trouvera que mon visage était finalement encore un peu lisse.
En attendant, il faut vivre au quotidien ses doutes et assumer le changement que le temps nous impose.
Oui, je sais, il est temps de balancer pas mal de vieux résidus...
dimanche 25 octobre 2009
J'y vais mais j'ai peur
Faire le clown ou raconter les choses telles que je les ai vécues? La tentation de tout tourner à la dérision me guide régulièrement vers la première option, comme pour renforcer ma carapace.
Vis-à-vis des autres, bien sûr. Vis-à-vis de moi-même, aussi.
Je fais la maligne, je me défends bec et ongles et je crois dur comme fer à mon projet, mais parfois, je l'admets : c'est difficile. Compliqué. Lourd.
Malheureuse! Ne jamais avouer pareille vérité. Garder, coûte que coûte, ce masque de la fille entreprenante, qui ne doute pas. Je parle là de la vraie vie, bien sûr, puisqu'ici, je me suis déjà étalée (trop ?) sur mes coups de blues. Et globalement, comme je n'ai pas envie de devenir une pleureuse, je prends sur moi. Mais là, même si je ne devrais pas l'écrire, je le concède:
J'y vais, mais j'ai peur (Josiane, sors de ce corps).
Peur de ne pas être à la hauteur, bien sûr. Peur d'avoir trop rêvé, d'avoir imaginé un quotidien loin de la réalité. Oh, je sais, c'est normal de douter. Je ne regrette rien. J'avais besoin d'aller au bout du projet et je ne peux plus reculer, maintenant. Mais il suffit parfois d'un grain de sable pour que la carapace s'effrite et laisse place à une simple mortelle, qui ne peut réfréner une mélancolie envahissante au pire moment.
Je ne m'étendrai pas sur ce grain de sable, mais la façon qu'il a eu de me dévaster me conforte dans l'idée que je dois endosser de nouveau cette carapace. Cesser de m'écouter, foncer. Je n'ai aucune envie de revivre une semaine comme celle qui vient de s'écouler.
Petit rayon de soleil, néanmoins, une nouvelle copine, que j'avais rencontrée sur un stage de la Chambre de Commerce, ouvre sa boutique dans quelques jours. D'une grande sérénité, elle a tracé sa voie sans encombre et réalise son voeu simplement, sans cris, sans heurts. A côté, je me sens hystérique.
Elle aussi s'est forgé sa carapace, bien sûr, mais son calme et sa capacité à gérer plusieurs vies, comme elle vient de le faire, me réjouissent. Je ne serais jamais aussi zen, mais son exemple me laisse des raisons d'espérer que tout n'est pas si sombre.
Vis-à-vis des autres, bien sûr. Vis-à-vis de moi-même, aussi.
Je fais la maligne, je me défends bec et ongles et je crois dur comme fer à mon projet, mais parfois, je l'admets : c'est difficile. Compliqué. Lourd.
Malheureuse! Ne jamais avouer pareille vérité. Garder, coûte que coûte, ce masque de la fille entreprenante, qui ne doute pas. Je parle là de la vraie vie, bien sûr, puisqu'ici, je me suis déjà étalée (trop ?) sur mes coups de blues. Et globalement, comme je n'ai pas envie de devenir une pleureuse, je prends sur moi. Mais là, même si je ne devrais pas l'écrire, je le concède:
J'y vais, mais j'ai peur (Josiane, sors de ce corps).
Peur de ne pas être à la hauteur, bien sûr. Peur d'avoir trop rêvé, d'avoir imaginé un quotidien loin de la réalité. Oh, je sais, c'est normal de douter. Je ne regrette rien. J'avais besoin d'aller au bout du projet et je ne peux plus reculer, maintenant. Mais il suffit parfois d'un grain de sable pour que la carapace s'effrite et laisse place à une simple mortelle, qui ne peut réfréner une mélancolie envahissante au pire moment.
Je ne m'étendrai pas sur ce grain de sable, mais la façon qu'il a eu de me dévaster me conforte dans l'idée que je dois endosser de nouveau cette carapace. Cesser de m'écouter, foncer. Je n'ai aucune envie de revivre une semaine comme celle qui vient de s'écouler.
Petit rayon de soleil, néanmoins, une nouvelle copine, que j'avais rencontrée sur un stage de la Chambre de Commerce, ouvre sa boutique dans quelques jours. D'une grande sérénité, elle a tracé sa voie sans encombre et réalise son voeu simplement, sans cris, sans heurts. A côté, je me sens hystérique.
Elle aussi s'est forgé sa carapace, bien sûr, mais son calme et sa capacité à gérer plusieurs vies, comme elle vient de le faire, me réjouissent. Je ne serais jamais aussi zen, mais son exemple me laisse des raisons d'espérer que tout n'est pas si sombre.
jeudi 22 octobre 2009
Je ne suis pas une superwoman
16 heures. Parfois, lorsque je jette un oeil au coin de l'ordi, et que s'affiche cette heure, je m'interroge quelques secondes sur l'intérêt de rester là, ou de profiter de mon fils, en allant le chercher à la sortie de l'école. Généralement, je réfrène mes envies maternelles, la raison l'emportant. Parfois, néanmoins, je me dis que cela nous ferait du bien, à l'un et l'autre, et patati, et patata.
Résultat, je me retrouve à la maison avec lui à 17 heures, en sachant pertinemment que, si je regarde mes mails ou l'avancée de mes travaux, j'aurais toujours autre chose à faire que de jouer ou discuter avec lui. Et donc, je me maudis d'avoir cédé à la tentation, en pensant qu'il aurait été plus judicieux de le laisser un peu avec ses copains, pendant que je finissais. Avant de le récupérer et de n'être là que pour lui.
Du qualitatif plutôt que du quantitatif, en somme.
Ces derniers temps, le nombre de tâches à accomplir ne m'a pas laissé trop le choix et je l'ai laissé à l'école plus longtemps. Depuis lundi, date de la signature, tout s'est accéléré et je ne sais plus trop où donner de la tête. Mon premier réflexe, je l'avoue, est d'avoir pensé le confier à son papa plus tôt que prévu, cette semaine. Et puis, j'ai réfléchi. A chaque fois que je fais cela, le manque n'en est que plus cruel car j'ai la sensation d'avoir provoqué la situation. D'avoir engendré, sinon mon malheur, au moins ma solitude.
Je savais aussi que la semaine allait être courte, puisqu'il partait ce jeudi chez son papa, pour tout le week-end. Et que, donc, j'aurais plus de temps pour bosser. Résultat, cette nuit, j'ai senti les premières courbatures, la fièvre et le mal de gorge. Moi qui pensais "profiter" de son absence pour avancer au maximum, me voilà, toute piteuse, l'oeil torve et le teint pâlot. Au moins, loulou a-t-il une chance de ne pas choper mon virus...
Je sais combien, pour les autres, cette attitude de s'en remettre systématiquement au papa, lorsque l'on est séparé, peut sembler facile et la preuve que l'on ne peut assumer tous les rôles au quotidien. Mais bon, comme mes congénères, je ne suis pas une superwoman. L'ex vous dirait également, je suppose, que ça a ses bons côtés, aussi.
Bref, cette semaine, j'ai accepté l'idée qu'il me faudrait bosser de nouveau, encore, le soir, tard, après le coucher du loulou - et l'histoire incontournable que l'on lit, bien pelotonnés sous la couette. Une habitude qui me donne invariablement envie d'aller moi-même me coller dans mon canapé douillet, ensuite. Bon, je lutte contre ma nature nonchalante et je finis toujours par retrouver de l'énergie. Mais je rêve du temps où ma seule question était de savoir quel film j'allais bien regarder ensuite.
J'ai accepté l'idée, aussi, de lâcher l'ordi quand nous sommes ensemble (enfin, j'essaie), d'aller plutôt se balader, pas forcément loin, mais juste le temps de se poser, savourer cette liberté et apprécier de vivre ce quotidien pas banal, au fond. Je n'ai pas envie qu'il grandisse avec le sentiment de deux êtres se côtoyant, mais qui ne partagent rien, sinon les trajets entre l'école et la maison, la sortie de bain et le coucher.
Parfois, il me dit que je passe trop de temps en cuisine. Il me fait payer les coups de fil, le soir venu, s'amusant à retourner l'appartement sens dessus-dessous pendant que je suis "ailleurs".
Alors, j'ai écouté son appel. En ce moment, on est sur un puzzle. 500 (toutes petites) pièces, c'est loulou qui a choisi. Autant vous dire que l'on en a pour un moment.
Cassandre est tout content. De mon côté, j'adore me concentrer là-dessus. J'imaginais cela pénible, cela me permet, au contraire, de me vider la tête.
Et au moins, lorsque vient l'heure du coucher, je n'ai plus l'impression d'être encore passée à côté de quelque chose.
Résultat, je me retrouve à la maison avec lui à 17 heures, en sachant pertinemment que, si je regarde mes mails ou l'avancée de mes travaux, j'aurais toujours autre chose à faire que de jouer ou discuter avec lui. Et donc, je me maudis d'avoir cédé à la tentation, en pensant qu'il aurait été plus judicieux de le laisser un peu avec ses copains, pendant que je finissais. Avant de le récupérer et de n'être là que pour lui.
Du qualitatif plutôt que du quantitatif, en somme.
Ces derniers temps, le nombre de tâches à accomplir ne m'a pas laissé trop le choix et je l'ai laissé à l'école plus longtemps. Depuis lundi, date de la signature, tout s'est accéléré et je ne sais plus trop où donner de la tête. Mon premier réflexe, je l'avoue, est d'avoir pensé le confier à son papa plus tôt que prévu, cette semaine. Et puis, j'ai réfléchi. A chaque fois que je fais cela, le manque n'en est que plus cruel car j'ai la sensation d'avoir provoqué la situation. D'avoir engendré, sinon mon malheur, au moins ma solitude.
Je savais aussi que la semaine allait être courte, puisqu'il partait ce jeudi chez son papa, pour tout le week-end. Et que, donc, j'aurais plus de temps pour bosser. Résultat, cette nuit, j'ai senti les premières courbatures, la fièvre et le mal de gorge. Moi qui pensais "profiter" de son absence pour avancer au maximum, me voilà, toute piteuse, l'oeil torve et le teint pâlot. Au moins, loulou a-t-il une chance de ne pas choper mon virus...
Je sais combien, pour les autres, cette attitude de s'en remettre systématiquement au papa, lorsque l'on est séparé, peut sembler facile et la preuve que l'on ne peut assumer tous les rôles au quotidien. Mais bon, comme mes congénères, je ne suis pas une superwoman. L'ex vous dirait également, je suppose, que ça a ses bons côtés, aussi.
Bref, cette semaine, j'ai accepté l'idée qu'il me faudrait bosser de nouveau, encore, le soir, tard, après le coucher du loulou - et l'histoire incontournable que l'on lit, bien pelotonnés sous la couette. Une habitude qui me donne invariablement envie d'aller moi-même me coller dans mon canapé douillet, ensuite. Bon, je lutte contre ma nature nonchalante et je finis toujours par retrouver de l'énergie. Mais je rêve du temps où ma seule question était de savoir quel film j'allais bien regarder ensuite.
J'ai accepté l'idée, aussi, de lâcher l'ordi quand nous sommes ensemble (enfin, j'essaie), d'aller plutôt se balader, pas forcément loin, mais juste le temps de se poser, savourer cette liberté et apprécier de vivre ce quotidien pas banal, au fond. Je n'ai pas envie qu'il grandisse avec le sentiment de deux êtres se côtoyant, mais qui ne partagent rien, sinon les trajets entre l'école et la maison, la sortie de bain et le coucher.
Parfois, il me dit que je passe trop de temps en cuisine. Il me fait payer les coups de fil, le soir venu, s'amusant à retourner l'appartement sens dessus-dessous pendant que je suis "ailleurs".
Alors, j'ai écouté son appel. En ce moment, on est sur un puzzle. 500 (toutes petites) pièces, c'est loulou qui a choisi. Autant vous dire que l'on en a pour un moment.
Cassandre est tout content. De mon côté, j'adore me concentrer là-dessus. J'imaginais cela pénible, cela me permet, au contraire, de me vider la tête.
Et au moins, lorsque vient l'heure du coucher, je n'ai plus l'impression d'être encore passée à côté de quelque chose.
mardi 1 septembre 2009
Ni zen, ni parfaite
"J'suis content d'aller à l'école."
Il a lancé ça en remettant la couette sur son lit. J'ai eu envie de lui dire qu'il n'avait pas à me mentir, que je n'allais pas le gronder pour ça et qu'il pouvait tout aussi bien être sincère. Un peu plus et je lui racontais les torrents de larmes que je déversais à chaque rentrée - surtout quand mon père m'accompagnait, ça marchait mieux sur lui.
En fait, il était sincère. Mon loulou attend "l'événement" avec impatience.
Moi, moins. Va savoir pourquoi, l'idée de se lever trop tôt tous les matins et de répéter chaque jour : "on va être en retard, on va être en retard... On est en retard, non mais dépêche-toi, allez cours, vite, vite, non, arrête-toi, y'a le tram..." La routine. Oui, je sais, je suis contradictoire, je rêvais hier de train-train et je suis aujourd'hui en train de maudire ces habitudes que l'on prend dans l'année. Cherchez pas, 'suis une fille. Et une maman, donc.
Forcément, le ELLE de la semaine passée, décidément prolifique (je n'ai toujours pas entamé celui de la semaine, débordée!) m'intéressait au plus haut point. L'article en question?
"Tout pour être une mère zen et efficace"
En gros, toutes les astuces des psy, des people et des mamans "lambda" (ah, ah) pour survivre au stress de la rentrée. Alors, c'est bien foutu, hein, puisque divisé en grands thèmes. Pour le coup, j'étais limite à sortir mes ciseaux, ma colle et mon cahier de tâches pour tout répertorier, tellement ça m'emballait. De fait, tout (ou presque) cela s'avère pertinent et pragmatique, même si, au fond, je n'ai rien relevé de transcendant.
Il y a néanmoins un thème qui a retenu toute mon attention. Le premier:
"Je renonce à être parfaite"
Personnellement, je crois n'avoir jamais envisagé pareil challenge, consciente de mes nombreuses faiblesses et toujours attentive aux avis de Pierre, Paul et Jacques qui font systématiquement nettement mieux que moi. Je m'étais d'ailleurs bien amusée à la lecture de "Comment ne pas être une mère parfaite", au moment de la naissance de mon fils, ravie de constater que je remplissais tous les critères.
Quitte à passer pour une réac, j'ai cette fois retenu que :
- Françoise allait gaver son môme de pépites à base de fruits, 1,50 euros le petit sachet de 3g (j'exagère à peine), histoire que son roudoudou mange sa portion de fruits/légumes quotidienne. C'est d'un banal, aussi, de leur filer des pommes à croquer...
- Anne, de son côté, a négocié comme un chef: une DS contre de meilleurs résultats scolaires. Véronique, elle, affirme qu'elle donne à son fils, 7 ans, "l'impression que c'est lui qui a la main". Rien à dire, c'est classe et ça ne donne aucun pouvoir au tyran, oups, au gamin.
- Nathalie, à la tête de trois enfants en bas âge, a "renoncé à donner le bain et le dîner moi-même", tâche qui incombe donc désormais à la baby-sitter, arrivant juste pour le coucher de ses bambins. Je lui suggérerai les contes de Marlène Jobert, super bien faits, qui permettent même de se défiler discrètement pendant que l'ancienne actrice berce les agneaux de sa jolie voix.
- Quant à Camille, elle estime que si son Tom flirte avec le grunge en refusant de se laver deux jours de suite ou se goinfre de sandwiches sur le canapé, eh bien, peu importe, il est si mignon...
Loin de moi l'idée de juger (quoique, le mal est fait), je conçois que pour certaines de ces femmes, la vie quotidienne s'apparente à un marathon. Je ne sais pas où le magazine est allé pêcher ses témoignages (même si j'en ai une idée) mais je suis convaincue que ces mamans n'ont justement rien de "lambda". Dans ce contexte, faut-il ériger cela en "astuces", en "trucs à suivre" ? Oh, je sais, tout ça n'est rien qu'un marronnier de plus (un sujet qui revient de façon régulière, comme les régimes en avril et cet escroc de Père Noël en hiver). Mais en voulant déculpabiliser les femmes, l'article ne fait finalement que pointer l'hérésie de la vie moderne et la difficile combinaison entre femme et maman.
Autant vous dire que j'ai reposé mes ciseaux et ma colle.
Il m'arrive moi-même de "tricher" pour guider mon loulou vers les choix que j'estime justes. Mais enfin, j'évite de l'ébruiter. Quitte à être une mère imparfaite, autant garder la chose la plus secrète possible avec son rejeton, non ?
Il a lancé ça en remettant la couette sur son lit. J'ai eu envie de lui dire qu'il n'avait pas à me mentir, que je n'allais pas le gronder pour ça et qu'il pouvait tout aussi bien être sincère. Un peu plus et je lui racontais les torrents de larmes que je déversais à chaque rentrée - surtout quand mon père m'accompagnait, ça marchait mieux sur lui.
En fait, il était sincère. Mon loulou attend "l'événement" avec impatience.
Moi, moins. Va savoir pourquoi, l'idée de se lever trop tôt tous les matins et de répéter chaque jour : "on va être en retard, on va être en retard... On est en retard, non mais dépêche-toi, allez cours, vite, vite, non, arrête-toi, y'a le tram..." La routine. Oui, je sais, je suis contradictoire, je rêvais hier de train-train et je suis aujourd'hui en train de maudire ces habitudes que l'on prend dans l'année. Cherchez pas, 'suis une fille. Et une maman, donc.
Forcément, le ELLE de la semaine passée, décidément prolifique (je n'ai toujours pas entamé celui de la semaine, débordée!) m'intéressait au plus haut point. L'article en question?
"Tout pour être une mère zen et efficace"
En gros, toutes les astuces des psy, des people et des mamans "lambda" (ah, ah) pour survivre au stress de la rentrée. Alors, c'est bien foutu, hein, puisque divisé en grands thèmes. Pour le coup, j'étais limite à sortir mes ciseaux, ma colle et mon cahier de tâches pour tout répertorier, tellement ça m'emballait. De fait, tout (ou presque) cela s'avère pertinent et pragmatique, même si, au fond, je n'ai rien relevé de transcendant.
Il y a néanmoins un thème qui a retenu toute mon attention. Le premier:
"Je renonce à être parfaite"
Personnellement, je crois n'avoir jamais envisagé pareil challenge, consciente de mes nombreuses faiblesses et toujours attentive aux avis de Pierre, Paul et Jacques qui font systématiquement nettement mieux que moi. Je m'étais d'ailleurs bien amusée à la lecture de "Comment ne pas être une mère parfaite", au moment de la naissance de mon fils, ravie de constater que je remplissais tous les critères.
Quitte à passer pour une réac, j'ai cette fois retenu que :
- Françoise allait gaver son môme de pépites à base de fruits, 1,50 euros le petit sachet de 3g (j'exagère à peine), histoire que son roudoudou mange sa portion de fruits/légumes quotidienne. C'est d'un banal, aussi, de leur filer des pommes à croquer...
- Anne, de son côté, a négocié comme un chef: une DS contre de meilleurs résultats scolaires. Véronique, elle, affirme qu'elle donne à son fils, 7 ans, "l'impression que c'est lui qui a la main". Rien à dire, c'est classe et ça ne donne aucun pouvoir au tyran, oups, au gamin.
- Nathalie, à la tête de trois enfants en bas âge, a "renoncé à donner le bain et le dîner moi-même", tâche qui incombe donc désormais à la baby-sitter, arrivant juste pour le coucher de ses bambins. Je lui suggérerai les contes de Marlène Jobert, super bien faits, qui permettent même de se défiler discrètement pendant que l'ancienne actrice berce les agneaux de sa jolie voix.
- Quant à Camille, elle estime que si son Tom flirte avec le grunge en refusant de se laver deux jours de suite ou se goinfre de sandwiches sur le canapé, eh bien, peu importe, il est si mignon...
Loin de moi l'idée de juger (quoique, le mal est fait), je conçois que pour certaines de ces femmes, la vie quotidienne s'apparente à un marathon. Je ne sais pas où le magazine est allé pêcher ses témoignages (même si j'en ai une idée) mais je suis convaincue que ces mamans n'ont justement rien de "lambda". Dans ce contexte, faut-il ériger cela en "astuces", en "trucs à suivre" ? Oh, je sais, tout ça n'est rien qu'un marronnier de plus (un sujet qui revient de façon régulière, comme les régimes en avril et cet escroc de Père Noël en hiver). Mais en voulant déculpabiliser les femmes, l'article ne fait finalement que pointer l'hérésie de la vie moderne et la difficile combinaison entre femme et maman.
Autant vous dire que j'ai reposé mes ciseaux et ma colle.
Il m'arrive moi-même de "tricher" pour guider mon loulou vers les choix que j'estime justes. Mais enfin, j'évite de l'ébruiter. Quitte à être une mère imparfaite, autant garder la chose la plus secrète possible avec son rejeton, non ?
vendredi 28 août 2009
Donnez-moi cette toque que je me cache
L'horreur totale, ce jeudi matin. Je rêvais que j'étais en retard, mais que des intrus squattaient mon garage et que je devais donc les déloger, avant d'aller défendre mon bifteck à l'entrevue du jour... Coup d'oeil au réveil. Effectivement, j'étais bien partie pour manquer un rendez-vous majeur, dans cette fantastique épopée qu'est la création d'entreprise: la recherche de garantie bancaire avec, dans le cas présent, un appui particulier aux femmes.
J'ai déjà lu des choses qui m'ont révoltée sur les créatrices. On les prévient que "se lancer à son compte" engendre un investissement majeur, limite insurmontable pour la ménagère qu'il y a en chacune de nous. Si, je vous assure, ces conseillers insistent bien lourdement sur ce facteur, beaucoup plus qu'on ne le ferait pour des hommes qui, on le sait, se mettent TOUS les pieds sous la table en arrivant, harassés par leur dur labeur, le journal dans une main, le whisky dans l'autre...
Pourquoi j'ai l'impression d'être dans un épisode américain des années 50, là? Ah, oui, j'ai lu dernièrement qu'une femme qui envisageait de créer sa boîte, devait "parler avec sa famille de son entreprise". Au cas où un taliban se cacherait derrière le doux visage de votre tendre et cher.
Ne riez pas, pour en avoir été témoin, je sais que ça existe.
Cela dit, à 9h39, après une trop courte nuit (toujours ce jet lag. Quitte à être un zombie, j'aurais mieux fait de sortir), je ne me sentais pas d'humeur rebelle.
Non, j'étais épuisée, point. Je n'avais qu'une envie : profiter plus encore du moelleux de ma couette.
Et puis, j'ai repensé à cette phrase très juste que j'ai lue dans "L'homme qui voulait être heureux" (dont je vous parlais hier) :
"L'être humain se complaît dans le laisser-aller, mais s'épanouit dans l'exigence de soi".
Ce type est un génie. Illico presto, j'étais sous la douche, et en moins de deux, la théière bruissait, j'avais un pied dans le pantalon, le top coincé aux épaules, le bandeau dans les cheveux pour masquer la coupe-j'en-ai-marre-de vivre. En fait, je tentais juste de synchroniser mes gestes, histoire de m'éviter une cascade dans le tapis, qui m'aurait définitivement retardée.
La tendance laisser-aller m'aurait guidée vers un petit déj gargantuesque. L'exigence de soi m'a orientée vers une option plus light. D'autant plus encourageante que le passage sur la balance m'avait indiqué le délestage de ces deux kilos super-superflus que j'avais ramenés des Caraïbes(merci le all inclusive...). Finalement, je crois savoir qui étaient les intrus de mon rêve...
Sur ces considérations débiles, et le réveil dans la douleur d'un loulou aussi zombie que moi, j'avais donc récupéré suffisamment d'énergie pour répéter, une fois de plus:
- que je n'étais pas folle
- que oui, je savais que la crise n'épargnait personne, et surtout pas la restauration
- et que ce milieu demande un temps de travail faramineux
- et que si tu veux, madame, je te fais des cannelés pour te convaincre.
Au lieu de cela, je suis tombée sur une personne très à l'écoute, qui n'a pas cherché à me piéger, simplement à vérifier un minimum la part d'incongruité dans tout cela.
Limite si je n'étais pas déçue de ne pas être attaquée.
Serais-je devenue tellement exigeante envers moi-même ? Ou ne se laisserait-elle pas aller, elle ? Envisageant très sérieusement d'aller prendre mes gouttes (et de retourner sous la couette finir mon rêve et chasser mes intrus), je suis plutôt partie pour un marathon, avec une liste de choses à faire ABSOLUMENT aujourd'hui. Je me connais trop: si je me laisse aller, c'est mort. Du coup, je décuple mon énergie pour accomplir des tâches aussi dingues qu'aller déposer des prévisionnels dans des boîtes à lettre, poster mes impôts, passer chez le cordonnier récupérer des bottines qui poireautent depuis trop longtemps, faire deux-trois courses pour le dîner du soir, prévoir quinze amuse-gueules alors que nous sommes trois et trier, enfin, des photos pour les développer.
Évidemment, j'ai oublié l'essentiel: aller voir un restaurant qu'une de mes "accompagnatrices" m'a suggéré de contacter, afin de tester mes compétences avé la toque sur la tronche.
Laquelle toque me permettrait certainement de masquer ces petits yeux que je traîne. C'est sûr, ce vendredi, je fonce.
J'ai déjà lu des choses qui m'ont révoltée sur les créatrices. On les prévient que "se lancer à son compte" engendre un investissement majeur, limite insurmontable pour la ménagère qu'il y a en chacune de nous. Si, je vous assure, ces conseillers insistent bien lourdement sur ce facteur, beaucoup plus qu'on ne le ferait pour des hommes qui, on le sait, se mettent TOUS les pieds sous la table en arrivant, harassés par leur dur labeur, le journal dans une main, le whisky dans l'autre...
Pourquoi j'ai l'impression d'être dans un épisode américain des années 50, là? Ah, oui, j'ai lu dernièrement qu'une femme qui envisageait de créer sa boîte, devait "parler avec sa famille de son entreprise". Au cas où un taliban se cacherait derrière le doux visage de votre tendre et cher.
Ne riez pas, pour en avoir été témoin, je sais que ça existe.
Cela dit, à 9h39, après une trop courte nuit (toujours ce jet lag. Quitte à être un zombie, j'aurais mieux fait de sortir), je ne me sentais pas d'humeur rebelle.
Non, j'étais épuisée, point. Je n'avais qu'une envie : profiter plus encore du moelleux de ma couette.
Et puis, j'ai repensé à cette phrase très juste que j'ai lue dans "L'homme qui voulait être heureux" (dont je vous parlais hier) :
"L'être humain se complaît dans le laisser-aller, mais s'épanouit dans l'exigence de soi".
Ce type est un génie. Illico presto, j'étais sous la douche, et en moins de deux, la théière bruissait, j'avais un pied dans le pantalon, le top coincé aux épaules, le bandeau dans les cheveux pour masquer la coupe-j'en-ai-marre-de vivre. En fait, je tentais juste de synchroniser mes gestes, histoire de m'éviter une cascade dans le tapis, qui m'aurait définitivement retardée.
La tendance laisser-aller m'aurait guidée vers un petit déj gargantuesque. L'exigence de soi m'a orientée vers une option plus light. D'autant plus encourageante que le passage sur la balance m'avait indiqué le délestage de ces deux kilos super-superflus que j'avais ramenés des Caraïbes(merci le all inclusive...). Finalement, je crois savoir qui étaient les intrus de mon rêve...
Sur ces considérations débiles, et le réveil dans la douleur d'un loulou aussi zombie que moi, j'avais donc récupéré suffisamment d'énergie pour répéter, une fois de plus:
- que je n'étais pas folle
- que oui, je savais que la crise n'épargnait personne, et surtout pas la restauration
- et que ce milieu demande un temps de travail faramineux
- et que si tu veux, madame, je te fais des cannelés pour te convaincre.
Au lieu de cela, je suis tombée sur une personne très à l'écoute, qui n'a pas cherché à me piéger, simplement à vérifier un minimum la part d'incongruité dans tout cela.
Limite si je n'étais pas déçue de ne pas être attaquée.
Serais-je devenue tellement exigeante envers moi-même ? Ou ne se laisserait-elle pas aller, elle ? Envisageant très sérieusement d'aller prendre mes gouttes (et de retourner sous la couette finir mon rêve et chasser mes intrus), je suis plutôt partie pour un marathon, avec une liste de choses à faire ABSOLUMENT aujourd'hui. Je me connais trop: si je me laisse aller, c'est mort. Du coup, je décuple mon énergie pour accomplir des tâches aussi dingues qu'aller déposer des prévisionnels dans des boîtes à lettre, poster mes impôts, passer chez le cordonnier récupérer des bottines qui poireautent depuis trop longtemps, faire deux-trois courses pour le dîner du soir, prévoir quinze amuse-gueules alors que nous sommes trois et trier, enfin, des photos pour les développer.
Évidemment, j'ai oublié l'essentiel: aller voir un restaurant qu'une de mes "accompagnatrices" m'a suggéré de contacter, afin de tester mes compétences avé la toque sur la tronche.
Laquelle toque me permettrait certainement de masquer ces petits yeux que je traîne. C'est sûr, ce vendredi, je fonce.
mardi 19 mai 2009
Post mal léché
J'ai hésité à poster aujourd'hui, mais bon, après tout, autant être honnête: ça ne va pas toujours comme on veut, inutile de le nier. Ma carapace s'avère parfois trop mince pour supporter certaines réflexions, mais quoi? Life goes on... Simplement, je me déteste lorsque je m'apitoie sur mon petit sort, parce qu'après tout, je ne suis pas censée me plaindre. Je cherche toujours à relativiser, mais que voulez-vous, quand la coupe est pleine...
Je vois ces atermoiements personnels comme une vraie faiblesse et lorsque je suis ainsi, j'ai envie de me terrer pour éviter le regard des autres, d'éteindre la lumière et d'attendre que ça passe. Dans le même temps, j'ai besoin de ces confrontations à l'extérieur, qui me boostent. Mais comment défendre mon bout de gras lorsque je suis à ce point à fleur de peau ? On nous incite tellement à être performant que la moindre sensibilité est perçue comme gênante. Pas facile d'aller négocier avec le volailler du coin, la larme à l'oeil...
Ce masque de la-fille-forte-qui-trace-sans-trop-d'états-d'âme, je le mets de façon inconsciente, souvent. Hier, à l'AFPA, le formateur m'a gentiment chambrée, en lançant, très sarcastique:
"oh, j'en ai vu des questionnaires nuls, mais alors celui-là, c'est le pompon !" Puis, après lecture de mon business plan: "pff, décidément, c'est nul!" Il plaisantait, évidemment, mais j'ai senti que ma carapace, soudain, se fissurait, que l'émotion prenait le pas et qu'il me fallait marquer le coup. "Vous savez, je n'ai aucune confiance en moi-même", lui ai-je assuré. Il m'a fixée, stupéfait. "Toi? Pas confiante? Quelle menteuse!" Il est reparti dans un grand rire. Moi aussi, j'ai souri. Mais...
Oui, l'ambiance était au beau fixe et pourtant, ça a jeté un froid dans mon esprit. Bien sûr que l'on se crée un personnage, dans le cadre professionnel. Mais le gouffre entre l'image que ce formateur a de moi et la réalité est abyssal. J'aimerais tellement ressembler à cette personne qu'il décrit! Cela me permettrait de me blinder et de laisser glisser toutes ces petites piques négatives que j'ai peux entendre. C'est la directrice de l'école qui lâche, ce matin : "oh, les mamans n'ont pas répondu à votre questionnaire, elles l'ont trouvé trop long." L'agent immobilier qui décrète que je ne trouverai rien à moins de 300.000 euros. Une amie qui me dit que le nom que j'ai choisi ne convient pas.
Aucune de ces personnes n'étaient mal intentionnées, bien sûr. En temps normal, j'aurais très bien pu les considérer comme des avis pertinents. Mais lorsque les nerfs sont à vif, tout devient tellement trouble et violent que mes épaules me semblent alors bien frêles pour garder le cap, la tête haute et l'esprit ouvert et inspiré.
Pour tout vous dire, je ne parviens même pas à trouver les mots, ce soir. J'ai la sensation d'un post mal léché... Mais tant pis, il reflète simplement mon état. Stop complain! Je vais tenter de rectifier le tir au plus vite car j'ai besoin d'énergie, et surtout pas de m'écouter pleurnicher. Life goes on, disais-je...
Je vois ces atermoiements personnels comme une vraie faiblesse et lorsque je suis ainsi, j'ai envie de me terrer pour éviter le regard des autres, d'éteindre la lumière et d'attendre que ça passe. Dans le même temps, j'ai besoin de ces confrontations à l'extérieur, qui me boostent. Mais comment défendre mon bout de gras lorsque je suis à ce point à fleur de peau ? On nous incite tellement à être performant que la moindre sensibilité est perçue comme gênante. Pas facile d'aller négocier avec le volailler du coin, la larme à l'oeil...
Ce masque de la-fille-forte-qui-trace-sans-trop-d'états-d'âme, je le mets de façon inconsciente, souvent. Hier, à l'AFPA, le formateur m'a gentiment chambrée, en lançant, très sarcastique:
"oh, j'en ai vu des questionnaires nuls, mais alors celui-là, c'est le pompon !" Puis, après lecture de mon business plan: "pff, décidément, c'est nul!" Il plaisantait, évidemment, mais j'ai senti que ma carapace, soudain, se fissurait, que l'émotion prenait le pas et qu'il me fallait marquer le coup. "Vous savez, je n'ai aucune confiance en moi-même", lui ai-je assuré. Il m'a fixée, stupéfait. "Toi? Pas confiante? Quelle menteuse!" Il est reparti dans un grand rire. Moi aussi, j'ai souri. Mais...
Oui, l'ambiance était au beau fixe et pourtant, ça a jeté un froid dans mon esprit. Bien sûr que l'on se crée un personnage, dans le cadre professionnel. Mais le gouffre entre l'image que ce formateur a de moi et la réalité est abyssal. J'aimerais tellement ressembler à cette personne qu'il décrit! Cela me permettrait de me blinder et de laisser glisser toutes ces petites piques négatives que j'ai peux entendre. C'est la directrice de l'école qui lâche, ce matin : "oh, les mamans n'ont pas répondu à votre questionnaire, elles l'ont trouvé trop long." L'agent immobilier qui décrète que je ne trouverai rien à moins de 300.000 euros. Une amie qui me dit que le nom que j'ai choisi ne convient pas.
Aucune de ces personnes n'étaient mal intentionnées, bien sûr. En temps normal, j'aurais très bien pu les considérer comme des avis pertinents. Mais lorsque les nerfs sont à vif, tout devient tellement trouble et violent que mes épaules me semblent alors bien frêles pour garder le cap, la tête haute et l'esprit ouvert et inspiré.
Pour tout vous dire, je ne parviens même pas à trouver les mots, ce soir. J'ai la sensation d'un post mal léché... Mais tant pis, il reflète simplement mon état. Stop complain! Je vais tenter de rectifier le tir au plus vite car j'ai besoin d'énergie, et surtout pas de m'écouter pleurnicher. Life goes on, disais-je...
vendredi 8 mai 2009
Indépendant(e), si je veux!
Ce matin, en allant courir, j'ai croisé un (charmant) jeune homme avec un beau bouquet. Puis un couple qui partait visiblement déjeuner en famille. J'étais donc là, suante, les joues rouges, en tenue ô combien glamour, pendant qu'eux, solennels, tirés à quatre épingles, s'en allaient accomplir les rites. C'est un peu le lot des jours fériés ou des dimanches, pour les solitaires. Nous sommes en décalage avec "le monde réel", celui qui respecte les traditions. De quoi coller le blues, parfois. Mais aujourd'hui, plutôt que de m'attrister sur ma solitude, j'ai juste savouré mon indépendance. La différence?
La solitude, c'est :
- Vivre seul, se réveiller seul, manger seul, avec pour seul compagnon un silence angoissant;
- Vivre à deux, se réveiller à deux, manger à deux, mais ne pas concevoir la vie de la même façon;
- Sortir une vanne et ne susciter au mieux qu'un regard pathétique;
- Ne jamais partager ses expériences, qu'elles soient positives ou négatives;
- Se lever le matin en pensant que la seule personne à qui l'on peut éventuellement causer, c'est le facteur qui vient déposer un recommandé;
- L'envie de hurler en sachant pertinemment que l'impact sera nul (ou au pire, un billet direct pour l'asile le plus proche);
- Regarder le téléphone. Vérifier le branchement. S'appeler avec le portable. Constater que la sonnerie est tellement stridente qu'il est impossible de ne pas l'entendre. Et que, donc, personne n'appelle, sauf l'institut SOFRES ou les cuisines VOGICA. Pour savoir combien notre ménage dépense dans ses loisirs ou sa maison. C'te blague.
- Ecouter son répondeur. Trouver la voix tarte, surtout quand elle annonce qu'il n'y a aucun message.
- Compter ses amis par dizaines, centaines, sur Facebook. Et n'avoir personne avec qui aller à un concert ou se faire une toile;
- Envisager que les plaisirs de la vie ne valent pas que partagés. Relire la critique de Télérama pour débriefer le film à la sortie du ciné.
- N'avoir envie de ne rien décider...
- ... Mais ne compter que sur soi pour tout ;
- Finir par parler tout seul.
L'indépendance, c'est tout ça. Mais avec le sourire et l'envie d'assumer ses propres choix. La frontière est ténue, certes. Mais je crois au verre à moitié plein.
La solitude, c'est :
- Vivre seul, se réveiller seul, manger seul, avec pour seul compagnon un silence angoissant;
- Vivre à deux, se réveiller à deux, manger à deux, mais ne pas concevoir la vie de la même façon;
- Sortir une vanne et ne susciter au mieux qu'un regard pathétique;
- Ne jamais partager ses expériences, qu'elles soient positives ou négatives;
- Se lever le matin en pensant que la seule personne à qui l'on peut éventuellement causer, c'est le facteur qui vient déposer un recommandé;
- L'envie de hurler en sachant pertinemment que l'impact sera nul (ou au pire, un billet direct pour l'asile le plus proche);
- Regarder le téléphone. Vérifier le branchement. S'appeler avec le portable. Constater que la sonnerie est tellement stridente qu'il est impossible de ne pas l'entendre. Et que, donc, personne n'appelle, sauf l'institut SOFRES ou les cuisines VOGICA. Pour savoir combien notre ménage dépense dans ses loisirs ou sa maison. C'te blague.
- Ecouter son répondeur. Trouver la voix tarte, surtout quand elle annonce qu'il n'y a aucun message.
- Compter ses amis par dizaines, centaines, sur Facebook. Et n'avoir personne avec qui aller à un concert ou se faire une toile;
- Envisager que les plaisirs de la vie ne valent pas que partagés. Relire la critique de Télérama pour débriefer le film à la sortie du ciné.
- N'avoir envie de ne rien décider...
- ... Mais ne compter que sur soi pour tout ;
- Finir par parler tout seul.
L'indépendance, c'est tout ça. Mais avec le sourire et l'envie d'assumer ses propres choix. La frontière est ténue, certes. Mais je crois au verre à moitié plein.
jeudi 7 mai 2009
Dans quel état j'erre
En ce moment, c'est un peu le Bronx dans ma tête. Hier soir, je n'avais envie de rien d'autre que de m'affaler sur mon canapé douillet et de regarder un truc débile à la télé. Résultat- heureusement plus productif- j'ai travaillé. Mis au point mon questionnaire pour sonder les clients potentiels et cerner leurs demandes. Avant de le sortir en cent exemplaires, avec atelier- bourrage-de papier-suscitant- l'envie-de-donner-un-grand-coup-dans-l'imprimante... Ceci précédant la passionnante épreuve de l'agraphage, engendrant, elle, un p'tit verre d'Efferalgan. Tout ça pour dire que j'étais dans une bonne dynamique, me lançant ensuite dans un début de calcul prévisionnel. 1h23 du matin, il était temps d'envisager de dormir.
Sauf que je me connais. Mieux vaut que je continue lorsque je suis partie sur ma lancée. Car, en revanche, quand la machine est grippée, aïe, aïe, aïe, je suis bonne à jeter. Ainsi donc, ce matin, après un rendez-vous calamiteux qui m'a laissé l'âme en peine, les yeux rougis (pas d'histoire romantique, non) et l'esprit à l'Ouest, je n'avais pas, mais alors pas du tout le coeur à bosser. Juste envie de pédaler, tranquillement, et me rendre d'un point A à un point B sans calcul aucun.
Comment, dans ces conditions, ai-je atterri juste au pied de la propriétaire du restaurant que j'étais censée reprendre ? Ah, parce que c'est en plein centre-ville, peut-être. Sauf que j'avais tendance à éviter la rue, ces derniers temps, ne sachant comment réagir et me comporter depuis son refus cinglant. Toujours est-il que je me suis décidée à passer - et m'arrêter. Bien m'en a pris puisque son accueil s'est avéré très cordial, de quoi me rassurer sur la nature humaine. A priori, pas de changement dans sa décision, mais au moins a-t-on pu converser comme deux adultes, sans rancoeur ni agressivité, mais au contraire avec beaucoup d'allant.
Et c'est ainsi que pour la première fois de la journée, j'ai eu le coeur à l'ouvrage et l'envie, réelle, de sourire, en pensant simplement qu'il suffit parfois de s'accrocher à un petit rien, si infime soit-il, pour laisser entrevoir un peu d'espoir.
Sauf que je me connais. Mieux vaut que je continue lorsque je suis partie sur ma lancée. Car, en revanche, quand la machine est grippée, aïe, aïe, aïe, je suis bonne à jeter. Ainsi donc, ce matin, après un rendez-vous calamiteux qui m'a laissé l'âme en peine, les yeux rougis (pas d'histoire romantique, non) et l'esprit à l'Ouest, je n'avais pas, mais alors pas du tout le coeur à bosser. Juste envie de pédaler, tranquillement, et me rendre d'un point A à un point B sans calcul aucun.
Comment, dans ces conditions, ai-je atterri juste au pied de la propriétaire du restaurant que j'étais censée reprendre ? Ah, parce que c'est en plein centre-ville, peut-être. Sauf que j'avais tendance à éviter la rue, ces derniers temps, ne sachant comment réagir et me comporter depuis son refus cinglant. Toujours est-il que je me suis décidée à passer - et m'arrêter. Bien m'en a pris puisque son accueil s'est avéré très cordial, de quoi me rassurer sur la nature humaine. A priori, pas de changement dans sa décision, mais au moins a-t-on pu converser comme deux adultes, sans rancoeur ni agressivité, mais au contraire avec beaucoup d'allant.
Et c'est ainsi que pour la première fois de la journée, j'ai eu le coeur à l'ouvrage et l'envie, réelle, de sourire, en pensant simplement qu'il suffit parfois de s'accrocher à un petit rien, si infime soit-il, pour laisser entrevoir un peu d'espoir.
vendredi 24 avril 2009
Non, je ne suis pas trop gourmande
Depuis deux jours, j'admets volontiers que c'est un peu les montagnes russes dans ma petite tête. Et je suis touchée par le soutien que j'ai pu recevoir, entre ceux qui m'ont rappelée à quel point tout ça aurait été presque trop facile (merci, cousin, pour ton assiduité!) et les autres, parfois les mêmes, qui me conseillent simplement d'attendre que mon interlocutrice revienne à la raison.
Car non, je ne me suis pas montrée trop gourmande et je n'ai pas cherché à brader son lieu. Ce que j'ignorais, c'est qu'il y a des règles comptables immuables lorsque l'on évoque la reprise d'établissements commerciaux et que nous ne pouvons y couper, sous prétexte que j'aime l'endroit et que je m'y voyais déjà. Voilà, c'est la fameuse confrontation entre business et affect que je viens de recevoir en pleine face. On ne paye pas le double juste pour le plaisir de s'installer.
Je n'ai pas encore fait une croix sur cette opportunité car je continue de croire qu'elle était idoine pour se lancer. Mais je dois avancer et j'ai donc remis le nez dans mes projets initiaux. Il ne s'agit plus seulement de convaincre du bien-fondé de mon entreprise, mais aussi de chercher combien une telle création va coûter, ce que cela va engendrer financièrement et personnellement, avant de prospecter vers un nouveau lieu. Qui serait le mien, cette fois.
Dans le même temps, j'ai toujours, dans mon salon, ce carton de recettes qui m'attend sagement, prêt à être désossé, me rappellant le but ultime de cette aventure : satisfaire ma gourmandise naturelle, pour la cuisine et pour la nature humaine. Malgré tout.
Car non, je ne me suis pas montrée trop gourmande et je n'ai pas cherché à brader son lieu. Ce que j'ignorais, c'est qu'il y a des règles comptables immuables lorsque l'on évoque la reprise d'établissements commerciaux et que nous ne pouvons y couper, sous prétexte que j'aime l'endroit et que je m'y voyais déjà. Voilà, c'est la fameuse confrontation entre business et affect que je viens de recevoir en pleine face. On ne paye pas le double juste pour le plaisir de s'installer.
Je n'ai pas encore fait une croix sur cette opportunité car je continue de croire qu'elle était idoine pour se lancer. Mais je dois avancer et j'ai donc remis le nez dans mes projets initiaux. Il ne s'agit plus seulement de convaincre du bien-fondé de mon entreprise, mais aussi de chercher combien une telle création va coûter, ce que cela va engendrer financièrement et personnellement, avant de prospecter vers un nouveau lieu. Qui serait le mien, cette fois.
Dans le même temps, j'ai toujours, dans mon salon, ce carton de recettes qui m'attend sagement, prêt à être désossé, me rappellant le but ultime de cette aventure : satisfaire ma gourmandise naturelle, pour la cuisine et pour la nature humaine. Malgré tout.
mercredi 22 avril 2009
Vogue, vogue la galère...
J'étais bien décidée à partager mon enthousiasme en ce début de semaine, sauf que mon ordi en a décidé autrement. En attendant de le récupérer, je me suis attelée à diverses tâches, entre lectures d'ouvrages comptables - où l'impression de pénétrer dans un monde désespérément hermétique à mon p'tit cerveau s'est fait de plus en plus prégnante au fil des pages - et rendez-vous avec de précieux conseillers.
Oui, j'avais l'impression d'avancer, même si je voyais les heures s'écouler sans l'ordi, sans connexion et donc sans pouvoir faire mes devoirs pour l'AFPA. Ils comprendraient, pensais-je, d'autant que j'ai senti que l'échéance - reprendre un lieu déjà existant - prévue en août, pouvait même peut-être se rapprocher davantage.
Et ce soir, c'est un peu la dégringolade.
"Non'". La personne avec qui je pensais trouver un accord a dit "non". Un non franc, massif, cinglant. Est-ce sa propre déception? Est-ce juste de l'impulsion? Nous ne trouvons pas de terrain d'entente sur l'aspect financier mais je n'ai même pas l'occasion de défendre mon bout de gras. C'est non.
Nous avions envisagé que je reprenne son restaurant-salon de thé, dont elle conserverait le droit au bail, ce qui lui permettait de le garder sous la main et moi de disposer d'un lieu que j'aime et dont j'aurais pu disposer à ma guise. Je m'y voyais déjà, forcément. Là, il y aurait une étagère pour y poser de grands bocaux, ici, des suspensions, par là une console... Tout était calé dans mon esprit, j'avais même en tête le camaieu des chaises et l'endroit où j'allais disposer les cadres. Pour tout dire, j'ai passé quelques heures chez IKEA la semaine passée à repérer les Foto, Ronnskar, Kroken et autres Ribba... Pouf, la bulle a éclaté et je tombe de haut.
L'opportunité était-elle trop belle? Me suis-je montrée trop présomptueuse? Dois-je passer davantage d'embûches pour parvenir à mon dessein? Je ne me décourage pas, non. Mais si ce "non" reste sans appel, comme c'était le cas ce soir, il va falloir que je prenne mon mal en patience pour ouvrir un lieu qui serait véritablement le mien, cette fois. Le parcours du combattant commence.
Oui, j'avais l'impression d'avancer, même si je voyais les heures s'écouler sans l'ordi, sans connexion et donc sans pouvoir faire mes devoirs pour l'AFPA. Ils comprendraient, pensais-je, d'autant que j'ai senti que l'échéance - reprendre un lieu déjà existant - prévue en août, pouvait même peut-être se rapprocher davantage.
Et ce soir, c'est un peu la dégringolade.
"Non'". La personne avec qui je pensais trouver un accord a dit "non". Un non franc, massif, cinglant. Est-ce sa propre déception? Est-ce juste de l'impulsion? Nous ne trouvons pas de terrain d'entente sur l'aspect financier mais je n'ai même pas l'occasion de défendre mon bout de gras. C'est non.
Nous avions envisagé que je reprenne son restaurant-salon de thé, dont elle conserverait le droit au bail, ce qui lui permettait de le garder sous la main et moi de disposer d'un lieu que j'aime et dont j'aurais pu disposer à ma guise. Je m'y voyais déjà, forcément. Là, il y aurait une étagère pour y poser de grands bocaux, ici, des suspensions, par là une console... Tout était calé dans mon esprit, j'avais même en tête le camaieu des chaises et l'endroit où j'allais disposer les cadres. Pour tout dire, j'ai passé quelques heures chez IKEA la semaine passée à repérer les Foto, Ronnskar, Kroken et autres Ribba... Pouf, la bulle a éclaté et je tombe de haut.
L'opportunité était-elle trop belle? Me suis-je montrée trop présomptueuse? Dois-je passer davantage d'embûches pour parvenir à mon dessein? Je ne me décourage pas, non. Mais si ce "non" reste sans appel, comme c'était le cas ce soir, il va falloir que je prenne mon mal en patience pour ouvrir un lieu qui serait véritablement le mien, cette fois. Le parcours du combattant commence.
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