lundi 2 novembre 2020

Créer ou crever

 Vous allez me prendre pour une folle - en même temps, que celui qui n'a pas pété un câble au moins une fois en 2020 m'asperge de gel hydroalcoolique - mais je sentirais presque une forme de nostalgie. Au Printemps, c'était inédit, un peu effrayant, certes, mais une forme de frisson nous traversait l'échine à chaque fois que l'on osait mettre le nez dehors. Ces grandes allées désertes, ce ciel bleu, le chant des oiseaux, le silence, tout ça était incroyablement beau et poignant.

Oh, évidemment, la situation était difficile et je me souviens des visages marqués, à l'hôpital. Je n'oublie pas non plus mes propres inquiétudes, relatives à mon entreprise, ni la fatigue que le covid m'avait léguée, très généreusement.

Mais il y avait de l'humanité. De la bienveillance, de la solidarité, un élan de générosité qui rassurait. Notre monde se transformerait peut-être, après ça. Il allait y avoir des prises de conscience, une envie de ralentir la cadence, d'écouter davantage la nature. Ca n'allait pas être tout rose, non, mais on espérait un après-covid. Un monde où chacun écouterait l'autre, le prendrait en considération, le laisserait exister.

Excusez-moi, j'avais dû bouffer un bisounours, quand j'ai pensé ça. Je n'étais pas seule, on mâchait tous de l'utopie en barre, on était nombreux à imaginer la béatitude persister au delà de la pandémie.

Parce que clairement, là, la bienveillance, la générosité, la solidarité, l'entraide, toussa toussa, pffff... Tout ça a été rangé dans un placard dont on a jeté la clé. Et vas-y que je râle après tout, que je me révolte sans bouger le petit orteil. Que j'incendie l'Etat pour son inconséquence à propos des masques mais que je mette le feu-Graal bleu en tissu sous le nez "parce que c'est trop dur de respirer avec". Ben oui. Le masque, ça pue la couche pour bébé, ça t'oblige à ouvrir la bouche plus que de raison, comme un chien qui chercherait de l'air après une course à l'os. C'est chiant, clairement. Et?

Perso, si ça doit permettre de nous protéger, je prends mon mal en patience. Bon, visiblement, ça ne nous a pas suffi et à l'heure de la deuxième vague, tellement redoutée et aussi bien préparée (le sarcasme, tu sors), le masque a au moins le mérite de cacher les lèvres serrées, les visages crispés - et les boutons qu'il engendre, au passage. Il agit aussi comme une arme de défense. Avec, la peur se dissipe. Et puis, honnêtement, le masque, c'est vachement pratique contre les postillons.

Mais c'est vrai, je ne suis pas fâchée de rester chez moi, parfois, pour faire comme si de rien n'était. Le bonheur suprême, ça reste de se parer de sa plus belle tenue. Je me suis payé ce luxe, ce matin, en enfilant mon armure. Comprenez que c'était la fête du pilou. Oh, je vous vois venir, vous allez me prévenir des méfaits du jogging sur la décence en général, et les capitons en particulier. Mais loin de me laisser aller, j'avais au contraire réfléchi à ma stratégie - tu crées ou tu crèves. Comme j'ai moyen envie de crever, rapport qu'entre deux confinements, j'aimerais bien revoir mes proches et revivre cette incroyable sensation que la liberté nous apporte, j'ai créé. Autant le faire à l'aise, non?

J'avoue, c'est plus constructif que d'enfourcher Arthur et moins déprimant que de passer sa journée à se lamenter sous son plaid. Et surtout, ça permet d'oublier les incohérences actuelles. Sortez dans la rue, rentrez dans un supermarché ou même, traversez une rue piétonne, vous vous ferez la même réflexion: il est où, le bon gros effort de confinement? Tout le monde vaque à ses occupations, lui le boulot, elle l'école, cet autre qui fait ses courses, et elle son footing. Chacun aura sa justification, son excuse. Pourtant, chaque fois que je remplis mon attestation - quatre fois par jour a minima, boulot oblige - je me souviens avec une nostalgie tout à fait légitime, cette fois, du temps où on sortait le nez à l'air sans se poser de questions.

Pour l'instant, je n'ai même pas tenté le tour de pâté de maison - trop occupée, un comble - mais sincèrement, combien de temps on va pouvoir supporter ça sans péter un câble?

Finalement, ça a du bon, l'expérience, même si ça génère toujours des comparaisons avec un temps que l'on regrette, parce qu'il est passé, évidemment, parce qu'on l'a idéalisé, sans doute. Aujourd'hui, on a un peu l'expérience d'un confinement, de cette privation de liberté qui nous semblait - globalement, à quelques exceptions près - difficile mais parfaitement pragmatique au printemps, qui l'est peut-être encore aujourd'hui mais qui, chaque jour, grignote notre équilibre intérieur.

Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. S'il faut concéder un effort collectif, je ferais le parfait petit soldat. Mais expliquez-moi juste pourquoi on ne peut pas se balader à plus d'un kilomètre de chez soi (j'ai regardé le rayon. C'est ce qui, je crois, m'a découragée, tant les perspectives sont maigres) tandis qu'il est parfaitement possible de s'attrouper dans un bus, une cour de lycée ou dans les rayons de supermarché. Ce que j'écris est digne du café du commerce - RIP les cafés. RIP les commerces aussi, d'ailleurs, soit dit en passant - j'en ai parfaitement conscience mais j'ai l'impression d'avoir loupé un épisode. Et je ne cesse de me poser la question: à qui profite le crime?

Sincèrement, la situation est plus opaque que les collants que j'ai lâchement achetés ce soir, à l'arrache, je l'avoue. Avec une mauvaise conscience certaine, mais la satisfaction d'avoir autre chose que du tissu filé sur les jambes.

On sait jamais, peut-être viendra le jour où on pourra enfiler une robe et sortir pour de vrai. On peut rêver, non?

jeudi 29 octobre 2020

C'est reparti pour un tour (5 conseils pour survivre)

 Eh bien voilà, nous y sommes. Le confinement, deuxième épisode, est imminent, officiellement lancé à minuit ce soir. Forcément, on a un mini-vécu dont nous étions dépourvus, en mars dernier, et de quoi nous donner envie d'en profiter un maximum avec le couperet.

Pourtant, soyons raisonnables: on n'a pas vraiment le temps d'aller piquer une tête, manger une glace et lézarder au soleil, winter is coming et on fait moins les malins. Dès les premières fuites, bien orchestrées, de l'Elysée, j'ai pensé à ma façon de mieux vivre ce confinement. Voilà mes cinq petits conseils.

1- Sourire

Euh, hein, quoi? Je suis la première à me lamenter, j'ai le trouillomètre à fond pour le sort de ma petite entreprise et pourtant, j'insiste: sourions. Ce truc que nous vivons est tel que l'on peut au moins s'offrir ce petit luxe, sorte de pied-de-nez à la morosité ambiante - tellement logique. Et puis vu que l'on va rester plus que de raison chez nous, on pourra retirer notre masque et faire profiter à notre chat de notre plus joli rictus, pardon, sourire.

2 - Manger 

Euh, hein, quoi? J'ai pris 5kg dans les trois premières semaines de confinement, que  j'ai eu toutes les peines du monde à perdre, et je vous dis de manger? Oui. Mais bien manger. Faites-vous plaisir, mais rappelez-vous qu'un kilo pris en deux secondes = deux mois pour le dégager de là. Je viens d'en faire la cruelle expérience. Au moment où je me déleste péniblement du dernier, voilà que l'on nous reconfine. Les bons petits plats chauds de réconfort, oui, mais de loin.

3- Sortir

Euh, hein, quoi? Le principe du confinement n'est-il pas de rester justement chez soi et de ne pas sortir? Oui, bien sûr. N'empêche que la respiration d'une heure dont je me suis privé au printemps dernier, sous prétexte qu'on me dit de ne pas sortir, eh bien, cette fois, je vais la prendre, histoire d'éviter un nouveau carnage mental à la maison et dans ma tête. Oh, j'irai pas bien loin, évidemment. Mais un poil hors de mes murs, pour se souvenir de la réalité de la nature - et pour quitter mon jogging informe quelques minutes.

4 - Travailler

Euh, hein, quoi? Oui, c'est pas comme si je travaillais dans l'événementiel et que tout avait été annulé. Je vais bosser, autrement, forcément, mais je garde la boutique ouverte et l'espoir que les gens y entrent. Je crois que j'avais peur, en mars dernier, de choper le virus partout. On a appris à vivre avec, me semble-t-il, et puis, de toute façon, de nouveaux mois à zéro de chiffre d'affaires signeraient la fin de ma petite entreprise.

5 - Dormir

Euh, hein, quoi? Les nuits ne te suffisent plus? Disons que si les nuits ne sont plus entrecoupées d'immenses plages de solitude interne, ce sera parfait et peut-être suffisant, effectivement, pour restaurer corps et esprit. Mais là, j'ai un petit déficit de bon gros sommeil qu'il me tarde de combler.

Vous le voyez, rien de bien exceptionnel, je ne prends pas des résolutions de malade. J'essaie juste de rester pragmatique, de vivre, certes sans beaucoup de projet, mais de vivre, en attendant... En attendant quoi? Qui a cru que ça allait redevenir normal? Plus personne n'est surpris de voir des armadas de masqués dans les rues ou de se coller à chaque magasin du gel qui colle dans les mains. On s'habitue (presque) à tout. On n'est jamais content mais n'empêche, parfois, on a juste envie de retrouver nos vies d'avant. Celles où on n'avait pas besoin d'attestations pour sortir, celles où on pouvait se faire des hugs de fou juste parce qu'on en avait l'envie. Celles où on pouvait juste prendre la voiture et filer, droit devant, avec le sentiment incroyable de la liberté retrouvée.

Allez, haut les coeurs, c'est reparti pour un tour et la bonne nouvelle, c'est qu'il y aura toujours matière à rire.

Si, si.


dimanche 10 mai 2020

55 jours

Hier matin, je me suis réveillée avec le pouce droit rouge et douloureux. Vous me direz, c'est pas comme si j'étais droitière, si je reprenais le boulot la semaine prochaine, et que j'avais un travail manuel.

Le truc, c'est que si, justement. Donc, le panaris, t'es gentil, mais tu dégages.

Comme j'avais un peu peur, en vrai, je lui ai parlé gentiment. Je l'ai trempé dans son petit verre de dakin et puis je suis partie à la pharmacie. Ni une ni deux (enfin, façon de parler, hein : si l'on passe la désormais traditionnelle file d'attente dans un silence terrifiant et la progression lente jusqu'au comptoir), j'ai eu le traitement nécessaire. J'étais déjà prête à dégainer ma sans-contact quand le monsieur m'a expliqué l'origine des panaris et m'a demandé: "Vous prenez des vitamines? Faites une cure de Berocca parce que vous devez être fatiguée".

Fatiguée. Comment dire. Voilà deux mois que je ne travaille plus, que mon corps ramolli l'a bien senti, que je dors (mal, certes) et récupère un déficit de sommeil important à coups de levers tardifs, que je prends le temps de ranger toutes mes affaires, à un rythme qu'un escargot ne renierait pas... et je serais fatiguée?

Sur le moment, j'ai trouvé ça cocasse. Mais finalement, j'ai l'impression d'avoir travaillé plus que prévu durant cette drôle de période. Moi qui rêvais de vrai chilling depuis longtemps, à coups de séquence canapé-plaid-séries-cerveau à zéro activité, j'ai l'impression de ne pas en avoir eu le temps! N'est-ce pas un comble d'avoir vu défiler aussi vite ces jours censés être vidés de toute substance?

Au contraire, le confinement m'aura paru d'une grande richesse. Bon, riche dans les assiettes, si j'en crois le gras qui s'est collé sur mon auguste personne... Mais riche humainement parlant, aussi.

J'ai en mémoire tous ces regards souriants (si, si, un regard peut sourire) (quelques mois tous masqués et on en sera tous convaincu), ces moments d'émotion dans un hall vide de CHU, ces larmes coulant toutes seules à la vue de gestes solidaires forts. Ces dons, de part et d'autre, dons de matériel, dons de temps, dons de soi. Je me souviens déjà, comme si c'était loin et proche à la fois, de ces dimanches passés à pâtisser pour les autres, de ces journées pleines où l'on doit prendre son cahier pour noter les priorités et être sûre de ne rien oublier. Ces conversations à rallonge avec les gens que l'on aime, mais aussi avec des interlocuteurs habituellement moins diserts, tantôt le monsieur de l'assurance, tantôt la dame de la banque ou de la compta, que l'on sent au bout du fil fragilisés, eux aussi. Je pense aussi à tous ces moments passés devant des conférences d'inconnus, tantôt passionnants, tantôt soporifiques, mais avec cette même envie de partager, de transmettre et de se tenir les coudes (enfin, de loin, hein, pas touche, les gens).

55 jours de vie entre parenthèses. Ou presque.

Que nous restera-t-il de cette période, dans un an, dans cinq ans, à la fin de notre vie? Qu'avons-nous appris? Que nous étions mortels? Nous le savions déjà. Pourtant, nous continuons à faire les mêmes conneries.

Les images fortes de ces rues vides, de la gravité ambiante, le chant si puissant des oiseaux, tout ça va sans doute se dissiper, au fur et à mesure. J'aimerais en dire autant de la bouée qui s'est incrustée autour de ma taille, d'autant qu'elle ne me servira pas cet été - j'irai pas nager.

La quête du Graal
Je crois, au fond, qu'il est trop tôt pour refermer cette sorte de parenthèse dans nos vies. Nous aimerions tous, j'imagine, repartir, peut-être pas comme avant - merci l'éveil des consciences - mais vivre de nouveau notre liberté d'aller et venir (sans attestation!), de travailler d'exister, tout simplement en étant plus humains, plus sensibles, plus ouverts. Sans doute à l'instar des personnes qui reviennent d'un voyage initiatique et dont la vision du monde aurait été transformée.

 La différence, c'est que si ces personnes posent un nouveau regard sur le monde qu'elles connaissent, pour nous, ce monde - que nous connaissons pourtant tellement, croyons-nous - devient un peu inconnu. Qui saurait dire ce qui va se passer ensuite?

Ah si, y'a une chose dont on peut être quasi-sûr: les bouquins relatant le confinement vont pulluler. Les films, aussi, les chansons, tous les champs d'expression artistique étrangement bâillonnés par le covid et qui pourront de nouveau embellir (ou pas) nos vies. Je serai ravie de retrouver les amis, mais j'avoue le manque de ces à-côtés, les restaus, les sorties au ciné, ce qui me fait dire, une fois encore, que la parenthèse n'est pas totalement refermée. Et qui plus est avec cette limitation de nos déplacements, qui bride pas mal nos envies d'évasion.

Finalement, c'est drôle. J'ai envie de profiter de nouveau de ces plaisirs et en même temps, je me demande si cette effervescence revenue sera signe de joie. En attendant, je vais profiter de cette étrange accalmie pour enfourcher Arthur plus que de raison, histoire d'être au taquet quand nous pourrons simplement piquer une tête dans l'océan.

Piquer une tête dans l'océan? Oui, je sais, j'ai des rêves un peu fous.

mercredi 6 mai 2020

Balance ton monde

La journée a bien commencé: mon chat s'est approché à quelques millimètres de moi, alors que j'étais encore au lit et... m'a éternué au visage.

Le bonheur.

Rien à dire, ça présageait une bonne journée. J'ai eu du mal à me rendormir, alors, je me suis massé le ventre. Un poil plus plat qu'il y a peu. De quoi me rassurer, après les craintes ces dernières semaines. Oui, avant l'arrivée d'Arthur, mon fidèle allié, mon destrier, j'avais senti comme un corps extérieur s'immiscer sur mes hanches. Comme une bouée, vous voyez le genre.


L'un des pièges du confinement. On ne voit pas grand-chose? C'est pour éviter une tentation trop forte.

J'ai sérieusement pris peur. Parce que, la culotte de cheval, ça va, ça fait longtemps qu'elle est intégrée, mais euh, ce truc qui pousse, tout mou, tout moche, on est obligé?

Arthur m'aura donc permis de retrouver un semblant de dignité, de relever la tête, d'imaginer le futur, tonique, dynamique, ... hygiénique... Hygiéniste ?

Et là, ton moral retombe un peu.

Mais quel est donc ce monde auquel on se prépare, là? La semaine prochaine, retour au travail tel un laborantin de Wuhan, tout équipé pour rien choper et bosser. Mais pas comme si de rien n'était, clairement. Tout devient atrocement calculé. On va devoir anticiper nos moindres gestes et dépenser le PIB de la Suisse pour s'équiper, tant en masques, qu'en gel, qu'en charlottes, qu'en... emballages, ce truc dont je m'évertue à me débarrasser depuis le début de mon activité, et qui revient en force. Minimiser les risques de contamination, c'est ranger chaque plat préparé, chaque gâteau dans son emballage individuel. Le truc qui vaut un bras et qui, accessoirement, se jette. Et le zéro déchet, les gars? Tous nos efforts? On en fait quoi?

Bon, j'ai trouvé des alternatives, des contenants en bagasse eux-mêmes issus du recyclage, donc pas fabriqués exprès pour un usage unique. Ma conscience s'en porte-t-elle mieux? Peut-être. Mais c'est tout un monde qu'il faut revoir, avec cette impression désagréable de rétro-pédalage. Moi la relou de base qui prêtait ma vaisselle pour que les clients puissent l'utiliser et la ramener - propre, hein - me voilà à balancer du carton - recyclé, certes- à tout va, dans des sacs en kraft individuels, toujours, et tout ça pour quoi? Ben, pour pérenniser ma propre boîte.

C'est plutôt justifié, on dira. Pas le choix que de se réinventer, d'imaginer un nouveau modèle.

A la réflexion, ce confinement aura justement permis à mon imagination, trop souvent tarie par la fatigue, de s'exprimer de nouveau. Rien ne sera comme avant et nous devons tous rebondir. On nous demande d'inventer, créer, imaginer, explorer. Je me sens comme une enfant à qui on donnerait soudainement le champ libre, qui en serait à la fois très excitée et terrorisée.

Que faire de de cette nouvelle liberté? N'est-elle pas contradictoire avec toutes les contraintes visibles et certaines?

A nous d'inventer de nouvelles stratégies. Il y en a une, en tout cas, que j'ai développée depuis le début de ce confinement : chaque fois que je vais dans ma salle de bains, je ne m'approche pas de la balance. Parce que j'ai peur du verdict implacable? Qu'elle m'annonce quelques kilos pris? Meuh non, pensez donc, rien à voir...

Simplement, elle peut retenir sur elle des traces du coco, donc je la considère comme potentielle porteuse du virus. Il serait tout simplement dangereux et même irresponsable de monter dessus.

Y'a pas à dire : La mauvaise foi, c'est beau quand c'est bien fait.

lundi 4 mai 2020

Le cocon qui n'en était pas

Bon, comment ça, les gens? Toujours dans votre grotte? Parce que moi, oui, plus que jamais. Il faut dire que j'ai eu un bon garde-fou. Ceci:

Joli, non? Mais dangereux, surtout juste au-dessus de ta tête...


Oui, cette oeuvre d'art, que j'ai découverte par hasard, était un nid primaire abritant quelques larves. Le gros frelon que j'entendais à chacune de mes sorties exaltées à la poubelle s'est avéré asiatique. Une reine-mère qui n'avait rien trouvé de mieux que de s'installer sous le porche de ma porte d'entrée.

Nickel. Deux ou trois jours de plus et j'aurais dû escalader le grillage du jardin, derrière, juste pour sortir de chez moi.

En aurais-je été capable? Il est arrivé un moment, dans ce confinement, où je me suis sentie tellement bouffie et rouillée que l'idée même de soulever mes fesses de deux centimètres me fatiguait. Heureusement, j'ai rencontré Arthur.

Oui, Arthur, résistant, solide, fiable. Un bon compagnon, certes un rien volumineux mais au moins sait-il se rendre indispensable.

Arthur, celui qui m'a empêché de craquer. Qui a permis à mes nerfs de se relâcher.

Arthur, qui se fout bien de mon poids, qui l'accepte et m'encourage silencieusement.

Arthur...

J'suis sympa, j'ai laissé Germain, comme ça, ils peuvent se faire la causette tous les deux.


Voilà, un jour, j'ai craqué et à l'occasion d'une sortie professionnelle, j'ai poursuivi ma route quelques minutes pour Arthur, que l'on peut considérer comme un achat de première nécessité. Les gens qui me l'ont vendu étaient soulagés, ils avaient croulé sous les appels depuis la mise en ligne de leur annonce. A croire que l'on en est tous au même point...

Au même point? Je ne sais pas trop, je l'avoue. Tandis que je vois certaines personnes marcher normalement dans la rue ou enfourcher leur vélo "comme avant", moi, je crains les autres, plus que jamais. C'est fou, je n'aurais jamais cru ça de ma part. Je vous le disais, je ne quitte presque plus ma grotte, alors même que l'on entrevoit le bout du tunnel (provisoire? Ne l'espérons pas) et à chaque fois que j'essaie de me raisonner, un micro-événement me conforte dans l'idée que seule la maison - et Arthur - demeure secure.

Ce matin, j'ai voulu braver mes nouveaux blocages en allant chercher des légumes au magasin bio près de chez moi. De grandes allées, un dispositif mis en place réglo... Oui, mais c'est sans compter sur l'humain, cet être qui décidément ne saura se discipliner qu'à une condition que j'ignore moi-même. J'ai renoncé au paquet d'emmenthal (à 8 euros le paquet, mon compte en banque déjà vidé me dit merci, vous me direz) parce qu'au moment où j'allais le prendre dans son rayon désinfecté, une femme s'est approchée un peu trop près à mon goût. Hop, un pas de côté, on oublie le fromage (en plus, Arthur n'est pas très fan, m'a-t-il murmuré) et on se contente des légumes.

Il est temps d'imaginer le futur, la vie revenue, les jours sans Arthur, conscient qu'un jour, il partira sans doute au garage, avec Germain et toutes les lubies que j'ai eues.

Pour l'instant, reste cette illusion de cocon, où je ne me sens plus à l'état larvesque - merci l'instinct de survie - mais en mode "préparation pour le combat". Telle la Reine-mère, je prépare le terrain. Et j'espère bien que personne ne va venir exterminer ma petite demeure intérieure, parce que, les gars, ce serait dommage de tout flinguer.

samedi 25 avril 2020

Un coup de jaja...

La dernière fois, je vous avais écrit : "Demain, je vous expliquerai pourquoi ma nullité légendaire en maths m'empêche de comprendre la suite des opérations."

En fait, je crois bien que la suite des opérations est incompréhensible, nullité légendaire en maths ou pas. Le retour en classe de nos têtes blondes le 11 mai a soumis mon faible cerveau à des calculs et à des hypothèses improbables, alors j'ai abandonné.

Au début, je vous assure, j'ai essayé, en prenant l'exemple de mon fils, lycéen, qui a la chance d'être dans une classe de 15 élèves. J'ai visualisé les salles dans cet établissement. Comment dire, caser ne serait-ce que 8 élèves dans cet espace que l'on appellera "tiny", ça reviendrait à perforer le mur pour que tout le monde rentre en respectant la distanciation sociale. Et à passer du coup de l'autre côté du couloir... où se trouve une autre classe aussi minuscule. Pas fou, comme idée.

Comme mon fils m'a dit que l'assiduité, dans sa classe, n'était jamais dingue  et que l'on pouvait tabler sur deux tiers d'absents, en temps normal (il y a beaucoup de phobiques scolaires, dans sa classe!), j'ai revu mes calculs, tentée de millimétrer les besoins pour que ça colle. 

C'est là que mon fils m'a raconté que, de toute façon, il n'y avait plus de savon depuis trois ans dans les toilettes de l'établissement.

Euh, comment dire. Bah non, alors. On va rester à la maison, hein.

Quitte à rester à la maison, j'en découvre les recoins et les secrets. Il se passe des choses, dans ces petites pièces où tu as entreposé depuis 8 ans des sacs en papier "parce qu'on sait jamais", des boîtes d'emballage, "parce qu'on sait jamais", des tupperware, "parce que..." Vous voyez bien l'esprit. Donc, hier, branle-bas de combat, j'ai passé à la moulinette l'arrière-cuisine. L'occasion de retrouver de la purée de cacahuète, à consommer avant février 2016 ou de la poudre de noix de coco un rien déshydratée - 8 ans d'âge, au bas mot - , des décos en chocolat - parce qu'on sait jamais", du riz, ce précieux que l'on croyait disparu de nos mini-stocks, une bouteille de vin ouverte que l'on avait laissée de côté car elle était bouchonnée - en 2014, je pense... Enfin, bref, plein de pépites trop chouettes, qui te remplissent vite fait ton container poubelle.

Et qui te permettent ainsi de sortir de ta maison deux secondes pour rejoindre la dite-poubelle. Pour constater que le frelon rôde toujours (je vous raconterai).

Forcément, avec un barouf pareil, impossible de couper au ménage, derrière. Et en voyant cette bouteille de 5L de nettoyant-désinfectant, achetée pour le boulot mais confinée à la maison actuellement (jamais eu le temps de la ramener), j'ai eu un flash. Une bouffée de générosité.


Le remède miracle! Mais pourquoi n'y a-t-on pas pensé avant? Merci Donald.


Mais oui, faisons un don! Distribuons des fioles à Donald, ce héros, qui nous propose de désinfecter nos poumons malades avec un peu de ce vert breuvage!

Le monde est-il devenu fou, ou bien je focalise sur un petit détail? Le grand machin UV-tisé et donneur de leçons a tout compris : un petit coup de ja-ja(vel) et tu ressors tout propre pour la morgue. Nickel.

On en parle, de ce monde où l'on marche plus que jamais sur la tête? Parce que le problème, c'est que contrairement aux poudres de coco ou de curry périmées depuis 2016 qui survivent, mais que l'on peut jeter d'un coup d'un seul à la poubelle, ce monde-là, obsolète, continue de pousser toujours loin son incohérence.

Et aucun container ne pourra jamais supporter un tel poids.

mardi 21 avril 2020

Délit de sale joie

Le confinement peut-il créer des dégâts irréparables?

Vous avez deux heures.

Ou un peu plus, cela dit, on n'est pas aux pièces.

Alors, je joue le jeu et me pose la question. Le confinement peut-il créer des dégâts irréparables? Nan, pensez-vous. Prenez mon cerveau, par exemple. Je sens bien qu'il n'est en aucun cas perturbé. Pour vous situer, depuis un peu plus d'un mois, j'ai rêvé que mon fils - redevenu petit, innocent et chevelu - était brûlé par les caténaires du tram, que j'accourais alors qu'il était entouré des pompiers, recouvert d'une couverture de survie, sans que je sache s'il respirait encore ; que des tas de gens étaient tombés comme des mouches le long de cette ligne de tram ; que ma mère était morte ; que je nageais avec des dauphins (mignon) et que mon chat m'arrachait la tête d'un coup sec (moins mignon); que je devais aller à New York avant de réaliser; sur la route de l'aéroport, que mon passeport n'était plus valide ; que je plaquais mon mec (dans trois rêves différents, quand même).

Pas de doute, je suis zen.

Le confinement peut-il créer des dégâts irréparables? Sur la ligne, peut-être pas irréparable, mais enfin, on est d'accord que tout se ramollit vite fait. J'avoue avoir délaissé Germain depuis une bonne semaine, tellement occupée par ailleurs que la nécessité de se défouler m'est apparue moindre. Pourtant, la nécessité demeure, d'un point de vue bassement corporel. Le pire, c'est que j'ai des alliés pour tromper la donne. C'est même ma grande surprise, dans ce confinement ; j'ai en ma possession un nombre de joggings et leggings tel que je peux chiller pour un moment.

Des dégâts irréparables? Sur les cheveux, bah, je suis fataliste. On est d'accord qu'à la réouverture des salons de coiffure, le délai d'attente pour une coupe sera plus long que pour consulter un ophtalmo, période antérieure. Donc, je prendrai mon mal en patience et ferais mine d'ignorer ces nouveaux indélicats qui ont débarqué soudainement et sournoisement: les cheveux blancs. Si. Je vous jure. Mais soyons honnête, si le confinement a probablement accéléré l'apparition de ces intrus, un jour, de toute façon, j'y aurais eu droit.

Des dégâts irréparables? Disons plutôt l'apparition de réactions surprenantes et l'impression de cohabiter avec une étrange hystérique (on est plusieurs, là-haut, ça commence à me paraître évident). L'autre soir, par exemple, j'ai dû me pincer pour y croire. A minuit passé, j'ai été réveillée par de la musique. Des voisins se faisaient une petite party. Sérieux? Vous m'auriez vu, sauter dans mon legging et filer à ma fenêtre comme une bonne vieille commère, scrutant le moindre indice pour deviner d'où venait l'indécent bruit de la fête. J'ai un peu maudit l'arbre de mon jardin, qui m'a empêché de discerner le lieu de la débauche ultime.

J'aurais fait quoi, en même temps? J'aurais crié au scandale? Oui, vous vous rendez compte? Des gens s'adonnent à la joie la plus primaire, ils écoutent de la musique forte, peut-être se déhanchent-ils, peut-être rient-ils, ces odieux personnages?

Alors que, ça se trouve, le type, tout seul, a branché sa sono à fond avant de s'envoyer le tube de Xanax pour en finir.

Demain, je vous expliquerai pourquoi ma nullité légendaire en maths m'empêche de comprendre la suite des opérations. Là, je vais voir ce que racontent mes rêves et espérer m'en sortir sans dommage irrémédiable. Je vous assure qu'au vu du contexte, ça devient une gageure :)