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dimanche 23 mars 2014

Des cobayes à la langue bleue

"OK, premier geste, on se lave les mains. Et, évidemment, on ne se met pas le doigt dans le nez, on ne se cure pas les oreilles, on ne se gratte pas les poux..."
 
Mon entrée en matière n'était peut-être pas orthodoxe mais elle a eu le mérite de faire sourire les jeunes élèves. Ce samedi, j'ai honteusement exploité mon Loulou et les enfants de ma meilleure amie : ils devaient servir de cobayes.
 
Oscar, Cassandre et Sidonie. Je ne leur ai promis aucune fraise Tagada pour qu'ils soient aussi appliqués, promis!
 
 
En vérité, cet atelier cuisine et pâtisserie s'est organisé tout spontanément et je n'ai menacé personne de l'étouffer avec des macarons. C'est juste à la fin du cours que j'ai appris que, au départ, Oscar, l'aîné, pensait que "ça allait être nul", tandis que Sidonie, sa sœur de bientôt 10 ans, m'avouait qu'initialement, ils n'étaient "pas trop enthousiastes". Mon Loulou, lui, ne voulait pas en entendre parler ("Pff, je peux faire ça quand je veux" - merci les hormones, encore). Emile, enfin, avait encore du chocolat sur les lèvres, et comme on lui avait apporté une tenue du Barça, bon, il était un peu acquis.
 
J'avais aussi un peu corrompu mes jeunes élèves, en leur offrant un paquet de Carambar qui-piquent-et-qui-font-la-langue-bleue. Fausse bonne idée, cet effet magique aurait plutôt tendance à dissiper les marmitons...
 
En réalité, c'était plus un joli moment qu'un réel test pour plus tard, j'avais envie qu'on s'amuse et on gardera tous, j'espère, un bon souvenir de cet "atelier" où les enfants ont tous mis la main la pâte, avec beaucoup d'application. En deux heures et demi, ils ont réalisé des sablés orange-noisette, des macarons au chocolat au lait, un cake feta-herbes et des feuilletés au chèvre.
 
C'est marrant, quand Emile me dit d'un ton assuré qu'il aime pas trop le chocolat, j'ai comme un doute...
 
Surtout, ils ont eu envie qu'on recommence, "parce que c'est mieux qu'avec maman".
 
Leur maman, c'est ma meilleure amie, alors que je me comparerai jamais à elle, d'autant qu'en plus d'être ce qu'elle est, elle cuisine très bien, en passant. Simplement, cette distance naturelle, avec les enfants qui ne sont pas les nôtres, nous permet d'avoir beaucoup d'affection pour eux sans que cela se retourne aussitôt contre nous comme un boomerang.
 
En fait, je réalise que j'ai pris une leçon, ce samedi. Merci les enfants!

lundi 2 mai 2011

So long, Clochette

Voilà un an, je revenais toute ragaillardie d'une semaine rennaise assez exceptionnelle, de mon point de vue, après m'être vu confier les clés de la maison le temps que la cafelière aille se ressourcer quelques jours. Oh, se ressourcer n'était pas un terme exagéré tant la fatigue, mais aussi l'envie d'aller humer un autre air, lui enjoignaient de laisser la main le temps d'une pause.

Aujourd'hui, la cafelière doit laisser la main. Mais cette fois, elle ne reviendra pas. Le Café Clochette est à vendre et, si ce lieu, par bonheur, est repris, mon amie, elle, quitte cette aventure qu'elle a menée avec une détermination incroyable depuis le début. Elle était, je crois, l'un des modèles de pas mal d'entrepreneurs (euses, devrais-je peut-être écrire), rêvant eux aussi d'ouvrir un endroit un peu alternatif, où la chaleur humaine et les bons p'tits plats, la simplicité et l'envie de partager dépassent le simple cadre d'un restaurant. Des utopistes, comme moi, j'imagine.

N'empêche, la cafelière y est parvenue, elle a donné du corps à son projet. Elle a transformé sa maison en un commerce dont le seul bémol, finalement, fut... de ne pas en être vraiment un. Le concept autour des enfants est très intéressant, mais les enfants ne consomment pas forcément. Les mamans viennent avec leurs petits pots, ou partagent leur plat du jour avec leur tête blonde. Les gens y sont bien, ils restent. On n'est pas là pour faire de la rotation. En gros, l'affaire n'est pas rentable. Comme on ne vit pas dans le monde des Bisounours, il faut parfois se rendre à l'évidence et jeter l'éponge.

Lors de mes passages dans la cuisine de la cafelière, je me souviens de ces heures intenses où le cerveau est pleinement sur mode automatique, concentré sur chaque tâche à accomplir. Je me souviens du coup de feu, quand la sauce à l'orange se met à faire des siennes, profitant de quelques secondes passées à sortir les lasagnes du four, de cette montée d'adrénaline incroyable, de ce sourire qui revient à la vue des clients, et puis du silence qui suit, à la fin du service, quand, telle une petite fourmi, vous nettoyez, ramassez, videz, et jetez un dernier oeil à l'espace immaculé qui était encore un champ de bataille deux heures plus tôt.

Je me souviens de cette sensation d'avoir les pieds qui poussent, d'être restée si longtemps debout à m'agiter. Je me souviens de ce lent chemin vers le sommeil, trop excitée par la journée passée. Je me souviens avoir pensé que cette vie était un sacerdoce. En me demandant si j'aurais eu la force de tenir à ce rythme, finalement.

A cette heure, j'imagine que la cafelière, elle aussi, revoit ces images qu'elle a vécues au quotidien plus de deux ans, ces images qu'elle avait déjà imaginées tout au long de la construction de ce projet unique. Le Café Clochette restera pour moi un lieu où il était permis de rêver, d'imaginer pouvoir vivre autrement, d'envisager des relations clients/commerçant différentes et humanistes. De façon bien plus prosaïque, le bilan économique a décidé qu'il était temps de tourner la page. J'en suis triste. "Oui, l'émotion est là quand on sent filer un rêve", m'écrivait-elle sur ce blog, voilà un an.

Pascale, je te souhaite tout le bonheur que tu mérites, dans ta nouvelle vie, ta nouvelle voie. Cela n'y changera rien, mais tu peux être fière de ce que tu as construit.

dimanche 26 septembre 2010

Zyva le restau de ouf

C'est drôle, auparavant, je vous aurais fait un teasing de folie, une semaine durant, pour une malheureuse journée passée à travailler derrière le comptoir. Et voilà que je rentre, des enclumes à la place des jambes, que je me pose sur le canapé et que je réalise n'en avoir même pas touché un mot ici même... J'deviendrai pas un peu blasée, au hasard?

Blasée, il me semble impossible de l'être dans ce métier où les surprises surviennent chaque jour. Prenez aujourd'hui: de façon traditionnelle, le restau pour lequel je travaille (et dont j'étais la seule résidente, ce jour, pour le coup) accueille plutôt une clientèle bobo, va-t-on dire, des Manceaux bien comme il faut, de tout âge, ou des touristes, comme ce couple d'Anglais venu déjeuner ce midi.

Eh bien, là, paf! J'aperçois une première doudoune noire, une deuxième, une capuche grise derrière, de jeunes visages au regard fuyant: je vous le donne dans le mille, des Parisiens, plutôt 9-3 que 16e, visiblement affamés et pressés. Ils sont onze, il est 13h05, ils veulent être partis à 14h et, a priori, aucun bras supplémentaire n'a poussé chez moi la nuit passée.

Si vous pouvez vous installer? Bien sûr.

Ils passent commande vite fait, avant de reprendre leur portable, parce que c'est bien beau de déjeuner ensemble, mais si en plus, faut causer ensemble, zyva, c'est la loose. Parfois, quand même, des circonstances exceptionnelles les obligent à sortir de leur mutisme.

"Vas-y, demande-lui à la dame!"

La dame, c'est moi, j'imagine.

En fait, c'était pour une boisson. Après, ils ont essayé de m'embrouiller sur le nombre de parts de gâteau au chocolat et de tarte au citron, et puis y'avait ceux qui voulaient leur café en même temps que leur dessert (non, non, toujours aucun embryon de bras, malgré mes suppliques auprès d'une quelconque force céleste qui aurait pu me sauver) (si elle se reconnaît, qu'elle n'hésite pas à m'envoyer un devis, j'étudierais le dossier en profondeur), zyva le truc de ouf.

Wesh, à la fin, je parlais quasi comme eux. L'éducateur - que j'avais un peu pris pour le chef de bande, au départ - m'a demandé un renseignement sans quitter l'écran de son téléphone portable d'un iota. Ensuite, il m'a fait une vieille blague sur "le noir de service", son voisin d'en face, un Martiniquais. Je crois que c'était pour me faire rire, mais je sais pas, j'avais pas bouffé de clown ce matin et c'est tombé un peu à plat. Néamoins, je crois avoir marqué des points, parce que l'éducateur m'a remerciée pour tout, au moment de l'addition, et s'est même fendu d'un étonnant "à bientôt."

Je crois que je les ai convertis au lieu. J'ai assisté à la naissance d'une nouvelle catégorie sociale, et je vous promets que je ne caricature pas. De la pure bobo-9-3, je ne vous dis que ça.

jeudi 23 septembre 2010

Rester dans les rails

Jour de grève aujourd'hui? Jour d'extra pour bibi. Enfin, rien n'était fixé, nous avions convenu avec la boss que ma présence dépendrait de la météo. Les premiers rayons du soleil perçant ces nuages a priori menaçants, j'ai donc pu endosser mon costume de Shiva en remerciant intérieurement les syndicalistes de se battre. Au moins, ça fait du boulot pour les sans-grades comme moi.

Histoire d'être productive, j'avais prévu un autre plan pour la journée, en cas de pluie: poser mes jalons. Candidater, si vous préférez, dans diverses institutions et boîtes nantaises. Mon premier challenge consistait donc à me concentrer sur mes lettres de motivation, avant de partir (ou pas) au front, pour préparer l'avenir (hum).

Je vous dis pas la tête de l'avenir, à ce rythme.

Mon deuxième challenge m'emmenait vers une sorte de mission-suicide : passer à travers le cortège, lequel avait squatté le bas de ma rue, puis me faufiler entre les drapeaux et les grévistes pour rejoindre le trottoir d'en face. L'opération s'est avérée d'autant plus délicate que les manifestants semblaient nettement plus enragés que lors du précédent mouvement. Du pur, du dur, de l'intégriste, nous avions affaire ce matin aux gros bras de la grève, ceux qui préfèrent se résoudre à la retenue d'une deuxième journée de salaire plutôt que de se taire.

Mon troisième challenge s'avérait particulier: il s'agissait seulement d'assurer le service au plus vite en éliminant au maximum les fioritures. Oui, les petits bavardages habituels avec les clients, tout ça. Halte à la convivialité, place à la rentabilité ! Pas simple pour moi mais j'ai vite compris l'intérêt d'être efficace avant tout. De toute façon, la majorité des clients semblait peu encline à la futilité, en témoignaient ces visages soucieux, marqués par ce mélange de colère et de résignation.

Bon, j'ai servi du café avec son marc - la cliente m'a bien chambrée pour ça - j'ai inversé un plat avec un autre, avant de rattraper la boulette in extremis... mais pour le reste, on va dire que les challenges ont été remplis. J'ai même cru ne pas y avoir laissé trop d'énergie.

C'est lorsque j'ai dérapé sur les rails du tram, alors que j'étais en vélo, quelques minutes plus tard, que j'ai senti une légère défaillance. Une chute et un petit moment de solitude plus tard, je me suis dit que ma maladresse ne s'arrêtait pas en cuisine. Un jour, il faudra que je regarde où je vais.

mercredi 22 septembre 2010

Le bruit des abeilles

"S'il vous plaît, je peux avoir un verre? Je sais bien que ce n'est pas commencé mais bon, vous comprenez..."

Eh bien non, je ne comprends pas. Ce soir, cent cinquante personnes étaient conviées à visiter un très beau musée manceau, attenant au restaurant de la boss. A l'issue de cette balade au coeur de l'archéologie sarthoise, entre autres, un buffet était servi.

A l'issue, j'ai dit.

Sauf que les gens, la visite, ils s'en cognaient. Ce qu'ils attendaient, c'était le "pot de l'amitié." Sans chercher à faire semblant, ils se sont donc installés un peu partout, mais surtout le plus près possible des deux buffets dressés. Assises sur les fauteuils en cuir, des femmes plutôt chic ont crié dans ma direction. Elles voulaient que je leur confirme la provenance des vins...

... En piaffant d'impatience devant ce spectacle alléchant: un verre, du grignotage, le tout à l'oeil, il n'en faut pas plus pour laisser des gens, a priori civilisés (bien propres sur eux, vous voyez bien le genre), exprimer leur plus vile nature. Et dès le signal de départ, inutile de vous préciser la ruée vers les tables.

Des abeilles sur une ruche.

Avec mes comparses, on s'est regardé, un peu sciées d'un tel manque de tenue. Et on s'est demandé s'il y avait eu une quelconque privation alimentaire chez ces personnes pour qu'elles se jettent à ce point sur les verrines et autres mini-tartines et brochettes offertes.

Touchés du syndrome du pique-assiette, les costardés et les fardées n'ont pas lésiné sur le lever de coude. Forcément, tout ça, ça donne soif. Et vas-y que je goûte le blanc, le rouge, ah attendez je vais reprendre du blanc, ah mais mettez m'en plus!", Ou bien : "Elles sont bonnes vos rillettes, mais y'a d'autre chose à bouffer, là?"

Je ne suis pas sûre d'avoir bien entendu.

"Et puis dites, vos assiettes, derrière vous, donnez-les nous, on a faim, nous!

Ah ah ah, quelle rigolade. On ne doit pas avoir le même humour.

Au moment où je me suis retournée, j'ai surpris une dame, à l'allure très respectable, en train de chaparder des brochettes sur un plateau mis en réserve. Je l'ai remise gentiment à sa place, avant de revenir à mes voraces qui réclamaient à corps et à cris des victuailles.

Une hallucination. J'ai eu l'impression d'être en pleine hallucination. Ils ont mis à sac tout le vin blanc. J'ai filé vite fait remplir les carafes et lorsque je suis revenue avec une seule bouteille - même pas remplie en plus - victime d'une panne provisoire des stocks, j'ai provoqué une réaction immédiate : ces dames étaient déçues. "T'as vu", a dit l'une d'entre elles à sa copine, "elle ramène que ça. "

Le "que ça" m'a néanmoins permis de parer au plus urgent. Soudain, une dizaine de mains s'est levée en même temps, les convives me présentant leur verre comme si leur vie en dépendait, sans aucune dignité. Sincèrement, j'ai eu honte pour eux, imaginant le sermon que j'infligerais à Loulou s'il avait le malheur de se comporter ainsi, une fois dans sa vie.

Non, non, nous ne sommes pas Shiva, nous ne pouvons pas servir dix assoiffés en même temps. Peu importe, ils ont continué à tendre leur verre en gardant leur main ouverte, prêts à réceptionner ce nectar qu'ils semblaient apprécier au plus haut point - à défaut de le déguster - pendant que nous les servions, tout en continuant à discuter, sans même jeter un regard dans notre direction.

J'ai eu envie de leur dire qu'on n'était pas chez mémé, ici, mais eux, ils n'éprouvaient aucune gêne, ils n'ont même pas cherché à réprimer le "oooooh" de déception lorsque la carafe s'est vidée une nouvelle fois. Avec ma collègue, on s'est retenu de rire, échangeant nos impressions, accroupies sous la table. Des fous, voilà.

Nous n'avions qu'une seule solution: attendre que le vin se tarisse. Plus de vin, plus d'intérêt, ils ont donc vidé les lieux et nous avons eu une pensée pour les pauvres serveurs qui allaient devoir s'occuper d'eux au restaurant, plus bas dans la rue, ensuite.

Et vous savez le plus drôle de l'histoire? Ces mal élevés étaient des CPE. Oui, oui, le E de "Éducation". Des conseillers chargés de l'éducation, disais-je, de nos têtes blondes.

Si, si.

Ça fait froid dans le dos.

mardi 7 septembre 2010

Shiva, les grévistes et le gigolo

Jour de manif = jour festif.

Pour les restaurateurs, j'entends. La boss ayant eu le nez fin, elle s'était doutée que son lieu serait envahi par les grévistes, parce que c'est pas le tout de râler dans les rues, mais ça donne faim.

Avec Loulou (ben oui, pas d'école pour lui, et une possibilité de garde uniquement pour les enfants de parents qui... travaillent, j'adore), nous avons donc rejoint le cortège, et pour cause: leur itinéraire coïncidait exactement avec le nôtre. J'ai un peu regretté d'avoir oublié mon appareil photo parce que y'avait petits sketches de tous les côtés, slogans rigolos et bien trouvés et têtes de vainqueurs à tire-larigot. En revanche, pour l'éventuelle reconversion dans la chanson, c'est mort. Dans le genre casseroles, on a eu droit à quelques jolis spécimens.

A vrai dire, l'ambiance m'a semblé bon enfant, les sourires et les embrassades se multipliant, alors que machin retrouvait truc sur l'avenue et qu'ils trouvaient ça drôlement marrant, les uns et les autres, de se croiser dans un tel contexte, pendant que les mômes jouaient à la marelle improvisée. Je sais pas, moi, j'étais restée sur l'idée qu'une manifestation, c'était un rien violent, et que la grogne est telle, actuellement, qu'un lancer de pavés ne serait pas surprenant.

Non, tous ces grévistes voulaient avant tout montrer leur mécontentement, avec cette pointe de résignation qui fait craindre le pire pour le mouvement social. Mais je m'égare, je m'égare, je vous parlais donc de bouches à nourrir. Et là, autant vous dire que nous avons été gavées de clients. Un rien Shiva, nous en avons servi une quarantaine - à deux, je vous assure que c'est chaud - et refusé une bonne dizaine. Des gens plutôt de bonne humeur, qui avaient soif et qui m'ont rappelé la soirée coco dans ces mêmes lieux.

Cette sensation de miracle permanent ne me quitte décidément pas, à chacun de ces services de fous où on a l'impression qu'on n'arrivera jamais à aller prendre la commande de la table au bout, proposer les menus et le plat du jour de l'autre côté de la terrasse, ne pas oublier la carafe pour les trois arrivés en douce sans se présenter, servir les deux tablées de neuf simultanément, le tout en gardant le sourire et en restant présentable (hum). Et puis, voilà, ça arrive. On y parvient, grâce à ce mode automatique qui s'enclenche et qui nous libère l'esprit de toute pensée parasite.

Le petit shoot d'adrénaline passé, il ne reste plus qu'à ranger. Ah mais non, un couple s'est installé. Un type physiquement très intelligent et sa "moitié" qui ne semble d'ailleurs pas bien finie. Une idée traverse mon esprit, que je balaie dans la foulée, en me disant que je vois le mal partout. Une fois leur commande passée, ils s'échangent un regard, je le vois la fixer avec une lueur: "Tu paies, chérie, n'est-ce pas?"

Bingo, c'était bien ça. Un gigolo.

Je les sers et je reprends le grand nettoyage. Les tables sont recouvertes de tracts et un client s'est même amusé à coller des autocollants sur les sets en papier. Pas sûre que je vais me convertir aujourd'hui à la cause syndicale mais enfin, je leur suis reconnaissante de défendre notre cause. Parce que j'avoue n'avoir plus manifesté depuis mes années lycée (et encore). Et que relever le challenge du gréviste affamé me met de bonne humeur, moi aussi.

Comme une parenthèse avant le retour à la vie normale.

lundi 9 août 2010

Tornade blanche

Pendant que certains se penchaient sur mon décolleté, mon esprit était tout tourné en bas. A hauteur de mon talon. Deux jours que je boitillais, virevoltant à droite, à gauche mais d'un pied - ce qui constitue une sorte, sinon d'exploit, d'expérimentation sur la résistance de ma jambe droite à compenser la lâcheté de sa copine de gauche.

Peu importe, je n'ai pas eu le temps de tergiverser en ce dernier jour au restau. Une quinzaine de couverts, d'abord, auxquels se sont ajoutés de simples consommateurs de boissons - qui veulent leur verre, là, maintenant, sans considérer que peut-être, il est 13h et qu'on tente de servir des plats en même temps - un léger répit, un employé du musée attenant me suggérant de passer "vu que ça va être calme cet après-midi" et puis...

La tornade. L'ouragan. Les tables se sont remplies, une trentaine de clients est arrivée, des gens charmants, certes, mais assoiffés. Voire affamés. Pas de bol, dévalisée le midi, je n'avais plus trop de desserts à leur proposer. Alors, système D, je leur ai suggéré des assiettes gourmandes un peu particulières et ma foi, j'ai pu finir d'écouler les stocks. Royal.

Des amis sont arrivés, au coeur de la tempête, que j'ai sollicités pour vite sortir des verres du lave-vaisselle car, là aussi, il y avait rupture de stock. Ils étaient venus avec deux de tension, limite comateux, je peux vous assurer qu'ils ont été reboostés en moins de deux... Des dames sont arrivées à cinq minutes de la fermeture, sirotant ensuite tranquillement leur thé, sans plus penser que, peut-être, la demoiselle derrière son comptoir qui fait du bruit avec la vaisselle, elle voudrait nettoyer.

Bon, elles étaient gentilles, et puis mes amis prenaient l'air sur la terrasse, alors peu importe, je n'étais plus à cinq minutes près. Au final, je suis partie une heure et demie après la fermeture officielle, éprouvée, mais fière. Fière d'avoir pu servir tous les clients (" - Mais vous êtes toute seule?" "- Non, non, j'ai dix personnes dans la cuisine d'un mètre carré, pourquoi?"), de n'avoir rien cassé, rien renversé, juste paniqué parfois en interne, certes, mais sans trop en laisser voir à l'extérieur. Quand j'ai annoncé le chiffre de la journée à l'autre employée du restau, elle en est restée bouche bée, et même si je n'y suis pour rien (je n'ai pas racolé pour qu'ils viennent consommer, non non non), je me suis sentie toute revigorée.

Ma boss m'avait annoncé des jours calmes. Il n'en a rien été. Et tant mieux. Peu consciente du tourbillon qui m'attendait, j'ai appréhendé cette petite expérience sereinement. Je ne peux nier l'adrénaline qui monte lorsque dix clients commandent en même temps, veulent tous une salade différente ou trois cafés, dont un allongé, un noisette et puis vous me donnerez également un chocolat, un thé, une coupe de glace, non mettez-moi plutôt un soda gourmand... Tel un automate, on oublie tout le reste et on laisse passer l'orage intérieur pour se présenter avec le sourire et les commandes.

Comme si de rien n'était.

Je savais ce métier physique. Je l'avais déjà expérimenté. Je n'ignorais rien de ce stress. Je l'ai déjà vécu. J'engrange, j'engrange, qu'importe où cela me mènera. Hier soir, néanmoins, je suis persuadée que certains perplexes auraient jubilé: j'étais morte. Et la fronceuse de sourcils aurait certainement ri, ce matin, si elle s'était trouvée avec moi dans le cabinet du médecin. Ma douleur au talon ne me quittant pas, je me suis résolue à consulter: le médecin soupçonne... une fracture de fatigue.

J'apprends le métier, je vous dis.

vendredi 6 août 2010

Une ascension plongeante

Je crois avoir compris les subtilités du métier, ce soir. Si, si.

Cuisiner aux petits oignons? Oui, oui, pourquoi pas. Ça peut aider. Mais non.

Devenir la plus conviviale des commerçantes? Oui, oui, pourquoi pas. L'idée est bonne. Mais non.

Au fur et à mesure que la journée passait, que les sourires et les... pourboires se multipliaient, je m'interrogeais. Les hommes, en particulier, affichaient une mine éclatante et me remerciaient chaleureusement. Quoi, que se passait-il, c'était la journée du don aujourd'hui, ou quoi? Qu'avaient-ils à se montrer si avenants, ces clients? Non pas que ça me gêne, évidemment, je préfère ça au râleur mais enfin, tant de bonne humeur m'a un rien surprise.

Je m'interrogeais donc sur le pourquoi du comment, en remontant sans cesse la bretelle de mon top, me promettant de ne plus le remettre qu'à la plage, tant il m'agaçait.

Fin de service, pieds en enclumes mais le sourire aux lèvres, je suis repartie le coeur léger. Si l'on passe le moment où j'ai coincé la machine à café, parvenant dans un geste désespéré à rattraper le coup au prix d'une grosse giclée caféinée sur la face - petit moment de solitude - cette première journée s'est passée comme dans un rêve. N'empêche que je n'en revenais toujours pas de ces mines réjouies.

J'arrive dans le hall de mon immeuble. Mon voisin, d'habitude sympa normal, adopte cette même mine réjouie. Je commence à m'interroger: aurais-je une patate sur la joue? Un épi rose sur le crâne? De la salade entre les dents?

Je n'ose pas me regarder dans le miroir de l'ascenseur mais le ton enjôleur du voisin, qui tente d'intervenir dans la conversation téléphonique que j'ai au même moment avec une amie, en précisant qu'il "adore les nanas", me met la puce à l'oreille.

Direction, la glace. Bon, j'ai compris. J'ai un décolleté, hum, comment dire, assez plongeant. Va savoir pourquoi le top a pris cette forme (à force de tirer dessus, peut-être) mais je sais maintenant à quoi tient la réussite dans ce métier.

Et ce n'est pas une avancée pour le féminisme, je vous le dis, tiens.

samedi 24 juillet 2010

Monsieur grincheux et mon rêve de couette

Encore dans le gaz, je me suis levée sans aucun enthousiasme ce matin. Pourtant, tenir un restau pour la journée, faire la chef, j'en ai rêvé et mes précédentes expériences m'ont confortée dans cette idée. Mais là, à court d'énergie, j'avoue, je me projetais avec une impatience non dissimulée à ce soir, bien emmitouflée dans ma couette.

Finalement, une fois sur place, l'énergie est revenue. Le poulet à faire cuire, le saumon à faire mariner, les tables à dresser, le pain à couper... Tel un automate, j'ai accompli les premières tâches avant de me réveiller vraiment.

Il valait mieux. Parmi mes premiers clients se cachait le pire cauchemar de tout commerçant. Le râleur.

Le jamais content. Le gars qui rit quand il se pince.

Le chieur, oui, on peut résumer ainsi.

A sa mine, j'ai vu d'emblée que ça n'allait pas être facile, facile. Il était accompagné de sa trentenaire de fille et de son petit-fils (enfin, j'ai imaginé qu'il en était ainsi). Quand j'ai annoncé qu'il faudrait patienter pour le menu enfant, because il fallait faire cuire des pâtes, il n'a même pas cherché à masquer son soupir.

Pfffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffff.

Oui, moi aussi, pffffffffffffffffffffffffffffffffffffff, d'abord. Monsieur, si tu avais eu ma semaine, tu savourerais juste le bonheur d'être assis en terrasse à te faire servir.

Mais le monsieur doit être un nanti, un nanti pressé, donc. Ensuite, sa fille s'en est un peu mêlée, elle voulait plus de vinaigrette. Pas de souci. Lui a haussé les sourcils. J'adore. Les pâtes mettaient des plombes à cuire, le gamin était une tête à claques, je rêvais plus encore de ma couette.

J'étais dans mes petits souliers, il a dû le sentir. J'étais une proie facile.

Au final, c'est vrai, ils ont mangé leur plat avant le gosse, parce que visiblement, monsieur jamais content avait piscine et que sa salade, il la voulait là maintenant. Il était pressé, oui, mais bon, quand même, il voulait prendre un café. Je le lui apporte.

Il revient avec. "Euh, c'est quoi ce café? Vous ne savez pas le faire?"

Hummmmm, j'adore. C'est pas moi qui le fais, je me contente d'appuyer sur une touche et la machine à café s'occupe du reste.

Pas de souci, monsieur, je vous en refais un autre. Il revient: "non mais, c'est pareil, hein, pff, c'est imbuvable! C'est pas possible, faut changer la dosette à chaque fois, hein!"

Là, je suis à deux doigts de lui coller le café sur sa face, pour vérifier qu'il sait faire autre chose qu'ouvrir la bouche pour râler (car hurler n'est pas râler, évidemment), mais comme je suis la sagesse incarnée, je reste courtoise, lui explique la panne de la machine à café et la solution provisoire que le restau a trouvée.

"Ah bah!" reprend-il. "Décidément, c'est pas la journée!"

"Comment ça, monsieur?"

"Mais enfin, rien n'a été!" (dit-il après avoir fini son assiette, quand même)

"Qu'est-ce qui vous fait dire ça, monsieur?"

"Franchement, entre les pâtes en retard, le café, l'attente, et puis j'ai pas l'impression d'avoir mangé correctement."

Alors là, je lui demande de laisser une seconde chance à l'établissement, je prends la responsabilité des couacs, tout ça, vas-y que je continue à tendre le bâton... Quand il me dit, sans hésiter:

"Ah mais non, j'suis déjà venu ici, c'est toujours comme ça!"

Euh, monsieur, pourquoi tu reviens, alors? Je me suis retenue, mais quelque part, ça m'a rassurée. C'était juste un con. Point.

L'ex, qui avait eu l'idée de venir déjeuner en même temps (!) a assisté à la scène et n'a pas dit autre chose. Sauf que, d'après lui, je n'aurais pas dû m'excuser au départ. Il a raison. A vouloir être arrangeante, je me suis pris les pieds dans le plat.

Comme dirait la boss, cette rencontre avec jamais-content a malheureusement marqué ma journée, par ailleurs très agréable. Bah, les sourires et l'air réjoui des autres ont compensé cette mauvaise humeur, mais cet épisode m'a confortée dans l'idée que les commerçants n'ont pas d'autres choix que d'avoir les nerfs solides, pour relativiser très vite ces passages et prendre ça d'où ça vient.

Cela dit, maintenant que j'ai testé le chieur, j'ai l'impression d'avoir étoffé ma panoplie. Un jour, qui sait, peut-être deviendrai imperméable à la connerie.

J'ai encore pas mal d'étapes à franchir mais enfin, rien qu'aujourd'hui, j'ai au moins gagné dix points.

lundi 19 juillet 2010

Miam

Pas de blablabla, pas de tralala, cette tarte-là, tu la manges et puis voilà. C'est le Maire qui le dit, je vais quand même pas le contredire, pas vrai? Une fidèle lectrice, que j'embrasse bien au passage, me l'a demandé, alors, je ne résiste pas au plaisir de partager cette recette.

Alors, pour une tarte au citron meringuée, il faut:

Pâte sablée: 250g de farine, 125g de beurre mou, 50g de sucre, 1 jaune d'oeuf, 1 pincée de sel

Garniture citron : 3 oeufs, 150g de sucre, 2 citrons, 150g de beurre, 3 à 4 gouttes d'essence de citron bio (en pharmacie- ben oui, je délivre tous mes secrets)

Meringue italienne : 250 g de sucre, 125 g de blancs d'oeuf, 5cl d'eau

Préparez la pâte, qui deviendra de toute façon votre incontournable pour toutes les pâtes. Si, d'abord : dans un grand récipient, mélangez oeufs, sucre et sel jusqu'à consistance crémeuse. Ajoutez toute la farine. Effritez du bout des doigts jusqu'à obtention d'un sable grossier. Incorporez le beurre en petits dés. Pétrissez et fraisez la pâte (hum, j'adore) pour bien l'homogénéiser. Roulez la pâte en boule. Laissez-la se reposer, la pauvre, vous n'aimeriez pas un petit break après un tel chahut?

Bon, pendant que la pâte reprend ses esprits, passez à la garniture: Lavez soigneusement les citrons, râpez le zeste (d'un seul, pour ma part, je trouve que ça suffit) des citrons, pressez les fruits. Mélangez soigneusement (décidément) les oeufs avec le sucre. Ajoutez zeste, jus de citron et beurre fondu (ben oui, sinon c'est pas drôle) et le p'tit truc en plus qui va faire toute la différence, ces petites gouttes d'essence. Bon, ok, vous allez me dire que vous n'avez pas ça en rayon. Perso, je dis que ça vaut le coup d'aller jusqu'à la pharmacie, mais bon, c'est vous qui voyez, hein.

On cause, on cause et la pâte, pendant ce temps-là, elle fait sa maligne, elle a repris du poil de la bête, elle est bien ronde et lisse. Et hop, on la reprend, on farine le plan de travail et on la martyrise à coup de rouleau à pâtisserie, et on la colle au four, 10 min à Th 5/6 (tout dépend du four, le mien est un malade mental qui chauffe très très vite), après l'avoir piquée de quelques trous de fourchette ou décorée de haricots secs (chacun sa méthode).

Ensuite, on ajoute la préparation au citron dessus et hop, 20 min, pareil pour le four, perso c'est 5, la recette de base indiquait 7/8 ;)

Vous croyez vous en tirer comme ça? Eh non, et la meringue, elle se fait toute seule, les gars? Donc, on monte les blancs en oeufs, si possible dans un robot trop sympa qui fait le boulot à notre place. On les garde tranquillou et pendant ce temps, on met le sucre et l'eau dans une casserole et on fait cuire à feu vif pour obtenir un sirop. On verse ensuite lentement ce sirop dans les blancs (en laissant le robot en route, idéalement, histoire que le mélange tourne bien). Là, sous vos yeux ébahis apparaît une meringue épaisse et satinée (je suis régulièrement à deux doigts d'envisager un masque facial), étalez cette magnifique oeuvre d'art sur la tarte au citron avec une spatule et, top astuce, collez le tout sous le grill quelques micro-minutes (3 dans mon four suffisent).

Voilà, c'est tout. J'espère que vous m'en direz des nouvelles...

mercredi 14 juillet 2010

Respiration

Truc de malade, demain: délaissant temporairement mes passionnantes écritures, je vais respirer l'air naturel, voir du monde et éviter les escarres: dans l'optique d'un remplacement de trois jours en août, je vais passer la journée au restau "habituel".

J'ai hâte.

mardi 15 juin 2010

Mettre les points sur les i...




... Non, je ne suis pas Charlotte + 12 (pas photographe non plus. Bonjour le contre-jour) (pas la reine du rangement, non plus. Bref)

A l'instar de la pièce montée, un mythe tombe. Je sais.


La nougatine était quand même une petite tuerie.

Bon allez, je retourne à mon vrai métier, hein, j'ai un compte-rendu à terminer.

vendredi 30 avril 2010

Le luxe d'une chômeuse

J'avais à peine publié le post hier, évoquant ainsi la page qui se tournait avec la cuisine, que je reçois un coup de téléphone. Une femme, qui a vu mes petites cartes déposées chez l'ostéopathe (comme quoi, ça sert d'avoir un balai dans le dos, on ne mesure pas forcément les conséquences d'un lumbago chronique), et qui souhaitait faire appel à mes services.

Waouh. Je me suis sentie flattée.

Elle voulait, plus précisément, "un panaché de petits gâteaux". "Pour demain, c'est possible?" Euh, il était 19h, la pâte à cannelés nécessite 24 heures de temps de repos, comment dire, ça va pas être simple. Je lui ai donc proposé une livraison pour samedi.

Samedi, samedi... Oui, c'est ça, le 1er mai, jour de la Fête du travail. Un comble, pas vrai ?

Bah, c'est le luxe d'une chômeuse, se pavaner au soleil pendant que les autres carburent et... pouvoir s'octroyer quelques heures de taf durant les jours fériés.

dimanche 25 avril 2010

Retour sur terre

Voilà. Je viens de rentrer de Rennes et de son Café Clochette. La dernière fois, la chute avait été rude, avec le message - sur répondeur - m'annonçant un refus bancaire. Aujourd'hui, j'ai été accueillie par une lettre de Ouest-France, à qui j'avais adressé une candidature spontanée. "Malgré notre désir de vous être utile", écrit le DRH, "il ne nous est pas possible de vous répondre favorablement."

Bien. Même joueur joue encore.

Tout cela ne fait qu'attiser mes regrets. Oh, je sais bien, les regrets sont vains, mieux vaut regarder devant, blablabla. Sauf qu'après une nouvelle semaine en tant que "chef improvisée" (ah ah), j'ai définitivement le sentiment de ne pas être passée loin. Je n'ai jamais eu la prétention de devenir une cuisinière étoilée, bien sûr, mais, aux fourneaux, je me suis sentie dans mon élément. Les choses se faisaient naturellement.

C'est là toute l'ambivalence. Puisque je me sens bien en cuisine et que les portes du journalisme semblent rester closes, pourquoi alors ne pas continuer de creuser la piste? Eh bien, parce que je ne suis pas sûre d'en avoir l'énergie. Et il en faut pour tenir son affaire de main de maître!

Telles les figures dessinées sur les gros ballons gonflables des foires, j'ai l'impression de voir surgir, et fondre sur moi, tous ces sachants qui, tout au long de mon parcours, n'ont cessé de me répéter que c'était dur, la restauration. Ils seraient contents de voir que j'abdique, qu'ils avaient raison et qu'un peu d'expérience m'a cloué le bec.

J'ai adoré élaborer les menus, aller faire les courses (d'autant qu'une surprise vous attend parfois au rayon crémerie...), cuisiner seule, avec un fond musical folk et la compagnie des chats. J'ai adoré cette adrénaline qui monte, au moment du coup de feu, lorsque TOUS les clients arrivent au même moment et TOUTES les tables commandent au même moment. J'ai adoré dresser les assiettes, y ajoutant ma touche perso. J'ai adoré ces conversations à bâtons rompus. J'ai adoré...

Alors, quoi? Eh bien, derrière tout ça, il y a la compta, la paperasse, le ménage, ne pas oublier telle ou telle tâche, s'asseoir cinq minutes en fin de service avant de réaliser qu'on a oublié LE truc à faire, se relever, sentir ses pieds qui poussent... Tout ça, j'en avais conscience. Mais j'ai réalisé que la routine harassante qu'un tel rythme suppose peut devenir gênante, à long terme.

Car il n'y a pas de secret, si vous voulez attirer le chaland, pas question de suggérer un éventuel coup de mou. Il faut rester frais, dispo, souriant, avenant. La Palisse, sors de ce corps? Oui, bien sûr, n'empêche que la débauche d'énergie, pour accomplir les tâches ingrates et invisibles, finit inévitablement par détériorer le lien que l'on a créé avec la clientèle. On finit par s'épuiser. Et lorsque l'on est seul, tout prend des proportions démesurées.

La solitude, justement, parlons-en. Ma plus grosse difficulté aura été de gérer l'attente. De taire l'angoisse devant la salle vide, comme c'est arrivé à deux reprises. Et notamment le samedi soir, où j'ai fini par me préparer une assiette, puis me lancer dans un grand ménage, en attendant le retour de la cafelière.

Tout ça est excitant et aléatoire. Très aléatoire. Actuellement, j'ai seulement besoin d'être rassurée. Je ne veux plus être réveillée en pleine nuit en me disant que, dans quelques jours, c'est de nouveau le grand trou noir qui m'attend et qui peut m'avaler, si je n'y prends pas garde.

Sincèrement, je suis très fière d'avoir remplacé la cafelière une semaine durant. J'ai eu l'illusion de tenir mon affaire, toute seule, enfin. Il n'y a aucun exploit là-dedans, juste la concrétisation d'un vieux rêve et une satisfaction personnelle, qui fait du bien à mon ego malmené. Ceci étant dit, lorsque Pascale m'a demandé, avant de partir, ce que je voulais faire maintenant, si je voulais vraiment abandonner, j'ai senti mes yeux s'embuer, sans que je puisse réellement retenir l'émotion que cette interrogation a suscitée chez moi. Je lui ai évoqué ce regret, je lui ai dit que je trouvais tout ça dommage. Mais le plus délicat, désormais, va être de me relancer dans la vraie vie. Celle où l'on cherche du travail. Où les places sont chères.

Oui, je range la cuisine, non pas au rayon des souvenirs, mais à celui des projets - un jour, peut-être. Mais avec mes deux pieds désormais bien ancrés sur la terre ferme, où vais-je? Je n'ai pas encore trouvé le chemin, et cette nouvelle lettre de refus me confirme que rien n'est acquis, même en "revenant à la raison".

vendredi 23 avril 2010

Entre vide et plein

"Bonjour, c'est possible de réserver une table pour ce soir?"

"Oui, bien sûr."

"Ah oui, et même si vous êtes un café pour les bébés, vous servez du vin, de la bière?"

"Oui, avec les repas, sans problème."

"Super, alors, on sera là pour 20h30."

Après une après-midi passée à me demander si je devais vraiment cuisiner de nouveaux plats ou pas, j'ai donc été rassurée par cet appel: ce soir, il y aurait du monde, pour sûr.

Et vas-y que je me lance dans les cannelloni ricotta-épinards, après les aubergines farcies finalement cuisinées plus tôt. Limite si je n'ai pas stressé qu'il n'y en ait pas pour tout le monde.

Vers 20 heures, j'ai bien vu trois personnes et j'ai songé qu'elles avaient juste un peu d'avance sur l'horaire. Ça m'allait bien, vu que personne, j'ai bien dit personne, n'avait franchi la porte depuis 13h (enfin, si, un fournisseur ma foi physiquement intelligent, je ne sais pas ce qu'ils ont dans la région, mais ils produisent du beau brun ténébreux en masse). Finalement, les silhouettes se sont éloignées. Fausse alerte.

Ensuite, le temps m'a semblé terriblement long. Les minutes se sont égrenées, les unes après les autres, jusqu'à 20h30. Et puis encore après. Ils m'avaient fait faux-bond. J'étais donc là avec des plats à ne plus savoir qu'en faire et je m'insurgeais déjà de l'incivilité de ces faux clients lorsque...

La sonnette a retenti. Ils étaient bien là, avec un léger retard, mais enfin, comment les blâmer? Et comme à chaque fois, la magie opère, on discute autour des recettes, on accroche et le sourire ne nous quitte plus. Oui, drôle de métier, décidément. Entre vide et plein.

jeudi 22 avril 2010

Vides... Les assiettes!

Du monde, un joli tourbillon, avec des familles, de jeunes mamans et leurs rejetons, plus ou moins directs ("J'aime pas les boulettes de jambon!" "Mais t'as pas goûté!" "Mais j'aime pas, c'est sûr"), des jeunes qui profitent de la terrasse, des copines, et surtout, surtout, des assiettes qui reviennent vides, satisfaisant mon ego culinaire et mon ego tout court; la journée a été pleine.

Résultat, à cette heure-ci, je jongle entre trois recettes pour demain, et je m'octroie ce break, ici, rapidement, très rapidement, histoire d'éviter de me coucher à 5 heures du mat.

Oui, Café Clochette était bien vivant aujourd'hui. Le comble dans tout ça, c'est qu'il n'a pas plu. Non, il y avait même un grand soleil sur Rennes. Comme quoi, la vérité d'un jour n'est pas celle du lendemain...

mercredi 21 avril 2010

Le vide et l'hypothèse de la cendre

J'étais fin prête, vous pensez bien, à l'heure du déjeuner. Aude, qui aide la cafelière au service, était là, elle aussi et nous avons donc fait connaissance. J'imaginais déjà la frustration de ne pas savoir qui elle était, consciente du ballet incessant des plats durant le coup de feu.

Tu parles.

La sonnette a retenti. C'était le facteur. Ah. Bon, c'est pas grave, c'est les vacances, les gens mangent plus tard, ils vont venir... Après, jusqu'à 13h30, plus rien. Avec Aude, on a donc pu disserter à loisir autour d'un makloubet et d'un coulant au chocolat, c'était sympa, certes, mais, comment dire, j'aurais imaginé ce premier midi un rien plus animé. Avec des clients, tout ça.

Je sais, je suis une grande rêveuse.

La sonnette a de nouveau retenti. C'était la livreuse de crêpes. Oh. Aude m'a donc laissée, pendant que je renonçais à me lancer dans de nouvelles recettes salées, me contentant d'enfourner les p'tits bonheurs sucrés.

La sonnette a une nouvelle fois retenti. C'était un type de la MJC, qui venait déposer des flyers. Oooooooh. Très physiquement intelligent, tu veux pas rester, monsieur, je te nourrirai de jolies choses... Il est reparti aussi vite qu'il est arrivé, sans entendre le fond de ma pensée.

Voilà, la journée a passé, sans client.

La sonnette a alors retenti. A 17h58, pour une fermeture à 18h. "Vous êtes fermés, c'est ça?" qu'elle me demande, la dame avec une poussette. Petite hésitation. "Oui, enfin, si vous voulez quelque chose, c'est toujours possible (allais-je ouvrir le compteur ? De toute façon, j'avais des madeleines au four, alors quitte à être présente, autant accueillir la cliente).

"Oh, tant pis, je repasserai en fin de semaine. Juste, j'ai un service à vous demander. Puis-je changer ma fille?"

Faites donc, madame, faites donc.

Autant vous dire que moi aussi, j'ai fait retentir la sonnette. Pour aller faire un tour et vérifier qu'aucune cendre volcanique n'était tombée sur la ville rennaise. Vous savez quoi? Les rues étaient bondées. Les rues ensoleillées, dois-je préciser.

Pourvu qu'il pleuve, demain.

mardi 20 avril 2010

J'ai rencontré Joe Pesci au Promocash ( ou comment un ancien infiltré est devenu pizzaiolo)

Ce matin, à peine arrivée au Café Clochette, je devais repartir. Juste le temps de jeter un oeil dans les placards, véritables cavernes d'Ali Baba recelant de mille trésors, et hop, direction Promocash.

OK, c'est pas super glamour. Mais parfois, on y fait les plus folles rencontres...

Il y a un truc auquel je ne me ferais jamais, dans ces grands magasins, ce sont ces &@#scrogneugneu de chariots lourds,forcément conçus par un homme (pour un homme donc, et pour montrer aux femmes, si besoin était, qu'elles ne sont pas issues du sexe faible pour rien. Bref). C'est un effort sans nom de le pousser correctement et surtout de rester digne dans l'épreuve. De fait, j'attirais rapidement les regards de cuistots mal lunés. Repérée, la débutante. Aucune chance de passer pour une restauratrice aguerrie.

Ce n'est pas ça qui allait m'arrêter. J'étais venue avec ma liste, je repartirai avec tout ce que j'avais noté, qu'importe les regards condescendants. J'en étais à ces réflexions pleines d'intelligence (et d'intérêt tout court, évidemment), le nez dans ma liste, à me geler au rayon crémerie lorsque j'entends un "hum". Ah, un ennemi se racle la gorge. Que me vaut cet honneur?

Je suis en plein milieu de l'allée, avec mon scrogneugneu de chariot et le monsieur veut passer. Je bafouille une excuse de fille qui vient d'atterrir de Mars (j'étais dans la Lune, c'est assez voisin) et le monsieur semble surpris.

"Ah, c'est marrant, vous souriez."

Le type, visiblement, n'a plus vu des canines depuis un moment.

"Non, j'dis ça parce que d'habitude, quand je demande à quelqu'un de se ranger, il me crie dessus en me disant de ne SURTOUT pas sourire."

Ça y est, le flash: c'est le sosie de Joe Pesci. Sa façon d'imiter les méchants s'avère convaincante, j'en frissonne (à moins que ce ne soit la température glaciale de la crémerie. Je comprends mieux pourquoi ils se baladent tous avec de grosses doudounes moches, maintenant. Cela dit, ça ne justifie pas les poches, cousues sur tous les côtés).

Content de son effet, il se lâche: "Ici, les gens sont agressifs. Ils croient quoi, eux? Que je viens ici pour le plaisir? En tout cas, j'aime bien faire les courses parce que j'adore mon métier."

Il dit ça en hurlant, un peu à la De Niro dans Raging Bull. J'ai peur. Je veux m'enfuir, mais il me barre la porte de sortie de la crémerie. Et en plus, j'ai pas fini mon plein.

"Hum, tant mieux, hein. C'est vrai que certains restaurateurs finissent par être blasés". J'ai osé. Je vais m'en manger une, de sa grosse paluche - amputée de deux phalanges, la Famille a pas dû apprécié quelques trahisons de sa part.

Pourtant, il me regarde et là, comme ébloui (je sais, je fais souvent cet effet... aux bêtes sauvages), se rapproche de moi. Je crois qu'il a envie de me serrer dans ses bras.

Je me colle direct contre le rayonnage du lait. C'est froid.

"C'est exactement ça! Plus personne n'a la flamme, ils croient que le client va arriver tout cuit, mais c'est fini, ça!

En fait, c'est ça, il ressemble à Joe Pesci mais parle comme De Niro.

S'ensuit alors une conversation surréaliste entre ce cuistot - 35 ans de métier, d'où l'inévitable-vous-savez-c'est-dur-la-restauration - et moi, jeune égarée dans ce monde définitivement pas fait pour moi, trop masculin, trop intimidant. A moins que sa carrure de déménageur ne m'influence un rien. Étrange homme, qui me raconte ses ennuis judiciaires, son ancien restaurant, sa nouvelle activité - il est pizzaiolo ambulant.

Avant de planter ses yeux bleus dans les miens pour me raconter que son frère est le préféré de sa maman, alors que c'est lui qui était au chevet de son père malade. Ou qu'il n'a jamais levé la main sur ses enfants - enfin, si, une fois, "ma fille avait trois ans, elle ne s'est jamais avisée à recommencer." Il mime le geste. Je ne me serais pas aventurée non plus.

Dans mon esprit, j'alterne entre "c'est un gros beauf" et "il est moins con qu'il en a l'air. Serait même touchant, cet idiot." Je suis décontenancée, j'avoue, par ce drôle de personnage, et pas seulement parce que j'ai l'impression de côtoyer Joe Pesci.

Je le laisse parler, et puis, d'un coup, il me demande ce que je fais là. Ce que je fais là, dans la crémerie, à frôler l'hypothermie? Ou ce que je fais là, à Promocash, et donc dans la vie? Je lui résume la situation, envie de créer un lieu de vie convivial, blablabla, formations et stages, compromis de vente, blablabla et les refus bancaires.

"Vous vous êtes pris une sacrée claque, hein?"

En tout cas, j'aimerais pas en prendre une de toi, monsieur, là.

"Non, parce que ça se voit. Je suis psychologue, vous savez, et lorsque je vous ai vue dans le rayon, j'ai bien compris que vous n'étiez pas à votre place ici. Vous êtes trop intellectuelle."

Alors celle-là, on ne me l'avait jamais faite.

"En fait, si personne ne vous a suivie dans votre projet, c'est qu'ils n'ont pas eu confiance en vous. C'est vous, le problème."

Le pire, c'est qu'il assène cela sans méchanceté aucune. Il poursuit alors sur son expérience, lui le cuistot de métier, ayant tout connu, les hauts dans son établissement, les bas ensuite, et puis la chute, le changement de manoeuvre. Comme un ancien infiltré de ce milieu qu'il semble détester - mais à qui il appartient bel et bien, ne serait-ce que par certains tics ou sa tenue et son langage - il s'est repenti, a connu mille et une misères et, de guerre lasse, a pris un camion et s'est transformé en pizzaiolo.

Il se rapproche de moi, puis s'éloigne et ne cesse pas ce troublant va et vient. A vrai dire, j'ai rarement rencontré une personne aussi directe et cash. Il se met à insulter Sarkozy, les pontes du Conseil Général et autres collectivités, avant de s'en prendre aux banquiers, chuchote puis crie "ENC..." comme s'il avait envie que l'ensemble du magasin l'entende (mais les voies de la crémerie, sans être impénétrables, sont closes).

Il raconte comment, lui, définit ses règles, en mimant une fantaisiste scène avec la DSV. J'imagine déjà les inspecteurs ligotés dans le coffre, en attendant qu'une âme charitable les délivre de leur terrrible sort. Trêve de fumisterie, il revient sur mon projet, me donne des conseils et son numéro de téléphone.

Je suis gelée. Lui repart avec le sourire, après un dernier avertissement sur "la pègre" qui règne dans certaines villes. Je précise que je ne me suis pas fait draguer par le clone de Joe Pesci. Non, je crois qu'il a simplement trouvé la seule personne, dans ce magasin, à ne pas faire la gueule, naïve que je suis.

La prochaine fois que je vais chez Promocash, je mets mon masque. Question de crédibilité.

lundi 19 avril 2010

Trois chats, des poissons et un Café Clochette

J'avais un rêve, fut un temps, celui d'ouvrir un restaurant. De mitonner des p'tits plats et d'accueillir du grand, du petit, du joyeux, du stressé, du bobo, du babos, des clients lambda et des originaux...

Enfin, vous voyez le genre.

J'avais donc un rêve, ajourné, va-t-on dire, parce que la crise, le diplôme manquant, les sachants, tout ça, je ne vais vous refaire la génèse de ce plan avorté (vous avez vu, je n'ai pas parlé d'échec? Je mûris, je mûris, non?), si vous lisez ce blog depuis un moment, vous saurez de quoi je parle.

Et pourtant, dès demain, attention, roulement de tambour, j'investis une cuisine - une vraie -pour mitonner des p'tits plats dans un restaurant - un vrai.

Et toute seule, en plus.

Comme une grande.

Parce que, voyez-vous, j'ai trouvé une personne encore plus tordue que moi qui, non contente de m'avoir accueillie une semaine avec quelques commages collatéraux au passage (RIP, la plaque de cuisson), m'a offert un contrat de travail - un vrai, c'est dingue - d'une semaine, pour la remplacer aux fourneaux pendant qu'elle va passer quelques jours de repos bien mérité, loin de la Bretagne.

Et en plus, j'ai eu carte blanche pour établir les menus. Elle est tordue, je vous dis, la cafelière. Attention, je ne me plains pas, perso, ça m'arrange, une telle confiance. Elle m'a même confié ses trois adorables chats et ses poissons.

Comme la cafelière l'a déjà annoncé ici, je pars demain au Café Clochette, avec en poche ma liste de recettes (et de courses à faire) pour éviter la panne sèche, une fois sur place. Avec mon sens de la mesure habituel, j'avais prévu une bonne quinzaine d'entrées, de plats et de desserts.

Euh, Steph, tu y vas une semaine, pas un mois (plus ça va et plus je me parle toute seule, ça me donne l'illusion de converser avec quelqu'un de plus dingue que moi).

Donc, il y aura de la kefta, de l'osso bucco, du poulet coco-vanille, du crumble tomates-oignons, de la tarte à la menthe-feta et des verrines tomates-kiwi, du moelleux au chocolat, du tiramisu aux framboises et pistache, des fraises poêlées au basilic et sa brioche perdue etc etc. Ah, pardon, peut-être avez-vous déjà mangé et je ne voudrais pas vous écoeurer. Mais en tout cas, j'ai de nouveau perdu la notion du temps pendant que je notais cette sélection de recettes et j'avoue, ça ne me déplaît pas.

Pour la suite, ça devrait être sur ce blog, mais si vous avez envie de me suivre, vous pouvez aussi tenter votre chance ici. Bah oui, j'aime bien me dédoubler (l'impression de côtoyer quelqu'un de plus dingue que moi, tout ça). Allez, cauchemar en cuisine, c'est parti!

lundi 8 février 2010

Wait & see

Un mail, dimanche soir.

"Gros succès des assiettes gourmandes! Peux-tu me préparer une fournée de cannelés, madeleines et macarons pour mardi?"

Ça ne mènera peut-être à rien, mais c'est toujours plaisant de répondre à pareille requête. Si j'écoute Pierre, Paul, Jacques, autant que je cesse tout de suite les frais - le statut d'auto-entrepreneur supposant quelques contraintes, forcément. Mais si je me fie à moi-même, je me dis que, sans essayer, je ne risque pas de voir ce qui se passe.

Je suis repassée aux deux restaurants que j'avais démarchés, la semaine dernière. Je ne sais toujours pas s'ils répondront positivement à mon appel du pied, mais les deux ont visiblement apprécié les échantillons sucrés que je leur avais laissés. Cela peut-il les convaincre d'investir? J'en doute. Parce qu'entre acheter un fondant au chocolat industriel à 88 centimes la part et un fait maison à un peu plus d'un euro, certains restaurateurs, pragmatiques, n'hésitent guère et privilégient la rentabilité. Tant pis si c'est au détriment de la qualité.

J'entends leurs arguments, même si, en tant que consommatrice, j'estime le raisonnement gagne-petit et peu commercial. Ne revient-on pas davantage dans un établissement qui fait le choix qualitatif? Dans le même temps, j'imagine qu'ils ont tous cette volonté, au départ, et que nombre d'entre-eux finissent simplement par privilégier le gain de temps et d'argent.

Wait & see, donc. Je ne veux pas sacrifier cette envie d'écriture, d'où la difficulté de s'investir pleinement sur la confection et livraison de gâteaux. Pour autant, lorsque j'ai lu ce mail, j'ai ressenti un p'tit truc, comme une décharge, pensant qu'il y avait peut-être moyen d'ouvrir la voie sur de nouveaux horizons.