Vous la connaissez, cette sensation de montagnes russes? On monte, haut, très haut, on descend, bas, très bas, on a la tête qui ne sait plus où elle est, on peut même perdre connaissance. Oui, c'est vertigineux.
Bienvenue dans ma caboche. Un jour, je me sens au mieux, libre, joyeuse, optimiste. Le lendemain, c'est la chute, l'impression d'errer dans le brouillard, le sentiment de perdition totale.
C'est le deuil. J'en vis deux, actuellement, ça fait beaucoup pour une seule femme.
Les mois qui ont suivi le décès de mon père, je répondais, aux gens qui savaient, et qui me demandaient comment j'allais: "ça va, des hauts et des bas, la vie continue..."
Bullshit.
Je me sentais comme cet arbre, foudroyé un soir d'orage, qui tient debout en apparence et qui, au fond, se sent si vide à l'intérieur. Ce qui est étonnant, et encore aujourd'hui, c'est que je n'ai même pas cherché à remplir ce vide. Parce que mon père - ou plutôt son esprit - est là? Peut-être. Les premiers temps, je le sentais tout en moi et il prenait tellement d'espace que je ne savais plus quoi faire de ma carapace.
En février dernier, cette espèce d'angoisse a frappé mon thorax. J'ai cru que je faisais une angine de poitrine. Au même âge que lui. Encore une synchronicité, avec ce père si présent qui voulait toujours m'aider, être toujours là pour moi. Comment faire avec l'absence?
Je savais que ça ferait mal, je m'y étais préparée depuis deux ans et demi, lorsqu'il était tombé brusquement malade.
Je savais que ça arriverait. C'est dans l'ordre naturel des choses, qu'un parent parte avant son enfant.
Pourtant.
Pourtant, je ne m'y résous pas, encore aujourd'hui. Il m'arrive parfois, en sortant du travail, de songer à passer le voir. Et puis, je me souviens. Je hausse les épaules. Ce ne sera plus jamais possible.
...
Il vit aujourd'hui dans mes souvenirs. Point.
J'ai pourtant une autre conviction. Je le sens, là, avec moi. Pas tout le temps, moins qu'avant, mais il veille. Certains me prendront pour une folle, sans doute. Pourtant, dorénavant, je ne pourrais jamais croire qu'il n'y a pas de vie après la mort, que tout s'éteint le jour où l'enveloppe corporelle est détruite, brûlée, ou enterrée.
A-t-il peur que je m'égare? A-t-il suffisamment confiance en moi pour croire que je peux m'en sortir toute seule? Il a des raisons de douter. Sans lui, les choses ont moins de sens.
Je me suis constamment refait le film de tous ces événements, depuis le début de la dégénérescence. Et même ensuite, depuis la cérémonie. Qu'est-ce que j'ai loupé? Où est-ce que j'aurais pu mieux faire? Chasser la culpabilité, prégnante, forcément, essayer de passer à autre chose. Comment est-ce possible?
Lorsque j'ai été hospitalisée pour cette douleur thoracique, les médecins ont exploré les voies médicales. Logique. Ils ont évoqué "une douleur atypique" et la piste d'une péricardite. Ils n'ont même pas abordé la question du stress. Et moi-même, dans cette cellule des urgences, branchée de partout, je ne faisais pas la maligne, pensant vraiment à un accident cardiaque. Et pourtant, est-ce la peine qui ravageait mon coeur? Et si finalement tout ça était dû à un surplus d'angoisse, que je n'arriverais plus à gérer?
Mais alors, comment composer avec ça? Parce que mon père, il ne va pas revenir demain. Cette pensée demeure souffrante, bientôt un an après son départ.
L'une des clés, j'en suis consciente, c'est l'acceptation. Oui, c'est ça, l'acceptation, mais j'ai l'impression... Enfin, je ne sais pas, ai-je accepté son départ? Je ne crois pas. Cela a été trop brutal. Comment peut-on accepter ? Comment on fait?
Dans notre monde du prêt-à-penser, nous n'avons pas ce genre de modes d'emploi. Sommes-nous armés pour supporter l'insupportable?
La douleur thoracique s'est estompée, au fil des mois, devenant une sorte de pesanteur que mon corps aurait assimilée. J'ai eu l'impression d'aller mieux, au fil du temps, de moins me débattre avec tous ces questionnements et d'arrêter de m'auto-flageller. J'ai essayé de faire au mieux pour relever la tête. J'ai l'impression de tout faire correctement. Je mange correctement, je fais du sport, je me couche tôt. J'essaie de dormir. Pourtant, le chagrin demeure, surgissant parfois de façon inattendue, et il est amplifié par cet autre deuil, que j'ai en outre provoqué, en quittant mon amoureux - qui ne l'est plus, donc.
Tout a volé en éclats dans ma vie, me semble-t-il. J'ai dû renoncer à tout ce bonheur que j'imaginais. Il y aura des lendemains qui chantent, sans doute, mais je dois tout recommencer, faire reset et vivre, au jour le jour. Le chantier n'est pas anodin : Je cherche à me reconstruire, comme fracassée par ces deux événements que mon esprit refuse d'intégrer.
Mon cerveau s'accroche aux images passées et ne retient que les jours heureux.
Or, je le sais, je dois faire le deuil de ce qui n'est plus.

Faire le deuil c’est justement mettre de côté les mauvais souvenirs, la douleur, la culpabilité et se focaliser sur tous les bons moments passés qui ne seront plus c’est vrai, mais qui t’amènent un sourire à leur pensée. Bon courage, le deuil prend du temps mais je t assure que le bonheur reste, tu ne le perçois pas en ce moment, mais il est là. Et crois le ou non, mais 1 an après le décès de ma mère j’avais aussi rompu avec mon amoureux de l’époque… Laurence
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