Souvent, j'adore les conversations au débotté, dans les gîtes, notamment lors du petit déjeuner, alors que les pèlerins ont pu largement briser la glace. Entre les rencontres spontanées sur le chemin et les échanges de la veille lors du dîner, les jacquets se sentent à l'aise et surtout, ils sont un peu plus reposés - et donc plus sympas - que la veille au soir, malgré les ronflements dans les dortoirs.
Ce matin, pourtant, je ne me sentais pas disponible pour me mêler aux autres. Comme nous n'avons pas parcouru tout le chemin depuis Le Puy, nous n'avons pas nouė de liens forts comme nous avions pu le faire deux ans et demi plus tôt. Et surtout, je savais que nous prenions la tangente aujourd'hui. En effet, façon école buissonnière, nous avons pris la Malle postale et avons filé jusqu'à Figeac pour rejoindre la voie de Rocamadour.
Pourquoi, alors, s'attacher à des personnes que nous n'allons pas recroiser?
Nous prenons une variante du chemin de Compostelle, et le moins que l'on puisse dire, c'est que la voie officielle a plus de succès. Dans l'après-midi, au milieu de cette forêt immense et luxuriante, on a croisé quelques vaches, deux voiture et un runner, et c'est tout. Et vous savez quoi? J'ai apprécié. Est-ce à dire que je deviens sauvage ?
Pas forcément. Simplement, certains comportements me semblent tellement lunaires que je préfère parfois me protéger de cet égocentrisme. Ce soir, par exemple, l'hôte, charmante par ailleurs, nous a prévenues qu'un drôle de monsieur était arrivé, qu'elle l'avait changé d'étage pour qu'il ne nous entende pas car il ne supporte pas le bruit. Elle nous a donc gentiment demandé d'éviter de rire de façon sonore (spoiler alert, on ne sait pas faire).
A l'heure du dîner, le monsieur, qui doit avoir 67 ou 68 ans, débarque dans la salle à manger avec un gros casque autour du cou et nous explique qu'il ne supporte pas le bruit au delà de 50 décibels. L'idée d'entendre les cloches de l'église voisine lui hérisse le poil, il sursaute lorsqu'une assiette frôle une autre.
Ça va être drôle.
Une fois à table, on s'adapte, on chuchote presque, on fait bien attention à manipuler en douceur les couverts, et le type parle fort, rote sans vergogne et se fait craquer nuque et mâchoire...
Un bonheur.
Je repense alors aux conversations du matin, avec tous ces gens pleins de bonnes intentions qui évoquent la bienveillance comme meilleur pare-feu à l'intolérance. Et me revient une image, que j'ai beaucoup aimée ce midi, celle de ce spray anti facho collé sur l'avant de la voiture de la Malle postale.
Je me suis interrogée : existe-t-il assez de paillettes pour recouvrir toute la connerie humaine? Je n'en suis pas certaine et je me dis que, à l'instar de notre sortie de route volontaire du chemin classique de Compostelle, j'ai encore pas mal de voies à parcourir avant d'accepter les gens tels qu'ils sont.
Surtout ceux qui vous demandent de faire ce qu'ils disent, pas ce qu'ils font.




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