dimanche 3 mai 2026

Sur les chemins de mon âme

 

Il y a quelque chose de très paradoxal sur le chemin de Compostelle. D'un côté, chaque jour est unique et nouveau, propice à l'ouverture et au chamboulement de sa propre zone de confort. Et de l'autre, on développe des rituels, mettons en place des repères, appliquons une certaine routine.

Par exemple, on ne sait jamais vraiment où on va dormir le soir, même si on a eu la prudence de réserver dans l'un des gîtes du parcours. Une chambre individuelle, un petit dortoir de 4 personnes ou un immense de 20 pèlerins, croyez-le, l'impact sonore - et la qualité du sommeil - varie considérablement, notamment quand il s'agit de ronflements.

La cuisine, aussi. Souvent, c'est local et fait maison mais hier soir, c'était quand même coquillettes trop cuites et dessert indéfinissable. A contrario, ce soir, nous avons savouré un "plat signature", comme aiment à le préparer les proprios des gîtes. L'assiette était composée de pâtes et de légumes, mélange pimenté de Lozère et de Tunisie, fruit des cultures de notre hôte.

L'accueil est plus ou moins chaleureux et j'imagine qu'il l'est moins en fin de saison quand on a reçu des milliers de pèlerins, globalement en PLS après chaque étape. Certains hôtes sont secs, d'autres savent garder leur bonne humeur. Ils ont tous appris à mettre en place des règles, que l'on peut trouver parfois militaires, mais qui permettent d'éviter les désagréments, telles les puces de lit notamment. Ainsi, on laisse régulièrement sac, chaussures et bâtons à l'extérieur et on ne rentre qu'avec le nécessaire. Quand on vient d'enquiller une bonne vingtaine de kilomètres en dénivelé, je vous avoue que ça pique parfois de devoir se plier à cette discipline. Mais c'est juste une habitude à prendre et on finit pas s'accoutumer.

Parfois, aussi, on se fait virer dès potron-minet des gîtes, à moins de 8h du matin, c'est ouste sans trop de ménagement. D'autres fois, c'est plus libre et on pousse l'heure du depart jusqu'à 9h. Alléluia, ça fait quasiment une grasse matinée...

Surtout, les rituels s'inscrivent dans la logistique personnelle. Cette façon de faire et défaire son sac, de laver son linge quotidiennement sous la douche, de préparer sa tenue pour le lendemain comme si notre vie en dépendait. Le moindre détail revêt une ampleur folle, tandis que les contrariétés habituelles de notre vie classique, elles, ont déjà disparu, deux jours après le départ.

Ça parle de ce besoin de déconnexion, évidemment, que le chemin permet aisément de se concrétiser, sans vraiment avoir besoin d'efforts particuliers. Que va-t-on manger, où allons nous dormir, combien de kilomètres nous attendent le lendemain et serons-nous épargnés par les ampoules, quel dénivelé devons-nous attaquer et aurons-nous assez de crème Nok jusqu'à la fin du séjour, voilà en gros nos préoccupations. Avouez que cela relève à la fois du vital et de problèmes de riches.

Ce soir, par exemple, on s'est demandé si notre linge serait sec pour demain. Le vent si frais qui nous décoiffe actuellement nous fait redouter une météo hostile cette semaine et la stratégie est simple, on va user de la technique de l'oignon. Je l'ai fait aujourd'hui, ce qui nous a valu un fou rire magistral, avec ma comparse, lorsque j'ai enfilé mon poncho orange qui ressemble, je dois l'avouer, à un sac poubelle de 100 litres.

Après, vous commencez à me connaître, ça fait bien longtemps que j'ai perdu ma dignité. Alors quitte à être ridicule, j'y vais à fond. Au moins, je ne crèverai pas d'une pneumonie et pourrai continuer d'avancer sur les chemins de mon âme, comme me l'a écrit une personne chère à mon coeur.

Ces chemins de mon âme, que je tente d'explorer, je les sais sinueux, mais terriblement porteurs d'espoir.


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