J'avais quoi? 4 ans? 5 ans? J'ai pris ma poupée, aux cheveux blonds. La sienne était l'exacte copie, mais avec les cheveux noirs.
Ce n'était pas son anniversaire, mais le sien. Pour ne pas attiser ma jalousie, mes parents avaient décidé de m'offrir, à moi aussi, cette poupée que ma soeur convoitait.
Je me souviens du bonheur que j'ai ressenti à ce moment. Ce sentiment de toute-puissance, je pense, aussi, des années après. Ce souci de partage équitable a guidé notre enfance, à la maison. Si l'une avait, l'autre aussi. Mais au lieu de calmer les élans de chacune, ce processus insidieux a développé un autre sentiment, celui de la rivalité.
Ah, c'est compliqué d'être soeur. On aimerait tout partager avec cet autre nous et on réalise qu'elle est en fait notre antithèse. Qu'elle dit noir quand vous dites blanc. Qu'elle joue les rabat-joie devant votre impulsivité. Qu'elle est sage, réfléchie, posée, quand vous n'êtes qu'une boule de nerfs irréfléchie.
Ma soeur et moi avons grandi avec les mêmes valeurs, mais notre interprétation en a été diamétralement opposée. Lorsque j'ai plongé dans cette nuit sombre de l'anorexie, elle a versé dans la boulimie, ses bonnes joues contrastant avec la sécheresse de mes os. Lorsqu'elle s'est libéré de ses rondeurs, j'ai à mon tour voulu remplir le vide. Jamais synchro. Mais toujours rivales. Pas toujours consciemment, bien sûr.
Je me souviens aussi des posters qui couvraient les murs de sa chambre, sa passion pour Simple Minds, U2 et Indochine, allant même jusqu'à adopter la coiffure de Nicolas Sirkis. Je l'admirais d'en connaître autant sur cette musique alors que j'étais néophyte. Je prenais ses OK, ses Podium et j'essayais de rattraper mon retard, je crois. Elle était beaucoup plus secrète que moi, plus mature. Elle avait aussi souffert de violence verbale, de ces mots qui jamais ne s'effacent. En tant qu'aînée, elle essuyait les plâtres et moi, la cadette, je jouissais des bénéfices de cette première expérience. Je n'en avais pas vraiment conscience, je crois, à l'époque, c'était normal à mes yeux.
Je ne savais pas encore qu'on pouvait souffrir à ce point de ces deux statuts. Le poids de la responsabilité et du scepticisme parental pour l'aînée, la permissivité plus large et les reproches inhérents de l'aînée pour la cadette. Je ne comprenais pas cette gravité qui l'accablait trop souvent à mes yeux. Je voulais juste être heureuse, je crois, souriante et insouciante et j'aurais voulu qu'elle soit ainsi, elle aussi.
Je l'ai vue s'affranchir de ces carcans familiaux, prendre son envol, par la grâce d'études la menant hors de nos frontières et d'un jardin secret qu'elle a su cultiver, quand je ne pouvais m'empêcher de tout raconter. Mais au retour, rien ne changeait, j'étais toujours l'écervelée, à ses yeux. Un peu dingue.
Et puis, les chemins de la vie lui ont permis de libérer sa personnalité, ses envies, d'assouvir ses coups de tête et ses coups de coeur. Elle aussi avait le droit d'exister. Elle a pu construire sa vie personnelle. Et pourtant. Nous étions adultes, les chamailleries auraient dû n'être qu'un lointain et douloureux souvenir mais rien à faire, la rivalité nous opposait toujours, cet élan puéril pourrissait nos relations.
Il aura fallu des blessures des deux côtés, des ruptures, des retrouvailles, des naissances, des accidents de la vie pour que finalement, nos chemins se croisent et que nous apprenions à accepter nos différences. A nous affranchir de cette rivalité en posant les choses. A tolérer la différence.
A admettre que nous ne seront jamais pareilles. Tout en nous reconnaissant vivement, parfois, dans les réactions de l'autre. Une question de sang, j'imagine. D'amour qui ne dit pas son nom, englué dans la pudeur et des histoires qui n'ont plus lieu d'être.
Tout ceci nous appartient. Mais j'avais juste envie, aujourd'hui, de l'écrire.
Bon anniversaire, Isa.
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samedi 5 mars 2011
mardi 22 février 2011
En aparté
Parfois la vie vous rattrape et vous n'y pouvez rien.
Parfois, tout va trop vite et, l'instant, d'après, les minutes s'égrènent lentement, trop lentement.
Je vous ai raconté beaucoup de moi, ici, quitte à tendre le bâton, parfois, pour me faire battre. Mais l'attraction pour l'auto-dérision était plus forte que le reste, que le qu'en dira-t-on, que le risque d'écorner mon image - à quoi bon faire illusion, pas vrai? - auprès de gens de passage, auprès de proches, auprès de lecteurs devenus fidèles.
Oui, je me suis beaucoup livrée et pourtant, dans le moment hors du temps que j'ai vécu ces derniers jours, je ne vois que le silence pour raconter mes états d'âme. Je sais, c'est étrange. Pour une fois, je ne suis pas partageuse. Sachez juste que je suis déchirée, dévastée et enchantée en même temps. J'ignorais que c'était possible. Ou bien je ne me souvenais plus.
Sachez juste que j'ai trouvé un peu de sel, dernièrement, et même si je vais (forcément) y laisser des plumes, je me souviens quel goût a la félicité.
Oui, vous avez raison : c'est bon.
Parfois, tout va trop vite et, l'instant, d'après, les minutes s'égrènent lentement, trop lentement.
Je vous ai raconté beaucoup de moi, ici, quitte à tendre le bâton, parfois, pour me faire battre. Mais l'attraction pour l'auto-dérision était plus forte que le reste, que le qu'en dira-t-on, que le risque d'écorner mon image - à quoi bon faire illusion, pas vrai? - auprès de gens de passage, auprès de proches, auprès de lecteurs devenus fidèles.
Oui, je me suis beaucoup livrée et pourtant, dans le moment hors du temps que j'ai vécu ces derniers jours, je ne vois que le silence pour raconter mes états d'âme. Je sais, c'est étrange. Pour une fois, je ne suis pas partageuse. Sachez juste que je suis déchirée, dévastée et enchantée en même temps. J'ignorais que c'était possible. Ou bien je ne me souvenais plus.
Sachez juste que j'ai trouvé un peu de sel, dernièrement, et même si je vais (forcément) y laisser des plumes, je me souviens quel goût a la félicité.
Oui, vous avez raison : c'est bon.
samedi 28 août 2010
La chair de ma chair
Ah, la vie et ses coïncidences...
J'ai volontairement passé sous silence la seule ombre au tableau de mes dernières vacances, estimant que tout cela ne concernait que les intéressés et que cela n'enlevait rien au bonheur ressenti jusque-là. Pourtant, au sortir d'une salle de ciné, voilà que tout ça me fait écho. Et résonne d'autant plus que j'évoquais aujourd'hui, avec une amie, la fugacité de l'enfance et l'importance de chérir ces précieux instants.
Sans rentrer dans les détails, mon instinct maternel s'est manifesté, la semaine passée, lorsque j'ai senti que mon loulou, certes pas toujours angélique, a été un rien bousculé. Une tierce personne, informée de la situation voilà quelques jours - sans en avoir été témoin - m'a "gentiment" fait remarquer que, quoi qu'il arrive, je défendrai toujours mon fils.
Comment ça, je placerais en priorité la chair de ma chair? Comme une louve avec ses petits, des trucs du genre?
Ben oui. Je n'y vois rien que de très logique.
Je tiens néanmoins à nuancer. Je ne lui donne pas raison à tous les coups. Une chose est sûre, néanmoins (attention, guimauve et violons de sortie) : aussi remuant soit-il, il sera toujours l'être que j'aime le plus au monde. C'est comme ça.
Pourquoi je vous parle de tout ça? Parce que je sors d'une séance bouleversante, celle de "L'Arbre", magnifique oeuvre contant le deuil d'un père, le deuil d'un mari, où une maman, remarquablement jouée par Charlotte Gainsbourg, tente de s'en sortir comme elle le peut, en laissant à chacun de ses enfants le temps et les ressources pour exprimer leurs émotions, sans forcer. Alors que l'amour lui tombe de nouveau dessus, elle sacrifie cet espoir de vie pour donner raison à sa fille, têtue et déterminée.
Elle défend la chair de sa chair. Contre vents et marées.
Elle dit qu'elle se demande comment elle faisait, avant, quand ses enfants n'étaient pas là. Et ajoute qu'elle n'envisage pas sa vie sans eux. Alors même qu'elle les avait menacés de partir sans eux, dans un moment d'épuisement total, en colère contre eux et surtout contre l'injustice de leur sort. Elle ne l'aurait jamais fait. C'est toute l'ambivalence d'être mère.
Comment faisait-elle, avant. Comment ferait-elle, sans eux, maintenant. Au delà de la fiction, telles sont les questions qui m'animent, parfois. Qui animent, j'imagine, n'importe quelle maman. En donnant naissance à son enfant, on rentre dans cette nouvelle dimension où le nouveau né devient l'ultime priorité. Au fur et à mesure des années, la vie reprend ses droits, on s'octroie, ça et là, quelques moments pour soi, pour son couple aussi - quand celui-ci a eu la chance de survivre.
Mais l'enfant passera toujours avant tout. Ce n'est peut-être pas ainsi que toutes les mamans le vivent mais c'est en tout cas ainsi que je l'ai vécu, que je le vis.
La plupart des amis célibataires, qui n'ont à assumer que leur propre peau, ne peuvent pas comprendre. Ils nous trouvent gnangnan, chiantes et trop protectrices avec notre môme. On les voit égoïstes, intolérants et peu conscients de la responsabilité qui nous anime. Voilà, c'est ainsi que le gouffre naît. C'est ainsi que l'on renonce à des amitiés, que l'on croyait fortes, à des bons moments, à ces instants fugaces où l'on ressent la même complicité qui nourrissait nos relations enfantines.
On peut s'accommoder d'un clash. Ou considérer qu'en touchant à un cheveu de notre enfant, l'autre a dépassé la limite. C'est purement instinctif. Je ne suis pas particulièrement rancunière, il me semble, mais oublier des propos désobligeants à l'égard de Loulou - qui, je le répète, n'est pas toujours irréprochable, mais, circonstance atténuante, n'a même pas atteint l'âge de raison - est au delà de mes forces.
Pour revenir à "L'Arbre", la petite fille qui parle à cet immense figuier trouve les ressources pour vivre son deuil; pour vivre tout court. Lorsque sa copine lui demande comment elle fait pour rire alors que son papa est mort, elle lui explique qu'on a deux options : être heureux ou triste. Et qu'elle a choisi d'être heureuse.
C'est ce choix, cette attitude souriante qui vont redonner de la couleur à la vie familiale, du baume au coeur à la maman. Cet hiver, lorsque j'étais mal en point, il m'est arrivé d'observer tranquillement mon loulou, jouant nez au vent, courant en zigzaguant, malicieux, mutin, tellement innocent.
Tout ça est tellement fugace.
Un jour arrivera où le ton deviendra plus grave, où il me demandera d'arrêter de le regarder bêtement, où sa candeur laissera place à de la désinvolture. Comme lorsque, dans "L'Arbre", le fils aîné, déjà grand adolescent, stoppe sa mère, alors qu'elle vient lui masser tendrement les pieds, au bord du lit.
Et moi, je me souviendrai combien Loulou me suppliait, le soir, de lui prodiguer ce même massage des pieds, ses rires dès que j'effleurais le talon. J'aurai toujours en mémoire sa bouille, son énergie, sa collectionnite aigüe et sa passion pour les glaces et le foot. Je saurai pourquoi j'ai pu le défendre, le laisser s'exprimer, quitte à encaisser les regards lourds de reproches, les avis tranchés, les "tu devrais faire ci, tu devrais faire ça."
En attendant, je profite de ces belles années où la chair de ma chair me fait parfois bondir, me met en colère, m'insupporte. Et me fait craquer, tout simplement, d'un simple sourire ou d'une horrible grimace.
Allez voir "L'Arbre" et dites-moi si l'émotion vous a submergé comme elle a pu me submerger.
Quant à faire des enfants, là, c'est vous qui voyez.
J'ai volontairement passé sous silence la seule ombre au tableau de mes dernières vacances, estimant que tout cela ne concernait que les intéressés et que cela n'enlevait rien au bonheur ressenti jusque-là. Pourtant, au sortir d'une salle de ciné, voilà que tout ça me fait écho. Et résonne d'autant plus que j'évoquais aujourd'hui, avec une amie, la fugacité de l'enfance et l'importance de chérir ces précieux instants.
Sans rentrer dans les détails, mon instinct maternel s'est manifesté, la semaine passée, lorsque j'ai senti que mon loulou, certes pas toujours angélique, a été un rien bousculé. Une tierce personne, informée de la situation voilà quelques jours - sans en avoir été témoin - m'a "gentiment" fait remarquer que, quoi qu'il arrive, je défendrai toujours mon fils.
Comment ça, je placerais en priorité la chair de ma chair? Comme une louve avec ses petits, des trucs du genre?
Ben oui. Je n'y vois rien que de très logique.
Je tiens néanmoins à nuancer. Je ne lui donne pas raison à tous les coups. Une chose est sûre, néanmoins (attention, guimauve et violons de sortie) : aussi remuant soit-il, il sera toujours l'être que j'aime le plus au monde. C'est comme ça.
Pourquoi je vous parle de tout ça? Parce que je sors d'une séance bouleversante, celle de "L'Arbre", magnifique oeuvre contant le deuil d'un père, le deuil d'un mari, où une maman, remarquablement jouée par Charlotte Gainsbourg, tente de s'en sortir comme elle le peut, en laissant à chacun de ses enfants le temps et les ressources pour exprimer leurs émotions, sans forcer. Alors que l'amour lui tombe de nouveau dessus, elle sacrifie cet espoir de vie pour donner raison à sa fille, têtue et déterminée.
Elle défend la chair de sa chair. Contre vents et marées.
Elle dit qu'elle se demande comment elle faisait, avant, quand ses enfants n'étaient pas là. Et ajoute qu'elle n'envisage pas sa vie sans eux. Alors même qu'elle les avait menacés de partir sans eux, dans un moment d'épuisement total, en colère contre eux et surtout contre l'injustice de leur sort. Elle ne l'aurait jamais fait. C'est toute l'ambivalence d'être mère.
Comment faisait-elle, avant. Comment ferait-elle, sans eux, maintenant. Au delà de la fiction, telles sont les questions qui m'animent, parfois. Qui animent, j'imagine, n'importe quelle maman. En donnant naissance à son enfant, on rentre dans cette nouvelle dimension où le nouveau né devient l'ultime priorité. Au fur et à mesure des années, la vie reprend ses droits, on s'octroie, ça et là, quelques moments pour soi, pour son couple aussi - quand celui-ci a eu la chance de survivre.
Mais l'enfant passera toujours avant tout. Ce n'est peut-être pas ainsi que toutes les mamans le vivent mais c'est en tout cas ainsi que je l'ai vécu, que je le vis.
La plupart des amis célibataires, qui n'ont à assumer que leur propre peau, ne peuvent pas comprendre. Ils nous trouvent gnangnan, chiantes et trop protectrices avec notre môme. On les voit égoïstes, intolérants et peu conscients de la responsabilité qui nous anime. Voilà, c'est ainsi que le gouffre naît. C'est ainsi que l'on renonce à des amitiés, que l'on croyait fortes, à des bons moments, à ces instants fugaces où l'on ressent la même complicité qui nourrissait nos relations enfantines.
On peut s'accommoder d'un clash. Ou considérer qu'en touchant à un cheveu de notre enfant, l'autre a dépassé la limite. C'est purement instinctif. Je ne suis pas particulièrement rancunière, il me semble, mais oublier des propos désobligeants à l'égard de Loulou - qui, je le répète, n'est pas toujours irréprochable, mais, circonstance atténuante, n'a même pas atteint l'âge de raison - est au delà de mes forces.
Pour revenir à "L'Arbre", la petite fille qui parle à cet immense figuier trouve les ressources pour vivre son deuil; pour vivre tout court. Lorsque sa copine lui demande comment elle fait pour rire alors que son papa est mort, elle lui explique qu'on a deux options : être heureux ou triste. Et qu'elle a choisi d'être heureuse.
C'est ce choix, cette attitude souriante qui vont redonner de la couleur à la vie familiale, du baume au coeur à la maman. Cet hiver, lorsque j'étais mal en point, il m'est arrivé d'observer tranquillement mon loulou, jouant nez au vent, courant en zigzaguant, malicieux, mutin, tellement innocent.
Tout ça est tellement fugace.
Un jour arrivera où le ton deviendra plus grave, où il me demandera d'arrêter de le regarder bêtement, où sa candeur laissera place à de la désinvolture. Comme lorsque, dans "L'Arbre", le fils aîné, déjà grand adolescent, stoppe sa mère, alors qu'elle vient lui masser tendrement les pieds, au bord du lit.
Et moi, je me souviendrai combien Loulou me suppliait, le soir, de lui prodiguer ce même massage des pieds, ses rires dès que j'effleurais le talon. J'aurai toujours en mémoire sa bouille, son énergie, sa collectionnite aigüe et sa passion pour les glaces et le foot. Je saurai pourquoi j'ai pu le défendre, le laisser s'exprimer, quitte à encaisser les regards lourds de reproches, les avis tranchés, les "tu devrais faire ci, tu devrais faire ça."
En attendant, je profite de ces belles années où la chair de ma chair me fait parfois bondir, me met en colère, m'insupporte. Et me fait craquer, tout simplement, d'un simple sourire ou d'une horrible grimace.
Allez voir "L'Arbre" et dites-moi si l'émotion vous a submergé comme elle a pu me submerger.
Quant à faire des enfants, là, c'est vous qui voyez.
mercredi 26 mai 2010
Problématique d'une mère indigne
Far, far away... Je jouais à la maman indigne. Alors que mon loulou avait trois mois, je l'ai laissé, une semaine durant, pour partir à... Mulhouse (youpi), histoire de couper le cordon, de nous habituer, lui et moi, à vivre des séparations.
Il avait huit mois - l'âge où, paraît-il, il ne faut surtout pas laisser son enfant - lorsque je me suis envolée pour Los Angeles. Pour trois semaines.
Oh, à chaque fois, c'était pour le boulot, évidemment, je n'y allais pas (que) pour faire du tourisme.
En vérité, j'ai pleuré nombre de fois, dans ma chambre alsacienne, et plus encore au Motel 6 d'Hollywood. Lorsque j'ai pu quitter la Cité des Anges, j'ai couru de joie sur Hollywood Boulevard, ravie de mettre un terme à ma souffrance, au manque que je ressentais au plus profond de moi.
La situation s'est répétée, pas forcément aussi loin, aussi longtemps mais Loulou comme moi nous sommes accoutumés à ce drôle de rythme. Je ressentais toujours ce petit pincement au coeur, à chaque séparation, surtout lorsque je préparais nos affaires - ma valise, bien sûr, mais aussi une pile de vêtements pour que son papa puisse s'organiser au mieux. Au moment de lui dire au revoir, aussi. Mais enfin, il vivait sa vie, je vivais la mienne et nous nous retrouvions avec ce même bonheur, soulagés de partager de nouveau notre quotidien.
Il était petit et n'avait pas vraiment la notion du temps. Il oubliait. Je me persuadais qu'il ne pouvait pas m'en vouloir.
Ensuite, la vie nous a un peu bousculés. De trois, nous sommes passés à deux. Éviter la fusion, ne pas en faire un fils à maman, j'ai songé à tout ce qu'impliquait une vie de famille mono parentale. C'était comme ça, c'est tout. J'ai continué à partir, à droite, à gauche. Cela ne changeait pas grand-chose. Je préparais toujours nos affaires, ma valise, bien sûr, mais aussi la sienne. Quoiqu'un peu chahuté dans son organisation, son papa était ravi de mes déplacements intempestifs, il pouvait profiter davantage de son fils, lui qui était désormais privé de ce quotidien familial.
Les événements ont fait que je me suis mise à espérer... une routine. Je ne voyais plus mon loulou, accaparée par un rythme infernal au boulot. J'ai décidé de mettre un terme à tout ça, de redéfinir mes priorités. La chair de ma chair, ça représente plus que n'importe quel job, même si celui-ci vous fait goûter aux joies des mégalopoles américaines.
Oui, je savais ce que signifiait une famille mono parentale, pour en avoir vu un exemple, celui d'une amie ayant élevé seule sa fille. Pour autant, je bénéficiais d'une "béquille", en la personne du papa, bien présent. Et lorsque je cochais "parent isolé" dans ma déclaration de revenus, c'était toujours avec un rien de scrupule, comme si je n'étais pas vraiment le cas social que ce statut me conférait.
Des arrivées intempestives, toute essoufflée, à 19h, le discours bien huilé pour parer à toute revendication des employées de la garderie, je suis passée à celles, calmes, apaisées (et chiantes, parfois) de 16h45, jouant à la maman modèle. Le goûter à la main, la main passée dans les cheveux blonds du loulou, ma seule préoccupation était de savoir si sa journée s'était bien passée. Une sorte d'intermède entre deux vies, qui a duré.
Parfois, j'ai résisté, expliqué à Loulou les contraintes d'une vie à se chercher - et à trouver sa voie. Il a protesté, du haut de ses 5, puis 6 ans, mais à vrai dire, il n'avait pas trop le choix. Il s'est habitué à avoir sa maman à disposition, à l'accaparer. En pure maman indigne, je me suis sentie parfois oppressée par cette tâche maternelle - oui, je l'admets - parce que je m'enfermais dans un rôle de mère au foyer qui ne me convient pas.
Fort heureusement, je soufflais régulièrement, d'abord en m'occupant l'esprit avec cette création d'entreprise, ensuite, tout bêtement, en profitant de mes jeudis soirs - où Loulou allait traditionnellement chez son papa - pour me faire un ciné, une petite sortie dans un bar de la ville ou ce genre de menues distractions. Rien de fou, mais une aération régulière et nécessaire. Et, un week-end sur deux, c'était quartier libre, le grand boulevard, la vie sans contraintes, sans repères. Sans Loulou.
Cette solitude récurrente m'a permis de laisser libre cours à ma mélancolie. Plus besoin de taire mes états d'âme, de me montrer disponible, ouverte et résolument concentrée sur les envies mutines ou insolentes de Loulou. Il était en de bonnes mains, occupé, pendant que je vaquais à mes occupations égoïstes.
Vint pourtant un moment où, confrontée à la réalité économique et aux difficultés répétées, j'ai compris qu'il me faudrait probablement quitter la ville pour explorer ailleurs des perspectives plus fructueuses. Une fois de plus, je freinais cette envie, consciente de l'importance pour mon loulou de voir régulièrement son papa.
...
Aujourd'hui, lorsque je coche "parent isolé" dans ma déclaration de revenus, je mesure tout le sens de ce statut. Oh, je vous rassure, pas question de jouer à Cosette ou Caliméro, j'assume complètement cette situation. Simplement, maintenant que je n'ai plus de "béquille", le papa travaillant dans une autre région, me voilà à devoir jongler entre velléités professionnelles et priorités familiales, avec un loulou qui n'a rien demandé et qui n'a pas à souffrir plus que de raison de ce nouveau contexte.
Je découvre pleinement ce qu'est une famille mono parentale. Bizarrement, cela a quelque chose de gratifiant parce qu'au bout de la journée, avoir assuré sur les deux fronts me laisse un sentiment de fierté incroyable (n'oubliez pas que je ne passe plus les portes, depuis hier). Pour le reste, oui, je dois revoir certains plans, et pas des moindres. C'est compliqué. Mais je ne veux pas, surtout, que mon fils se sente comme un poids, un frein.
A moi de lui montrer que loin d'être un fardeau, sa présence s'avère au contraire un moteur. J'ai beau être une mère indigne, c'est son sourire, sa fraîcheur et ses rêves enfantins qui me portent et me donnent envie de croire en des lendemains joyeux. C'est ce mélange détonant d'aplomb et d'innocence qui génère chez moi de la force.
Oui, chaque jour davantage de force, au fur et à mesure qu'il grandit, qu'il comprend - n'hésitant pas, parfois, à en jouer - que sa vie n'est pas forcément aussi classique et stable que celle de ses petits copains.
Qui sait? Peut-être aura-t-il un blog, plus tard, pour y conter à quel point sa mère était folle.
Il avait huit mois - l'âge où, paraît-il, il ne faut surtout pas laisser son enfant - lorsque je me suis envolée pour Los Angeles. Pour trois semaines.
Oh, à chaque fois, c'était pour le boulot, évidemment, je n'y allais pas (que) pour faire du tourisme.
En vérité, j'ai pleuré nombre de fois, dans ma chambre alsacienne, et plus encore au Motel 6 d'Hollywood. Lorsque j'ai pu quitter la Cité des Anges, j'ai couru de joie sur Hollywood Boulevard, ravie de mettre un terme à ma souffrance, au manque que je ressentais au plus profond de moi.
La situation s'est répétée, pas forcément aussi loin, aussi longtemps mais Loulou comme moi nous sommes accoutumés à ce drôle de rythme. Je ressentais toujours ce petit pincement au coeur, à chaque séparation, surtout lorsque je préparais nos affaires - ma valise, bien sûr, mais aussi une pile de vêtements pour que son papa puisse s'organiser au mieux. Au moment de lui dire au revoir, aussi. Mais enfin, il vivait sa vie, je vivais la mienne et nous nous retrouvions avec ce même bonheur, soulagés de partager de nouveau notre quotidien.
Il était petit et n'avait pas vraiment la notion du temps. Il oubliait. Je me persuadais qu'il ne pouvait pas m'en vouloir.
Ensuite, la vie nous a un peu bousculés. De trois, nous sommes passés à deux. Éviter la fusion, ne pas en faire un fils à maman, j'ai songé à tout ce qu'impliquait une vie de famille mono parentale. C'était comme ça, c'est tout. J'ai continué à partir, à droite, à gauche. Cela ne changeait pas grand-chose. Je préparais toujours nos affaires, ma valise, bien sûr, mais aussi la sienne. Quoiqu'un peu chahuté dans son organisation, son papa était ravi de mes déplacements intempestifs, il pouvait profiter davantage de son fils, lui qui était désormais privé de ce quotidien familial.
Les événements ont fait que je me suis mise à espérer... une routine. Je ne voyais plus mon loulou, accaparée par un rythme infernal au boulot. J'ai décidé de mettre un terme à tout ça, de redéfinir mes priorités. La chair de ma chair, ça représente plus que n'importe quel job, même si celui-ci vous fait goûter aux joies des mégalopoles américaines.
Oui, je savais ce que signifiait une famille mono parentale, pour en avoir vu un exemple, celui d'une amie ayant élevé seule sa fille. Pour autant, je bénéficiais d'une "béquille", en la personne du papa, bien présent. Et lorsque je cochais "parent isolé" dans ma déclaration de revenus, c'était toujours avec un rien de scrupule, comme si je n'étais pas vraiment le cas social que ce statut me conférait.
Des arrivées intempestives, toute essoufflée, à 19h, le discours bien huilé pour parer à toute revendication des employées de la garderie, je suis passée à celles, calmes, apaisées (et chiantes, parfois) de 16h45, jouant à la maman modèle. Le goûter à la main, la main passée dans les cheveux blonds du loulou, ma seule préoccupation était de savoir si sa journée s'était bien passée. Une sorte d'intermède entre deux vies, qui a duré.
Parfois, j'ai résisté, expliqué à Loulou les contraintes d'une vie à se chercher - et à trouver sa voie. Il a protesté, du haut de ses 5, puis 6 ans, mais à vrai dire, il n'avait pas trop le choix. Il s'est habitué à avoir sa maman à disposition, à l'accaparer. En pure maman indigne, je me suis sentie parfois oppressée par cette tâche maternelle - oui, je l'admets - parce que je m'enfermais dans un rôle de mère au foyer qui ne me convient pas.
Fort heureusement, je soufflais régulièrement, d'abord en m'occupant l'esprit avec cette création d'entreprise, ensuite, tout bêtement, en profitant de mes jeudis soirs - où Loulou allait traditionnellement chez son papa - pour me faire un ciné, une petite sortie dans un bar de la ville ou ce genre de menues distractions. Rien de fou, mais une aération régulière et nécessaire. Et, un week-end sur deux, c'était quartier libre, le grand boulevard, la vie sans contraintes, sans repères. Sans Loulou.
Cette solitude récurrente m'a permis de laisser libre cours à ma mélancolie. Plus besoin de taire mes états d'âme, de me montrer disponible, ouverte et résolument concentrée sur les envies mutines ou insolentes de Loulou. Il était en de bonnes mains, occupé, pendant que je vaquais à mes occupations égoïstes.
Vint pourtant un moment où, confrontée à la réalité économique et aux difficultés répétées, j'ai compris qu'il me faudrait probablement quitter la ville pour explorer ailleurs des perspectives plus fructueuses. Une fois de plus, je freinais cette envie, consciente de l'importance pour mon loulou de voir régulièrement son papa.
...
Aujourd'hui, lorsque je coche "parent isolé" dans ma déclaration de revenus, je mesure tout le sens de ce statut. Oh, je vous rassure, pas question de jouer à Cosette ou Caliméro, j'assume complètement cette situation. Simplement, maintenant que je n'ai plus de "béquille", le papa travaillant dans une autre région, me voilà à devoir jongler entre velléités professionnelles et priorités familiales, avec un loulou qui n'a rien demandé et qui n'a pas à souffrir plus que de raison de ce nouveau contexte.
Je découvre pleinement ce qu'est une famille mono parentale. Bizarrement, cela a quelque chose de gratifiant parce qu'au bout de la journée, avoir assuré sur les deux fronts me laisse un sentiment de fierté incroyable (n'oubliez pas que je ne passe plus les portes, depuis hier). Pour le reste, oui, je dois revoir certains plans, et pas des moindres. C'est compliqué. Mais je ne veux pas, surtout, que mon fils se sente comme un poids, un frein.
A moi de lui montrer que loin d'être un fardeau, sa présence s'avère au contraire un moteur. J'ai beau être une mère indigne, c'est son sourire, sa fraîcheur et ses rêves enfantins qui me portent et me donnent envie de croire en des lendemains joyeux. C'est ce mélange détonant d'aplomb et d'innocence qui génère chez moi de la force.
Oui, chaque jour davantage de force, au fur et à mesure qu'il grandit, qu'il comprend - n'hésitant pas, parfois, à en jouer - que sa vie n'est pas forcément aussi classique et stable que celle de ses petits copains.
Qui sait? Peut-être aura-t-il un blog, plus tard, pour y conter à quel point sa mère était folle.
mercredi 12 mai 2010
48 heures dans la vie d'une chômeuse
Ouh la la, je ne suis pas mourue, j'ai simplement expérimenté en vrai le concept de la fille coupée en deux depuis 48 heures. Me voilà un rien lessivée, mais waouh, que c'est bon, toute cette énergie. Tiens, d'ailleurs, après mon 24 heures, qui m'avait valu le commentaire peu amène d'une anonyme -me conseillant de jeter mon ordinateur (!) et de renoncer à la littérature de gare - je ne peux résister à la tentation de vous raconter mes dernières 48h. Du suspense, de la souffrance, des larmes, des cris, des rires, vous allez voir, vous allez voir... J'arrête le jingle à la sauce M6, vous allez finir par y croire et vous seriez déçus. Allez, flashback...
19h45 - J'ai posté mon message, j'attends encore un peu et je n'y crois plus. C'était une fausse alerte, sans doute, ce job. Un peu désappointée, et d'autant plus que j'avais demandé à l'Ex de garder Loulou, j'appelle ce dernier, histoire de prendre des nouvelles et, pourquoi pas, sur un malentendu, de le récupérer. Une heure plus tard, loulou m'écrase de tout son poids, confortablement installé dans le canapé. L'Ex a bien voulu le ramener à la maison. Tu parles d'une soirée studieuse...
22h- J'avais oublié qu'un Loulou, ça dort pas toujours. Me voilà à chasser les monstres et à implorer le marchand de sable de rappliquer vite fait.
2h - J'avais oublié qu'une mouette tourmentée, ça dort pas toujours. Une semaine que mon sommeil est perturbé. Me voilà à implorer le marchand de sable de montrer sa fraise vite fait.
7h20 - J'ai dormi trois minutes. Enfin, c'est l'impression que j'ai, au son du radio-réveil qui s'est déclenché. Wax Tailor chante "Say yes" et j'ai juste envie de lui répondre no.
7h35 - Au moins, j'aurais profité d'un quart d'heure de sommeil au cours de cette nuit agitée. Pff.
8h35 - J'annonce à Loulou que je viendrai le chercher à la sortie de l'école, sacrifiant ainsi nombre de velléités personnelles (chercher un travail, m'insérer dans la vie active, tout ça). Loulou, sans conscience aucune des incidences tragiques de cette décision sur mon avenir professionnel - comment ça, j'exagère - sourit. Ça vaut le coup de faire des concessions.
8h40- Je suis parano ou la maîtresse de Loulou me regarde bizarrement? Tout ça pour quelques malheureux cernes et un épi capillaire? Pffffffff.
9h- Je l'appelle? Je l'appelle pas? Elle m'a quand même plantée, cette DRH, avec ses tests auxquels je n'ai pas eu le loisir de répondre.
9h01 - C'est dingue, quand même, ils ont besoin de quelqu'un et ils ne rappellent même pas.
9h02- Euh, cela dit, j'ai un peu besoin d'un travail.
9h03 - Je reprends du thé.
9h04 - Je la rappelle. Elle a envoyé ses tests à 17h30, m'assure-t-elle. Jamais rien reçu. "Pourquoi n'avez-vous pas rappelé?" Bah, et toi, Madame, ai-je envie de lui répondre.
9h05 - Toujours se souvenir que j'ai besoin d'un travail.
9h06 - Elle me propose de m'envoyer de nouveau les tests. Si je pouvais y répondre pour hier, rapport que le travail doit démarrer lundi prochain, ce serait drôlement bien.
9h07 - Je lui précise que ma journée est chargée et pleine de rendez-vous, à 10h, midi, 15h (sans compter la sortie d'école de Loulou, mais je n'en dis rien, petite maligne que je suis). Et que ça ne va pas être easy-easy de traiter cela au plus vite.
9h08 - Elle me demande si je suis toujours intéressée par le poste. Je ne comprends même pas qu'elle puisse en douter.
9h35 - Voilà, j'ai eu l'envoi. Un intitulé me fait frémir: QCM culture générale. Soudain, le triste souvenir de mon plantage me revient en mémoire. J'ouvre le document. Je m'en sors bien, c'est plus simple. L'autre QCM, sur l'orthographe et la grammaire, s'avère également doux comme un agneau. Ouf.
11h30- Mon rendez-vous a traîné en longueur et l'annulation de la séance de basket arrive à point nommé. La DRH m'a parlé d'un test de trois heures, si tout va bien, j'aurais fini avant d'aller chercher Loulou à l'école.
11h31 - J'ai ouvert tous les documents et instructions. Je commence à lire.
11h32 - J'appelle l'Ex. Maman aura la tête de Papa, ce soir, à la sortie de l'école. Impossible de faire autrement.
14h48 - Je dois quitter momentanément mon poste de travail, rendez-vous oblige. J'ai dû retranscrire trente minutes sur un son de trois heures. Je sens que la soirée va être longue.
16h15- Passage express chez Promocash. Dans l'optique des cent madeleines et autant de cannelés et macarons, j'ai besoin de nouveaux moules pour accélérer le mouvement. Je songe à cette image de la fille coupée en deux et je sais déjà que je vais passer ma soirée entre le salon, à retranscrire cette foutue réunion, et la cuisine, pour enchaîner les fournées de cannelés. Ma vie est un bordel sans nom. Au bout d'une tête de gondole, deux femmes s'échinent pour savoir si oui ou non elles prennent le stock de purée Mousline soldé à 50%. Vive la cuisine authentique... Ma vie est un bordel sans nom, mais j'ai des valeurs, moi. Vade retro, la purée Mousline, vive les plats maison... Un éclair de lucidité et je me souviens que j'ai 300 gâteaux maison à préparer pour demain. En plus du test, je veux dire. Ma vie est un bordel sans nom, de fait.
16h30 - Allez, cette fois, c'est reparti.
20h- Je me demande si la bande-son a réellement une fin.
20h35 - J'envisage une pause dîner avec, ô suprême folie, l'allumage de télé et un petit moment de bonheur devant Hondelatte et son "Faites entrer l'accusé" (il me fait beaucoup rire).
20h50 - Je dois me rendre à l'évidence. Je ne connaîtrais jamais le fin mot de l'histoire. Afin d'apaiser ma frustration, je n'éteins pas la télé, seulement le son.
21h12 - Ma première tournée de cannelés est officiellement cramée. Mauvaise idée que d'avoir mis deux moules simultanément. Les petites bêtes me narguent, avec leur tête noircie. La soirée va être looooooongue.
23h45- Bercée par le rythme du minuteur, je me lève à chaque sonnerie, histoire de vérifier que les cannelés dorent correctement. Dans le salon, on parle accessibilité des handicapés et fonds de financement pour aménager des ascenseurs et autres marches à contrastes. Et puis d'ACMO et de travaux dans la lingerie. Je suis à fond.
1h15 - Cette fois, les cannelés sont tous cuits et en boîte. La cuisine ressemble à un champ de bataille. Je me décide à la nettoyer.
1h45- Cette fois, j'ai écouté l'intégralité de la bande - trois heures. Allez, quelques retouches, deux-trois vérifications sur les noms et on n'en parle plus.
3h50 - Les retouches prennent du temps. C'était peut-être pas une si bonne idée de vouloir écouter de nouveau la bande.
5h03 - Alléluia! J'ai fini! J'envoie aussitôt le document à la DRH.
5h04 - J'ai comme un doute, là.
5h05 - C'est bien ce que je pensais. En fait, je viens seulement de réaliser une partie du travail. J'ai retranscrit in extenso. Maintenant, je dois retravailler le texte, le débarrasser de ses fioritures. Le tailler au scalpel.
5h06 - Je serais suicidaire, je me taillerais les veines, tiens.
6h32 - Je jette un oeil à la télé, que j'avais oubliée. Mon dieu, c'est Télématin, mais c'est pas vrai, il est quelle heure?
6h33 - Je sens une bouffée de fierté m'envahir. Ma dernière nuit blanche remonte à... un temps où je pouvais encore les assumer, j'imagine. Mais surtout, je n'ai pris AUCUNE substance pour tenir - pas même un carré de chocolat. Tout juste pourrais-je admettre une légère addiction aux réflexions débiles d'un syndiqué, qui n'en finit plus de prolonger la réunion -et mon calvaire.
6h34 - Je suis droguée au travail, en fait.
6h35 - J'ai toujours pensé que ce n'était pas si bon que ça pour la santé, le travail, en fait.
6h36 - D'ailleurs, j'en pleure. Des larmes de fatigue. Je n'ai aucune résistance, finalement. Je ravale ma fierté.
6h44 - Alléluia! J'ai fini! J'envoie aussitôt le document à la DRH.
6h45 - J'ai comme la migraine, là.
6h46 - Un oeil sur ma messagerie, puis sur les fenêtres ouvertes de mon ordi. Tiens, je fais 3615ma vie sur Facebook en évoquant ma nuit blanche. Je suis pathétique.
6h47- Je vais me coucher.
6h48- J'ai oublié de me démaquiller.
6h49 - C'est chiant, d'être une fille.
6h50- J'adore mon lit, il n'est plus qu'à quelques centimètres de moi lorsque...
6h51 - Je réalise que je n'ai pas fait la pâte à madeleines. Celle qui doit reposer une heure au minimum. Avec une livraison à 16h30, ce ne serait pas du luxe de prendre un peu d'avance.
6h52 - L'odeur du beurre fondu à cette heure, je sais pas, j'ai un peu de mal.
7h - Allez, cette fois, j'y vais.
7h01 - Non, je ne peux décemment pas laisser la cuisine et la vaisselle dans cet état.
7h12 - Cette fois, je suis au lit.
7h13 - J'ai oublié de me laver les dents.
7h14 - Je renonce à la perfection (ah ah).
7h20- J'entends de la musique. C'est mon radio-réveil qui m'annonce qu'il est l'heure de se lever.
7h21 - Mon radio-réveil est un grand comique. Comme j'ai également mangé un clown, je lui coupe la chique. J'ai fait pareil avec les téléphones, d'ailleurs.
7h43- Je pensais que trois pages suffiraient pour me plonger dans un sommeil profond. Camille Laurens, sa romance nerveuse et sa rancoeur immense me tiennent en éveil. Saleté.
11h - J'ai dormi trois minutes.
11h30- Au moins, le four va me réchauffer et chasser ces frissons qui secouent mon corps las.
15h30 - Pâtisseries OK, ménage OK, Mouette KO. Dans une heure, je dois jouer à la serveuse, à l'occasion d'un buffet.
15h31 - Pourquoi j'ai pas de Guronsan chez moi?
16h - Je me prépare un deuxième expresso.
16h10 - Coup d'oeil à ma messagerie. "Votre candidature a été retenue". Je relis. Je souris. J'ai le poste!
16h30 - Arrivée au restau. La journée peut commencer.
18h31 - "Va voir la dame en rouge, elle veut te parler de tes gâteaux!" me dit ma "boss", pendant le buffet.
18h33 - "C'est pas tout ça, mais au boulot!" me rappelle ma boss, me libérant de l'emprise de la dame en rouge qui adooooooore mes douceurs. Évidemment, je n'ai amené aucune carte.
18h35 - "Ils sont bons, ces gâteaux", lâche le Maire, toujours dans les bons plans, en gobant un macaron. Ma boss me gratifie d'un clin d'oeil. Je suis bouffée par la vanité.
18h45 - Les pique-assiettes sont partis, nous laissant avec plus de deux cents verres sales. Le silence reprend progressivement ses droits. Un peu de vaisselle, du rangement et je file.
19h45 - Retrouvailles avec Loulou. Après avoir joué à cache-cache avec lui, je vais profiter de ces quelques jours de l'Ascension pour rester sagement à ses côtés. Dans la cuisine, je retrouve mon deuxième expresso, intact, que j'ai oublié de boire avant de partir. Finalement, je n'en aurais pas eu besoin pour rester éveillée.
Y'a pas à dire. Ma vie est un sacré bordel. Et j'aime sacrément ça.
19h45 - J'ai posté mon message, j'attends encore un peu et je n'y crois plus. C'était une fausse alerte, sans doute, ce job. Un peu désappointée, et d'autant plus que j'avais demandé à l'Ex de garder Loulou, j'appelle ce dernier, histoire de prendre des nouvelles et, pourquoi pas, sur un malentendu, de le récupérer. Une heure plus tard, loulou m'écrase de tout son poids, confortablement installé dans le canapé. L'Ex a bien voulu le ramener à la maison. Tu parles d'une soirée studieuse...
22h- J'avais oublié qu'un Loulou, ça dort pas toujours. Me voilà à chasser les monstres et à implorer le marchand de sable de rappliquer vite fait.
2h - J'avais oublié qu'une mouette tourmentée, ça dort pas toujours. Une semaine que mon sommeil est perturbé. Me voilà à implorer le marchand de sable de montrer sa fraise vite fait.
7h20 - J'ai dormi trois minutes. Enfin, c'est l'impression que j'ai, au son du radio-réveil qui s'est déclenché. Wax Tailor chante "Say yes" et j'ai juste envie de lui répondre no.
7h35 - Au moins, j'aurais profité d'un quart d'heure de sommeil au cours de cette nuit agitée. Pff.
8h35 - J'annonce à Loulou que je viendrai le chercher à la sortie de l'école, sacrifiant ainsi nombre de velléités personnelles (chercher un travail, m'insérer dans la vie active, tout ça). Loulou, sans conscience aucune des incidences tragiques de cette décision sur mon avenir professionnel - comment ça, j'exagère - sourit. Ça vaut le coup de faire des concessions.
8h40- Je suis parano ou la maîtresse de Loulou me regarde bizarrement? Tout ça pour quelques malheureux cernes et un épi capillaire? Pffffffff.
9h- Je l'appelle? Je l'appelle pas? Elle m'a quand même plantée, cette DRH, avec ses tests auxquels je n'ai pas eu le loisir de répondre.
9h01 - C'est dingue, quand même, ils ont besoin de quelqu'un et ils ne rappellent même pas.
9h02- Euh, cela dit, j'ai un peu besoin d'un travail.
9h03 - Je reprends du thé.
9h04 - Je la rappelle. Elle a envoyé ses tests à 17h30, m'assure-t-elle. Jamais rien reçu. "Pourquoi n'avez-vous pas rappelé?" Bah, et toi, Madame, ai-je envie de lui répondre.
9h05 - Toujours se souvenir que j'ai besoin d'un travail.
9h06 - Elle me propose de m'envoyer de nouveau les tests. Si je pouvais y répondre pour hier, rapport que le travail doit démarrer lundi prochain, ce serait drôlement bien.
9h07 - Je lui précise que ma journée est chargée et pleine de rendez-vous, à 10h, midi, 15h (sans compter la sortie d'école de Loulou, mais je n'en dis rien, petite maligne que je suis). Et que ça ne va pas être easy-easy de traiter cela au plus vite.
9h08 - Elle me demande si je suis toujours intéressée par le poste. Je ne comprends même pas qu'elle puisse en douter.
9h35 - Voilà, j'ai eu l'envoi. Un intitulé me fait frémir: QCM culture générale. Soudain, le triste souvenir de mon plantage me revient en mémoire. J'ouvre le document. Je m'en sors bien, c'est plus simple. L'autre QCM, sur l'orthographe et la grammaire, s'avère également doux comme un agneau. Ouf.
11h30- Mon rendez-vous a traîné en longueur et l'annulation de la séance de basket arrive à point nommé. La DRH m'a parlé d'un test de trois heures, si tout va bien, j'aurais fini avant d'aller chercher Loulou à l'école.
11h31 - J'ai ouvert tous les documents et instructions. Je commence à lire.
11h32 - J'appelle l'Ex. Maman aura la tête de Papa, ce soir, à la sortie de l'école. Impossible de faire autrement.
14h48 - Je dois quitter momentanément mon poste de travail, rendez-vous oblige. J'ai dû retranscrire trente minutes sur un son de trois heures. Je sens que la soirée va être longue.
16h15- Passage express chez Promocash. Dans l'optique des cent madeleines et autant de cannelés et macarons, j'ai besoin de nouveaux moules pour accélérer le mouvement. Je songe à cette image de la fille coupée en deux et je sais déjà que je vais passer ma soirée entre le salon, à retranscrire cette foutue réunion, et la cuisine, pour enchaîner les fournées de cannelés. Ma vie est un bordel sans nom. Au bout d'une tête de gondole, deux femmes s'échinent pour savoir si oui ou non elles prennent le stock de purée Mousline soldé à 50%. Vive la cuisine authentique... Ma vie est un bordel sans nom, mais j'ai des valeurs, moi. Vade retro, la purée Mousline, vive les plats maison... Un éclair de lucidité et je me souviens que j'ai 300 gâteaux maison à préparer pour demain. En plus du test, je veux dire. Ma vie est un bordel sans nom, de fait.
16h30 - Allez, cette fois, c'est reparti.
20h- Je me demande si la bande-son a réellement une fin.
20h35 - J'envisage une pause dîner avec, ô suprême folie, l'allumage de télé et un petit moment de bonheur devant Hondelatte et son "Faites entrer l'accusé" (il me fait beaucoup rire).
20h50 - Je dois me rendre à l'évidence. Je ne connaîtrais jamais le fin mot de l'histoire. Afin d'apaiser ma frustration, je n'éteins pas la télé, seulement le son.
21h12 - Ma première tournée de cannelés est officiellement cramée. Mauvaise idée que d'avoir mis deux moules simultanément. Les petites bêtes me narguent, avec leur tête noircie. La soirée va être looooooongue.
23h45- Bercée par le rythme du minuteur, je me lève à chaque sonnerie, histoire de vérifier que les cannelés dorent correctement. Dans le salon, on parle accessibilité des handicapés et fonds de financement pour aménager des ascenseurs et autres marches à contrastes. Et puis d'ACMO et de travaux dans la lingerie. Je suis à fond.
1h15 - Cette fois, les cannelés sont tous cuits et en boîte. La cuisine ressemble à un champ de bataille. Je me décide à la nettoyer.
1h45- Cette fois, j'ai écouté l'intégralité de la bande - trois heures. Allez, quelques retouches, deux-trois vérifications sur les noms et on n'en parle plus.
3h50 - Les retouches prennent du temps. C'était peut-être pas une si bonne idée de vouloir écouter de nouveau la bande.
5h03 - Alléluia! J'ai fini! J'envoie aussitôt le document à la DRH.
5h04 - J'ai comme un doute, là.
5h05 - C'est bien ce que je pensais. En fait, je viens seulement de réaliser une partie du travail. J'ai retranscrit in extenso. Maintenant, je dois retravailler le texte, le débarrasser de ses fioritures. Le tailler au scalpel.
5h06 - Je serais suicidaire, je me taillerais les veines, tiens.
6h32 - Je jette un oeil à la télé, que j'avais oubliée. Mon dieu, c'est Télématin, mais c'est pas vrai, il est quelle heure?
6h33 - Je sens une bouffée de fierté m'envahir. Ma dernière nuit blanche remonte à... un temps où je pouvais encore les assumer, j'imagine. Mais surtout, je n'ai pris AUCUNE substance pour tenir - pas même un carré de chocolat. Tout juste pourrais-je admettre une légère addiction aux réflexions débiles d'un syndiqué, qui n'en finit plus de prolonger la réunion -et mon calvaire.
6h34 - Je suis droguée au travail, en fait.
6h35 - J'ai toujours pensé que ce n'était pas si bon que ça pour la santé, le travail, en fait.
6h36 - D'ailleurs, j'en pleure. Des larmes de fatigue. Je n'ai aucune résistance, finalement. Je ravale ma fierté.
6h44 - Alléluia! J'ai fini! J'envoie aussitôt le document à la DRH.
6h45 - J'ai comme la migraine, là.
6h46 - Un oeil sur ma messagerie, puis sur les fenêtres ouvertes de mon ordi. Tiens, je fais 3615ma vie sur Facebook en évoquant ma nuit blanche. Je suis pathétique.
6h47- Je vais me coucher.
6h48- J'ai oublié de me démaquiller.
6h49 - C'est chiant, d'être une fille.
6h50- J'adore mon lit, il n'est plus qu'à quelques centimètres de moi lorsque...
6h51 - Je réalise que je n'ai pas fait la pâte à madeleines. Celle qui doit reposer une heure au minimum. Avec une livraison à 16h30, ce ne serait pas du luxe de prendre un peu d'avance.
6h52 - L'odeur du beurre fondu à cette heure, je sais pas, j'ai un peu de mal.
7h - Allez, cette fois, j'y vais.
7h01 - Non, je ne peux décemment pas laisser la cuisine et la vaisselle dans cet état.
7h12 - Cette fois, je suis au lit.
7h13 - J'ai oublié de me laver les dents.
7h14 - Je renonce à la perfection (ah ah).
7h20- J'entends de la musique. C'est mon radio-réveil qui m'annonce qu'il est l'heure de se lever.
7h21 - Mon radio-réveil est un grand comique. Comme j'ai également mangé un clown, je lui coupe la chique. J'ai fait pareil avec les téléphones, d'ailleurs.
7h43- Je pensais que trois pages suffiraient pour me plonger dans un sommeil profond. Camille Laurens, sa romance nerveuse et sa rancoeur immense me tiennent en éveil. Saleté.
11h - J'ai dormi trois minutes.
11h30- Au moins, le four va me réchauffer et chasser ces frissons qui secouent mon corps las.
15h30 - Pâtisseries OK, ménage OK, Mouette KO. Dans une heure, je dois jouer à la serveuse, à l'occasion d'un buffet.
15h31 - Pourquoi j'ai pas de Guronsan chez moi?
16h - Je me prépare un deuxième expresso.
16h10 - Coup d'oeil à ma messagerie. "Votre candidature a été retenue". Je relis. Je souris. J'ai le poste!
16h30 - Arrivée au restau. La journée peut commencer.
18h31 - "Va voir la dame en rouge, elle veut te parler de tes gâteaux!" me dit ma "boss", pendant le buffet.
18h33 - "C'est pas tout ça, mais au boulot!" me rappelle ma boss, me libérant de l'emprise de la dame en rouge qui adooooooore mes douceurs. Évidemment, je n'ai amené aucune carte.
18h35 - "Ils sont bons, ces gâteaux", lâche le Maire, toujours dans les bons plans, en gobant un macaron. Ma boss me gratifie d'un clin d'oeil. Je suis bouffée par la vanité.
18h45 - Les pique-assiettes sont partis, nous laissant avec plus de deux cents verres sales. Le silence reprend progressivement ses droits. Un peu de vaisselle, du rangement et je file.
19h45 - Retrouvailles avec Loulou. Après avoir joué à cache-cache avec lui, je vais profiter de ces quelques jours de l'Ascension pour rester sagement à ses côtés. Dans la cuisine, je retrouve mon deuxième expresso, intact, que j'ai oublié de boire avant de partir. Finalement, je n'en aurais pas eu besoin pour rester éveillée.
Y'a pas à dire. Ma vie est un sacré bordel. Et j'aime sacrément ça.
jeudi 21 janvier 2010
Les possibilités d'une vie
Même si j'ai caressé un temps (lointain!) l'espoir d'écrire pour une revue de cinéma, je ne vais pas me transformer du jour au lendemain en chroniqueuse du 7e art. Non, sans aucune prétention, je voulais juste rebondir sur le thème d'un film - Mr Nobody - que j'ai vu ce soir.
Les choix que la vie nous impose et les multiples possibilités qui en découlent.
Tout ça est narré dans un joyeux bazar, parfois poétique, parfois lugubre, avec l'impression de rentrer, parfois, au tréfonds de notre conscience et de vivre sur grand écran un peu de ce qui anime nos rêves nocturnes. A vrai dire, je suis sortie de la séance un rien chamboulée.
J'ai conscience du caractère vain des regrets. "Et si j'avais fait ça..." "Et si j'avais dit ça..." Et si ma tante en avait, ajouterait le gros lourdaud du coin, bref, vous connaissez le refrain. La vie est une somme de choix qui se présentent à nous, que l'on décide de prendre, ou pas, voilà un bon poncif, me direz-vous. N'empêche, ça ne vous arrive jamais, de penser à la vie que vous pourriez mener - pas forcément meilleure, pas forcément pire, mais différente, inévitablement - si, à tel moment, vous aviez pris une autre option?
Je pense parfois à ce qui ce serait passé si, au lieu de croire aux chimères d'un amoureux italien fou et alcoolique, j'avais regardé autour de moi, et vu le jeune homme qui me tendait une perche - lui qui me semblait tellement plus fade que mon héros d'alors. Ou cédé aux histoires sans lendemain qui s'offraient à moi, au lieu de vivre avec gravité une passion à l'issue désastreuse.
Je pense à la femme que je serais devenue si j'avais contré plus tôt l'insidieuse anorexie qui s'est installée dans mon adolescence, cédant ensuite sa place à une boulimie destructrice qui aura, elle aussi, laissé des plaies.
Je pense à la journaliste que j'aurais pu être, si j'étais restée à La Voix du Nord, et à la vie que j'aurais mené à Lille plutôt qu'ici.
Je pense à l'expatriée que j'aurais pu devenir, si j'étais allée au bout de mes envies new-yorkaises.
Je pense à la lassitude qui m'aurait définitivement envahie, si j'avais continué de travailler dans ce magazine que je rêvais tellement d'intégrer.
Je pense à la marmaille que je pourrais avoir, si je m'étais écoutée, aux week-ends en famille que j'aurais pu passer, au confort de la vie de couple, si je n'avais décidé, un jour, de renoncer à cette vie toute tracée par pur besoin d'indépendance et de liberté.
Et pour supporter mon reflet dans le miroir, aussi.
Je pense à ces vies, à ce destin, pas meilleur. Pas pire. Seulement différent. Voilà pourquoi je ne regrette rien. Nous avons mille possibilités qui s'offrent à nous. Ce sont nos convictions les plus profondes, cette volonté de ne pas se mentir à soi-même, qui tracent notre chemin. Et qui font de nous ce que nous sommes.
Pas meilleur, pas pire que dans une autre vie. Seulement riche de ces expériences, heureuses ou pas.
Les choix que la vie nous impose et les multiples possibilités qui en découlent.
Tout ça est narré dans un joyeux bazar, parfois poétique, parfois lugubre, avec l'impression de rentrer, parfois, au tréfonds de notre conscience et de vivre sur grand écran un peu de ce qui anime nos rêves nocturnes. A vrai dire, je suis sortie de la séance un rien chamboulée.
J'ai conscience du caractère vain des regrets. "Et si j'avais fait ça..." "Et si j'avais dit ça..." Et si ma tante en avait, ajouterait le gros lourdaud du coin, bref, vous connaissez le refrain. La vie est une somme de choix qui se présentent à nous, que l'on décide de prendre, ou pas, voilà un bon poncif, me direz-vous. N'empêche, ça ne vous arrive jamais, de penser à la vie que vous pourriez mener - pas forcément meilleure, pas forcément pire, mais différente, inévitablement - si, à tel moment, vous aviez pris une autre option?
Je pense parfois à ce qui ce serait passé si, au lieu de croire aux chimères d'un amoureux italien fou et alcoolique, j'avais regardé autour de moi, et vu le jeune homme qui me tendait une perche - lui qui me semblait tellement plus fade que mon héros d'alors. Ou cédé aux histoires sans lendemain qui s'offraient à moi, au lieu de vivre avec gravité une passion à l'issue désastreuse.
Je pense à la femme que je serais devenue si j'avais contré plus tôt l'insidieuse anorexie qui s'est installée dans mon adolescence, cédant ensuite sa place à une boulimie destructrice qui aura, elle aussi, laissé des plaies.
Je pense à la journaliste que j'aurais pu être, si j'étais restée à La Voix du Nord, et à la vie que j'aurais mené à Lille plutôt qu'ici.
Je pense à l'expatriée que j'aurais pu devenir, si j'étais allée au bout de mes envies new-yorkaises.
Je pense à la lassitude qui m'aurait définitivement envahie, si j'avais continué de travailler dans ce magazine que je rêvais tellement d'intégrer.
Je pense à la marmaille que je pourrais avoir, si je m'étais écoutée, aux week-ends en famille que j'aurais pu passer, au confort de la vie de couple, si je n'avais décidé, un jour, de renoncer à cette vie toute tracée par pur besoin d'indépendance et de liberté.
Et pour supporter mon reflet dans le miroir, aussi.
Je pense à ces vies, à ce destin, pas meilleur. Pas pire. Seulement différent. Voilà pourquoi je ne regrette rien. Nous avons mille possibilités qui s'offrent à nous. Ce sont nos convictions les plus profondes, cette volonté de ne pas se mentir à soi-même, qui tracent notre chemin. Et qui font de nous ce que nous sommes.
Pas meilleur, pas pire que dans une autre vie. Seulement riche de ces expériences, heureuses ou pas.
samedi 5 décembre 2009
Croire en ses rêves, final part
Je suis rentrée, un peu bousculée, et j'ai repris le cours de ma vie. Les CV étaient déposés, il ne me restait plus qu'à attendre, un peu.
Mais mon rêve avait pris du plomb dans l'aile. L'attitude de mon amoureux me faisait douter quant à la suite des aventures et je savais maintenant que pour survivre à Manhattan, il faudrait prendre deux emplois. Genre pigiste et serveuse.
Je continuais pourtant d'y croire. Mais cela ne me faisait plus rêver. Simplement, j'avais envie de vivre l'expérience, d'aller au bout de mes envies.
Les mois ont passé. Les tensions avec mon amoureux s'accentuaient. Alors qu'il était au départ the cherry on the cake dans cette aventure, il en était devenu - à mes yeux, du moins - un frein majeur.
Le magazine de basket a fini par me répondre. Je ne correspondais pas au profil (je ne maîtrise pas le slang, il est vrai). Le journal de l'ONU cherchait en revanche un journaliste et j'ai donc reçu une offre... Non rémunérée. Aïe.
Le jour de mes 25 ans, de façon symbolique, j'ai décidé qu'il était temps de clore ce chapitre. Comme par hasard, en descendant chercher mon courrier à la boîte aux lettres, j'ai eu la surprise de découvrir une enveloppe tamponnée de ce "Condé Nast" tant espéré. La maison qui gère tous les magazines féminines (Cosmo, Glamour et cie). Ils me proposaient un entretien.
Dans ma tête, pourtant, j'étais allée au bout. Je n'avais plus la flamme. J'ai rangé le courrier, souriant de l'ironie de la situation.
Voilà comment les rêves les plus prenants sont parfois relégués au rayon des souvenirs. Sans regrets.
Pourquoi vous ai-je raconté tout ça? Sans doute parce qu'aujourd'hui, cette histoire fait écho avec ce que je suis en train de vivre. Cette fois, l'aventure, parce que je suis allée plus loin, m'a semblé (un peu) plus à ma portée.
Mais elle n'en était pas moins complexe.
Aujourd'hui, elle aussi a pris du plomb dans l'aile.
Mais mon rêve avait pris du plomb dans l'aile. L'attitude de mon amoureux me faisait douter quant à la suite des aventures et je savais maintenant que pour survivre à Manhattan, il faudrait prendre deux emplois. Genre pigiste et serveuse.
Je continuais pourtant d'y croire. Mais cela ne me faisait plus rêver. Simplement, j'avais envie de vivre l'expérience, d'aller au bout de mes envies.
Les mois ont passé. Les tensions avec mon amoureux s'accentuaient. Alors qu'il était au départ the cherry on the cake dans cette aventure, il en était devenu - à mes yeux, du moins - un frein majeur.
Le magazine de basket a fini par me répondre. Je ne correspondais pas au profil (je ne maîtrise pas le slang, il est vrai). Le journal de l'ONU cherchait en revanche un journaliste et j'ai donc reçu une offre... Non rémunérée. Aïe.
Le jour de mes 25 ans, de façon symbolique, j'ai décidé qu'il était temps de clore ce chapitre. Comme par hasard, en descendant chercher mon courrier à la boîte aux lettres, j'ai eu la surprise de découvrir une enveloppe tamponnée de ce "Condé Nast" tant espéré. La maison qui gère tous les magazines féminines (Cosmo, Glamour et cie). Ils me proposaient un entretien.
Dans ma tête, pourtant, j'étais allée au bout. Je n'avais plus la flamme. J'ai rangé le courrier, souriant de l'ironie de la situation.
Voilà comment les rêves les plus prenants sont parfois relégués au rayon des souvenirs. Sans regrets.
Pourquoi vous ai-je raconté tout ça? Sans doute parce qu'aujourd'hui, cette histoire fait écho avec ce que je suis en train de vivre. Cette fois, l'aventure, parce que je suis allée plus loin, m'a semblé (un peu) plus à ma portée.
Mais elle n'en était pas moins complexe.
Aujourd'hui, elle aussi a pris du plomb dans l'aile.
vendredi 4 décembre 2009
Croire en ses rêves, part five
Un rien intimidée, je frappe à la porte blindée-customisée aux impacts de balle. L'accueil est plus mitigé qu'espéré mais enfin, je suis là, je reste, hein.
Dehors, il faisait froid, très froid. La tendance aurait été de rester bien au chaud et de passer des vacances tranquille. Mais je n'étais pas là pour ça.
Tous les matins, je prenais donc le métro, toujours accompagnée d'un membre de la famille de mon amoureux - il y avait plein de cousins, cousines, ils vivaient en communauté - qui me laissaient à hauteur de Harlem, la conscience tranquille, vaquer à mes propres occupations pendant qu'eux reprenaient les leurs.
J'ai découvert qu'ils se sentaient en fait responsables et estimaient qu'il valait mieux m'accompagner, tant que la rame de métro traversait le Bronx. En fait, c'était étonnant d'être à ce point dépendante d'eux, tout là haut, et autonome à Manhattan.
Sous la neige, je suis partie déposer des CV, à droite, à gauche, avec une lettre de motivation. Je visais principalement un magazine de basket et des revues féminines. Je rentrais dans ces immenses lobbys dorés, au plafond très haut et à la déco parfois kitch. Un réceptionniste prenait le courrier en souriant, annonçant qu'il transmettrait. Je n'étais pas sûre de sa sincérité, mais enfin, c'était la seule solution pour proposer sa candidature. En France, on trouverait la démarche culottée, j'imagine. Elle est usuelle outre-Atlantique.
Je me sentais un peu bizarre, à vrai dire, d'en passer par là, mais cela ne me coûtait pas grand-chose. Le soir, je rentrais sagement "à la maison", toute seule, cette fois. Au fil des jours, j'en étais à me dire que le Bronx n'était pas le quartier gangrené que l'on racontait. La seule légère agression que j'avais subie, c'était celle d'un homme dans le métro, un Américain blanc, alcoolique. Rien de bien méchant.
En fait, je cherchais juste à rester discrète, à ne pas faire de vagues, car ma présence dans ce quartier était un rien atypique. Un soir qu'un groupe de jeunes se lançait des boules de neige, j'ai manqué m'en prendre une en plein visage. Juste avant qu'elle arrive à ma hauteur, j'ai pensé : "je ne dis rien, surtout, si je suis touchée." Parano?
Pas sûre. Un jour, nous sommes parties, avec la cousine de mon amoureux, faire quelques courses dans le petit supermarché de la rue. Rien à signaler, a priori. Et puis, en arrivant, on s'aperçoit qu'il manquait un ingrédient. La cousine n'a pas eu le temps de me retenir que j'étais repartie.
"Non, non, attends!"
Trop tard. En rentrant dans le magasin, les mêmes gens indifférents à ma présence, cinq minutes plus tôt, m'ont dévisagée de pied en cap. L'hostilité était palpable. Je n'étais plus accompagnée, donc plus légitime. Je n'avais rien à faire ici.
Je n'ai rien dit en rentrant. Tout le monde en avait conscience. D'ailleurs, le lendemain, la même cousine a accepté avec joie que l'un de ses copains nous ramène de Manhattan au Bronx.
"Tu sais, le métro, ça craint un peu dans le coin", m'a-t-elle expliqué.
Sauf que le métro, parce qu'il est souterrain, ne nous rien laisse entrevoir de la réalité de la rue. C'est en traversant le Bronx que j'ai compris que tout ça n'était pas (forcément) un mythe. Le South Bronx, sorte de ville-fantôme, pullulait de junkies. Les dealers de crack regardaient notre fourgonnette et j'ai compris qu'un voyeurisme exacerbé pourrait avoir de fâcheuses conséquences.
Je me suis tue. C'est moi qui avais voulu y aller. Et puis, au delà de la découverte d'un monde insolite et rugueux, il y avait cette recherche d'emploi, tout aussi nouvelle pour moi, dont j'allais connaître les retombées quelques mois plus tard...
A suivre...
Dehors, il faisait froid, très froid. La tendance aurait été de rester bien au chaud et de passer des vacances tranquille. Mais je n'étais pas là pour ça.
Tous les matins, je prenais donc le métro, toujours accompagnée d'un membre de la famille de mon amoureux - il y avait plein de cousins, cousines, ils vivaient en communauté - qui me laissaient à hauteur de Harlem, la conscience tranquille, vaquer à mes propres occupations pendant qu'eux reprenaient les leurs.
J'ai découvert qu'ils se sentaient en fait responsables et estimaient qu'il valait mieux m'accompagner, tant que la rame de métro traversait le Bronx. En fait, c'était étonnant d'être à ce point dépendante d'eux, tout là haut, et autonome à Manhattan.
Sous la neige, je suis partie déposer des CV, à droite, à gauche, avec une lettre de motivation. Je visais principalement un magazine de basket et des revues féminines. Je rentrais dans ces immenses lobbys dorés, au plafond très haut et à la déco parfois kitch. Un réceptionniste prenait le courrier en souriant, annonçant qu'il transmettrait. Je n'étais pas sûre de sa sincérité, mais enfin, c'était la seule solution pour proposer sa candidature. En France, on trouverait la démarche culottée, j'imagine. Elle est usuelle outre-Atlantique.
Je me sentais un peu bizarre, à vrai dire, d'en passer par là, mais cela ne me coûtait pas grand-chose. Le soir, je rentrais sagement "à la maison", toute seule, cette fois. Au fil des jours, j'en étais à me dire que le Bronx n'était pas le quartier gangrené que l'on racontait. La seule légère agression que j'avais subie, c'était celle d'un homme dans le métro, un Américain blanc, alcoolique. Rien de bien méchant.
En fait, je cherchais juste à rester discrète, à ne pas faire de vagues, car ma présence dans ce quartier était un rien atypique. Un soir qu'un groupe de jeunes se lançait des boules de neige, j'ai manqué m'en prendre une en plein visage. Juste avant qu'elle arrive à ma hauteur, j'ai pensé : "je ne dis rien, surtout, si je suis touchée." Parano?
Pas sûre. Un jour, nous sommes parties, avec la cousine de mon amoureux, faire quelques courses dans le petit supermarché de la rue. Rien à signaler, a priori. Et puis, en arrivant, on s'aperçoit qu'il manquait un ingrédient. La cousine n'a pas eu le temps de me retenir que j'étais repartie.
"Non, non, attends!"
Trop tard. En rentrant dans le magasin, les mêmes gens indifférents à ma présence, cinq minutes plus tôt, m'ont dévisagée de pied en cap. L'hostilité était palpable. Je n'étais plus accompagnée, donc plus légitime. Je n'avais rien à faire ici.
Je n'ai rien dit en rentrant. Tout le monde en avait conscience. D'ailleurs, le lendemain, la même cousine a accepté avec joie que l'un de ses copains nous ramène de Manhattan au Bronx.
"Tu sais, le métro, ça craint un peu dans le coin", m'a-t-elle expliqué.
Sauf que le métro, parce qu'il est souterrain, ne nous rien laisse entrevoir de la réalité de la rue. C'est en traversant le Bronx que j'ai compris que tout ça n'était pas (forcément) un mythe. Le South Bronx, sorte de ville-fantôme, pullulait de junkies. Les dealers de crack regardaient notre fourgonnette et j'ai compris qu'un voyeurisme exacerbé pourrait avoir de fâcheuses conséquences.
Je me suis tue. C'est moi qui avais voulu y aller. Et puis, au delà de la découverte d'un monde insolite et rugueux, il y avait cette recherche d'emploi, tout aussi nouvelle pour moi, dont j'allais connaître les retombées quelques mois plus tard...
A suivre...
jeudi 3 décembre 2009
Croire en ses rêves, part four
"Où ça? Dans le Bronx?"
Mes parents, qui ne goûtaient déjà pas vraiment à mes envies d'ailleurs, sont restés un peu abasourdis devant la nouvelle. Pour Noël, ils avaient accepté de m'offrir ce vol aller-retour pour New York. De là à m'envoyer dans le Bronx...
Personnellement, je n'avais pas trop envie d'envisager un quelconque problème. OK, c'est pas forcément le coin le mieux famé du monde. Mais enfin, les films, tout ça, c'est une chose. Dans le Bronx, c'est aussi certainement civilisé, ça a dû s'arranger depuis le nettoyage de la municipalité.
Comment ça, je disais ça pour me rassurer?
Je suis arrivée le 31 décembre 1998 à New York. Dans l'avion, on avait fêté le nouvel an et les petites bulles me permettaient d'atténuer la tristesse que je ressentais: mon amoureux ne m'attendait pas à l'aéroport, coincé à Miami pour une réunion familiale.
Autant vous dire que le prix d'une chambre à Manhattan le soir du Réveillon, c'est une folie tout sauf douce. Alors, deux nuits en cette période et voilà que j'étais (de nouveau) à sec.
Le troisième jour, mon amoureux rentrait chez lui. J'essaie d'effacer de ma mémoire cette solitude inouïe que j'ai ressentie, dans ces rues peuplées de fêtards. De ne garder en tête que le spectacle de New York vidée de ses voitures, par la grâce de la police montée et d'une folle randonnée collective jusqu'à Times Square.
Je range mes bagages et quitte ce lieu de luxure (une auberge de jeunesse avec toilettes collectives, un vrai bonheur) et hèle le premier taxi, genre la new-yorkaise-à-qui-on-ne-la-fait-pas.
Il s'arrête. Je lui donne l'adresse. Il me regarde avec des yeux ronds et fait non avec la main. Je ferme la porte. Il part à toute vitesse.
Quoi, y'a un problème?
Deuxième taxi. Je lui donne l'adresse. Il me regarde avec des yeux teintés de surprise.
"Are you sure, miss? You know exactly where it is?"
Oui, OK, on ne va pas exactement sur Park Avenue, mais enfin, pas la peine d'en faire des tonnes non plus. Il accepte de me prendre en charge, jetant seulement ses yeux inquiets vers moi, dans son rétroviseur. Nous roulons assez longuement. Mon amoureux habite à hauteur de la 165e rue. Sur Le Routard, j'ai lu un jour qu'il fallait éviter, en tant qu'étranger blanc, de se balader au delà de la 115e.
Bah.
Le taxi s'arrête. Je règle, je crois lire un sourire d'empathie sur son visage. J'ouvre la porte de l'immeuble et là, dans la cage d'escalier devant moi, un junkie, le bras suspendu, qui vient visiblement de prendre sa dose.
Au secours.
"Miss, miss!!" Le taxi. Il s'est trompé de rue, nous ne sommes pas à Sherman Avenue mais à Sheridan, une rue parallèle. Je repars donc avec lui, laissant là le junkie.
Lorsque j'entre dans le bâtiment de mon amoureux, pas de scène macabre. Seulement des impacts de balle sur les portes blindées.
Bah.
A suivre...
Mes parents, qui ne goûtaient déjà pas vraiment à mes envies d'ailleurs, sont restés un peu abasourdis devant la nouvelle. Pour Noël, ils avaient accepté de m'offrir ce vol aller-retour pour New York. De là à m'envoyer dans le Bronx...
Personnellement, je n'avais pas trop envie d'envisager un quelconque problème. OK, c'est pas forcément le coin le mieux famé du monde. Mais enfin, les films, tout ça, c'est une chose. Dans le Bronx, c'est aussi certainement civilisé, ça a dû s'arranger depuis le nettoyage de la municipalité.
Comment ça, je disais ça pour me rassurer?
Je suis arrivée le 31 décembre 1998 à New York. Dans l'avion, on avait fêté le nouvel an et les petites bulles me permettaient d'atténuer la tristesse que je ressentais: mon amoureux ne m'attendait pas à l'aéroport, coincé à Miami pour une réunion familiale.
Autant vous dire que le prix d'une chambre à Manhattan le soir du Réveillon, c'est une folie tout sauf douce. Alors, deux nuits en cette période et voilà que j'étais (de nouveau) à sec.
Le troisième jour, mon amoureux rentrait chez lui. J'essaie d'effacer de ma mémoire cette solitude inouïe que j'ai ressentie, dans ces rues peuplées de fêtards. De ne garder en tête que le spectacle de New York vidée de ses voitures, par la grâce de la police montée et d'une folle randonnée collective jusqu'à Times Square.
Je range mes bagages et quitte ce lieu de luxure (une auberge de jeunesse avec toilettes collectives, un vrai bonheur) et hèle le premier taxi, genre la new-yorkaise-à-qui-on-ne-la-fait-pas.
Il s'arrête. Je lui donne l'adresse. Il me regarde avec des yeux ronds et fait non avec la main. Je ferme la porte. Il part à toute vitesse.
Quoi, y'a un problème?
Deuxième taxi. Je lui donne l'adresse. Il me regarde avec des yeux teintés de surprise.
"Are you sure, miss? You know exactly where it is?"
Oui, OK, on ne va pas exactement sur Park Avenue, mais enfin, pas la peine d'en faire des tonnes non plus. Il accepte de me prendre en charge, jetant seulement ses yeux inquiets vers moi, dans son rétroviseur. Nous roulons assez longuement. Mon amoureux habite à hauteur de la 165e rue. Sur Le Routard, j'ai lu un jour qu'il fallait éviter, en tant qu'étranger blanc, de se balader au delà de la 115e.
Bah.
Le taxi s'arrête. Je règle, je crois lire un sourire d'empathie sur son visage. J'ouvre la porte de l'immeuble et là, dans la cage d'escalier devant moi, un junkie, le bras suspendu, qui vient visiblement de prendre sa dose.
Au secours.
"Miss, miss!!" Le taxi. Il s'est trompé de rue, nous ne sommes pas à Sherman Avenue mais à Sheridan, une rue parallèle. Je repars donc avec lui, laissant là le junkie.
Lorsque j'entre dans le bâtiment de mon amoureux, pas de scène macabre. Seulement des impacts de balle sur les portes blindées.
Bah.
A suivre...
mercredi 2 décembre 2009
Croire en ses rêves, part three
Love at first sight. Quitte à être cliché, autant y aller à fond.
Je me suis retournée. Le boulet en question était sur son vélo et il affichait un sacré sourire. Beau comme un dieu. Limite si je ne me suis pas retournée pour voir derrière mon épaule à qui il s'adressait vraiment.
Bon, au début, j'ai résisté, je l'ai envoyé gentiment paître - j'avais déjà le dossier Victor à régler.
Mais comment résiste-t-on au coup de foudre, hein?
Il était donc là sur son vélo et il m'a emmenée déjeuner. Oui, comme ça. Le fait que je me nourrisse exclusivement de salades de fruits depuis deux ou trois jours ne m'a pas incité à minauder plus longtemps, bien sûr, mais enfin, au delà de cela, j'étais sous le charme.
Je suis une faible fille.
Souvent, lorsqu'un homme me plaît, je bégaie, je ne sais pas quoi dire, je perds mes moyens, je me trouve nulle et je fais tout à l'envers. J'ai une faculté assez effarante à me rendre transparente, je dois l'avouer.
Mais là, rien de tout ça. Tout était naturel. Le fait que l'on partage un repas, que je l'attende, le vélo à la main, parce qu'il avait un pli à déposer dans l'une des deux Tours, que l'on se parle comme si nous nous connaissions depuis toujours.
Chabadabada, chabadabada, ba ba ba, chabadabada...
Je sais, c'est mielleux, tout sucré, mais voilà, c'était magique.
Bon, cela a failli virer au mauvais film de série B, dès le lendemain, lorsque Victor nous attendait au pied de mon auberge de jeunesse, cherchant à se battre avec mon nouvel amoureux.
Eh, les gars, c'est fini, là, on a rangé les épées depuis un bail.
Je dis ça et au delà de l'affolement initial, j'étais bien évidemment flattée de tout ce cirque. Mais vous allez-me dire, quel rapport avec la choucroute? Avec ce blog? Avec ce rêve de journaliste frenchie aux States?
J'y viens, j'y viens.
J'étais partie avec des rêves de grandeur cet été-là, j'en repartais avec des étoiles plein les yeux et l'envie irrépressible de revenir au plus vite à New York. J'avais un rêve et maintenant un amoureux là-bas. Tout était calé: à Noël, j'allais repartir à l'assaut de la Big Apple. J'avais même maintenant où dormir:
Dans le Bronx.
A suivre...
Je me suis retournée. Le boulet en question était sur son vélo et il affichait un sacré sourire. Beau comme un dieu. Limite si je ne me suis pas retournée pour voir derrière mon épaule à qui il s'adressait vraiment.
Bon, au début, j'ai résisté, je l'ai envoyé gentiment paître - j'avais déjà le dossier Victor à régler.
Mais comment résiste-t-on au coup de foudre, hein?
Il était donc là sur son vélo et il m'a emmenée déjeuner. Oui, comme ça. Le fait que je me nourrisse exclusivement de salades de fruits depuis deux ou trois jours ne m'a pas incité à minauder plus longtemps, bien sûr, mais enfin, au delà de cela, j'étais sous le charme.
Je suis une faible fille.
Souvent, lorsqu'un homme me plaît, je bégaie, je ne sais pas quoi dire, je perds mes moyens, je me trouve nulle et je fais tout à l'envers. J'ai une faculté assez effarante à me rendre transparente, je dois l'avouer.
Mais là, rien de tout ça. Tout était naturel. Le fait que l'on partage un repas, que je l'attende, le vélo à la main, parce qu'il avait un pli à déposer dans l'une des deux Tours, que l'on se parle comme si nous nous connaissions depuis toujours.
Chabadabada, chabadabada, ba ba ba, chabadabada...
Je sais, c'est mielleux, tout sucré, mais voilà, c'était magique.
Bon, cela a failli virer au mauvais film de série B, dès le lendemain, lorsque Victor nous attendait au pied de mon auberge de jeunesse, cherchant à se battre avec mon nouvel amoureux.
Eh, les gars, c'est fini, là, on a rangé les épées depuis un bail.
Je dis ça et au delà de l'affolement initial, j'étais bien évidemment flattée de tout ce cirque. Mais vous allez-me dire, quel rapport avec la choucroute? Avec ce blog? Avec ce rêve de journaliste frenchie aux States?
J'y viens, j'y viens.
J'étais partie avec des rêves de grandeur cet été-là, j'en repartais avec des étoiles plein les yeux et l'envie irrépressible de revenir au plus vite à New York. J'avais un rêve et maintenant un amoureux là-bas. Tout était calé: à Noël, j'allais repartir à l'assaut de la Big Apple. J'avais même maintenant où dormir:
Dans le Bronx.
A suivre...
mardi 1 décembre 2009
Croire en ses rêves, part two
Cela fait partie des anecdotes dont ma maman se souvient parfaitement. Elle était au travail (avantage du jet lag...) lorsqu'elle reçut un coup de fil de sa cadette.
"Maman, j'ai plus de sous, je me suis fait voler ma carte."
Miss Catastrophe était de retour. Ce n'était ni la première, ni la dernière péripétie à mon actif et, considérant que ma chambre avait déjà été réglée et que l'été est parfaitement propice à une alimentation très frugale, ces dix jours qui restaient n'allaient pas me pousser à faire la manche sur les trottoirs impitoyables de Manhattan. J'avais même calculé qu'en mangeant une salade de fruits le midi et le soir, j'aurais de quoi retourner à l'aéroport sans encombres.
Ouf.
Je suis allée piteusement chercher l'argent que ma mère avait eu la gentillesse de déposer à La Poste, en France, pour revenir dans un bureau Western Union, moyennant une commission absolument dantesque. Pas le choix, je n'avais pas un sou, ne serait-ce pour prendre un quelconque métro.
J'ai également fait la connaissance d'un policier au nom français (Henri, je crois), d'origine haïtienne, en fait, qui a pris ma plainte au commissariat du coin. On a disserté ensemble, la scène avait quelque chose de cocasse.
Moi qui voulais prendre un maximum de repères sur les us et coutumes américains, j'étais servie.
Légèrement déprimée, j'avais perdu de mon allant. Rencontré un Victor pour le moins collant, Américain naturalisé qui, profitant de ma vulnérabilité passagère, me parlait déjà mariage (!). Quant à mes idées d'aller m'installer à New York, elles continuaient, contre toute attente, à m'animer. Ni un banal vol, ni les températures harassantes, ni un gars empressé et oppressant n'allaient avoir de prise sur ma motivation.
Parce que, étrangement, j'avais l'impression d'être simplement moi-même, là-bas. Sans artifice. Il y a un phénomène très étrange à New York: point névralgique de multiples tendances, temple des fashionistas, la mégalopole offre dans le même temps une liberté d'être, d'exister, sans jugement.
Et je ne vous dis pas parce que je me baladais en tongs.
Enfin, un peu quand même.
Bref, je déambulais donc en tongs, longue jupe baba et zéro allure glamour, à proximité des Twin Towers (nous étions en 1998...) lorsque j'entends une voix.
"Hey, Miss, come on, wait!"
Encore un boulet, j'imagine.
A suivre...
"Maman, j'ai plus de sous, je me suis fait voler ma carte."
Miss Catastrophe était de retour. Ce n'était ni la première, ni la dernière péripétie à mon actif et, considérant que ma chambre avait déjà été réglée et que l'été est parfaitement propice à une alimentation très frugale, ces dix jours qui restaient n'allaient pas me pousser à faire la manche sur les trottoirs impitoyables de Manhattan. J'avais même calculé qu'en mangeant une salade de fruits le midi et le soir, j'aurais de quoi retourner à l'aéroport sans encombres.
Ouf.
Je suis allée piteusement chercher l'argent que ma mère avait eu la gentillesse de déposer à La Poste, en France, pour revenir dans un bureau Western Union, moyennant une commission absolument dantesque. Pas le choix, je n'avais pas un sou, ne serait-ce pour prendre un quelconque métro.
J'ai également fait la connaissance d'un policier au nom français (Henri, je crois), d'origine haïtienne, en fait, qui a pris ma plainte au commissariat du coin. On a disserté ensemble, la scène avait quelque chose de cocasse.
Moi qui voulais prendre un maximum de repères sur les us et coutumes américains, j'étais servie.
Légèrement déprimée, j'avais perdu de mon allant. Rencontré un Victor pour le moins collant, Américain naturalisé qui, profitant de ma vulnérabilité passagère, me parlait déjà mariage (!). Quant à mes idées d'aller m'installer à New York, elles continuaient, contre toute attente, à m'animer. Ni un banal vol, ni les températures harassantes, ni un gars empressé et oppressant n'allaient avoir de prise sur ma motivation.
Parce que, étrangement, j'avais l'impression d'être simplement moi-même, là-bas. Sans artifice. Il y a un phénomène très étrange à New York: point névralgique de multiples tendances, temple des fashionistas, la mégalopole offre dans le même temps une liberté d'être, d'exister, sans jugement.
Et je ne vous dis pas parce que je me baladais en tongs.
Enfin, un peu quand même.
Bref, je déambulais donc en tongs, longue jupe baba et zéro allure glamour, à proximité des Twin Towers (nous étions en 1998...) lorsque j'entends une voix.
"Hey, Miss, come on, wait!"
Encore un boulet, j'imagine.
A suivre...
lundi 30 novembre 2009
Croire en ses rêves, part one
Un jour, j'ai évoqué l'un de mes rêves passés, ici. Un rêve pour lequel j'ai consacré beaucoup d'énergie, de temps. Un rêve qui a échoué.
Après ma découverte de l'Amérique, dans mes jeunes et naïves années, j'ai caressé l'espoir de travailler aux Etats-Unis. Ne doutant de rien, je souhaitais écrire dans un magazine, à New York.
Pourquoi New York? C'était l'évidence. C'est tellement cliché, et pourtant cette ville a quelque chose de so unique que cela ne pouvait être que là-bas. New York vous booste, vous donne ce sentiment de liberté inouï. Vous laisse l'impression que tout est possible.
Je savais que derrière l'apparence, rien n'allait être si simple, bien sûr. Mais j'avais quoi, 23 ans. Insouciante et sans attaches. La volonté de vivre autrement. Je me suis engouffrée dans la brèche.
Je me suis renseignée sur les modalités, la "green card", la fiscalité, le statut d'expatrié... Tout cela me semblait d'autant plus lointain que je travaillais encore. Pourtant, l'idée me séduisait chaque jour un peu plus. Je me disais juste que ça mettrait du temps, que je devais simplement être patiente et peaufiner le projet.
J'ai rédigé mon CV en anglais. Je ne l'ai pas déposé immédiatement. J'avais besoin de passer du temps dans la Grosse Pomme, sentir la ville, analyser froidement si tout ceci n'était que fantasme ou si mon rêve pouvait se concrétiser.
Voir si j'étais folle ou seulement fofolle.
Profitant d'une invitation pour un camp de basket, en Pennsylvanie, j'ai profité d'un été pour prolonger mon séjour.
Au début, ça allait. Je supportais le cagnard, déambulant dans Manhattan, une bouteille d'eau à la main, découvrant chaque jour un peu plus les recoins de Big Apple. On prend très vite ses repères, là-bas, et j'avais mon p'tit café, ma librairie et même le magasin trouve-tout, où j'étais allée déposer mes photos à développer (nous étions en 1998, je n'avais pas de numérique).
Bon, il y avait aussi le shopping, évidemment. Un matin, j'étais allée retirer de l'argent, en me disant que New York coûtait quand même horriblement cher et que c'était la dernière fois que je passais derrière le guichet. Il me restait dix jours, avant de rentrer en France et reprendre le cours de ma vie normale.
L'après-midi, je rencontre un couple de Français, charmant, avec qui je finis par dîner. En rentrant, je repasse devant mon magasin trouve-tout, tellement génial qu'il est ouvert 24h/24. Mes photos doivent être prêtes, je prends deux bouteilles d'eau et du shampooing en passant. Je me dirige vers la caisse. Et là, je m'aperçois que la poche de mon sac est ouverte. Tiens, bizarre.
Plus de portefeuille. Plus de carte. Plus de dollars, y compris la centaine retirée le matin.
Comme je le disais, il me restait dix jours.
A suivre...
Après ma découverte de l'Amérique, dans mes jeunes et naïves années, j'ai caressé l'espoir de travailler aux Etats-Unis. Ne doutant de rien, je souhaitais écrire dans un magazine, à New York.
Pourquoi New York? C'était l'évidence. C'est tellement cliché, et pourtant cette ville a quelque chose de so unique que cela ne pouvait être que là-bas. New York vous booste, vous donne ce sentiment de liberté inouï. Vous laisse l'impression que tout est possible.
Je savais que derrière l'apparence, rien n'allait être si simple, bien sûr. Mais j'avais quoi, 23 ans. Insouciante et sans attaches. La volonté de vivre autrement. Je me suis engouffrée dans la brèche.
Je me suis renseignée sur les modalités, la "green card", la fiscalité, le statut d'expatrié... Tout cela me semblait d'autant plus lointain que je travaillais encore. Pourtant, l'idée me séduisait chaque jour un peu plus. Je me disais juste que ça mettrait du temps, que je devais simplement être patiente et peaufiner le projet.
J'ai rédigé mon CV en anglais. Je ne l'ai pas déposé immédiatement. J'avais besoin de passer du temps dans la Grosse Pomme, sentir la ville, analyser froidement si tout ceci n'était que fantasme ou si mon rêve pouvait se concrétiser.
Voir si j'étais folle ou seulement fofolle.
Profitant d'une invitation pour un camp de basket, en Pennsylvanie, j'ai profité d'un été pour prolonger mon séjour.
Au début, ça allait. Je supportais le cagnard, déambulant dans Manhattan, une bouteille d'eau à la main, découvrant chaque jour un peu plus les recoins de Big Apple. On prend très vite ses repères, là-bas, et j'avais mon p'tit café, ma librairie et même le magasin trouve-tout, où j'étais allée déposer mes photos à développer (nous étions en 1998, je n'avais pas de numérique).
Bon, il y avait aussi le shopping, évidemment. Un matin, j'étais allée retirer de l'argent, en me disant que New York coûtait quand même horriblement cher et que c'était la dernière fois que je passais derrière le guichet. Il me restait dix jours, avant de rentrer en France et reprendre le cours de ma vie normale.
L'après-midi, je rencontre un couple de Français, charmant, avec qui je finis par dîner. En rentrant, je repasse devant mon magasin trouve-tout, tellement génial qu'il est ouvert 24h/24. Mes photos doivent être prêtes, je prends deux bouteilles d'eau et du shampooing en passant. Je me dirige vers la caisse. Et là, je m'aperçois que la poche de mon sac est ouverte. Tiens, bizarre.
Plus de portefeuille. Plus de carte. Plus de dollars, y compris la centaine retirée le matin.
Comme je le disais, il me restait dix jours.
A suivre...
vendredi 2 octobre 2009
La Rédemption d'un panier percé
Inutile de le cacher: tout me saoulait, aujourd'hui. Le réveil, qui a sonné beaucoup trop tôt, les milliers de feuilles volantes qui jonchent la table où je suis censée manger, les recettes qui s'accumulent au sol, le silence de mon téléphone, le ciel bas et gris... Un jour sans, indiscutablement.
Quitte à jongler avec cet état de déprime passagère, autant tenter de ne pas gâcher trop d'heures de travail. Comme je n'avais le coeur à rien, je me suis décidé à jeter, organiser, ranger, avec la nette impression que le Bronx était derrière moi. Ouf. Puis, j'ai trié mes recettes, celles que je veux concocter. Par thèmes. Végétarien, plats du jour, tapas, desserts tout chocolat ou plus light... Du coup, j'avais faim.
C'est malin.
Après un double expresso pour tromper l'ennemi, je me suis remise à ce tri que je remettais depuis trop longtemps. J'en ai profité pour allonger ma liste de plats, sur le business plan, retrouvant enfin ces fraises poêlées au basilic et à la brioche perdue, une douceur qui m'aurait presque fait retrouver le sourire.
Sauf que ce n'est pas la saison des fraises.
Rrrrrrr.
Une fois les classeurs pleins et rangés bien comme il faut, il me fallait trouver une autre occupation. Utile, je veux dire. J'ai bien pensé au yogging mais le timing allait être trop serré. Vu que j'avais deux-trois courses à faire, je suis donc partie dans les rues piétonnes. A vrai dire, cela faisait un moment que je n'avais pas mis les pieds dans le coin, si ce n'est pour aller chercher mon loulou à l'école. Un comble, car j'habite en centre-ville... et que je suis une fan de shopping.
Enfin, j'étais. Là, je ne sais plus.
Cela fait quelques semaines, voire quelques mois que je n'ai plus envie d'acheter un centième top ou un quinzième jean. Passant devant les vitrines, j'ai regardé les mannequins d'un oeil détaché. Moi, le panier percé, celle qui dépensait des sommes folles dans des fringues ? Non, rien à faire. Pas envie de rentrer. Longtemps acheteuse compulsive, je trouvais le moindre prétexte pour aller faire du shopping, pour compenser, j'imagine, et pas juste pour me plaire dans un miroir (amincissant, qui plus est, ce qui garantit une allure moins avantageuse sitôt sortie dans la rue. Hum).
Je suis passée d'acheteuse compulsive à simplement impulsive, parce que, quand même, j'ai grandi un peu mais que l'idée d'aller essayer dix milliards de fringues me plaisait encore. J'ai assouvi ce besoin par l'intermédiaire de blogs de filles, aussi, regardant un peu bêtement les tenues quotidiennes de certaines d'entre elles. Ces fashionistas pour qui acheter un sac à plus de 400 euros n'est qu'une petite folie passagère dont leur compte se remettra.
Et puis, je me suis lassée.
J'ai comblé le vide, aussi. J'ai d'autres choses à penser, bien sûr. Des priorités. L'idée de devenir raisonnable ne m'effraie plus - c'est juste un challenge, sans doute. D'autres facteurs m'ont ouvert les yeux. Lorsque j'ai additionné, un jour, mes achats mensuels de sape, j'ai réalisé que j'aurais pu m'offrir depuis longtemps un joli voyage. Au lieu de cela, j'ai accumulé tant de tissu dans mon armoire qu'il m'est arrivé de me prendre quinze pulls sur la tronche, un matin pénible. Ou de penser que je n'aurais pas assez d'une seule vie pour tout porter. De quoi réveiller la conscience.
Je ne suis pas la seule. Crise aidant, j'imagine, ces blogueuses mode qui inondent la toile en sont à se lancer des défis. 150 euros maximum, par mois, de fringues. Au lieu de 150 quotidiens, en gros. Elles osent aussi porter des choses qu'elles ont déjà mises, waouh, quel pragmatisme!
Je me moque gentiment mais je ne suis pas mieux. Je n'étais pas mieux, devrais-je écrire, tant j'ai eu ce déclic depuis mon voyage en République Dominicaine, où je me suis sentie heureuse et libérée, sans avoir à consommer systématiquement. Il m'aura fallu du temps pour me raisonner, mais je sens aujourd'hui ce détachement par rapport à ces futilités.
Bon, cela dit, je suis toujours une fille, je n'ai pas envie de ressembler à une souillon et je ne me prétends pas infaillible. C'est d'autant plus facile pour moi de jouer à la sage (radine?) de base que je ne traîne plus dans les rayons tentateurs. Une chose est sûre, en tout cas : s'il me semble impossible de se contenter de ce que l'on est (on peut toujours évoluer, non?), je crois aujourd'hui que l'on peut se contenter de ce que l'on a.
Soeur Emmanuelle, sors de ce corps...
Quitte à jongler avec cet état de déprime passagère, autant tenter de ne pas gâcher trop d'heures de travail. Comme je n'avais le coeur à rien, je me suis décidé à jeter, organiser, ranger, avec la nette impression que le Bronx était derrière moi. Ouf. Puis, j'ai trié mes recettes, celles que je veux concocter. Par thèmes. Végétarien, plats du jour, tapas, desserts tout chocolat ou plus light... Du coup, j'avais faim.
C'est malin.
Après un double expresso pour tromper l'ennemi, je me suis remise à ce tri que je remettais depuis trop longtemps. J'en ai profité pour allonger ma liste de plats, sur le business plan, retrouvant enfin ces fraises poêlées au basilic et à la brioche perdue, une douceur qui m'aurait presque fait retrouver le sourire.
Sauf que ce n'est pas la saison des fraises.
Rrrrrrr.
Une fois les classeurs pleins et rangés bien comme il faut, il me fallait trouver une autre occupation. Utile, je veux dire. J'ai bien pensé au yogging mais le timing allait être trop serré. Vu que j'avais deux-trois courses à faire, je suis donc partie dans les rues piétonnes. A vrai dire, cela faisait un moment que je n'avais pas mis les pieds dans le coin, si ce n'est pour aller chercher mon loulou à l'école. Un comble, car j'habite en centre-ville... et que je suis une fan de shopping.
Enfin, j'étais. Là, je ne sais plus.
Cela fait quelques semaines, voire quelques mois que je n'ai plus envie d'acheter un centième top ou un quinzième jean. Passant devant les vitrines, j'ai regardé les mannequins d'un oeil détaché. Moi, le panier percé, celle qui dépensait des sommes folles dans des fringues ? Non, rien à faire. Pas envie de rentrer. Longtemps acheteuse compulsive, je trouvais le moindre prétexte pour aller faire du shopping, pour compenser, j'imagine, et pas juste pour me plaire dans un miroir (amincissant, qui plus est, ce qui garantit une allure moins avantageuse sitôt sortie dans la rue. Hum).
Je suis passée d'acheteuse compulsive à simplement impulsive, parce que, quand même, j'ai grandi un peu mais que l'idée d'aller essayer dix milliards de fringues me plaisait encore. J'ai assouvi ce besoin par l'intermédiaire de blogs de filles, aussi, regardant un peu bêtement les tenues quotidiennes de certaines d'entre elles. Ces fashionistas pour qui acheter un sac à plus de 400 euros n'est qu'une petite folie passagère dont leur compte se remettra.
Et puis, je me suis lassée.
J'ai comblé le vide, aussi. J'ai d'autres choses à penser, bien sûr. Des priorités. L'idée de devenir raisonnable ne m'effraie plus - c'est juste un challenge, sans doute. D'autres facteurs m'ont ouvert les yeux. Lorsque j'ai additionné, un jour, mes achats mensuels de sape, j'ai réalisé que j'aurais pu m'offrir depuis longtemps un joli voyage. Au lieu de cela, j'ai accumulé tant de tissu dans mon armoire qu'il m'est arrivé de me prendre quinze pulls sur la tronche, un matin pénible. Ou de penser que je n'aurais pas assez d'une seule vie pour tout porter. De quoi réveiller la conscience.
Je ne suis pas la seule. Crise aidant, j'imagine, ces blogueuses mode qui inondent la toile en sont à se lancer des défis. 150 euros maximum, par mois, de fringues. Au lieu de 150 quotidiens, en gros. Elles osent aussi porter des choses qu'elles ont déjà mises, waouh, quel pragmatisme!
Je me moque gentiment mais je ne suis pas mieux. Je n'étais pas mieux, devrais-je écrire, tant j'ai eu ce déclic depuis mon voyage en République Dominicaine, où je me suis sentie heureuse et libérée, sans avoir à consommer systématiquement. Il m'aura fallu du temps pour me raisonner, mais je sens aujourd'hui ce détachement par rapport à ces futilités.
Bon, cela dit, je suis toujours une fille, je n'ai pas envie de ressembler à une souillon et je ne me prétends pas infaillible. C'est d'autant plus facile pour moi de jouer à la sage (radine?) de base que je ne traîne plus dans les rayons tentateurs. Une chose est sûre, en tout cas : s'il me semble impossible de se contenter de ce que l'on est (on peut toujours évoluer, non?), je crois aujourd'hui que l'on peut se contenter de ce que l'on a.
Soeur Emmanuelle, sors de ce corps...
dimanche 16 août 2009
Miss catastrophe
"-Tu fais quoi dans la vie?
- Ostéopathe. Et cet été, je suis avec l'équipe de France de basket, pour le repêchage de l'Euro.
- Ah génial, tu dois voir du pays!
- M'en parle pas, avec le décalage horaire, je suis crevé !
- ??? Le décalage horaire, avec des matches en Finlande et en Italie?
- Noooon, moi, c'est plutôt les States. J'accompagne Tony Parker à San Antonio pour prouver aux Spurs que nous ne sommes pas des buses et qu'une entorse bénigne en France reste une entorse bénigne au Texas. Ensuite, je reviens, le temps de masser deux-trois organismes un peu endoloris, et hop, je repars, à Portland avec Nicolas Batum, cette fois, pour que son club constate que son épaule qui le fait souffrir depuis cinq mois est la même qui lui a permis de disputer les playoffs sans broncher. Je te jure, avec tous les miles que j'ai accumulés, je m'offre un joli trip en République Dominicaine à mes prochaines vacances!"
OK, je fabule, mais n'empêche que ce Fabrice Gauthier, ostéopathe pour les Bleus, passe plus de temps dans les aéroports que dans les salles de massage, en ce moment et ça me scie toujours de constater cette arrogance américaine dont je vous ai déjà parlé... Oui, je radote, mais enfin, ils ont besoin de priver Nicolas Batum du plaisir évident qu'il a de jouer sous les couleurs tricolores?
Bref, j'imagine à quel point c'est le cadet de vos soucis, surtout à la mi-août, alors que les villes désertées s'apparentent à de véritables fournaises. Cela m'a fait tout drôle de traîner dans la cité fantôme qui est la mienne actuellement, tout simplement, je crois, parce que c'est la première fois que j'y suis présente à cette période de l'année. J'ai fouillé dans ma mémoire pour en être sûre, ce qui a réveillé quelques vieilles casseroles...
Donc, je vais tenter d'optimiser mes vacances, en évitant par exemple:
- les gigolos (Tunisie 1995) ;
- l'interdit bancaire consécutif à deux semaines dans des hôtels au dessus de mes moyens (Crète 1996) ;
- le circuit où l'on se lève à 4 heures du matin pour visiter au pas de course Pamukkale et la Cappadoce, en s'endormant au son du voisin vomito, victime d'une turista coriace. Plus le guide touristique et son haleine de chacal (Turquie 1997) ;
- le vol de ma carte bleue à Manhattan et le coup de fil de la pauvre cosette à sa môman pour éviter de mendier le reste du séjour (New York 1998) ;
- le coup de foudre en pleine rue et mon séjour dans le Bronx qui a suivi (New York 1998). Un joli événement, certes, mais pas sans incidences ;
- les trajets impossibles en car pour aller en Corse, depuis Nantes... en passant par Nevers et Orange, avant de virer verdâtre sur le bateau. A l'aller ET au retour (Corse 2002, je crois) ;
- la recherche infructueuse de tenues chaudes pour affronter l'horrible météo de Douarnenez en plein juillet (Bretagne 2004)
Je porte également une attention particulière à mon passeport, depuis le vol de ce dernier sur un bateau, entre Istanbul et Bursa, qui m'a permis de découvrir la police turque et sa légère désinvolture. C'est marrant, j'ai eu un peu peur de restée coincée là-bas, faute de papiers - et de maîtrise de la langue, je vous l'accorde.
Cela dit, c'est aussi ce vol qui nous a permis, à tous les journalistes présents sur ce championnat d'Europe (oui, cette fois, ce n'était pas pour des vacances, mais bien pour le boulot que j'étais partie en Turquie) de savourer le meilleur kebab du monde (je m'en souviens encore, une pure tuerie) et, aux trois filles que nous étions, de tomber raides dingue amoureuses du fils du consul. Voilà de quoi agrémenter les séjours à l'étranger, non?
Lorsque l'on part en voyage, 1/ on maudit les Français, terribles touristes râleurs et 2/on veut balayer tous les clichés (celui du Français chieur étant le seul inamovible). Pourtant, certaines images s'imposent à nous et ce que l'on y découvre s'avère souvent fidèle à ce que nous imaginions. Parfois, les découvertes sont telles que l'on s'interroge sur la réalité du folklore local. Je me souviens m'être posé cette question en débarquant en Pennsylvanie et en découvrant ces Amish roulant en carriole, habillés comme au XIXe siècle et vivant de façon moyenâgeuse. C'était pour de vrai? C'était pour de vrai.
De la même façon, j'ai adoré la Crète, la Turquie, New York, mais aussi l'Italie ou la Guadeloupe (terre française, mais dont la distance multiplie le nombre potentiel de péripéties, dans mon cas) où je n'ai pas connu que des galères. Même si, inutile de le nier, j'ai une propension à virer miss catastrophe.
Depuis trois ans, j'avais limité la casse avec des séjours "familiaux", pas trop loin. Sécurisant et pas cher, certes, mais question découvertes, bof. Cette fois, ça me démangeait trop. Donc, à l'heure où vous lirez ces lignes, je serai soit en partance pour la République Dominicaine, soit à me la couler douce sur les plages de sable blanc et, catastrophe ou pas, je vous promets de tout vous raconter en rentrant. Enfin, presque.
See you!!
- Ostéopathe. Et cet été, je suis avec l'équipe de France de basket, pour le repêchage de l'Euro.
- Ah génial, tu dois voir du pays!
- M'en parle pas, avec le décalage horaire, je suis crevé !
- ??? Le décalage horaire, avec des matches en Finlande et en Italie?
- Noooon, moi, c'est plutôt les States. J'accompagne Tony Parker à San Antonio pour prouver aux Spurs que nous ne sommes pas des buses et qu'une entorse bénigne en France reste une entorse bénigne au Texas. Ensuite, je reviens, le temps de masser deux-trois organismes un peu endoloris, et hop, je repars, à Portland avec Nicolas Batum, cette fois, pour que son club constate que son épaule qui le fait souffrir depuis cinq mois est la même qui lui a permis de disputer les playoffs sans broncher. Je te jure, avec tous les miles que j'ai accumulés, je m'offre un joli trip en République Dominicaine à mes prochaines vacances!"
OK, je fabule, mais n'empêche que ce Fabrice Gauthier, ostéopathe pour les Bleus, passe plus de temps dans les aéroports que dans les salles de massage, en ce moment et ça me scie toujours de constater cette arrogance américaine dont je vous ai déjà parlé... Oui, je radote, mais enfin, ils ont besoin de priver Nicolas Batum du plaisir évident qu'il a de jouer sous les couleurs tricolores?
Bref, j'imagine à quel point c'est le cadet de vos soucis, surtout à la mi-août, alors que les villes désertées s'apparentent à de véritables fournaises. Cela m'a fait tout drôle de traîner dans la cité fantôme qui est la mienne actuellement, tout simplement, je crois, parce que c'est la première fois que j'y suis présente à cette période de l'année. J'ai fouillé dans ma mémoire pour en être sûre, ce qui a réveillé quelques vieilles casseroles...
Donc, je vais tenter d'optimiser mes vacances, en évitant par exemple:
- les gigolos (Tunisie 1995) ;
- l'interdit bancaire consécutif à deux semaines dans des hôtels au dessus de mes moyens (Crète 1996) ;
- le circuit où l'on se lève à 4 heures du matin pour visiter au pas de course Pamukkale et la Cappadoce, en s'endormant au son du voisin vomito, victime d'une turista coriace. Plus le guide touristique et son haleine de chacal (Turquie 1997) ;
- le vol de ma carte bleue à Manhattan et le coup de fil de la pauvre cosette à sa môman pour éviter de mendier le reste du séjour (New York 1998) ;
- le coup de foudre en pleine rue et mon séjour dans le Bronx qui a suivi (New York 1998). Un joli événement, certes, mais pas sans incidences ;
- les trajets impossibles en car pour aller en Corse, depuis Nantes... en passant par Nevers et Orange, avant de virer verdâtre sur le bateau. A l'aller ET au retour (Corse 2002, je crois) ;
- la recherche infructueuse de tenues chaudes pour affronter l'horrible météo de Douarnenez en plein juillet (Bretagne 2004)
Je porte également une attention particulière à mon passeport, depuis le vol de ce dernier sur un bateau, entre Istanbul et Bursa, qui m'a permis de découvrir la police turque et sa légère désinvolture. C'est marrant, j'ai eu un peu peur de restée coincée là-bas, faute de papiers - et de maîtrise de la langue, je vous l'accorde.
Cela dit, c'est aussi ce vol qui nous a permis, à tous les journalistes présents sur ce championnat d'Europe (oui, cette fois, ce n'était pas pour des vacances, mais bien pour le boulot que j'étais partie en Turquie) de savourer le meilleur kebab du monde (je m'en souviens encore, une pure tuerie) et, aux trois filles que nous étions, de tomber raides dingue amoureuses du fils du consul. Voilà de quoi agrémenter les séjours à l'étranger, non?
Lorsque l'on part en voyage, 1/ on maudit les Français, terribles touristes râleurs et 2/on veut balayer tous les clichés (celui du Français chieur étant le seul inamovible). Pourtant, certaines images s'imposent à nous et ce que l'on y découvre s'avère souvent fidèle à ce que nous imaginions. Parfois, les découvertes sont telles que l'on s'interroge sur la réalité du folklore local. Je me souviens m'être posé cette question en débarquant en Pennsylvanie et en découvrant ces Amish roulant en carriole, habillés comme au XIXe siècle et vivant de façon moyenâgeuse. C'était pour de vrai? C'était pour de vrai.
De la même façon, j'ai adoré la Crète, la Turquie, New York, mais aussi l'Italie ou la Guadeloupe (terre française, mais dont la distance multiplie le nombre potentiel de péripéties, dans mon cas) où je n'ai pas connu que des galères. Même si, inutile de le nier, j'ai une propension à virer miss catastrophe.
Depuis trois ans, j'avais limité la casse avec des séjours "familiaux", pas trop loin. Sécurisant et pas cher, certes, mais question découvertes, bof. Cette fois, ça me démangeait trop. Donc, à l'heure où vous lirez ces lignes, je serai soit en partance pour la République Dominicaine, soit à me la couler douce sur les plages de sable blanc et, catastrophe ou pas, je vous promets de tout vous raconter en rentrant. Enfin, presque.
See you!!
jeudi 13 août 2009
De l'utilité de ce blog et des râteaux
"- Tiens, je te donne de la matière pour ton blog?!"
Ahem. Démasquée.
"- Hein, quoi, euh...?
Bon, inutile de nier plus longtemps. Mon ex, qui ignorait l'existence de ce blog, a eu la drôle de surprise d'entendre son meilleur ami l'appeler pour prendre de ses nouvelles. Alors qu'il était en vacances, tranquillement, l'ami en question avait appris l'AVC de l'ex, via ces chroniques et, a donc appelé illico presto. Marrant, non?
En fait, je ne sais pas trop. C'est un peu troublant, finalement, de raconter la vie des autres et d'en subir des incidences dans la vraie vie. C'est bizarre, aussi, d'évoquer un événement et de voir la personne en face acquiescer, déjà au courant - pour l'avoir lu plus tôt. Mais comment faire autrement? Faut-il taire les événements vraiment personnels - autres que ceux que je choisis de censurer, volontairement?
D'un côté, je n'ai pas non plus pléthore de lecteurs et ce blog reste confidentiel. De l'autre, j'ai parfois des surprises, avec des fidèles - identifiés ou non - ou des amis-de-la-vraie-vie qui suivent, sans que je le sache. Et qui, en me demandant des nouvelles, en savent du coup plus sur mon compte que moi sur eux.
J'ai choisi cet espace de liberté (?) voilà quelques mois pour me donner une sorte de carburant, l'envie d'avancer et de rendre des comptes (-rendus...), pour assouvir ma soif d'écrire. Pour témoigner aussi, à ma petite échelle, du parcours du combattant dans lequel beaucoup se lancent lorsqu'ils se trouvent confrontés à des choix de vie. Pour rire de moi-même, un peu, et puis des autres, gentiment.
Je trouve ma démarche drôlement narcissique, quand même, et il m'arrive d'effacer quelques lignes un peu trop indiscrètes. Ou au contraire d'en rajouter, mesurant la nécessité de jouer le jeu et de dévoiler certains pans de ma vie, au risque de passer pour une dégénérée ou d'avoir à me justifier avec ma propre famille.
Cette démarche, je la trouve aussi addictive et je prends tout simplement beaucoup de plaisir à passer ici, à lire les quelques commentaires et à réagir à ce quotidien qui nous ennuie pourtant tellement, parfois. Je me surprends à observer davantage autour de moi, comme en quête de cette matière qu'évoquait l'ex.
Dans le train, mercredi soir, il y avait par exemple une scène amusante. Une petite puce de quoi, 13 ans? qui jouait à la grande, mais qui, trahie par sa bouille enfantine, semblait se maudire de ressembler au bébé du groupe. Devant un copain qui se moquait gentiment de son inexpérience avec les garçons, elle a rétorqué, fièrement :
"- Ah mais si, je me suis déjà pris des râteaux"
L'air dubitatif de son interlocuteur l'a, semble-t-il, blessée. Et lorsqu'il lui a asséné une deuxième réflexion, elle a eu un geste de colère, démesuré, partant pleurer dans son coin. Comme une jeune fille de 13 ans qu'elle est.
J'aurais sans doute haussé les épaules, habituellement, avant de reprendre ma partie endiablée de sept familles avec mon fiston. Mais là, j'ai souri intérieurement et j'ai trouvé que c'était une jolie histoire à raconter. Courte, mais marrante.
Ahem. Démasquée.
"- Hein, quoi, euh...?
Bon, inutile de nier plus longtemps. Mon ex, qui ignorait l'existence de ce blog, a eu la drôle de surprise d'entendre son meilleur ami l'appeler pour prendre de ses nouvelles. Alors qu'il était en vacances, tranquillement, l'ami en question avait appris l'AVC de l'ex, via ces chroniques et, a donc appelé illico presto. Marrant, non?
En fait, je ne sais pas trop. C'est un peu troublant, finalement, de raconter la vie des autres et d'en subir des incidences dans la vraie vie. C'est bizarre, aussi, d'évoquer un événement et de voir la personne en face acquiescer, déjà au courant - pour l'avoir lu plus tôt. Mais comment faire autrement? Faut-il taire les événements vraiment personnels - autres que ceux que je choisis de censurer, volontairement?
D'un côté, je n'ai pas non plus pléthore de lecteurs et ce blog reste confidentiel. De l'autre, j'ai parfois des surprises, avec des fidèles - identifiés ou non - ou des amis-de-la-vraie-vie qui suivent, sans que je le sache. Et qui, en me demandant des nouvelles, en savent du coup plus sur mon compte que moi sur eux.
J'ai choisi cet espace de liberté (?) voilà quelques mois pour me donner une sorte de carburant, l'envie d'avancer et de rendre des comptes (-rendus...), pour assouvir ma soif d'écrire. Pour témoigner aussi, à ma petite échelle, du parcours du combattant dans lequel beaucoup se lancent lorsqu'ils se trouvent confrontés à des choix de vie. Pour rire de moi-même, un peu, et puis des autres, gentiment.
Je trouve ma démarche drôlement narcissique, quand même, et il m'arrive d'effacer quelques lignes un peu trop indiscrètes. Ou au contraire d'en rajouter, mesurant la nécessité de jouer le jeu et de dévoiler certains pans de ma vie, au risque de passer pour une dégénérée ou d'avoir à me justifier avec ma propre famille.
Cette démarche, je la trouve aussi addictive et je prends tout simplement beaucoup de plaisir à passer ici, à lire les quelques commentaires et à réagir à ce quotidien qui nous ennuie pourtant tellement, parfois. Je me surprends à observer davantage autour de moi, comme en quête de cette matière qu'évoquait l'ex.
Dans le train, mercredi soir, il y avait par exemple une scène amusante. Une petite puce de quoi, 13 ans? qui jouait à la grande, mais qui, trahie par sa bouille enfantine, semblait se maudire de ressembler au bébé du groupe. Devant un copain qui se moquait gentiment de son inexpérience avec les garçons, elle a rétorqué, fièrement :
"- Ah mais si, je me suis déjà pris des râteaux"
L'air dubitatif de son interlocuteur l'a, semble-t-il, blessée. Et lorsqu'il lui a asséné une deuxième réflexion, elle a eu un geste de colère, démesuré, partant pleurer dans son coin. Comme une jeune fille de 13 ans qu'elle est.
J'aurais sans doute haussé les épaules, habituellement, avant de reprendre ma partie endiablée de sept familles avec mon fiston. Mais là, j'ai souri intérieurement et j'ai trouvé que c'était une jolie histoire à raconter. Courte, mais marrante.
samedi 8 août 2009
Surréalisme
J'ai toujours adoré cet arbre, en plein milieu du jardin, qui a abrité tant de déjeuners dominicaux, dès que le soleil pointait son nez. Pourtant, je n'ai jamais nourri aucune nostalgie à son égard. J'étais passée à une autre vie depuis bien longtemps.
Je l'ai retrouvé ce midi, inchangé, seulement entouré de vignes nouvelles. La table était mise, le melon était appétissant et la bonne humeur semblait être le maître-mot du repas.
Aussi bizarre que cela puisse paraître, j'ai déjeuné avec mon ex-beau-père, à ma gauche, mon ex-belle-mère devant moi, mon ex-belle soeur à sa gauche et mon ex-tout court, lequel présidait la table. Le tout sous l'oeil joyeux de mon fiston.
Que voulez-vous, parfois la vie offre des circonstances inattendues.
Ce matin, je regardais, un rien amusée, les deux BD que j'avais initialement choisies pour le père de mon fils, lequel voulait de la lecture pour tromper le temps. J'avais opté pour deux jolies oeuvres, "Si j'ai bonne mémoire" et "La théorie des gens seuls."
Hum. Mauvaise pioche. Même joueur joue encore.
Bon, OK, ce n'était guère approprié pour une personne victime d'un AVC, qui accuse quelques trous dans ses phrases et qui appelle son ex plutôt qu'un ami. Je n'avais pas envie d'enfoncer le clou, mais quelle ironie du sort. C'est à ce stade de la réflexion que le téléphone a sonné. L'ex en question m'annonçait que l'hôpital le libérait finalement ce matin, avant de lui refaire toute une batterie de tests la semaine prochaine.
Entre-temps, j'avais prévenu ses parents. Sans rentrer trop dans les détails - ex-beau-papa est hypocondriaque, pas la peine d'en rajouter - je leur avais précisé que leur fils était hospitalisé. Avant de les rappeler, du coup, leur annonçant cette fois la sortie prématurée du malade.
Et voilà comment je me suis retrouvée attablée sous cet arbre majestueux quelques heures plus tard. Mon loulou était visiblement heureux de nous voir tous là, réunis, même s'il avait conscience que tout cela n'était qu'éphémère et dicté par les circonstances. Ce petit retour dans le passé, aussi surréaliste soit-il, ne m'a pas perturbée plus que cela et je me suis même amusée à retrouver tous les tics passés. Le vin était toujours trop vieux (!), s'apparentant à une sorte de Porto, la moustache d'ex-beau-papa était toujours remplie de mets et sauces en tout genre, mon ex-belle soeur mastique toujours aussi bruyamment et ex-belle maman se démène toujours autant pendant que son mari trône sur son siège, impassible. Et l'ex a repris du fromage, comme d'hab, alors que son taux de cholestérol et la balance lui demandent grâce.
Rien n'a changé et tout a changé. Je ne fais plus partie de ce monde et c'est du coup beaucoup plus drôle de le visiter, comme ça, en passant.
A vrai dire, je n'ai jamais trop goûté ces réunions obligatoires, leur préférant le charme de l'improvisation. Aujourd'hui, la spontanéité était forcément de rigueur. Pas question de jouer aux faux-semblants, nous savions pourquoi nous étions là, ensemble. Et que cela ne se répéterait pas. Ce qui m'a frappée, c'est cette façon d'éviter la raison même de notre déjeuner. Comme pour exorciser le mal, l'ex-belle famille a parlé de tout, sauf de l'AVC. "On n'en parle pas" a dicté l'ex-belle-maman. Un non-dit de plus, et alors?
Mon fils faisait comme si de rien n'était, je n'ai pas voulu insister lourdement. Viendra un moment où je lui parlerai de ce qui s'est passé, sans rentrer dans les détails. Je sais néanmoins qu'il a compris que quelque chose clochait. Je ne peux pas tirer un trait sur cette histoire et la taire. Mais j'ose croire qu'elle sera bientôt à ranger au rayon des (mauvais) souvenirs.
Bref, tout ça pour vous dire que je m'en vais maintenant vérifier que dans ma propre famille, rien n'a bougé non plus, que les névroses sont intactes, afin de partir ensuite sereinement vers le paradis dominicain. Je repasserai avant mon départ, bien sûr, mais là, je vais vous faire faux-bond quelques jours. J'ai comme une envie de répit, là, va savoir pourquoi...
Je l'ai retrouvé ce midi, inchangé, seulement entouré de vignes nouvelles. La table était mise, le melon était appétissant et la bonne humeur semblait être le maître-mot du repas.
Aussi bizarre que cela puisse paraître, j'ai déjeuné avec mon ex-beau-père, à ma gauche, mon ex-belle-mère devant moi, mon ex-belle soeur à sa gauche et mon ex-tout court, lequel présidait la table. Le tout sous l'oeil joyeux de mon fiston.
Que voulez-vous, parfois la vie offre des circonstances inattendues.
Ce matin, je regardais, un rien amusée, les deux BD que j'avais initialement choisies pour le père de mon fils, lequel voulait de la lecture pour tromper le temps. J'avais opté pour deux jolies oeuvres, "Si j'ai bonne mémoire" et "La théorie des gens seuls."
Hum. Mauvaise pioche. Même joueur joue encore.
Bon, OK, ce n'était guère approprié pour une personne victime d'un AVC, qui accuse quelques trous dans ses phrases et qui appelle son ex plutôt qu'un ami. Je n'avais pas envie d'enfoncer le clou, mais quelle ironie du sort. C'est à ce stade de la réflexion que le téléphone a sonné. L'ex en question m'annonçait que l'hôpital le libérait finalement ce matin, avant de lui refaire toute une batterie de tests la semaine prochaine.
Entre-temps, j'avais prévenu ses parents. Sans rentrer trop dans les détails - ex-beau-papa est hypocondriaque, pas la peine d'en rajouter - je leur avais précisé que leur fils était hospitalisé. Avant de les rappeler, du coup, leur annonçant cette fois la sortie prématurée du malade.
Et voilà comment je me suis retrouvée attablée sous cet arbre majestueux quelques heures plus tard. Mon loulou était visiblement heureux de nous voir tous là, réunis, même s'il avait conscience que tout cela n'était qu'éphémère et dicté par les circonstances. Ce petit retour dans le passé, aussi surréaliste soit-il, ne m'a pas perturbée plus que cela et je me suis même amusée à retrouver tous les tics passés. Le vin était toujours trop vieux (!), s'apparentant à une sorte de Porto, la moustache d'ex-beau-papa était toujours remplie de mets et sauces en tout genre, mon ex-belle soeur mastique toujours aussi bruyamment et ex-belle maman se démène toujours autant pendant que son mari trône sur son siège, impassible. Et l'ex a repris du fromage, comme d'hab, alors que son taux de cholestérol et la balance lui demandent grâce.
Rien n'a changé et tout a changé. Je ne fais plus partie de ce monde et c'est du coup beaucoup plus drôle de le visiter, comme ça, en passant.
A vrai dire, je n'ai jamais trop goûté ces réunions obligatoires, leur préférant le charme de l'improvisation. Aujourd'hui, la spontanéité était forcément de rigueur. Pas question de jouer aux faux-semblants, nous savions pourquoi nous étions là, ensemble. Et que cela ne se répéterait pas. Ce qui m'a frappée, c'est cette façon d'éviter la raison même de notre déjeuner. Comme pour exorciser le mal, l'ex-belle famille a parlé de tout, sauf de l'AVC. "On n'en parle pas" a dicté l'ex-belle-maman. Un non-dit de plus, et alors?
Mon fils faisait comme si de rien n'était, je n'ai pas voulu insister lourdement. Viendra un moment où je lui parlerai de ce qui s'est passé, sans rentrer dans les détails. Je sais néanmoins qu'il a compris que quelque chose clochait. Je ne peux pas tirer un trait sur cette histoire et la taire. Mais j'ose croire qu'elle sera bientôt à ranger au rayon des (mauvais) souvenirs.
Bref, tout ça pour vous dire que je m'en vais maintenant vérifier que dans ma propre famille, rien n'a bougé non plus, que les névroses sont intactes, afin de partir ensuite sereinement vers le paradis dominicain. Je repasserai avant mon départ, bien sûr, mais là, je vais vous faire faux-bond quelques jours. J'ai comme une envie de répit, là, va savoir pourquoi...
vendredi 7 août 2009
Carpe Diem, piqûre de rappel
Drôle de rêve cette nuit. J'étais en chaise roulante et cela n'avait pas l'air de me tourmenter plus que ça, comme si j'avais intégré cela dans ma vie. Depuis l'accident d'un proche la semaine passée, mon inconscient me joue des tours, lui qui m'envoie parfois de troublants messages nocturnes. Je me suis levée, n'y ai plus repensé. Jusqu'à midi.
Là, coup de téléphone. Le papa de mon fils. Il me parle, je crois à une blague au début. Il me dit qu'il ne prendra pas mon loulou ce soir, car il va à l'hôpital. Il balance l'info, comme ça, d'un ton presque léger. Quelque chose cloche. Il me confirme: "je n'arrive plus à parler".
OK, je vous vois venir, il dit ne plus pouvoir parler et il parle quand même? En fait, il n'arrive plus à s'exprimer, il ne trouve plus ses mots et ceux qu'il m'adresse semblent comme des résidus, quelques miettes de sa mémoire. Il raccroche, trop vite. Je sens une boule au ventre. Je pense à Tonton Enzo. A mon rêve. Je flippe. Il est en train de faire un AVC.
Je rappelle à son travail, où il était. On m'annonce qu'il est parti, qu'ils ne savent pas où car il n'a rien dit. Ils ont bien constaté qu'il n'était "pas dans son assiette ce matin", mais c'est tout. Il est donc bien en route, là, en voiture. Je regarde mon fils, qui ne se doute de rien, forcément. Cacher sa peur, ne pas penser au pire.
Il me rappelle de chez lui, finalement. Il essaie de m'expliquer des choses, il ne finit aucune phrase. C'est horrible, je sens qu'il fait des efforts surhumains pour avoir l'air "normal". Il a peur d'aller aux urgences, "parce qu'on va me prendre pour un fou", craint-il. Je vais le chercher, il s'attarde sur des détails mais ne peut décrire l'essentiel. Ce grand bonhomme n'est plus qu'un enfant impuissant, qui cherche vainement les mots, qui ne peut plus écrire - il a tout de même pris son stylo, mais la faute qu'il a faite en notant son propre nom de famille en dit long sur son état.
Ce soir, il est à l'hôpital où il va rester quelques jours. Il a déjà subi toute une batterie d'examens et le verdict est tombé. C'est bien un AVC. Il n'est pas question de chaise roulante, dans son cas. Mais la peur que j'ai lue dans son regard me rappelle plus que tout à quel point nous sommes vulnérables.
Là, coup de téléphone. Le papa de mon fils. Il me parle, je crois à une blague au début. Il me dit qu'il ne prendra pas mon loulou ce soir, car il va à l'hôpital. Il balance l'info, comme ça, d'un ton presque léger. Quelque chose cloche. Il me confirme: "je n'arrive plus à parler".
OK, je vous vois venir, il dit ne plus pouvoir parler et il parle quand même? En fait, il n'arrive plus à s'exprimer, il ne trouve plus ses mots et ceux qu'il m'adresse semblent comme des résidus, quelques miettes de sa mémoire. Il raccroche, trop vite. Je sens une boule au ventre. Je pense à Tonton Enzo. A mon rêve. Je flippe. Il est en train de faire un AVC.
Je rappelle à son travail, où il était. On m'annonce qu'il est parti, qu'ils ne savent pas où car il n'a rien dit. Ils ont bien constaté qu'il n'était "pas dans son assiette ce matin", mais c'est tout. Il est donc bien en route, là, en voiture. Je regarde mon fils, qui ne se doute de rien, forcément. Cacher sa peur, ne pas penser au pire.
Il me rappelle de chez lui, finalement. Il essaie de m'expliquer des choses, il ne finit aucune phrase. C'est horrible, je sens qu'il fait des efforts surhumains pour avoir l'air "normal". Il a peur d'aller aux urgences, "parce qu'on va me prendre pour un fou", craint-il. Je vais le chercher, il s'attarde sur des détails mais ne peut décrire l'essentiel. Ce grand bonhomme n'est plus qu'un enfant impuissant, qui cherche vainement les mots, qui ne peut plus écrire - il a tout de même pris son stylo, mais la faute qu'il a faite en notant son propre nom de famille en dit long sur son état.
Ce soir, il est à l'hôpital où il va rester quelques jours. Il a déjà subi toute une batterie d'examens et le verdict est tombé. C'est bien un AVC. Il n'est pas question de chaise roulante, dans son cas. Mais la peur que j'ai lue dans son regard me rappelle plus que tout à quel point nous sommes vulnérables.
dimanche 2 août 2009
I am a larve
Comment passer de l'hyperactive à la larve, stade comateux avancé? Je ne peux même pas l'expliquer, j'ai une faculté à procrastiner que je crains énormément - car j'ai peur qu'elle me soit fatale. Mais je ne peux pas la nier. J'aime avoir le nez au vent, regarder les gens, écouter au loin.
Comme tout le monde, en somme. Vous voyez, je suis tellement paresseuse que je ne me cherche même pas d'excuses.
Simplement, je m'interroge. Comment, donc, ai-je pu passer en une semaine d'une névrosée survoltée - aux aguets, prête à signer pour le moindre pas-de-porte à moins de dix milliards de dollars - à la glandeuse que je suis aujourd'hui, seulement animée par quelques expressions, genre, "on va à la plage", "on file au ciné", "tu prépares à manger?" Le top du top étant : "on va dormir?"
Je sais, ça s'appelle se relâcher. Faire un break. Prendre des vacances. Mais une part de moi-même reste consciente qu'au moment où tous les autres vont reprendre le chemin de l'école, moi, je vais rester sur le quai. Pas pour filer aux Seychelles mais bien pour pointer, mois après mois, auprès de mon employeur, que j'ai l'immense désavantage de partager avec trop de monde.
Pôle Emploi.
Alors, bien sûr, diverses solutions s'offrent à moi : acheter mon resto et l'ouvrir, essayer de n'empoisonner personne, histoire de ne pas alerter la DSV et surtout, de ne pas fermer au bout de deux semaines; aller jouer à la marchande; me bouger et élargir mes horizons.
Oui, mais là, un 2 août, désolée, j'y arrive pas. J'ai déjà du mal à me projeter, habituellement, mais alors là, c'est comme si j'attendais que le temps suspende son vol. Comme si je pouvais rester dans cet état de nonchalance tellement jouissif...
L'incroyable avantage d'avoir à ce point déconnecté des réalités - qui vont me revenir au visage tel un boomerang, très vite, j'en ai conscience - c'est que je savoure à plein la moindre parcelle de ce temps off. Quelques éléments m'ont aussi permis de voir la vie autrement... Exemples?
- Je fulmine. Plus de trente minutes à poireauter dans une salle d'attente tristoune, je songe sérieusement à vider les lieux... quand IL arrive. Il présente ses excuses pour son "léger retard". Je lève la tête et bégaie: "du retard? Non, pas de souci, ce n'est rien." Je bénis mon idée géniale d'être montée sur un trampoline et d'avoir appelé, au hasard, cet ostéo. C'est une bombe. La midinette en moi est de sortie, me voilà toute émoustillée et donc, toute débile. Lorsqu'il me tend ma barrette, que j'avais posée sur la table de massage et qu'il avait ramassée, je ne vois que ses yeux. Il racle sa gorge. Ah, la barrette. Je le fixe, énamourée, et lui voulait juste me la rendre. Un grand moment de solitude. Peu importe, il veut absolument me revoir. Ça tombe bien, moi aussi. Bon, lui, c'est juste pour me remettre le dos en place, mais on va pas chipoter pour si peu, si?
- Elle a l'air d'une enfant. La rondeur de ses joues, la façon qu'elle a de plisser ses yeux si candides, son sourire timide, sa coiffure un peu sage, sa joie non contenue de faire partager sa passion. Sa voix légèrement éraillée, la profondeur qu'elle dégage révèlent dans le même temps toute sa féminité, toute sa complexité. J'avais découvert Sophie Hunger par hasard, un soir chez Nagui. Une Suisse, qui m'avait ensorcelée de son "round and round" mais qui a pu me toucher en allemand - une langue qui m'est totalement étrangère et me semble un rien rebutante, je le concède. Pour la première fois de ma vie, je suis à deux mètres d'une scène, moi qui ai le chic pour me retrouver bien coincée à dix mille lieux de là, d'ordinaire, et je suis bouche bée, devant tant de naturel, de grâce, de talent. Elle me semble tellement heureuse d'être là, de prendre sa guitare, de chanter, parce que depuis gamine, sans doute, elle en a rêvé et que, aujourd'hui, on la sollicite pour s'exprimer. Je me dis que toute l'essence de la vie est là, dans cette possibilité que l'on a, un moment, d'être exactement ce que l'on a envie d'être. Ensuite, je me dis que je devrais prendre mes gouttes et que, quand même, les festivals estivaux, c'est à la fois extra et crevant- plus de mon âge, pour résumer.
- Il me regarde. Je suis surprise par l'intensité de ses yeux si bleus, si brillants, si mutins. C'est mon loulou, que je retrouve et, avec lui, le sentiment immédiat d'une félicité logique et pourtant folle. C'est long, trois semaines, sans lui.
- Il la prend dans ses bras et, au moment de la jeter à l'eau, freine son élan et la dépose à la surface. Mon papa est désormais papi et il en a conscience. En reproduisant les gestes de notre enfance, il les adapte seulement aux réalités d'aujourd'hui. Ma nièce rit aux éclats, mon fils l'imite. A regarder mon père s'amuser avec ses deux petits bouts, en leur demandant - comme il le faisait avec nous - de ne pas lui mouiller ses cheveux, alors qu'ils sont dans l'océan, et de ne pas aller trop loin, je me sens projetée une trentaine d'années en arrière. Une vraie madeleine.
- Elle est restée alerte, joue avec les nerfs des autres, manipule. Les marques du temps n'ont pas épargné son visage et le creusent chaque jour davantage. Sourde quand elle en a envie, mais réceptive dès que l'on parle d'euros, elle sait gémir pour mieux se faire entendre. Elle dit ne plus pouvoir lire que "les annonces funéraires" mais ses yeux clairs ne peuvent cacher le trouble ou la jouissance qu'elle ressent à faire tourner en bourrique son entourage. Nos relations ont souvent été délicates, mais cette fois-ci, en allant voir ma grand-mère, j'ai eu soudain envie de lui poser tout un tas de questions sur l'enfant et la femme qu'elle a été. Pourquoi cela m'est-il venu, maintenant, et pas lorsque nous pouvions encore discuter sans devoir allumer un cierge pour qu'elle entende? En tout cas, j'ai eu un élan d'affection pour elle, ce jour-là, sans pouvoir l'expliquer, mais simplement heureuse de pouvoir ressentir cela d'une femme que j'ai souvent considérée comme une tatie Danielle.
- Nous sommes dans le noir, j'ai de grosses lunettes de mouche et c'est pas plus mal, car cela me permet de cacher les quelques larmes que je n'ai pu contenir. Alors là, c'est la première fois, je crois, que je pleure devant un dessin animé. Allez voir "Là-haut" et vous comprendrez sans doute comment il est possible de s'émouvoir devant une production Pixar.
Voilà, vous aurez compris que j'ai deux de tension et un taux de niaiserie assez conséquent, actuellement. Je ne tiens même pas à me soigner, ça fait du bien aussi. Et si vous êtes gentils, je vous parlerai dès demain de ma grande découverte d'un truc que des tas de gens connaissent depuis un petit moment, semble-t-il...
Comme tout le monde, en somme. Vous voyez, je suis tellement paresseuse que je ne me cherche même pas d'excuses.
Simplement, je m'interroge. Comment, donc, ai-je pu passer en une semaine d'une névrosée survoltée - aux aguets, prête à signer pour le moindre pas-de-porte à moins de dix milliards de dollars - à la glandeuse que je suis aujourd'hui, seulement animée par quelques expressions, genre, "on va à la plage", "on file au ciné", "tu prépares à manger?" Le top du top étant : "on va dormir?"
Je sais, ça s'appelle se relâcher. Faire un break. Prendre des vacances. Mais une part de moi-même reste consciente qu'au moment où tous les autres vont reprendre le chemin de l'école, moi, je vais rester sur le quai. Pas pour filer aux Seychelles mais bien pour pointer, mois après mois, auprès de mon employeur, que j'ai l'immense désavantage de partager avec trop de monde.
Pôle Emploi.
Alors, bien sûr, diverses solutions s'offrent à moi : acheter mon resto et l'ouvrir, essayer de n'empoisonner personne, histoire de ne pas alerter la DSV et surtout, de ne pas fermer au bout de deux semaines; aller jouer à la marchande; me bouger et élargir mes horizons.
Oui, mais là, un 2 août, désolée, j'y arrive pas. J'ai déjà du mal à me projeter, habituellement, mais alors là, c'est comme si j'attendais que le temps suspende son vol. Comme si je pouvais rester dans cet état de nonchalance tellement jouissif...
L'incroyable avantage d'avoir à ce point déconnecté des réalités - qui vont me revenir au visage tel un boomerang, très vite, j'en ai conscience - c'est que je savoure à plein la moindre parcelle de ce temps off. Quelques éléments m'ont aussi permis de voir la vie autrement... Exemples?
- Je fulmine. Plus de trente minutes à poireauter dans une salle d'attente tristoune, je songe sérieusement à vider les lieux... quand IL arrive. Il présente ses excuses pour son "léger retard". Je lève la tête et bégaie: "du retard? Non, pas de souci, ce n'est rien." Je bénis mon idée géniale d'être montée sur un trampoline et d'avoir appelé, au hasard, cet ostéo. C'est une bombe. La midinette en moi est de sortie, me voilà toute émoustillée et donc, toute débile. Lorsqu'il me tend ma barrette, que j'avais posée sur la table de massage et qu'il avait ramassée, je ne vois que ses yeux. Il racle sa gorge. Ah, la barrette. Je le fixe, énamourée, et lui voulait juste me la rendre. Un grand moment de solitude. Peu importe, il veut absolument me revoir. Ça tombe bien, moi aussi. Bon, lui, c'est juste pour me remettre le dos en place, mais on va pas chipoter pour si peu, si?
- Elle a l'air d'une enfant. La rondeur de ses joues, la façon qu'elle a de plisser ses yeux si candides, son sourire timide, sa coiffure un peu sage, sa joie non contenue de faire partager sa passion. Sa voix légèrement éraillée, la profondeur qu'elle dégage révèlent dans le même temps toute sa féminité, toute sa complexité. J'avais découvert Sophie Hunger par hasard, un soir chez Nagui. Une Suisse, qui m'avait ensorcelée de son "round and round" mais qui a pu me toucher en allemand - une langue qui m'est totalement étrangère et me semble un rien rebutante, je le concède. Pour la première fois de ma vie, je suis à deux mètres d'une scène, moi qui ai le chic pour me retrouver bien coincée à dix mille lieux de là, d'ordinaire, et je suis bouche bée, devant tant de naturel, de grâce, de talent. Elle me semble tellement heureuse d'être là, de prendre sa guitare, de chanter, parce que depuis gamine, sans doute, elle en a rêvé et que, aujourd'hui, on la sollicite pour s'exprimer. Je me dis que toute l'essence de la vie est là, dans cette possibilité que l'on a, un moment, d'être exactement ce que l'on a envie d'être. Ensuite, je me dis que je devrais prendre mes gouttes et que, quand même, les festivals estivaux, c'est à la fois extra et crevant- plus de mon âge, pour résumer.
- Il me regarde. Je suis surprise par l'intensité de ses yeux si bleus, si brillants, si mutins. C'est mon loulou, que je retrouve et, avec lui, le sentiment immédiat d'une félicité logique et pourtant folle. C'est long, trois semaines, sans lui.
- Il la prend dans ses bras et, au moment de la jeter à l'eau, freine son élan et la dépose à la surface. Mon papa est désormais papi et il en a conscience. En reproduisant les gestes de notre enfance, il les adapte seulement aux réalités d'aujourd'hui. Ma nièce rit aux éclats, mon fils l'imite. A regarder mon père s'amuser avec ses deux petits bouts, en leur demandant - comme il le faisait avec nous - de ne pas lui mouiller ses cheveux, alors qu'ils sont dans l'océan, et de ne pas aller trop loin, je me sens projetée une trentaine d'années en arrière. Une vraie madeleine.
- Elle est restée alerte, joue avec les nerfs des autres, manipule. Les marques du temps n'ont pas épargné son visage et le creusent chaque jour davantage. Sourde quand elle en a envie, mais réceptive dès que l'on parle d'euros, elle sait gémir pour mieux se faire entendre. Elle dit ne plus pouvoir lire que "les annonces funéraires" mais ses yeux clairs ne peuvent cacher le trouble ou la jouissance qu'elle ressent à faire tourner en bourrique son entourage. Nos relations ont souvent été délicates, mais cette fois-ci, en allant voir ma grand-mère, j'ai eu soudain envie de lui poser tout un tas de questions sur l'enfant et la femme qu'elle a été. Pourquoi cela m'est-il venu, maintenant, et pas lorsque nous pouvions encore discuter sans devoir allumer un cierge pour qu'elle entende? En tout cas, j'ai eu un élan d'affection pour elle, ce jour-là, sans pouvoir l'expliquer, mais simplement heureuse de pouvoir ressentir cela d'une femme que j'ai souvent considérée comme une tatie Danielle.
- Nous sommes dans le noir, j'ai de grosses lunettes de mouche et c'est pas plus mal, car cela me permet de cacher les quelques larmes que je n'ai pu contenir. Alors là, c'est la première fois, je crois, que je pleure devant un dessin animé. Allez voir "Là-haut" et vous comprendrez sans doute comment il est possible de s'émouvoir devant une production Pixar.
Voilà, vous aurez compris que j'ai deux de tension et un taux de niaiserie assez conséquent, actuellement. Je ne tiens même pas à me soigner, ça fait du bien aussi. Et si vous êtes gentils, je vous parlerai dès demain de ma grande découverte d'un truc que des tas de gens connaissent depuis un petit moment, semble-t-il...
lundi 27 juillet 2009
Double vie
22 heures. Ouf. Je soupire, je me pose sur le canapé et je m'octroie une pause. Un peu de temps pour moi, à faire ce que bon me semble. J'avais un peu oublié cette sensation, après trois semaines de vie solo.
Mon fils est de retour et je me surprends à devoir reprendre mes marques. Cet être si cher, que je connais mieux que quiconque, est à la maison comme si de rien n'était et moi, je reprends mes vieux automatismes.
Lui d'abord.
J'entends les deux du fond qui, déjà, bondissent. Non, je ne veux pas faire de mon loulou un enfant-roi. Il sait que nous ne sommes pas copains. Simplement, j'endosse de nouveau le rôle de maman et j'en oublie mon identité propre, celle d'une femme. Ce n'est pas quelque chose que l'on peut vraiment décider, c'est lié à l'histoire personnelle de chacun, à la relation que l'on a développé avec son enfant. Et à ses envies, aussi, je crois.
Oui, cela me fait du bien d'être présente pour lui. Oui, je m'oublie un peu. J'ai mes raisons. Je n'ai pas encore vraiment combiné de façon égale mes deux statuts - mère et femme, oh, vous suivez ou quoi ? - mais au fond, je suis persuadée qu'il y a un temps pour tout. J'ai besoin qu'il grandisse, j'ai envie de me réaliser professionnellement, d'abord, pour allier peut-être plus tard tous les aspects d'une vie de femme "lambda".
Pourquoi je parle de cela? Tout simplement parce qu'il y a trois ans, en plein été, je l'embarquais dans cette nouvelle vie, celle des deux maisons. J'avais tellement de choses à gérer simultanément que je n'étais pas certaine de pouvoir tout mener de front. Trois ans plus tard, tout s'est aplani, je ne vois plus mon statut de mère célibataire comme un boulet au pied - même si j'aime à me traiter de cas soc', par provoc, sans doute.
Le seul aspect particulier, c'est ce retour à la vie normale, à chaque retrouvaille après quelques jours ou plus chez le papa. Après avoir goûté à la liberté d'une vie sans contraintes, je me repositionne systématiquement en maman-avant-tout. Au fond de moi, c'est comme une sorte de vide qui s'opère, d'un coup, l'envie de lâcher du lest, d'oublier un peu les batailles quotidiennes, pour se concentrer seulement sur lui. Mon fils. Comme si plus rien n'avait vraiment d'importance.
Alors, quitte à prendre un peu de recul, autant partir en vacances (tiens, la bonne excuse). Je vous abandonne donc un peu, pour une petite escapade. Je repasserai ici, probablement, dans les jours à venir mais quand, je ne pourrai vous le dire. Pas de connexion là où je suis - si, ça existe encore. Et donc, la liberté de vivre et d'humer l'air, tranquillement. Sereinement.
PS: Je vous parlais hier de la relativité des événements. Je ne savais pas encore que la Mite orange allait vivre, elle aussi, une terrible épreuve. Courage à toi, jolie mite...
Mon fils est de retour et je me surprends à devoir reprendre mes marques. Cet être si cher, que je connais mieux que quiconque, est à la maison comme si de rien n'était et moi, je reprends mes vieux automatismes.
Lui d'abord.
J'entends les deux du fond qui, déjà, bondissent. Non, je ne veux pas faire de mon loulou un enfant-roi. Il sait que nous ne sommes pas copains. Simplement, j'endosse de nouveau le rôle de maman et j'en oublie mon identité propre, celle d'une femme. Ce n'est pas quelque chose que l'on peut vraiment décider, c'est lié à l'histoire personnelle de chacun, à la relation que l'on a développé avec son enfant. Et à ses envies, aussi, je crois.
Oui, cela me fait du bien d'être présente pour lui. Oui, je m'oublie un peu. J'ai mes raisons. Je n'ai pas encore vraiment combiné de façon égale mes deux statuts - mère et femme, oh, vous suivez ou quoi ? - mais au fond, je suis persuadée qu'il y a un temps pour tout. J'ai besoin qu'il grandisse, j'ai envie de me réaliser professionnellement, d'abord, pour allier peut-être plus tard tous les aspects d'une vie de femme "lambda".
Pourquoi je parle de cela? Tout simplement parce qu'il y a trois ans, en plein été, je l'embarquais dans cette nouvelle vie, celle des deux maisons. J'avais tellement de choses à gérer simultanément que je n'étais pas certaine de pouvoir tout mener de front. Trois ans plus tard, tout s'est aplani, je ne vois plus mon statut de mère célibataire comme un boulet au pied - même si j'aime à me traiter de cas soc', par provoc, sans doute.
Le seul aspect particulier, c'est ce retour à la vie normale, à chaque retrouvaille après quelques jours ou plus chez le papa. Après avoir goûté à la liberté d'une vie sans contraintes, je me repositionne systématiquement en maman-avant-tout. Au fond de moi, c'est comme une sorte de vide qui s'opère, d'un coup, l'envie de lâcher du lest, d'oublier un peu les batailles quotidiennes, pour se concentrer seulement sur lui. Mon fils. Comme si plus rien n'avait vraiment d'importance.
Alors, quitte à prendre un peu de recul, autant partir en vacances (tiens, la bonne excuse). Je vous abandonne donc un peu, pour une petite escapade. Je repasserai ici, probablement, dans les jours à venir mais quand, je ne pourrai vous le dire. Pas de connexion là où je suis - si, ça existe encore. Et donc, la liberté de vivre et d'humer l'air, tranquillement. Sereinement.
PS: Je vous parlais hier de la relativité des événements. Je ne savais pas encore que la Mite orange allait vivre, elle aussi, une terrible épreuve. Courage à toi, jolie mite...
dimanche 26 juillet 2009
Carpe Diem
"C'est pas grave", disais-je tout le temps lorsque j'étais enfant.
"C'est pas grave", disais-je encore tout à l'heure, à propos d'un petit désagrément familial.
"C'est pas grave" ai-je souvent pensé à propos des petits malheurs d'un jour.
Cela m'a valu de passer parfois pour une insouciante, voire une nonchalante. Du genre à balayer de la main les broutilles quotidiennes.
Cette façon de relativiser a toujours été, paradoxalement, contraire à mon anxiété naturelle. Mais voilà, j'avais beau me stresser pour un rien, je trouvais toujours un moment le moyen d'asséner "C'est pas grave."
Parce que c'est la vie, je continuerai à balancer du "c'est pas grave" à tout bout de champ. Peut-être avec plus de conviction, tant j'ai mesuré ce week-end à quel point nous sommes peu de choses. J'ai toujours su que la vie pouvait basculer en un instant et ce serait un cliché de rappeler que notre existence s'avère d'autant plus précieuse que l'on en saisit l'absurdité et la fragilité.
Et pourtant, quand une voix chevrotante vous annonce qu'un proche a frôlé la mort, qu'il s'en est fallu de peu pour qu'il quitte cette Terre, plein de rancoeur - mais aussi rempli d'amour - c'est comme une piqûre de rappel. Une façon de rappeler que nous ne sommes que mortels. Tonton Enzo, Tata Iz', les filles, je pense à vous. Le plus dur est passé.
Rappelons-nous juste une chose: il y a peu de choses graves. Mais n'oublions pas que celles qui le sont rendent la vie plus délectable encore. Alors, je sais, l'expression est galvaudée, mais si juste, pourtant. Carpe Diem.
"C'est pas grave", disais-je encore tout à l'heure, à propos d'un petit désagrément familial.
"C'est pas grave" ai-je souvent pensé à propos des petits malheurs d'un jour.
Cela m'a valu de passer parfois pour une insouciante, voire une nonchalante. Du genre à balayer de la main les broutilles quotidiennes.
Cette façon de relativiser a toujours été, paradoxalement, contraire à mon anxiété naturelle. Mais voilà, j'avais beau me stresser pour un rien, je trouvais toujours un moment le moyen d'asséner "C'est pas grave."
Parce que c'est la vie, je continuerai à balancer du "c'est pas grave" à tout bout de champ. Peut-être avec plus de conviction, tant j'ai mesuré ce week-end à quel point nous sommes peu de choses. J'ai toujours su que la vie pouvait basculer en un instant et ce serait un cliché de rappeler que notre existence s'avère d'autant plus précieuse que l'on en saisit l'absurdité et la fragilité.
Et pourtant, quand une voix chevrotante vous annonce qu'un proche a frôlé la mort, qu'il s'en est fallu de peu pour qu'il quitte cette Terre, plein de rancoeur - mais aussi rempli d'amour - c'est comme une piqûre de rappel. Une façon de rappeler que nous ne sommes que mortels. Tonton Enzo, Tata Iz', les filles, je pense à vous. Le plus dur est passé.
Rappelons-nous juste une chose: il y a peu de choses graves. Mais n'oublions pas que celles qui le sont rendent la vie plus délectable encore. Alors, je sais, l'expression est galvaudée, mais si juste, pourtant. Carpe Diem.
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