Et voilà. Nous y sommes. Deux ans et demi après notre retour d'un premier périple haut en couleurs, ma cops et moi, on remet ça: nous partons sur les chemins de Compostelle.
A notre retour, après dix jours entre Le Puy et Conques, j'écrivais :
" Je veux retenir cette force de vie qui ne nous a jamais quittées et dont je me servirai comme d'un tremplin s'il vient un jour où la tristesse, le découragement ou que sais-je encore s'emparent de mon esprit."
Je ne pensais pas si bien dire. Depuis quelques mois, et le départ de mon papa, je me sens littéralement flotter. Je me sens comme perdue au milieu de plusieurs chemins, sans aucune notion de la direction à prendre.
J'ai perdu une partie de ma joie de vivre, cet allant naturel. Je ne me sens pas ancrée sur terre, mais quelque part entre deux univers, comme désireuse de communier avec mon père, tout en étant consciente qu'il n'est plus de ce monde. Je me sens partagée, perturbée, déchirée parfois, parce qu'au fond, je ressens toujours une incroyable envie de vivre et de savourer chaque moment. Antinomique avec cette lassitude d'un quotidien où il faut faire avec l'absence, non?
Dans ce long processus qu'est le deuil, j'apprends à me débattre avec la culpabilité, le chagrin, l'acceptation, ayant également bien en tête ce sentiment si spécial, celui d'être en vie et d'envisager cela comme une sacrée chance, avec presque le devoir de consumer cette existence avec plus d'intensité que jamais.
Les jours passent, les larmes surprennent parfois, surgissant de nulle part et puis s'en vont. D'autres préoccupations s'emparent de l'esprit et je me surprends de temps en temps à penser que... je n'ai pas pensé à mon père de la journée. C'est la vie qui veut ça, bien sûr, mais je me suis sentie tellement assaillie par le chagrin, des mois durant, étouffée par une forme de désespoir et de non-retour, qu'envisager l'avenir sans lui de façon posée, quelques mois plus tard, m'étonne et me choque, je le reconnais.
Ce soir, à l'heure de ces lignes, je me sens étonnamment sereine et pleine d'espoir. J'ai besoin d'air, et c'est ce qui m'attend sur ces fameux chemins. Moi qui me sens oppressée depuis des mois, je vais pouvoir respirer, me libérer, ne penser qu'à marcher, manger et dormir, globalement, entourée de cette nature sauvage, quelque part entre... Le Sauvage, justement, Figeac, Rocamadour et St Cyr la Popie.
Quelque chose me dit que l'on ne va pas s'ennuyer, par ici...
