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mercredi 2 avril 2014

La différence entre chômeuse et chômeuse

Il n'avait pas envie de se lever, ce matin, Loulou.
 
Comme tous les matins, chaque fois qu'il y a école, en fait.
 
Donc, souvent.
 
Sinon, quand on peut dormir, genre, le samedi ou le dimanche, il se lève à 5h26, 6h54, 7h23, ce style de créneaux, vous voyez bien.
 
Il pourrait peut-être bosser à la sncf, un jour, il est bien conditionné.
 
Ah oui, mais non. Je vous disais que tous les autres jours, mercredi compris, il employait la technique de la colle imaginaire : il fait semblant d'avoir les fesses collées aux draps, alors je suis obligée de le décoller du lit, mais comme j'ai un balai persistant dans le dos, ça marche moyen, il rebondit tel un élastique dans la couette et ça finit par le cocktail énervant "dépêche-toi-habille-toi-viens-manger-lave-toi-les-dents-dépêche-toi-on-va-être-en-retard-ton-cartable-ton-cartableeeeeee-un-jour-tu-oublieras-ta-tête-mon-dieu-à-cause-de-toi-je-sors-les-mêmes-rengaines-énervantes-de-ma-maman-quand-j'avais-ton-âge-mais-dépêche-toi-on-va-être-en-retard-dépêche-toi-tu-es-en-retard-bonne-journée-mon-Loulou"
 
Et là, je peux me brosser pour le bisou, "parce que je t'en ai déjà fait cinq ce matin".
 
Ah, ok. Pourtant, j'étais lavée et habillée, c'est ce que je lui ai dit pour ma défense, comme un fait exceptionnel qui justifierait qu'il montre quelques signes d'affection, voire des effusions de joie, envers sa maman chérie.
 
Celle qui le décolle du lit tous les matins. Ah oui. Ça, c'est grave. En plus, il estime que c'est un peu de ma faute, ce rythme infernal, parce que s'il a maintenant école le mercredi, aussi, c'est de la faute de François, et donc de la mienne, parce que j'ai donné ma voix au président, il y a fort longtemps (avant la désillusion, je veux dire).
 
Alors, se lever tous les matins de la semaine, c'est grave, fatigant et un rien injuste, à ses yeux, je le sens bien.
 
"Bah oui, toi, tu travailles pas, tu peux aller te recoucher après, alors que pour moi, c'est trop duuuuuuuur"
 
Là, la fierté - que j'ai retrouvée et qui était cachée derrière madame-la-dépression, tout bêtement - me secoue. Je m'entends dire:
 
"Ah mais non, Loulou, tu te trompes. Certes, je ne vais pas tous les matins au bureau, mais je travaille, sur mon projet."
 
Il dévale les escaliers, se tourne vers moi et, avec son air un rien tête à claques (les hormones, les hormones), m'assène:
 
"Ouais, mais t'es quand même chômeuse!!"
 
Ma fierté hurle, au fond de mon être, et insiste:
 
"Certes, mais ce temps me permet d'avancer sur mon projet, pour avoir un vrai métier ensuite."

(Parfois, je prend un air solennel, on dirait que je veux me convaincre que je suis sérieuse en fait. Il y aussi l'idée que je suis sa maman, pas sa copine, non mais oh, ça va, hein.)
 
Il remonte, visiblement avec une idée en tête, tant il semble déterminé.
 
"Mais alors, je comprends pas, avant (sous entendu, quand tu étais en pilou et ravagée par la dépression), tu étais bien chômeuse?
 
- Oui.
 
- Ben alors, c'est quoi la différence avec maintenant?"
 
Sur ce, il est parti vider le tube de gel sur ses cheveux, parce que les hormones le travaillent et que c'est trop bien d'être coiffé comme un pouilleux au cuir chevelu gras.
 
Moi, je me suis vue dans le miroir. J'étais habillée, et même bien rhabillée pour l'hiver, tiens.
 

vendredi 9 juillet 2010

Amère avec le ministère

Contactée par le ministère de l'Emploi, vous disais-je...

Hier, en pleine retranscription, j'ai manqué de lâcher mon ordi à la sonnerie du portable. Trop concentrée.

Affreux.

C'était le ministère de l'Emploi. Au début, je n'ai entendu que "Emploi" et je me suis dit, ça y est, j'ai enfin la réponse pour le poste que je reluque à Nantes, alléluia, je vais cotoyer des bas du front, tout vient à point à qui sait attendre, ce genre de baratin, tout ça.

Mais en fait, non. Le monsieur, dont la voix laissait présager un style physiquement intelligent, m'explique qu'il réalise une enquête auprès des bénéficiaires du NACRE, un dispositif d'aide à la création d'entreprise. Dont, de fait, j'ai profité, avant de devoir faire le deuil de ma P'tite Dînette. Si je veux m'exprimer? Tu penses que je ne vais pas laisser passer l'occasion! Bon, quand il me parle d'une bonne vingtaine de minutes, je prends peur et lui suggère de me rappeler ce soir. C'est que j'ai des compte rendus de la haute à terminer, avant d'attaquer le menu fretin.

Quand le téléphone reste désespérément muet, le soir venu, je suis un rien déçue. J'aurais bien aimé profiter de l'opportunité, mine de rien. Car après tout, un petit exemple combiné à des tas d'autres, ça peut peut-être faire avancer les choses, non?

Finalement, il appelle plus tard que prévu, mais peu importe. Les questions sont nombreuses et précises et me replongent d'emblée quelques mois en arrière. La SARL, les prêts d'honneur, le besoin en fond de roulement, la fronceuse de sourcils, les formations, mon retour à l'école à l'AFPA, le Café Clochette, mon expérience d'apprentie scary movie girl chez le triste toqué, les carrés, les barbus, le dormeur, le maori, les banques et leurs incitations à dégoter un multimillionnaire, les allées et retour sur mon vélo, tantôt exaltée, tantôt abattue, mes espoirs, les désillusions, l'achat de la vaisselle, les tabliers en cadeaux...

Tout me revient en bloc. J'en parle avec un curieux mélange de détachement et de colère rentrée, l'amertume coincée au fond de la gorge, certes, mais suffisamment de recul pour lâcher à mon interlocuteur que "face à un comité régional bancaire, mon dossier ne tenait pas la route, du fait de mon inexpérience, de la conjoncture, ma situation personnelle... A leurs yeux, évidemment."

Il est dans l'empathie, ce monsieur. Évidemment, certaines questions ne permettent pas une réponse plus détaillée que "pas satisfait, satisfait, assez satisfait ou très satisfait" et il doit sentir ma frustration de ne pouvoir préciser mes dires. Alors, à la fin du questionnaire, il m'indique que si j'ai un message à faire passer, surtout que je n'hésite pas. Je lui dis que la création d'entreprise, telle qu'elle est présentée aujourd'hui en France, n'est en fait souvent que de la poudre aux yeux, permettant au gouvernement d'atténuer certaines statistiques déplaisantes et à Pôle Emploi de soulager un rien ses conseillers débordés par la cohorte de chômeurs.

Lui, qui est resté plutôt objectif jusque là, m'encourage dans cette voie. "Remarque très juste", me dit-il. Du coup, je lui raconte ma dernière tentative avortée d'auto-entreprise. Attentif, il me demande s'il peut prendre mes coordonnées complètes, "afin de remonter l'information jusqu'au Ministère de l'Emploi. Je suis persuadé que votre expérience pourra intéresser certaines personnes." Ma générosité n'ayant pas de limites, je lui indique l'existence de ce blog, qui relate quelques déboires d'une pseudo-créatrice d'entreprise. L'intitulé le fait sourire, je l'entends.

Il note tout ça en me souhaitant bonne continuation.

Pas sûre qu'Eric Woerth m'appelle dans les jours à venir. Il a, je crois, d'autres chats à fouetter en ce moment. Mais ça fait du bien de se lâcher et de partager son expérience, si modeste soit-elle.

dimanche 9 mai 2010

Cherche mari millionnaire (mais vite, hein)

D'un côté, l'envie. Les perspectives de développement. D'une nouvelle vie.

D'un rêve qui se concrétise, finalement.

De l'autre, l'aspect purement matérialiste. Des histoires de charges à payer, de gagner sa vie, d'être payée pour travailler... Un vaste concept qui tend à se ringardiser, si j'en crois le nombre multiple de stages et boulots à-hautes-responsabilités-et-faible-rémunération qui pullule sur le oueb. Mais un concept que l'on doit prendre en compte lorsque l'on décide de son avenir pro.

Soyons clair. J'ai tellement envie de m'installer derrière le comptoir que je serais prête à zapper la question sous, si je le pouvais.

Mais mon bailleur n'est pas d'accord. Je ne suis pas sûre que les employés - chez GDF, Orange, j'en passe et des meilleures - goûtent à ma littérature lorsque je leur renverrai, en guise de paiement, des factures barrées avec juste: "Désolée, je bosse pour la gloire. Je ne peux donc honorer ces charges et vous remercie d'avance pour votre compréhension."

Ce boulot, ce doit être mon gagne-pain. J'ai pas le choix. Or, dans l'état actuel des choses - et après une longue, très longue conversation avec l'experte-comptable - il me permettrait de régler les charges du commerce, pas d'en tirer un quelconque bénéfice. Même en supputant que l'affaire va décoller, parce que plus d'heures d'ouverture, plus de services, plus de gâteaux à emporter...

J'en suis arrivée à la conclusion de mes grandes-amies-les-banquières : Il me manque un mari riche pour "subvenir à mes besoins". Pas (forcément) un gars physiquement intelligent, non, un mec avec des sous pour assurer le tout-venant.

Comment ça, je suis cynique? Mais n'est-ce pas la marque de la réussite, lorsque l'on se lance dans le business ?

Bon. Respirons. Je n'ai sans doute pas exploré toutes les options. Doit bien y avoir un moyen...

mercredi 5 mai 2010

Tout vient à point...

Bon, j'avoue, j'étais pressée hier midi mais je tenais absolument à partager mon excitation; et puis, l'idée de vous faire mariner n'était pas pour me déplaire.

Yes, my name is Cruella (mais sans les Dalmatiens, j'ai pas la place dans l'appart et ça pourrait rebuter le cheval blanc, le jour où il se décidera enfin à poser ses fers ici).

Entre-temps, j'ai réalisé que cela devait rester confidentiel. Aïe. Comment ça, vous n'allez pas le répéter? Mais on est sur une plate-forme géante ici, demain madame Wang est au courant et Mister John Doe ne manquera pas d'en parler à son collègue Pablo Ramirez.

Mais si, vous savez, la mondialisation, tout ça... Bon, j'abdique, je suis une inconnue, pas la peine de se montrer trop parano, je balance l'info. Hier matin, mon unique cliente restauratrice, qui tient également le restau que je convoitais initialement (ça va, vous suivez toujours?), m'a proposé de prendre ce dit-établissement en location gérance.

C'est pas fou, ça ? Comment ça, j'en étais au même point l'année dernière? Justement, ça ne s'était pas fait et ça m'avait pas mal perturbée. Je m'étais longtemps accrochée à l'idée, avant de finir par y renoncer, consciente qu'elle ne lâcherait pas l'affaire. Pourtant, je savais que c'était là l'alternative idéale: tu jouis du lieu, moyennant une redevance. Tu n'investis pas dans un fonds ou du matos à dix mille dollars, mais tu es ton boss.

Tous les banquiers que j'ai rencontrés (huit, oui, je me souviens bien) étaient unanimes: c'était la solution idéale. "Si seulement vous aviez pu prendre ce restau", me disaient-ils régulièrement. Oui, si seulement...

A vrai dire, lorsqu'elle m'a évoqué la chose, alors même que je venais la livrer pour l'habituelle fournée de gâteaux, j'en suis restée un peu abasourdie. Tout ça vient alors que j'ai tout empaqueté, que les valises sont prêtes pour une autre vie et l'album-photos de la cuisine relégué au rayon des souvenirs. Ironique, n'est-ce pas?

Pourtant, comment ignorer cette offre qui vient au moment où je ne l'attendais plus (mais alors plus du tout) ? Le lieu continue de me parler, la clientèle existe, l'emplacement est top, son volume est idéal pour une personne seule, pourquoi hésiter?

J'ai senti une montée d'adrénaline. Pourtant, j'ai gardé la tête froide. Je lui ai dit que cela méritait réflexion. Je ne veux pas me précipiter, car je connais aussi les bémols de la situation, telle qu'elle se présente aujourd'hui.

Une chose est sûre: j'ai descendu tous les cartons que j'avais rangés, la mort dans l'âme. Maintenant, il s'agit de manier les chiffres au mieux, pour décider de quoi l'avenir sera fait. Vais-je aller au bout de l'aventure, alors que l'épilogue était écrit?

Oui, quelle ironie, décidément.

mercredi 28 avril 2010

Madame jarticulpa et les gâteaux isolés

"Bonjour, madame jarticulpa du plan de la ville du Mans. Vous avez ouvert récemment quelque chose, c'est ça?"

Entre méfiance et parano, je réponds prudemment. La DSV viendrait-elle déjà me chercher des poux? J'imagine déjà les inspecteurs débarquer dans ma cuisine et me saisir mes moules à cannelés. Avec, en outre, ce petit air vicieux des gens toujours avides de sacrifier de pauvres innocents. Qui m'a dénoncée? Mais au fait, je ne fais rien de mal! Bon, soyons lucide, moins j'en dirai, mieux ce sera.

"De quoi voulez-vous parler?" fais-je de mon air le plus niais possible (ce qui ne me pose pas trop de problème).

" Ben, de votre commerce."

"Ah, vous voulez parler de mon auto-entreprise? Oh, vous savez, c'est juste de la livraison de gâteaux."

Un blanc.

"Des gâteaux?" Son immense déception s'entend. "C'est tout?"

"Bah oui, c'est tout."

"Bon, alors oubliez, bonne journée..."

Je l'interromps. "C'était pour quoi, au fait?"

"Je voulais vous offrir un espace publicitaire sur le plan de la ville. Mais là, c'est pas la peine."

Elle a tout compris, madame jarticulpa. C'est pas la peine.

vendredi 26 mars 2010

Kafka, sors de ce corps

Résumé de l'épisode précédent: la dame blonde, la bonne cinquantaine, maquillée comme une voiture volée, pleine d'aplomb, me rétorque d'un ton un rien hautain que c'est à la chambre de commerce, et non à l'URSSAF, que je dois déposer mes papiers.

Après m'être inscrite au préalable sur le site OFFICIEL de l'auto-entrepreneur, avoir obtenu mon numéro, tout ça, je me souviens que la demande d'ACCRE, exonération de charges sociales -enfin, une bonne partie, faut pas pousser non plus, le père Noël, c'est du pipeau, ok? - la demande, disais-je, ne va pas aller toute seule, avec ses petites pattes, jusque sur le bureau d'une personne, quelle qu'elle soit, CCI, URSSAF ou que sais-je encore.

Dans ma grande bonté d'âme, je l'emballe dans une grande enveloppe kraft et plutôt que de la poster, j'amène le tout à la Chambre de Commerce. Là où la dame de l'URSSAF m'a dit de déposer le formulaire, on est d'accord.

A la Chambre de commerce, l'employée m'indique que je dois aller... à l'URSSAF.

La routine, quoi.

mercredi 24 mars 2010

Hypocrisie

"Bonjour Madame, je suis bien chez Stéphanie Magut?"

Oui, c'est presque ça, allez, essaie encore (le nombre de fois où mon nom de famille a été écorché, c'est un truc de malade. Je vous passe la liste, j'en suis encore traumatisée).

Non, chez son assistante, mais vous pouvez... OK, je me reprends et je tais cette envie soudaine de l'embrouiller. La pauvre.

" Oui." (je suis drôlement concise, en ce moment, rapport au questionnaire d'hier qui m'a tétanisée, je crois)

" Floriane de l'agence ...euhgpabiencomprislenommaisçafinitenis"

Oh, Floriane, tu as un joli accent fleuri, ne t'appelerais-tu pas Leïla, plutôt ? Ne serais-tu pas contrainte de changer ton charmant prénom pour sonner "plus français", médiocre méthode qui, hélas, touche les services de phoning ? Bon, cela dit, c'est toi qui vois (enfin non, ta boîte qui rentre dans cet ignoble jeu).

"Je vous appelle pour vous proposer un rendez-vous avec l'un de nos commerciaux, afin de vous offrir la création de votre site internet."

J'en reste bouche bée.

Devant mon silence prolongé (cinq secondes de blanc, quand on bosse dans une agence de phoning et qu'on doit renier ses racines, j'imagine le caractère angoissant que la situation génère), elle prend soin de préciser :

"Pour votre entreprise, je veux dire."

Eh bien! Les nouvelles vont vite.

lundi 22 mars 2010

Entre parenthèses

Je signale en préambule que, malgré l'usage intempestif de parenthèses dans le post qui suit, aucun mal n'a été fait à ces petites choses. Leur sur-dosage peut toutefois entraîner un certain mal de tête chez les lecteurs - symptôme que l'on soulagera via l'arrêt immédiat des lignes en question (je dis ça, c'est pour votre bien-être, mais je m'aperçois que je mets de nouveau à mal les parenthèses. Bon, c'est vous qui voyez).

Ce matin, une lettre de l'INSEE m'a informée de ma nouvelle activité: "service des traiteurs".

Ah bon. J'avais écrit "vente de gâteaux" sur le formulaire, histoire de me prémunir d'éventuelles questions, et me voilà donc traiteur.

Oh, je ne vais pas les contrarier, d'autant qu'ils ont des mots sympas pour annoncer la création d'une entreprise, dans leur rubrique "mise à jour effectuée": pour eux, c'est un "événement".

Je ne veux pas tomber dans le triomphalisme de bas-étage et puis, ouvrir une bouteille de champ' toute seule - avec le nez bouché qui plus est - pour si peu, ce serait inutile.

Et idiot, vu que je dois encore peaufiner ma définition du PER et me rentrer dans la tête le nom du PDG d'Arcellor Mittal (Lakshmi, tu parles d'un prénom, aussi, je peux pas compter sur toi, monsieur, tu pousses un peu, là) d'ici à demain matin. Je dois être opérationnelle pour le test de culture générale qui m'attend, option économie, politique et management moderne (palpitant, je sais, j'ai une vie passionnante).

Où en étais-je? Ah oui, le triomphalisme, le champ' et tout ça, pour fêter "l'événement". Non, pour tout vous dire, après tant de jours, de semaines, de mois à espérer, rêver, envisager, renoncer, reprendre espoir, se battre, se décourager, avoir envie de partir à l'autre bout du monde (mais pas au Groenland, parce que je suis frileuse et que mes doigts de pied, aussi connus sous le doux nom de "Knaki Balls", bleuissent en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire), bref, après tant de temps à courir derrière un mirage, j'ai...

Un numéro SIRET.

Et le pire... Je sais pas si je dois vous le dire... Allez, on se connaît, maintenant, vous n'ignorez rien de mes paradoxes et autres contradictions (je vous rappelle, qui plus est, que je suis une FILLE. Une fille, c'est chiant, ça change toujours d'envie et ça fait rien que brouiller les pistes en permanence- cela dit, j'aimerais pas être un garçon, parce que là, y'a du lourd aussi. Mais ce sera l'objet d'un autre post).

Donc, le pire, c'est que ça ne m'a fait ni chaud, ni froid.

Je vous jure.

J'ai vu la lettre, je l'ai décachetée tranquillement, je l'ai parcourue, vite fait, avant d'aller me mettre aux fourneaux (tournée hebdomadaire oblige, ouais, je sais, c'est la grosse classe. Et surtout mon UNIQUE mission de la semaine. Hum). OK, je suis auto-entrepreneur. Dans mon cas, ça ne veut rien dire, parce que je ne vais pas développer l'affaire outre-mesure.

On parlera de beurre dans les épinards, j'imagine.

A la condition, aussi, que je parvienne à me ré-insérer dans la vie normale, en obtenant ce poste auquel je pense de plus en plus, et qui me semble comme tombé du ciel tant il correspond à mes aspirations du moment.

Tiens, je pourrais en parler aux recruteurs. Enfin, si j'arrive à me souvenir de ces maudits acronymes et de l'orthographe du président de l'Union Européenne.

Et là, c'est pas gagné.

mercredi 10 mars 2010

Attendre, toujours attendre...

La patience et moi, ça fait deux. Alors là, autant dire que je ronge mon frein. Ce matin, j'ai eu une explication quant à l'annulation du rendez-vous. La structure que je souhaitais rejoindre va mal, très mal et son sort sera statué vendredi prochain. Autant dire que ça sent un peu le sapin. Et que les quatre-vingt dix entrepreneurs actuellement salariés là-bas vont être priés d'aller voir ailleurs.

Mon interlocuteur, au téléphone, était le même qui avait animé la réunion d'information. Il m'appelait car il travaille à Angers, au sein de la coopérative que j'ai contactée, hier, cherchant un nouveau point de chute. Et comme il me l'a expliqué, ça va être compliqué d'accueillir tous les entrepreneurs laissés sur le carreau et de convaincre les collectivités locales - qui financent en partie la structure - que, si, si, il faut encadrer, en plus, des personnes étrangères au département.

Les portes qui se ferment, je commence à en avoir l'habitude. Je ne me formalise plus trop. N'empêche, je me suis dit que les embûches se multipliaient. Mais pourquoi ne pas chercher un boulot "classique", dans ma branche ? (Parce qu'il n'y a pas d'offres, peut-être? Ah, pas bête) Et puis, petite chance, mon interlocuteur s'est souvenu de moi, lorsque j'ai évoqué mon projet. Je l'ai senti sourire (oui oui, au téléphone. Je ne suis pas mytho, je vous jure, il a souri. Pourquoi, en revanche, je ne saurai être aussi catégorique...) et il a poursuivi:

"Bon, évidemment, nous ne pourrons pas accueillir tout le monde. Mais il faut dire aussi que la coopérative sarthoise n'effectue pas de tri sélectif et passe autant de temps avec une personne qui bosse cinq heures par mois que pour d'autres à temps complet." Comprenez qu'ils ne rapportent pas beaucoup et qu'à ouvrir ses portes à tous sans distinction, la structure s'est un rien auto-sabotée.

Je ne peux m'empêcher d'imaginer la précarité que vivent certains "salariés" et voilà qu'une angoisse me traverse. Moi aussi, bientôt, je serai dans un stade très, très précaire. Des petites sueurs pour démarrer la journée, j'avais bien besoin de ça.

Lui n'a visiblement rien perçu et poursuit:

"Écoutez, j'ai vos coordonnées, je vous rappelle dès que nous connaissons la décision. Nous prendrons sans doute quelques entrepreneurs, alors..."

Alors, il faut attendre. Je commence à bouillir, avec cette drôle de sensation de me démener pour un impact minimum. Dans le même temps, ma "cliente" m'a appelée, cet après-midi, pour une nouvelle commande de cannelés, en plus de la -désormais classique, ah ah - fournée hebdomadaire.

J'aimerais tellement n'avoir qu'à me préoccuper des courses à faire et de la cuisson idéale des petites bêtes sucrées. N'avoir à penser qu'aux nouvelles recettes et aux heures de livraison, au lieu de m'interroger en permanence sur le sens de tout ça.

Au lieu de patienter, en attendant une potentielle réussite, une issue favorable qui tarde, qui tarde...

Ne pas se décourager, ne pas se décourager... Y croire, vaille que vaille. Allez, j'imagine que vous me voyez sourire, derrière votre écran. Vous n'êtes pas mytho et vous le sentez, ce genre de choses, pas vrai?

Histoire de vous donner raison, je vais manger un clown et je reviens.

mardi 9 mars 2010

Coup de bambou

"Bonjour,
Nous sommes dans le regret de vous informer que votre rendez-vous du 18/03/2010 à 15h est annulé. Nous vous contacterons ultérieurement. Merci de votre compréhension.
Cordialement."

Le message vient de la coopérative de portage salarial. Je les rappelle aussitôt, même s'ils écrivent qu'ils le feront. Et là, coup de bambou.

"Nous ne recevons plus personne. Nous avons suffisamment d'entrepreneurs et sommes en pleine restructuration."

C'est pas comme si vous aviez organisé, voilà à peine deux semaines, une réunion d'information pour informer de potentiels clients, c'est sûr.

C'est pas comme si vous aviez pris tous les renseignements, comme si le contrat de travail n'était plus qu'une formalité.

C'est pas comme si j'avais l'impression d'être maudite.

Oui, coup de bambou car le portage salarial me semblait la meilleure solution, dans mon cas. D'ailleurs, je venais juste d'évoquer la question avec un ami et le temps me semblait long jusqu'à ce 18 mars. Alors, maintenant, je fais comment? Je reste chômeuse? Je rejoins les rangs des auto-entrepreneurs? Je m'exile?

Je m'exile. Oh, pas loin, j'ai appelé dans la foulée une autre coopérative, dans le Maine-et-Loire, qui présente les mêmes conditions. Ils doivent me rappeler, eux aussi. De toute façon, je ne les lâche pas. J'espère juste ne pas me prendre une nouvelle porte en pleine face.

Je vous jure, y'a des jours, mieux vaudrait rester couché.

vendredi 5 mars 2010

L'éponge magique et les gilets à poches

La honte.

Vous voyez la pub où une nana en turban vit dans une porcherie, qu'elle transforme illico en palais brillant d'un simple coup d'éponge?

Ben, j'aurais pu la jouer, aujourd'hui. Persuadée que les taches de gras, là, ne partiraient jamais, je cuisinais donc, insouciante, avant d'y regarder de plus près. Tiens, si j'essayais, avec un peu d'huile de coude et beaucoup de dégraissant? Parce que, quitte à démarrer mon activité chez moi, autant que ce soit N.I.C.K.E.L. Lorsque Marie-Claude a évoqué la question, hier, je ne me sentais même pas concernée. Bien sûr que tout était parfait. Hum.

Trois heures, une éponge noire et des mains desséchées plus tard (un peu brûlées aussi, mais trop facile, de mettre des gants, avec un produit corrosif...), je peux enfin dire que ma cuisine est N.I.C.K.EL et le four débarrassé de ces quelques éléments incendiaires que j'avais négligés et qui m'ont valu quelques flammes.

La honte, donc. Mais là, ça va mieux, les placards sont rangés, l'outil de travail est fin prêt et vous pouvez même passer le gant blanc au dessus des meubles, je resterai zen. J'ai écouté Marie-Claude.

Peaufiner les détails, qu'elle a dit la dame. Alors, je m'affaire. Avant de me transformer en fée du logis, j'avais ressorti des placards toute la doc' sur la création d'entreprise et potassé, aujourd'hui. De la compta, un début de factures, un plan d'action, le projet commence à prendre forme, même si je me refuse à y mettre une quelconque pression. Le statut d'entrepreneur salarié, que je m'apprête à endosser, me permet de préparer les choses sereinement, sans penser, déjà, aux charges qui tomberaient si je choisissais de créer ma boîte de façon indépendante.

Je suis donc retombée sur les dix mille versions de mon (feu) prévisionnel. Sur tout un tas de recherches qui m'avaient permis d'établir mon étude de marché. Des notes, des listes de choses à faire, des noms, des numéros de téléphone... J'ai tout rangé dans une boîte, sans états d'âme, sans regret. Je n'ai gardé que l'essentiel sur mon bureau, histoire d'être carrée quant à l'aspect administratif du projet. Le reste, c'est de la littérature.

A propos de littérature, je suis retombée sur les journaux de L'Hôtellerie Restauration, publication hautement instructive à laquelle je m'étais abonnée. Remplie de conseils sur la meilleure façon de gérer la crise, la propagande sur les grandes manoeuvres que les restaurateurs auraient réalisées depuis la baisse de la TVA, sans oublier les innombrables annonces de fonds de commerce à 800.000 euros ou le secret pour faire croire que les oeufs en neige sont faits maison.

En feuilletant ces pages que j'avais mises de côté, je me suis projetée d'emblée chez Métro, où je suis également allée cette semaine. Ah, Métro, son univers impitoyable, rempli de restaurateurs avec le même gilet à poches -et sans manches, alors qu'il caille sévère, dans les rayons - et la démarche un rien lourdaude. Oui, Métro et ses chariots géants et difficiles à manier, ses étals remplis de boîtes de dix kilos de crème anglaise toute faite - oui, aussi - et de couteaux à 150 euros pièce... C'est marrant, je ne me sentais guère à ma place, là-bas, et pourtant, j'y ai trouvé de quoi confectionner pas mal de pâtisseries, pour tester de nouvelles recettes, d'abord, avant d'aller vendre mes douceurs.

Là où ça devient drôle, c'est que je veux proposer ma production aux restaurateurs, ces mêmes toqués avec leur gilet à poches et leur air supérieur. Heureusement, ils ne sont pas tous faits dans le même moule que mon ami le chef sachant. Certains pros, subtils et délicats - comme une certaine cafelière - détonent tout autant dans ce décor plein de testostérone et de gros bras.

Prenez par exemple les acteurs du collectif bio. Sait-on jamais, je pourrais être amenée à bosser pour eux. Pour eux ou avec eux? Pour les avoir de nouveau rencontrés hier, je reste circonspecte sur leurs attentes réelles. Confrontés aux réalités économiques, ils envisagent de faire de la livraison de plateaux bio aux entreprises, mais n'aspirent en vérité qu'à ouvrir un lieu de vie, une sorte de cantine améliorée. C'est comme lorsque j'envisageais de faire les marchés en attendant d'avoir mon local. C'est bien, d'être pragmatique, mais au quotidien, n'y a-t-il pas le risque de s'enfermer dans une vie que l'on n'a pas choisie? Eux en sont à cette réflexion et du coup, tout ça me semble de nouveau trop flou.

Peu importe, de toute façon. Je ne remets pas mon destin entre leurs mains, préférant démarrer, seule, mon activité. Quoi qu'il arrive, ça m'aura au moins permis de vérifier que ça marche, le coup de l'éponge magique. Même sur une porcherie.

Non, vraiment, la honte.

jeudi 4 mars 2010

J'ai trouvé les clés!

Je vous passe les détails sur une nuit pleine de clés dispersées ça et là (aucune symbolique, sinon le signe de ma préoccupation des dernières vingt-quatre heures), j'avais décidé de consacrer mon énergie à quelques activités plus productives.

C'est ainsi que j'ai pu converser un long moment, au téléphone, avec Marie-Claude, charmante pâtissière qui a tenu un salon de thé à Paris avant de se reconvertir dans la livraison de gâteaux dans les établissements de la capitale. Une vraie mine d'informations, forcément, et plein de conseils ingénieux qui m'ont confortée dans l'idée que c'était possible.

Le maître-mot de tout ça? "Oser", m'a-t-elle répété. "Vous avez tout à gagner." Voilà le feu vert que j'attendais pour me lancer, démarrer le projet officiellement dans ma cuisine - en prenant garde de ne pas mettre le feu à chaque fournée. Je sais d'ores et déjà que les jours prochains seront consacrés à la mise en place concrète de l'activité, une sorte de plan d'action, entre sélection accrue des recettes, coûts de revient, liste des restaus à démarcher, confection et photo de chaque douceur.

Et... l'obligation de trouver des cobayes pour valider de nouvelles recettes. Je ne m'inquiète pas trop sur ce plan, à vrai dire.

Marie-Claude m'a conseillé de bien peaufiner le démarrage, pour ne pas me planter. D'arriver devant les restaurateurs, tirée à quatre épingles "parce que si j'avais le malheur d'être moins bien habillée un jour, ma tarte était tout de suite moins bonne aux yeux des clients", a-t-elle témoigné.

Euh, je me demande si j'ai bien fait d'aller voir le forçat toqué, les cheveux mouillés et en jean, l'autre jour. Et mon arrivée à vélo devant les autres établissements m'aurait-elle joué des tours? Je me rassure intérieurement en relativisant. On est en province, ici, pas à Paris, et pas dans le 16e, notamment. N'empêche, elle n'a pas tort. La coupe j'en ai marre de vivre, c'est moyen.

Elle aussi a atténué ses propos. Puis, m'a poussée à "rentrer, quel que soit l'endroit, téléphoner, persister". A croire en mes produits, en somme.

Comme dans mon ancienne vie, je ne nourris pas spécialement de doutes quant à mon travail en lui-même, un véritable paradoxe lorsque l'on a comme moi une confiance en soi proche de zéro. Et ça ne m'effraie pas d'aller à la pêche aux clients. Je trouve ça même plutôt excitant, sans doute parce que c'est le début.

Marie-Claude m'a aussi raconté les aléas du métier, les gros clients qui oublient de régler la facture, ceux qui profitent d'un départ en vacances pour aller pêcher au rayon surgelés de chez Métro des douceurs industrielles à bas prix - concluant que c'est quand même beaucoup plus rentable, quoique moins bon.

Moi aussi, je vais tomber sur ce genre de spécimens qui, englués dans la crise, ne peuvent envisager de privilégier le goût à la rentabilité immédiate. Pas le temps, pas les moyens, pas le coeur de penser qu'à long terme, ils se privent d'une clientèle déçue par une qualité moindre.

Après tout, peut-être aurais-je réagi ainsi, moi aussi, si j'avais dû gérer ce restaurant qui m'a filé entre les doigts. Aujourd'hui, ça me va bien d'être dans la peau d'un fournisseur. Tout reste à faire, et j'ai conscience du chemin à parcourir, mais au moins puis-je tracer ce long parcours de façon indépendante.

Alors, à défaut de clés de voiture - j'ai fait une croix dessus, hein - j'ai au moins trouvé celles dont j'avais besoin pour me lancer. Autrement plus essentiel, n'est-ce pas...

mardi 2 mars 2010

Retour vers le futur

Quitte à incendier l'immeuble, autant rentabiliser. Hier, en préparant ma livraison de petites douceurs, j'avais multiplié les doses. Autant vous dire qu'en sauvant les cannelés d'une mort certaine, j'ai surtout senti cet immense soulagement en constatant ma force de souffle sur le mini-incendie.

J'suis trop forte.

Car, oui, j'avais une idée derrière la tête.

Me goinfrer de cannelés?

Nan. Depuis la terrible vision de certaines photos où, tel Bidendum, je pose sans imaginer que je ressemble à un pachyderme, je suis on diet. Du genre légumes & légumes. Donc, les petits gâteaux, ils sont bien gentils, avec leur vilaine tête de tentateurs, mais pour moi, c'est no way. Vade retro satanas. C'est comme une mini-torture, cela dit, je vous le concède.

J'avais donc tout planqué - bien m'en a pris, Loulou s'est découvert une passion pour les cannelés - emballant juste ce qu'il faut pour démarcher deux restaurants. Après tout, autant voir concrètement si mon offre de livraison tient la route.

Arrivée chez le premier, que je connais pour y avoir bricolé deux, trois fournées sucrées. Compression maximale des coûts de revient, je doute fortement qu'il y aura une suite. Au moins, j'aurais essayé.

Au moment de pousser la porte du second, je sens une poussée d'adrénaline. Je me suis collé un peu de pression, là: je vais démarcher le forçat toqué, rien de moins. D'un coup, je me sens ridiculement prétentieuse.

Je croise tout le monde, la femme du chef, le maître de salle, le cuistot physiquement intelligent et donc, le big boss. Qui n'a visiblement toujours pas mangé un clown - ni même dormi, si j'en juge à ses cernes et son visage émacié. Au début, je lui parle de la possibilité de louer sa cuisine (il m'avait évoqué l'idée, au moment du stage).

"Avant, j'aurais dit oui. D'autant que l'on envisageait de fermer le soir, comme ça ne marchait pas. Mais depuis quelques temps, on ouvre souvent, notamment pour des réservations de groupe."

"Tant pis pour moi, alors, mais c'est plutôt bon signe pour vous, pas vrai?"

"Oh, c'est toujours dur."

Un lexomil, vite, pour le monsieur. Et vous m'en mettrez un tube. On cause crise, marasme, tout ça et j'ai soudain envie de me pendre. S'il y avait des rideaux dans le restaurant, je veux dire.

Comme je ne dispose pas des munitions idoines, que je n'ai pas envie de mourir - surtout pour une bête question de crise - et qu'en plus, j'ai mon fils à aller chercher à l'école ce soir - je chasse les idées funestes de mon esprit embrouillé et tente la solution extrême.

Le sourire.

Sérieusement, je ne sais pas si vous imaginez la portée d'un tel exploit. Sourire face à ce stakhanoviste; enchaîner, de façon légère, sur le deuxième sujet, là, y'a difficulté force 5. Donc, je souris et évoque mon offre, lui présentant les bouchées sucrées. J'imagine mon sourire se figer un peu, mais il continue de m'écouter. Je flippe, il va refuser tout net, non mais quelle idée j'ai eue, comme si ça pouvait l'intéresser...

Ça l'intéresse.

Dès que j'ai un statut officiel et une tarification établie - dès qu'il a goûté et validé les douceurs, aussi, évidemment - je le contacte de nouveau. Et on fait affaire.

Est-ce que je fais fausse route? Ce projet est-il viable/ rentable/ supportable? Abominable? Aucune idée. Mais je suis sûre d'une chose, je ne me lasse pas de cette sensation d'écrire chaque jour une nouvelle page. Il y a pas mal de passages décousus et stériles, certes.

Mais au final, je me sens vivante, malgré tout.

lundi 1 mars 2010

Où je ressors le macaron rose

Voyez-vous, à l'heure où je vous écris, je viens de survivre à une intoxication. J'exagère à peine - ma toux sèche et les fenêtres grandes ouvertes en attestent - j'ai bien failli mettre le feu à tout l'immeuble.

La cause? Les cannelés. Ces petites bêtes, c'est un rien capricieux dans un four. Surtout lorsque le four est sale. Hum.

J'avais déjà vu quelques flammes jaillir, sous la plaque, ces derniers jours, mais enfin là, je me suis fait une petite peur. Donc, je vous le dis avec les yeux qui piquent: la cuisine, c'est dangereux.

Et la restauration, c'est dur, vous savez ma p'tite dame, ça aussi je le sais. Les rabats-joie du fond, je vous ai repérés.

Bref, je dois arrêter de faire l'autruche, si le rythme des commandes sucrées s'intensifie, il va bien falloir réfléchir aux options qui s'offrent à moi. Et ça tombe bien, j'avais une réunion, ce matin, qui tombait à pic. Agnès et Denis, deux des instigateurs du projet bio, m'avaient en effet conviée, afin que nous réfléchissions à un avenir brillant, merveilleux et extraordinaire (je m'emballe, c'est le gaz du four, j'imagine).

Nous nous sommes découvert un fort pouvoir burlesque (je leur racontais mon projet, ils avaient l'impression que je lisais le leur) et pas mal de points communs, logiquement. En même temps, contrairement à mon ami le génie, concepteur du salon de thé (oh, d'ailleurs, il ferme définitivement... Paix à son âme. Non, ça fait un peu méchant, ça, j'oserais pas. Enfin si. Bref), je n'ai jamais prétendu initier un projet avant-gardiste et jamais vu. Et les gens qui cherchent à créer un espace de vie, un cocon tout doux, tout chaud, y'en a à la pelle. D'où sont issus les plus fous, ceux qui vont au bout de leur(s) idée(s).

Alors, au fur et à mesure que je les écoutais, je visualisais la scène chez moi, imaginant tous les tiroirs s'ouvrir, les documents, recherches, business plan et autres prévisionnels s'extirper les uns après les autres, comme soulagés de sortir de l'ombre après trois mois de mise au placard. Le gros macaron rose retrouvait des couleurs. Le projet était là, à retirer la terre sous laquelle il était enfoui, respirant de mieux en mieux alors que les minutes s'égrenaient.

La Raison, cette grande dame que j'ai la foutue habitude d'ignorer trop régulièrement, m'a alors rappelée à l'ordre. Non, non, tu avais dit que c'était terminé, que tu rangeais tout ça loin dans ta tête, comme un Eldorado que tu atteindrais, sait-on jamais, quand tu serais grande.

La folie, cette tentatrice, a surgi et a pris la parole à ma place. Oh oui, que ça me tente de tâter du vrai fourneau, et pas une saleté de four qui prend feu pour trois malheureuses centaines de petits gâteaux.

En gros, je pourrais développer mon activité de confection et livraison de gâteaux, en travaillant dans une vraie cuisine, tout en me joignant par ailleurs à ce groupe revu et corrigé, qui a su se poser de nouvelles questions et combattre l'utopie de ses premières réflexions. Dans un monde parfait, cela me laisserait même un peu de temps pour élever mon fils, voire vivre, écrire et rencontrer le prince charmant (le gaz, je vous dis, le gaz.)

Alors, voilà, j'ai froid (les fenêtres ouvertes), les yeux qui piquent et le coeur qui balance, surtout. Il devient urgent pour moi de prendre des décisions sages et prudentes et aller m'aventurer dans un nouveau projet ne s'avère guère raisonnable. Mais si vous me lisez un peu, vous devinerez que mon petit grain m'incite à aller fureter, au cas où, vers une expérience inédite, excitante et pleine de promesses.

Dès que ça sent le gaz, je sors.

samedi 27 février 2010

Dans le même bateau

Le hasard, vous disais-je...

Le hasard m'a donc fait croiser Agnès et Denis, du projet bio, un collectif que j'avais rejoint, avant de m'en éloigner rapidement. Toujours enthousiastes, ils m'ont expliqué les changements dans leur projet. A défaut de créer un lieu sympa, ils souhaitent livrer des plateaux-repas bio aux entreprises.

Et donc, me direz -vous... Eh bien, ils cherchent un laboratoire pour confectionner tout ça. Un peu comme moi, en somme. On discute d'un éventuel partenariat, d'un partage de ce fameux labo et Denis, comme illuminé, m'arrête:

"Tu pourrais faire un temps partiel avec nous?"

Je m'entends répondre que tout est envisageable, réalisant un peu plus tard qu'à force de me disperser, je ne parviens pas à me fixer un but précis. En fait, j'ai l'impression d'être tiraillée chaque jour un peu plus, cherchant à me démultiplier, avec l'idée que ça finira bien par payer. Mais en attendant, je mets l'écriture de côté et je consacre tout mon temps aux fourneaux, sans résultat concret à ce jour.

Patience est mère de vertu, oui, je la connais celle-là. Madame Patience n'est pas mon fort, je le concède volontiers.

A vrai dire, je ne veux plus perdre de temps et il va falloir, vite, engranger les bénéfices. Or, la voie vers laquelle je m'engage est pleine d'embûches et, surtout, fragile. Il me faudra du temps, j'en ai conscience, pour vivre de mon activité, si tant est que je puisse la développer.

Finalement, toutes ces incertitudes me ramènent à mon statut précaire. Au delà du sourire initial, cette réunion de la SCOP m'a un peu effrayée, mine de rien, car c'était un concentré de gens, au mieux interrogateurs, au pire paumés, qui veulent vivre d'une passion - d'un simple loisir parfois - et s'inventer un job, parce qu'ils ont été mis de côté par la société, qu'ils ont subi de plein fouet la crise ou parce qu'ils n'en peuvent plus d'être exploités. Dans leur discours, j'ai entendu cette soif d'indépendance, de travailler pour soi. De chez eux, aussi, dans leur cocon.

Limite si je ne les imaginais pas avec leur plaid sur le dos, à rassembler minutieusement les fruits de leur labeur.

Devenir son boss, c'est un luxe et il peut s'avérer coûteux. J'en avais déjà conscience mais, plus que jamais, je réalise à quel point je suis partagée entre l'idée d'entreprendre et celle de rejoindre les rangs de la meute. En postulant pour un "vrai métier", avec un salaire qui tombe chaque mois et basta. En même temps, ai-je le choix? Ont-ils le choix, tous ces êtres sur le carreau?

Ce qui m'inquiète, sincèrement, c'est de constater cette résignation presque palpable. Personne n'est choqué lorsqu'un "porteur de projet" raconte qu'il a été licencié et qu'il a désormais un client, son ex-employeur, tout bonnement, libéré de toutes charges patronales. Aucune tête ne se lève lorsque l'intervenant évoque la difficulté de vivre de son projet - celui qui nous prend tout notre temps et notre énergie et la possibilité de gagner peanuts deux ans durant. Non, nul ne relève lorsqu'il donne un exemple de salaire à 600 euros. Comme si c'était normal. Comme s'il fallait renier ses exigences, parce que, de toute façon, vu le marasme...

J'écris cela et pourtant, je continue de croire en l'avenir, j'ai de l'énergie à revendre. Ça va. Ce qui me gêne juste, c'est cette sensation permanente de me chercher. D'errer.

D'être paumée, comme ces âmes que j'ai croisées, en quête de quelque chose. D'un ailleurs, d'un après, d'un autre. D'un déclencheur qui rendrait, à ma vie, à la leur, un rien de sécurité, de sérénité.

Oui, la liberté a un prix.

vendredi 26 février 2010

Burlesque, gothique et customisation

J'suis à la bourre.

J'entre dans la pièce, table en U, une vingtaine de personnes autour. Et deux visages familiers. Agnès et Denis, du projet bio. Drôle de coïncidence.

Afin de présenter la SCOP, l'intervenant explique que de tels regroupements d'entrepreneurs salariés existent dans chaque département de la région, "excepté la Vendée, mais bon, c'est un état dans l'état, alors..."

Ensuite, son speech me conforte dans l'idée que c'est probablement la solution idoine dans mon cas. Il faut avoir peaufiné son projet et en être au stade où l'on veut tester son activité, tout en conservant quelques acquis. En gros, au lieu de se jeter dans le vide, on use de quelques parapets. Parfait pour un chat échaudé...

Vient ensuite le tour de table. Il y a donc mes deux connaissances, qui ont visiblement revu leurs envies, en panne de local et de moyens (tiens, tiens).

Une couturière en tissu d'ameublement qui bafouille un peu. Et qui vient de... Vendée. L'intervenant rougit et tente de se justifier. Il rame et bafouille à son tour.

"Enfin, vous voyez, quoi, c'est un peu spécial, là-bas... En tout cas, c'est sympa, la mer, hein."

Un ange passe. Il se tourne vers les suivantes. Deux créatrices de bijoux, sorte de jumelles gothiques, qui portent leurs créations. L'intervenant, visiblement fort perplexe et peu adepte du tact, pointe du doigt le gros collier qui orne le cou d'une des demoiselles :

"Euh, alors, c'est ça que vous voulez vendre?"

Les deux filles s'enfoncent un peu plus dans leur siège. Et laissent la parole à leur voisine. Toute de rouge vêtue, la couturière - de vêtements, cette fois - m'oblige à tendre l'oreille. J'ai du mal à décrypter son langage, mais je crois comprendre qu'elle a "une passion pour l'amour."

Tiens donc.

Personne ne bronche, même les têtes sérieuses. Du genre consultants, en informatique, bilan de compétences et autres développement personnel.

Les autres embrayent. Il y a le transformateur de véhicules à la voix de fausset, qui évoque avec passion sa customisation de camionnettes en fourgons à pizza. Ce qui laisse de marbre son voisin, un clown burlesque - que j'ose supposer plus drôle sur scène que dans cette pièce.

Un chauffeur-livreur avé la gourmette qui va bien. Le sourire niais et la bonne tête de vainqueur. Une vraie caricature.

Une salariée qui veut cumuler son boulot et une nouvelle activité, déclenchant le sourire de l'intervenant.

- "Travailler plus pour gagner plus, hein, c'est ça?!"

- "Non, travailler autrement."

Et paf dans les dents. Faut dire que le monsieur semble un peu fait dans le même moule que l'homme-qui-aimait-les-croques-perdus. Du genre cow-boy un rien hautain, qui écoute vaguement, sans cacher sa perplexité pour ces pseudos-créateurs qui viennent le saouler avec le statut d'auto-entrepreneur.

A sa décharge, certains n'ont visiblement pas la lumière dans toutes les cases, là-haut. L'un d'entre eux a visiblement envie de nous faire partager ses états d'âme. "C'est chaud", qu'il répète. A la fin, en se grattant la tête, visiblement soucieux (ou alors cherche-t-il à éveiller l'intelligence qui sommeille depuis trop longtemps en lui?), il pose la question qui tue:

"Mais alors, entre le statut d'auto-entrepreneur et votre truc, là, c'est quoi le mieux?"

J'avoue, j'ai un peu honte pour lui. L'intervenant ne se démonte pas, lui qui, a priori, doit prôner le bienfait de la SCOP. Lorsque tout le monde est sorti, il semble soulagé. "Je n'ai pas été agressif, aujourd'hui." Visiblement, y'a parfois du plus lourd, encore.

Doit pas s'ennuyer, le monsieur. Surtout s'il est comme moi, à chercher la p'tite bête. C'est vrai, je le sais, il ne faut pas se fier aux apparences et là, je suis mauvaise langue, quand même. Le beauf à la gourmette, il est peut-être pas beauf, en fait. Le custom-boy, pareil. Et le bêta, ça se trouve, c'est une lumière.

Non, ça, c'est trop improbable.

Demain, si vous le voulez bien, je vous raconterai les joies du hasard.

vendredi 12 février 2010

Cette carcasse qui me décarcasse

J'ai reçu aujourd'hui une lettre de la Direction Sanitaire et Vétérinaire. A l'intérieur, un formulaire de déclaration OBLIGATOIRE d'activité, sachant que le monsieur m'a indiqué que la démarche, bien que conseillée, était facultative. Soit. La copie du guide des bonnes pratiques hygiéniques, en pâtisserie (enfin, la couv' seulement, pour lire ce chef d'oeuvre de littérature, il m'en coûtera la modique somme de... de... ah, c'est ça, 37 F -j'avais lu 37 euros, je me disais aussi). Oui, c'est pas du neuf-neuf.

Et, enfin, un merveilleux document concernant les décrets, arrêtés et circulaires du ministère de l'alimentation, de l'agriculture et de la pêche. Où l'on y cause carcasse, gibier et décongélation du bovin mais pour ce qui est de cuisiner chez soi, en respectant simplement le BA-Ba de l'hygiène, bêtement, non, rien.

C'eût été trop facile.

Bon, alors, je peux ou je peux pas, cuisiner de malheureux gâteaux sans porc ni dorade dedans?

Eh bien, croyez-le ou non, c'est un vrai flou artistique, cette histoire. Hier, j'ai contacté un laboratoire pour en savoir plus sur les modalités d'un audit. L'assistante, charmante au demeurant, a été claire: "en fait, la réglementation dépend de la personne que vous avez au téléphone (???), du département aussi: ce qui va être toléré à un endroit sera interdit à un autre."

Bon, je continue de creuser la piste et j'ai écrit à deux auditrices. Je rigolerais qu'elles me donnent deux avis différents, tiens.

En attendant, il me fallait explorer d'autres voies, moins officielles. J'ai donc appelé une personne qui avait lancé, voilà quelques mois, un service de plats cuisinés à domicile. Je la croise souvent, elle est faite de chair et de sang, visiblement, et n'a pas le bras plus long que le mien, a priori. Comment fait-elle donc?

L'extraterrestre n'en est pas une. En fait, elle a... cessé son activité. Trop compliqué. Ayant tout fait à l'envers - c'est elle qui l'a concédé - elle a commencé par s'inscrire en tant qu'auto-entrepreneur, a lancé ses plaquettes et hop, a pris ses premières commandes. Premier stop : la chambre de commerce, qui lui a indiqué le chemin de la DSV. Laquelle institution lui a alors interdit de cuisiner directement pour les particuliers. Le marché, oui, mais pas de main à main, comme ça, sans intervenant qui vient se servir au passage.

Oh, comment qu'il fait, sinon, l'état, pour se rétribuer ? Les impôts? Ah oui, les impôts. Mais visiblement, ce n'est pas assez, on a besoin, dans ce pays, d'intermédiaires. La cuisinière a donc stoppé sa petite entreprise, un peu dégoûtée, craignant en outre une reconduite à la frontière (ça aussi, ce sont des choses qui arrivent si, par malheur, vous n'êtes pas "Français" d'origine).

Gentiment, elle m'a souhaité "Bonne chance."

Là, je suis perplexe. J'ai d'un côté toute cette lourdeur administrative, cet exemple concret et de l'autre, des personnes qui m'encouragent simplement à foncer. Chez ces derniers, je sens bien une forme, peut-être pas d'agacement, mais un rien d'impatience, l'idée que j'hésite trop et que cette lenteur cache autre chose, comme si je cherchais un prétexte pour ne pas y aller, une excuse à la noix pour repousser, encore et encore.

Sincèrement, je ne sais pas. Moi, ça me plaît bien de livrer mes fournées et de répondre à une demande. Je crois que je suis juste un rien échaudée par les sachants en général, et les inspecteurs en particulier. Et que j'ai besoin de cadrer les choses. Une question de contrôle, j'imagine.

La solution est proche, j'en ai la conviction. D'autant plus qu'il me reste une carte, que je n'ai pas encore jouée, que je considère comme un joker. Pour l'instant, je continue de ramer, euh, pardon, creuser, creuser... les pistes.

mercredi 10 février 2010

La gueule du loup

J'ai un principe, dans la vie: quand il y a moyen de se jeter dans la gueule du loup, je fonce.

Sans réfléchir. C'est un peu ça mon problème.

Donc hier, toute rassurée par les propos avenants de mon charmant interlocuteur de la DSV (il n'est pas physiquement intelligent, mais il faut savoir montrer l'estime et la gratitude que l'on ressent pour les gens qui nous disent ce que l'on a envie d'entendre - c'est épuisant une phrase pareille, tiens, foutue parenthèse), j'appelle le monsieur des Fraudes.

Déjà, Fraudes. J'aurais dû me méfier. Mais non, paf! Direct dedans, que j'y suis allée. Bonjour-monsieur-c'est-pour-vous-déclarer-que-je-veux-cuisiner-dans-mon-chez-moi-même-pas-tout-en-inox (c'est épuisant aussi, ce genre de phrases à tirets, comme quoi ça n'a rien à voir avec les parenthèses), c'est possibleeeeeeeee??

Que pensez-vous qu'il a répondu ?

Ben oui, forcément, à la base, c'était plutôt négatif. D'autant que, vous comprenez madame, si un p'tit gars, il meurt dans un restau à cause de vous, on va remonter à la source. Et qu'il est hors de question d'aller dans un domicile privé.

Encore un snob, qui n'aime pas les HLM, tiens.

Bon, je lui ai expliqué, il m'a précisé qu'il me faudrait indiquer le nom EXACT du gâteau en question, sa composition EXACTE, la dénomination EXACTE de ma société, la DLC EXACTE et moi, j'étais EXACTEMENT pétrifiée devant tant d'exigences d'exactitudes. Il faut dire que j'aime beaucoup l'improvisation et les incertitudes quotidiennes de la vie (mon cannelé brûlera-t-il si je le mets de ce côté-là, mon prince charmant est-il réellement tombé dans un ravin, un ravin, n'est-ce pas encore une excuse bidon pour pas se pointer, et au fait, le prince charmant, ce serait pas encore une invention à la noix pour nous vendre de la sape au kilomètre. Et de la noix, puis-je en mettre à la place des noisettes prévues dans la recette? Mais je m'égare).

Bon, à la limite, cette histoire d'étiquette, pourquoi pas, j'ai exprimé mon désir d'écriture, eh bien voilà un bon début (ah ah ah). Non, le plus contraignant, c'est de solliciter un laboratoire pour que des gens en blouse viennent vérifier que ma cuisine est aux normes, que personne ne mourra empoisonné à cause de mes préparations HAUTEMENT toxiques, parce que, y'a pas à dire, rien ne vaut un bon produit industriel sous cellophane: là, au moins, on a la garantie que le consommateur aura la vie sauve (enfin, normalement). Quant au goût, bah, faut savoir, vous voulez pas non plus tout avoir, hein?

Je schématise et je suis la première à reconnaître la saveur de certains mets cuisinés (monsieur Picard a modestement ses entrées dans mon congélo, j'avoue) mais tout de même, je ne peux m'empêcher de penser qu'on ne fait pas grand-chose pour favoriser l'initiative personnelle. A force de tout aseptiser, on arrive à trouver extraordinaire un restaurant où tout est fait maison, comme si cela ne devrait pas être la "norme"... Mais, surtout, on laisse des tonnes de gens, plein d'envies, sur le carreau, à défaut de pouvoir lancer leur projet.

Parce qu'il y aura toujours des freins, des "oui mais" et ce genre de discours rabat-joie.

Bref, j'en étais à ces funestes pensées lorsque le monsieur change de ton, devenant presque jovial. Et lui qui me demandait quelques minutes plus tôt comment j'envisageais de transporter mes pâtisseries de mon "laboratoire" (ah ah ah, encore) jusqu'à chez mes clients, me demande tout de go si je ne songe pas à la vente... par correspondance. "Parce que, vous savez, bien emballés, certains produits peuvent tout à fait être envoyés ainsi." J'ai le flash d'un pot de rillettes envoyé -en express- en Italie pour une somme honteuse et l'état de la cochonnaille à son arrivée dans la Botte. Bonne pour la poubelle. Alors, donc, je suis un peu hésitante.

Lui, le monsieur, il insiste, pense que ce pourrait être un très bon marché, blablabla et sur ce, me demande mes coordonnées, "pour suivre votre dossier."

La gueule du loup, vous disais-je.

mardi 9 février 2010

Artisanat

Ça faisait un moment que je n'avais pas contacté la moindre institution. Ce matin, je me suis décidée pour la DSV. Notre première rencontre s'était avérée assez épique. Là, état vaseux aidant, j'ai opté pour le téléphone.

L'idée, c'était de savoir si, oui ou non, je pouvais, légalement s'entend, cuisiner chez moi sans transformer mon débarras en laboratoire ni m'endetter pour les cent prochaines années.

Au début: "oui, c'est possible. Il vous faut un laboratoire. Une pièce distincte des autres pièces d'habitation, bien sûr."

Pas certaine que loulou va accepter de céder sa chambre. Pas convaincue que la mienne, de chambre, s'adapte facilement à cette nouvelle configuration. Perplexe, soudain.

Non, parce que, lorsque l'on me dit de sortir par la porte, je n'hésite pas à repasser par la fenêtre. Mais si les éléments s'obstinent contre moi, va bien falloir me résoudre à rayer de mon esprit obstiné cette histoire de cuisine - qui m'a rattrapée, je dois bien l'avouer.

Et comme je n'ai pas de grenier, ni de pièce vide, je cherche.

Le monsieur de la DSV - le même que lors de mon dernier passage, d'ailleurs - doit sentir mon silence. Il me demande: "mais, y'aura de la crème dans vos desserts? En quoi consistent-ils? Parce que vous savez, pour tout ce qui est confection de crêpes et ce genre de produits, on n'intervient pas."

Ah bah voilà, fallait le dire plus tôt! Donc, en gros, tant que je ne colle pas des bouts d'os dans mon fondant, de poisson dans les cookies ni de jarret dans les madeleines, ma p'tite activité serait tolérée sans que l'on me cherche des poux.

Ce que je lui demande de confirmer. Pas folle, la guêpe. Il m'oriente vers les fraudes. Mais se veut rassurant. Un premier feu vert.

Le monsieur des fraudes étant "parti en contrôle" dixit son assistante, je suis donc allée livrer ma deuxième commande, savourant ce petit moment comme il se doit.

J'ai de la chance, la restauratrice est chic : elle a expliqué à ses clients que non, ce n'est pas elle qui avait cuisiné ces douceurs qu'elles proposaient au dessert, mais que tout ceci était artisanal, faisant ma p'tite pub au passage. Et devinez quoi, une personne en a même acheté pour emporter... Exactement le scénario que je souhaitais pour mon p'tit restau.

Alors, certes, ce n'est pas ma structure, mais il y a visiblement possibilité de creuser la piste en proposant des p'tits gâteaux emballés à la vente à emporter. Je me dis que, finalement, ce que j'ai appris et imaginé l'an dernier commence à prendre corps, d'une façon certes différente, mais pas inintéressante.

Je suis donc à deux clics de rejoindre cette nouvelle tribu d'auto-entrepreneurs (encore deux, trois petites choses qui me chiffonnent, mais que j'entends bien résoudre au plus vite), avec l'idée de créer au plus vite cartes de visite et site internet pour promouvoir ma p'tite activité. Comme ça, à mon rythme, toute seule comme une grande.

Et pendant ce temps, le prix du local que je visais est descendu de 11.000 euros...

* En me relisant, je constate que j'use et abuse du "p'tit"... Un manque d'ambition, peut-être ?

vendredi 22 janvier 2010

Poudre aux yeux

Poudre aux yeux, vous disais-je récemment, concernant la création d'entreprise. A la vue de certains chiffres publiés par l'INSEE, je constate que je ne suis pas la seule à être tombée dans le "piège" de ce miroir aux alouettes qu'est la création d'entreprise. Lorsque l'on est demandeur d'emploi et que l'on n'a pas 100.000 euros à investir, je veux dire.

Créez votre boîte, qu'ils disaient. En un an, on a enregistré un bond de 75%, avec plus de 580.000 nouvelles entreprises! On le sait, la majorité des troupes est à classer chez les auto-entrepreneurs (320.000 créations), le reste étant constitué de nouvelles sociétés diverses et variées. Est-ce à dire que la période est propice à la création?

En temps de crise, on cherche de nouvelles ressources, et il semblerait que les Français soient de plus en plus enclins à "se mettre à leur compte". Tout ça est superficiel : pour à peine 50.000 auto-entrepreneurs ayant déclaré un chiffre d'affaires au premier semestre, plus de 200.000 avaient uniquement enregistré leur nouveau statut, sans dégager un quelconque revenu.

Pendant ce temps, la plupart de ces nouveaux créateurs n'envahissent plus les listes de Pôle Emploi. Mais, concrètement, cherchent du boulot. Ambigu, n'est-ce pas?

Dans le même temps, plus de 60.000 entreprises ont fermé boutique entre 2008 et 2009, soit 11% de plus d'une année sur l'autre. Et lorsque je discute avec certains commerçants que je côtoie, je saisis l'étendue des dégâts. Non, la crise n'est pas une vue de l'esprit, mais je crois qu'aujourd'hui, plus personne n'en doute.

Sur cette note joyeuse et optimiste, je vous souhaite un excellent week-end, le mien sera nantais et forcément agréable. On fait avec les moyens du bord, hein!