Nous avions déjà passé dix heures sur les rails, dans trois trains différents quand j'ai soudain été prise d'un sentiment incroyable de félicité et de liberté. J'ai même senti les larmes me monter aux yeux. De bonheur.
Ça y est, nous y sommes. Après des mois à préparer mentalement (et physiquement, cette fois) l'aventure, voilà que s'offrent à nous ces vallées et ces monts, ces prairies et ces terres sans fins, tous verts ou déjà étrangement jaunis, en cette saison printanière.
La première fois, c'était la découverte, l'envie de boucler un cycle marqué par un arrêt involontaire de mes activités professionnelles, pour repartir. Une sorte de parenthèse avant un retour vers la terre ferme.
Deux ans et demi plus tard, je mesure l'étendue de ma quête.
Puiser l'énergie dans ce retour à la nature. Se ressourcer. Retrouver l'inspiration, partie en capilotade ces derniers mois
Sortir du dur pour laisser rentrer la lumière.
Emmagasiner de la force, de la vitalité, de la joie, aussi.
Ressentir au plus profond de soi ce sentiment d'être là, juste là.
Laisser l'esprit voguer au rythme du balancement lancinant des pas, à l'instar du train sur les rails. en cet instant.
Ambitieux ? Le voyage en lui-même permet cette introspection. Il n'y a qu'à ouvrir les yeux.
Longer les petites gares, les torrents, les ponts, les rivières, les forêts, les villages, les clochers, les champs, s'imprégner de cette douce poésie, laisser défiler la beauté du monde.
Sourire un peu bêtement.
Échanger un sourire complice avec ma comparse devant ces paysages.
Entrapercevoir les bivouacs, s'étonner de cette pancarte "camping des mouettes" sur le bord d'une route, avoir envie de goûter la fraîcheur de cette rivière, en contrebas, alors que le climat orageux pèse et rend nos corps moites.
Admirer les bâtisses inoccupées et s'attrister deux secondes devant le spectacle de ces jolies demeures en bois ou d'anciennes auberges désertées, entre Retournac et Vorney, puis apercevoir un ancien "dancing"tout décati ; et puis s'amuser devant la bouille de cette petite fille qui semble faire ses premières sorties en roller, escortée de chaque côté, les bras en l'air, bravant son propre déséquilibre pour mieux savourer l'instant.
Imaginer le quotidien de ces riverains, dans ce décor si particulier, au milieu de nulle part. Quelle est leur vie, ici ? On croit deviner une atmosphère surannée, au passage de l'hôtel des voyageurs. On idéalise sans doute un peu.
Être ici, c'est toucher du doigt cette envie simultanée de tout envoyer valser et de retrouver un ancrage dans sa propre existence.
S'amuser, encore, de la multitude de silhouettes rejoignant le Puy-en-Velay pour, demain, démarrer le chemin. Nous ne sommes pas seuls à rêver.
Le train a fini par arriver à son terminus, et de simples voyageurs, nous sommes passés au statut de pèlerins, prêts à prendre le chemin, demain dès l'aube.
Ou presque.
Vous l'aurez compris, mes propres attentes quant à ce périple s'avèrent immenses. Je le sais et je n'ai pas envie de me bercer d'illusion. Mais je compte sur la magie du chemin pour vivre pleinement ce qui nous attend.


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