lundi 2 juin 2014

Appelez-moi Paulette

Léger doute, ce matin, au réveil. Cette brûlure, derrière... Ce blocage... Quelqu'un m'avait collé un balai dans le dos. Un rien parano, j'ai tourné la tête à droite - la petite boule de poil dormait - , j'ai tourné la tête à gauche - l'homme dormait - et je me suis dit que je ferais bien la même chose, tiens, roupiller, comme si le sommeil allait aussi anesthésier le dit-balai.
 
Bref, la semaine démarrait sur des chapeaux de roue. Mais non, pas de défaitisme, stop à l'auto-flagellation, c'est qui la meilleure?
 
Euh...
 
Enfin, bref, disais-je, ce n'est quand même pas un lumbago qui allait me pourrir ma journée. Après ma séance de lamentation de la veille, il était temps de redresser la barre et de me prouver que j'avais ma place dans cette formation.
 
Euh... Comment dire... Déjà, pour redresser la barre, il eût fallu un dos droit. Détail futile, certes, mais enfin, ça m'aurait dépannée. Quant à prouver que j'avais ma place au milieu de tous ces apprentis cuistots (enfin, nous étions deux, aujourd'hui, initialement), euh...
 
"Aux plats chauds!" qu'il a dit, le chef.
 
Toute seule, là, avec mon cabillaud, ma salade de courgette gingembre, ma sauce vierge et mes pommes de terre tournées-safranées ? Toute seule avec mon pavé de bœuf, mes flans aux petits pois, mes grenailles sautées et ma béarnaise?
 
Oui, toute seule.
 
C'était un piège. Ma paranoïa n'a rien à voir là-dedans, je vous le promets. Je me suis piégée toute seule, en fait. Au lieu de réfléchir trois secondes au bon timing, je suis partie tête baissée (un exploit, avec un lumbago) dans mes épluchages avant de réaliser, déjà trop tard, que j'étais à la ramasse. Heureusement, une bonne âme est venue me secourir, que ce soit à l'éminçage ("mais, euh, personne ne t'a rien montré?") ou au service.
 
Oui, parce que si je pensais avoir encore un peu de temps pour rattraper le tout, j'ai bien compris qu'en fait, pas du tout, quand a été annoncée la première commande. "Trois poissons, un pavé!"
 
Euh, je peux servir une assiette vide?
 
Le chef a été bienveillant, je trouve, tant je me suis trouvée gourde.
 
"Ça va, Paulette?" m'a-t-il demandé à plusieurs reprises, mi-rigolard, mi-compatissant.
 
Oui, ne m'appelez plus la mouette, mon p'tit nom, c'est Paulette, maintenant.
 
Paulette, elle en avait ras-la-couette, en vrai, mais allez, en bonne bretonne avec un nom qui finit en ouët, elle s'est obstinée, y compris dans ses boulettes.
 
Le flan est devenu une purée de petits pois et pour le reste, on a limité la casse. J'ai juste cassé les nerfs de mon aide providentielle. Le pauvre a compris à quel boulet il avait affaire.
 
Au moins, j'ai bien retenu la leçon. OR-GA-NI-SA-TION.
 
"Les cuistots, c'est pas des mongoliens, hein!", qu'il a dit, le chef.
 
"Enfin, y'en a, mais pas tous, hein"! qu'il a ajouté.
 
Je n'avais jamais envisagé les chefs comme des mongoliens, à vrai dire, mais là, c'est moi qui me suis sentie la polio de service.
 
J'aurais pu faire l'autruche, aller m'enterrer la caboche en attendant que ça se passe, mais je dois au contraire vider tout le sable qu'il y a là-haut. Parce que, vous savez quoi? J'ai promis au chef que je viendrai avec mon cerveau, demain.
 
Enfin, je vais essayer. Promesse de Paulette.

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