lundi 4 mai 2026

Braver en orange le vert des paysages

 Ici, les paysages peuvent diamétralement changer en l'espace de cinq minutes. Aujourd'hui, après avoir quitté la forêt, nous avons traversé les plateaux de l'Aubrac, teintés d'incroyables camaïeux de vert, entre vastes prairies de jonquilles, monts et herbes hautes, puis champs peuplés de ces vaches si caractéristiques du coin, avec leur regard khôlé et leur robe camel.

Des kilomètres de chemins balisés par la pierre, des plus petits cailloux aux grosses roches comme tombées du ciel et posées là. Un petit air celte, entre Monts d'Arrée et Irlande, et nous, au milieu de passages parfois extrêmement étroits, à nous frayer un espace.

Le temps semble d'autant plus suspendu que toute notre concentration est portée sur l'endroit exact où poser son pied, de plus en plus meurtri au fil des kilomètres. Pas question de glisser ou de sous-estimer la dangerosité éventuelle d'un bout de terre; sans faire de paranoïa, la moindre imprudence peut parfois s'avérer, sinon fatale, au moins délicate à gérer tant on est au milieu de nulle part, dans un univers sans doute très hostile l'hiver venu.




Il est d'ailleurs très étonnant de traverser tous ces villages en apparence déserts, comme si la vie s'était arrêtée à l'approche des pèlerins. Tels les lutins facilement imaginables dans ce paysage féérique, apparaissent-ils, ces habitants, le soir, alors que les marcheurs ont rejoint leur gîte ou leur bivouac? Ou la Lozère est-elle si austère qu'elle n'est vivable que par les âmes les plus solitaires ?

A vrai dire, le froid et la pluie du jour ne m'ont pas incitee à enquêter plus que ça. Avec ma poubelle orange sur le dos - aka mon salvateur poncho - j'ai marché sans doute plus vite que de raison afin d'arriver au chaud, à Nasbibals. A 4,5 km/h avec du dénivelé - nous étions à plus de 1100m altitude - autant vous dire que ça traçait. Heureuse de constater que mon corps tient le choc après ces trois premiers jours, au contraire de notre périple initial il y a trois ans, je reste néanmoins vigilante. On ne s'enflamme pas et, comme sur le chemin où l'on marche un pas après l'autre, je conçois l'aventure un jour après l'autre.



En orange, c'est quand même drôlement marrant.

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