Le soleil a fini par revenir et réchauffer notre corps et notre coeur, littéralement douchés par la pluie. Nous avons avancé dans le chemin, longeant des centaines de champs couleur vert tendre, au milieu des croassements, bêlements, beuglements et des chants d'oiseaux s'en donnant à cœur joie dans cette nature désertée.
Après notre étape dans un magnifique moulin à Rueyres, dans lequel nous sommes arrivées trempées, nous sommes reparties pour Grammat, croisant au maximum dix pèlerins dans la journée. A la différence du chemin traditionnel vers St Jacques de Compostelle où on ne se dirige que vers le haut lieu du pèlerinage, on peut parcourir la voie de Rocamadour des deux côtés, ce qui reste surprenant lorsqu'on s'est habitué à l'aspect unilatéral.
Pourtant, on se sent beaucoup plus seul sur ce chemin, et ce n'est pas pour nous déplaire. Dans ce contexte, on a apprécié peut-être d'autant plus les accueils spontanés de Bernard, puis de Corinne. Les deux laissent libre accès à leur jardin, en proposant en outre des boissons chaudes en libre service. On laisse un donativo - la somme que l'on souhaite - et on en repart surtout plein de gratitude pour ces âmes généreuses, qui personnifient le sens de l'hospitalité.
Nous n'avons pas croisé le fameux Bernard, sacré personnage du chemin, mais Corinne est venue, le lendemain, surgissant de sa maison, anciennement celle du presbytère, et s'installant avec nous avec bonhommie. J'étais tellement bien qu'après le déjeuner, je me suis offert le luxe d'une sieste flash.
Les jours passent et l'envie de simplicité et d'authenticité s'affinent, comme si le chemin appelait au dépouillement. Bon, autant vous dire qu'on se clochardise chaque jour un peu plus et le choc a été d'autant plus grand en arrivant aujourd'hui à Rocamadour, haut lieu du tourisme.
Nous l'avons vécu un peu comme un choc, surtout lorsque, la deuxième ascension d'escaliers réalisée, nous avons atterri sur la rue marchande principale, avec toutes ses boutiques de souvenirs et ses vendeurs de glace. Voir ces femmes apprêtées dans la rue, tandis que nous remontions la voie avec nos sacs de 8kg, décoiffées, sans maquillage et un rien suantes, a clairement amplifié notre sentiment de décalage, le plus drôle étant notre passage en terrasse dans un établissement Michelin de Rocamadour...
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| Une terrasse classe et puis... Cherchez l'intrus ! |
Clochardes, peut-être, et pourtant, nous nous sentons à notre place. Nous avons emprunté le "chemin de croix", plus de 200 marches, histoire de se finir, dans une étonnante sérénité et, pour ma part, sans douleur. Peu importe si je ne ressemble à rien, je suis, et cela me suffit bien ainsi.






















