Quand la beauté du monde côtoie l'horreur... Ce matin, encore dans mon lit à scroller, j'ai été parcourue de frissons et d'une immense tristesse à la lecture de cette vidéo ; L'orchestre du nouveau monde. Sous un ciel bleu et la statue de la place de la République à Paris, on y voit une violoncelliste plisser les yeux, gênée par les gaz des lacrymos, continuant de jouer à l'unisson le thème des Avengers avec l'orchestre du Nouveau Monde. Le chef continue de mener ses musiciens, certains en blouses blanches, tandis que fusent des tirs.
Grâce et chaos. Une scène de guerre. Un ultime combat avant la fuite.
Car, quelques minutes plus tard, l'orchestre va se faire gazer par les CRS et ainsi perdre son statut de bouclier. Bouclier? Oui. Qui, en effet, s'en prendrait à des musiciens, certes militants mais pacifistes, et à la foule autour d'eux? Qui le ferait, lors d'une manifestation déclarée et autorisée? Qui oserait?
Eh bien, on a la réponse maintenant. Quel gouvernement fait ça?
Et je suis là, à scroller dans mon lit, vous disais-je, impuissante et lâche. Car, j'étais où, hier, alors que les manifestants arpentaient les rues pour se faire entendre? J'ai pas osé y aller, craignant les débordements. J'ai mené ma petite vie - marché, running, lecture - comme une bobo que je ne suis pas, pendant que beaucoup prenaient le pas des lycéens pour revendiquer leurs droits, dire stop à ce monde infernal où les conditions deviennent dures, parfois abjectes, pendant que d'autres se gavent.
Avec l'inflation, je vis aussi cette angoisse des fins de mois compliquées. Avoir la sensation de sortir un PEL - que tu n'as pas - à chaque fois que tu fais un plein, de courses ou de carburant, c'est usant. Freiner ses déplacements parce que, franchement, ce serait pas raisonnable d'aller à 200 km pour si peu de temps, c'est frustrant. Vivre en ayant l'impression de ne pouvoir assumer que ses charges, sans profiter de ce que tu gagnes pour profiter d'autre chose, c'est lassant.
Plus généralement, voir les plafonds s'écrouler dans les lycées ou l'état de l'hôpital actuellement, c'est inquiétant. Penser à la détresse de la jeunesse et au taux de suicide, deuxième cause de mortalité chez les moins de 25 ans, c'est désespérant. Entendre que la majorité des violeurs et des pédophiles ne seront même pas inquiétés par la justice, c'est révoltant.
Pourtant, ces revendications, aussi fortes soient-elles, ne constituent pas le sujet principal de l'actuel mouvement en France, dans les reportages.
Ce que les médias mainstream vont montrer, c'est la casse, les pillages odieux qui ont suivi, la destruction de bâtiments. Ils vont justifier la violence policière, les tirs de LBD, ignorer les revendications et vouloir étouffer la colère qui monte. Et moi, je suis là à pleurer dans mon lit, impuissante, face à toute cette rage et ces coups de matraque qui pleuvent.
Moi, la fille de policier.
Ce que les réseaux montrent, c'est aussi cet élan collectif pour un autre monde, cette marche pour vivre décemment, lutter contre la haine et le fascisme. Dans un mouvement de ras-le-bol mais aussi d'optimisme, parce que c'est ça, la nature de l'homme, continuer d'y croire et survivre malgré la violence.
Combien de temps peut-on fermer les yeux et attendre que ça passe? se demande mon esprit lâche. Comment puis-je agir concrètement? s'interroge cette partie en moi que je sens grandir. Si seulement le vote servait à quelque chose, alors, je me remettrais à cette solution démocratique. On a vu ce que cela a donné en 2024 après la dissolution de l'Assemblée nationale et le résultat des suffrages.
Les débiles qui ont pillé et détruit des bâtiments ne représentent pas la masse des manifestants. Ils en desservent juste la cause. Je me souviens de ma sidération lorsque le prof d'histoire nous parlait de la Révolution française. J'imaginais des scènes ensanglantées, la terreur, le chaos. Il fallait déboulonner le Roi, restaurer une justice, se battre pour une vie meilleure.
Il nous disait que c'était le prix à payer.
En 1789, les têtes sont - littéralement - tombées face à la fronde populaire. On en a même tiré une devise.
Liberté, Egalité, Fraternité.
On en est où, aujourd'hui, avec ça?