mardi 24 février 2015

Candidate n°3

Depuis quelques semaines, trône cette convocation sur mon frigo:
 
4 heures chrono pour réaliser une entrée, un plat et un dessert imposés.
Où je me crois dans Top Chef. A moins que ce ne soit Cauchemar en cuisine?
 
 
Genre, je le mets bien en évidence, au cas où j'oublierai. C'est pas comme si j'avais eu une formation de 8 mois pour en arriver là.
 
Demain mercredi, je passe donc mon examen pour obtenir le "titre professionnel de cuisinier", pour de vrai.
 
Après, si tout va bien, je pourrai bosser avec des gilets à poche. Cool.
 
J'ai du mal à réaliser, en fait, et d'ailleurs, on est d'accord, je ne veux mettre aucune charrue avant les bœufs (y'a pas de place dans la cuisine, ni pour les bêtes, ni pour les charrues, et puis, l'entretien des bœufs, on n'en parle pas, mais après on se retrouve avec la moitié de la dette grecque sur le dos, alors, oh, ça va, hein).
 
Je suis la candidate n°3, pas (encore?) la diplômée. Ce titre, reconnu pour de vrai (!), reprend le référentiel du CAP cuisine, et permet de bosser, de lever le doute, aussi, sur ses compétences culinaires, notamment auprès des banquiers, qui ne pourront plus me balancer que je suis une autodidacte. Bon, c'est vrai, je ne serai jamais toque +12 puisque, à mon grand âge, je ne vais pas me lancer dans des mentions complémentaires. J'enchaîne juste sur le CAP pâtissier, sinon c'est pas drôle mais après, promis, j'arrête!
 
Sérieux, j'aurais une pensée pour toutes les fronceuses de sourcil si jamais je repars avec le titre. En attendant, je me sens prête, j'ai bien révisé même si j'espère ne pas tomber sur ça:
 
Sérieux, ça fait peur, parfois, la cuisine française...
 
Non, non, je n'ai pas bouffé un space cake pour me détendre, ce genre de plat, le poulet en crapaudine, peut sortir dans les sujets d'exam. Avec les œufs-olives en forme d'yeux et le cresson au cul. Classe.
 
Histoire que ce ne soit pas trop facile, j'avais opté pour la version "main brûlée", la semaine passée. Mais un grand chef est passé par là, s'est pris pour Camille et m'a pris m'a douleur. Je pars donc, pleine d'espoir, avec une main peu glamour (quoique, la sécheresse des doigts pourrait s'apparenter à la peau d'un python qui aurait mué. C'est chic, le python, non?... Ok, je sors) mais une main à peu près réparée, dont j'aurai bien besoin pour relever mes manches, entre autres.
 
Rendez-vous très vite pour le verdict. Histoire de voir si je peux, enfin, associer "journaliste" et "cuisinière" sur mon drôle de CV...

jeudi 19 février 2015

La poupée qui fait non, non, non...

Faut me croire, maintenant, quand je vous dis que j'ai la polio des mains!
 
 
Aujourd'hui, j'ai excellé sur au moins un point.
 
Ils l'ont dit, d'ailleurs, mes formateurs. "Parfait", "nickel"...
 
Car oui, je ne vous ai pas raconté mais je suis retournée cette semaine à deux reprises dans mon centre de formation, pour passer deux examens blancs, avant le vrai, mercredi prochain.
 
Je vous épargnerai le moment de solitude au moment de retrouver mes chaussures de sécurité, qui croyaient sans doute rester tranquillou à dormir dans le garage ; les révisions à s'arracher les cheveux ; les bons moments, aussi, à inviter des cobayes, afin de revoir des sujets potentiels.
 
Après un premier exam blanc qui m'a laissé un rien mitigée, j'ai décidé de prendre ce dernier jour comme un jeu. Oui, j'allais m'amuser, aujourd'hui. Le fait d'avoir liquidé un demi cubis de rosé pamplemousse la veille au soir, à l'issue d'une très sympathique 3e mi-temps (j'ai repris le basket, y'a moyen de rigoler), a peut-être eu une incidence sur ma relative décontraction du jour...
 
En tout cas, j'étais au taquet. Particulièrement sur ce mouvement que j'ai eu vers la queue de la grosse casserole qui sortait du four et que j'ai négligemment prise... Juste après avoir enlevé la manique (sinon, c'est trop facile).
 
Ah, mais euh, ça fait mal!
 
Mais, euh, vraiment, je veux dire!
 
Il était 13 heures et je venais de toucher la perfection... en matière de brûlure. Pour le reste, j'ai quand même pu sortir le dernier plat, avec la (précieuse) complicité de Gigi, devenue "mes mains" et à qui j'ai pu donner mes instructions tout en me tartinant la main de Biafine.
 
Je crois que je suis prête pour tourner une pub sur la pommade, je maîtrise parfaitement son utilisation, là.
 
Après, vu les cloques qui me faisaient des petits coucous désagréables, je suis passée par les urgences. Le médecin, tout droit sorti de Grey's Anatomy (du genre qui te donnerait envie de te blesser plus souvent) (oh, ça va, Clark, il était physiquement intelligent, mais moins que toi, oh) (je devais pas vous parler de Clark, moi?), bref, le médecin m'a d'abord effrayée en me montrant mon pouce, brûlé au 2e degré.

Mais il m'a aussitôt rassurée sur mon premier degré - enfin, celui des mes autres blessures, car pour ce qui est de mon 15e degré, il avait bien perçu ma hauteur d'esprit, n'en doutons pas.

Limite, je me suis sentie ridicule d'être allée aux urgences pour ça. Avant que le charmant médecin m'annonce qu'il me fallait un arrêt de travail.

Un arrêt de travail?
 
Hein? Mais non, je passe mon diplôme la semaine prochaine!
 
Il a tiqué. Il a compté sur ses doigts - qu'il a élancés, c'est joli ça, des mains aussi fines - et il a tenté le coup du contre-la-montre, genre, si ça part pas en lambeaux dans les trois jours, allez, on peut espérer que ce soit ok.
 
...
 
Mais rien n'est sûr.
 
...
 
C'est pas comme si ça faisait deux mois que je trépignais pour passer ce titre, hum.
 
Bon, je vais croiser les doigts, ceux de la main droite en tout cas, car les autres sont enserrés, formant une jolie poupée qui m'oblige, d'ailleurs, à taper ce post d'une seule main.
 
Est-ce la poupée qui fait non, non, non, non... (Polnareff, sors de ce corps) ? Non, je me refuse à le penser, je suis trop près du but.
 
Quand même, un jour, vous croyez que je finirai par comprendre que j'ai deux mains gauches, hein?

mardi 3 février 2015

Recroquevillage* en règle

Je pourrais vous raconter mes mille maux hivernaux, et donc tellement tristes et banals.
 
Je pourrais vous parler de mes révisions, parce que l'exam', c'est bientôt.
 
La vérité, c'est que tout ça me pompe une énergie désespérément absente, ce qui vous laisse imaginer mon état de loque.
 
Pourquoi j'avance pas?
 
Pourquoi je me traîne?
 
Pourquoi j'ai l'impression d'être bloquée?
 
J'ai sans doute besoin d'action et pourtant, à chaque pensée dans ce sens, je me recroqueville un peu plus.
 
Dépressive? Ah non, c'est bon, j'ai donné. Mon burn out est derrière moi, merci de circuler, là, les mauvaises ondes.
 
Non, simplement, dans l'attente de mon examen en cuisine, dans moins d'un mois, je ne parviens pas à me projeter davantage et à ouvrir les bouquins et tutos qui feraient de moi une candidate libre au CAP Pâtissier motivée et au taquet.

Ah oui, pour ceux qui ne suivent pas, maintenant que j'ai fini ma formation en cuisine, et en attendant d'obtenir le titre, si tout va bien, j'enchaîne sur la pâtisserie. Trop gourmande, moi? Noooon, pensez donc.
 
Je me réfugie dans ces révisions culinaires, en restant un peu trop l'œil rivé sur l'ordi, m'en évadant au moindre article, à la vidéo la plus inutile ou à la chronique la plus insignifiante qui soit, comme pour cacher mon inertie sous une couche de "mais si, mais si, je veux rester connectée au monde, donc je m'informe!"
 
Tu parles d'une mauvaise foi.
 
Je donne à manger aux chats, j'accueille le retour de Loulou avec un vrai goûter, je lis des recettes sur le net et remplis mes favoris de nouveaux sites, je me nourris essentiellement de thé (à cette échelle, on peut dire que je me nourris de thé, si si) et de céréales. Et puis, je dors aussi. Beaucoup. Trop.
 
Je vis, surtout, avec une drôle de sensation. Cette impression étrange de devoir récupérer d'un tel périple à l'autre bout de Jupiter que ça rendrait la moindre marmotte hyperactive à côté de moi, vous voyez le genre...
 
Je sais, je vous vends du rêve.
 
...
 
Vous imaginez bien que je n'avais guère envie de vous faire partager ce quotidien-là, lent, plein de doutes (et de microbes, mais ça, je suis en train de leur faire la peau, font moins les malins), sans plus d'imagination. Parce que j'ai déjà donné dans ce ton un peu geignard et que oh, ça va bien, maintenant.
 
Pourtant, sans doute ai-je besoin de l'écrire, de l'admettre, "d'avouer" ce laisser-aller si coupable pour me reprendre, pour songer à un avenir, même pas brillant, juste songer à un avenir.
 
La semaine passée, j'étais "convoquée" chez mon employeur préféré, Popol E. Je crois que j'espérais qu'il me botte les fesses. Au lieu de ça, le conseiller, vraiment charmant et compétent (si, si, je vous jure, il n'y a aucune ironie là-dedans) m'a dit, après m'avoir écoutée trois minutes, qu'il n'allait pas me déranger davantage, qu'on ferait un point ensemble mais que, non, vraiment, il n'était pas utile de me retarder, mon projet, c'était drôlement bien...
 
Mais quel projet, bon sang? Je suis schizo à ce point? Lost in space, qu'elle est, la mouette, je vous le dis. Et j'en suis parfaitement consciente, une seule voie peut me sauver de cette apathie accablante: me bouger.
 
Ouh. Doucement, là, y'a encore deux-trois microbes qui jouent avec ma gorge, mon nez. Et surtout mes nerfs.
 
* Quoi, j'invente des mots? Vous devriez le savoir, maintenant, et méfiez-vous, je peux faire bien pire :)
 

mardi 20 janvier 2015

Loulou a bouffé un clown (une histoire de monde parallèle)

Ils disent qu'il faut aller par là. Bon, quand faut y aller...


Hier soir, sur le coup de 17h12 - 17h13 (pardonnez mon imprécision, j'étais angoissée), j'ai senti une boule gonfler dans mon ventre.

Hier soir, c'était la rencontre parents-profs.

La première de ma vie, à ce stade.

Oh, j'avais déjà été dépucelée, avec le bulletin de notes reçu dans ma boîte aux lettres, où j'avais découvert des commentaires plutôt rassurants sur le travail de mon loulou, en 6e.

Mais depuis ses années de primaire, où j'avais tout entendu sur mon fils, comment dire? Je tendais un peu le dos (tiens, ça pourrait peut-être expliquer mon balai, qui ne me quitte plus?)

Mon fils? "Un être à part", "pas dans le moule", "atypique", "dans sa bulle", "sur la lune", "à côté de la plaque", je vous en passe... Jusqu'à cette instit, l'an passé, qui m'a donc conseillé de le mettre dans un établissement spécialisé, "sans quoi il décrocherait très vite."

Je ne le nie pas, j'éprouve généralement une certaine joie et une réelle fierté à entendre que mon fils n'est pas comme les autres. Je le sais, voyons, c'est mon fils! Mais parfois, par souci de conformisme, sans doute, par faiblesse, peut-être, on aimerait juste ne pas trop la ramener et filer droit.

C'est un tort, et en douce, je me bats contre. Entre nous, je l'encourage souvent à cultiver sa différence. Mais devant les profs, je fais bien mon hypocrite, en général, à vouloir passer pour la maman qui s'occupe bien de la scolarité de son fils. Juste pour avoir la paix, au fond, j'imagine.

Pfff... J'étais différente, moi, à son âge?

...

A 17h15, arrivée dans le hall du collège. Waouh, c'est retour direct dans un passé que je n'ai pas forcément envie (ni intérêt, tout de moins si j'avais un fan-club) d'exhumer. Je me revois en survet' Challenger, grosse Nike rouge et coupe de footeux polonais, à baver sur les Chevignon et les pantalon Chipie de mes copines (des sylphides, les garces), avec mes grosses joues et mes kilos en trop.

Au secours.

17h16. Je me tourne et je vois Clark. Je me souviens que je n'avais pas un garçon aussi physiquement intelligent à mes côtés quand j'étais en 4e (Sébastien L. me snobait, le vilain).

Youpi. Je suis une grande.

Vers 17h18, boum, premier prof.

On rentre dans la classe, on s'assoit et j'apprends que je suis à la place qu'occupe Loulou, au premier rang. Un fayot, mon fils? Non, m'explique le prof qui a choisi de mettre ma tête blonde devant son propre bureau, comme pour mieux vérifier qu'une fois concentré, il est capable du meilleur.

"Il est dans son monde", nous dit monsieur matheux, qui apprécie par ailleurs la logique implacable de Loulou dans sa matière. "Il est différent des autres élèves."

Ensuite, on se répartit les tâches et je file voir le prof principal, qui enseigne la... musique. "Oh, j'adore ce genre de personnalité!! Il est là, dans son monde parallèle... Extrêmement rêveur... Il peut devenir un grand artiste!"

Retour à deux, devant le prof de sport. "Il m'étonne! Par contre, je le cherche souvent, quand je parle au groupe, je me rends compte qu'il nous tourne le dos, comme ailleurs..."

La prof de français: "votre fils n'est pas dans le moule. C'est un être poétique. J'aime sa liberté d'être."

Là, j'ai eu envie de rouler une pelle à la prof de français. Après, j'ai pensé que ça ferait désordre, que, de toute façon, elle n'était pas mon style et qu'en plus, j'étais accompagnée de Clark.

Ça faisait beaucoup. J'ai balancé mes idées bizarres je ne sais où, mais en tout cas, elles n'ont pas demandé leur reste.

Sans rien percevoir de mes drôles de pulsions, la prof de français a continué son portrait. Elle nous a raconté une chute, la semaine passée. Perdu dans ses pensées pendant le cours, Loulou est tombé de sa chaise, déclenchant l'hilarité générale.

J'ai ressenti une bouffée d'amusement et de tendresse pour mon petit clown. Elle a remplacé la boule que j'avais dans le ventre et j'ai pensé, à cet instant, que je devais tout simplement lui faire confiance.

Etre à part ou pas, il a en lui des ressources qui lui appartiennent.

Ailleurs ou pas, il est lui.

Oui, oui, approfondissons encore.


C'est ça, j'imagine, le rôle des parents, ouvrir ses yeux et laisser la chair de sa chair construire son propre chemin, sans plus chercher, forcément, à comprendre (ni à culpabiliser...) à quel point nos propres choix ont pu influer sur cette différence.

vendredi 16 janvier 2015

Fille perdue, cheveux longs

Vous voyez que j'exagère, certaines pralines roses ont survécu à mon attaque (pas très judicieux, en pareille période, de parler ainsi, mais que voulez-vous, j'y suis allée de bon cœur)

Aujourd'hui, j'avais envisagé une journée fille.
 
Oui, un truc très, très futile, où je me serais occupé de moi, de mes sourcils, de mes cheveux (ils pleurent, les pauvres, ne comprennent pas ce qui se passe, toute cette longueur, pfff) (près d'un an sans ciseaux, je crois) (quand même).
 
Et pis même, j'aurais fait les magasins. Bon, pas trop, consciente de l'état bancaire d'un compte qui ne comprend pas non plus (il ne flirte que rarement avec la colonne +, allez savoir).
 
Je crois que je cherchais bêtement à me divertir, à me faire du bien.
 
J'en ressentais très fort le besoin.
 
Il y a eu les attentats, évidemment, qui n'ont laissé, j'imagine, personne indemne. Il suffit que j'y pense quelques secondes pour sentir mon œil, ce traître, s'humidifier.
 
Mais je dois bien avouer que la tristesse s'est emparée de moi, avant. Depuis un moment déjà trop long.
 
Alors, je me suis dit qu'un truc du passé, qui m'a complètement quittée (la compulsion acheteuse), me ferait peut-être du bien.
 
Il y a deux jours, j'ai donc appelé pour fixer des rendez-vous de fille, limite excitée (il faut pas grand-chose, parfois). Réjouie, oui, j'étais réjouie de cette parenthèse.
 
...
 
A la place, ce matin, je me suis réveillée groggy pour avoir rêvé toute la nuit que deux gosses étaient allés poser des bombes chez Charlie Hebdo et qu'ils s'étaient fait exploser. Dans mon rêve (cauchemar?), j'essayais d'expliquer leur geste.
 
Je cherche toujours à comprendre.
 
Ça devient un vrai problème, chez moi, je vous jure.
 
Je me suis réveillée groggy parce que mon balai dans le dos, toujours.
 
Je me suis réveillée groggy parce que, pour mon retour sur les parquets après plus de quatre ans (!!), il y a deux jours, je me suis offert un petit bobo au doigt et des courbatures. Du très classique.
 
Mais surtout, je me suis réveillée groggy parce que je ne sais pas où je vais.
 
Je tourne et retourne tout ça dans mon cerveau qui crie grâce. J'y retrouve ces chiennes, la lassitude, la tristesse, le découragement, l'angoisse.
 
Parfois, elles se font bousculer par mes alliés, le rire, ces tranches de bonheur, ces petits moments de grâce, pour rien, comme ça. Mais cet optimisme, ce sourire qui revient par intermittence, ces rencontres et ces discussions passionnantes que j'ai eu la chance de vivre dernièrement ne parviennent pas à chasser les sombres pensées.
 
Et je me trouve tellement geignarde de me plaindre ainsi, alors qu'après tout, hein...
 
Après tout, qu'arrive-t-il derrière?
 
...
 
Voilà, ce matin, je voulais me faire une journée fille. Un truc très futile.
 
A la place, j'ai regardé mon compte en banque. Et puis, quand le réparateur m'a annoncé que la machine à laver, qui venait de lâcher, était partie à tout jamais dans un autre monde, en pleine adolescence (3 ans, quoi!), j'ai compris.
 
Si je veux chasser ces chiennes, la lassitude, la tristesse, le découragement, l'angoisse, je ne dois pas compter sur ces petits riens matériels. Quand on est chômeur / chômeuse, on a du temps pour consommer, mais plus l'argent.
 
Je le sais, depuis longtemps, pitié, que personne ne pleurniche sur mon sort. Surtout pas moi-même.
 
Je sais aussi, depuis longtemps, que les ressources, on les a tous en nous, que je dois activer les miennes afin de ne plus creuser ma tombe et renoncer à tout ce que j'aime, le rire, la fantaisie, l'espoir, l'envie.
 
La vie.
 
J'en vois un au fond qui tente de contester. Mais enfin, quoi, ta vie n'est pas finie, tu as une coupe j'en-ai-marre-de-vivre et les sourcils d'Emmanuel Chain, certes, zéro kopek sur ton compte et pas de taf en perspective, d'accord, mais tu as connu bien pire, non? Tu as un loulou adorable, un Clark charmant, un toit, des amis, des vrais...
 
Oui, mais la princesse en veut toujours plus, vous savez ce que c'est.
 
Je tente d'intégrer dans mon programme une alliée un peu inaccessible pour moi. Elle s'appelle la patience. C'est elle qui va me donner le courage de terminer tranquillement, sans s'énerver, mes dossiers toujours en cours (un titre de cuisinier, un CAP de pâtisserie, on s'occupe comme on peut), c'est elle qui va me donner cette force qui m'échappe un peu trop.
 
C'est elle qui va me permettre de recadrer certains projets et d'envisager sous un jour plus souriant l'avenir.
 
Alors, ce matin, j'ai annulé mes rendez-vous.
 
J'ai pensé que, après tout, ce n'était pas vital.
 
A la place, j'ai fait un sort aux pralines roses. Pas bien.
 
Mais j'ai aussi planché sur mes cours de cuisine, préparé l'un de mes gâteaux roudoudou préférés, fraisé une pâte, le tout en écoutant des airs mélancoliques (merci Agnes Obel, tu as ta place définitive dans ma spleen playlist. Une vraie championne).
 
Le ciel était brunâtre, ce matin, avec un air d'apocalypse. Vraiment. Je l'ai constaté avec dépit lorsque le monsieur m'a débarrassé de cette machine à laver morte avant l'heure.
 
Le fait que j'aie à peu près quinze tonnes de linge à laver sans plus de machine à disposition a, peut-être, j'avoue, joué sur ma vision des choses. 
 
Et puis, après tout, ai-je pensé alors que la nuit tombait, pourquoi dramatiser? (Non, pas pour le linge, je ne suis pas à ce point dépressive, je vous rassure, je m'en suis remise, et super-Clark est passé par là, eh eh eh)

Pourquoi dramatiser sur cette tristesse latente ? C'est normal de pleurer quand on écoute, toujours ébahie, les témoignages des amis de Charb. C'est normal de rester stupéfait devant les images qui tournent en boucle sur l'écran, sans qu'on puisse vraiment s'en détacher. Quand on imagine la boucherie, quand on suppose la violence.
 
C'est normal de s'inquiéter, de retourner tout ça dans sa tête et de se demander pourquoi on - on, le monde, oui - en est arrivé là.
 
C'est normal de s'interroger sur sa propre place dans un monde chamboulé. Un monde chamboulé où, certes, les bons sentiments s'incrustent, comme pour nous convaincre que l'humanité existe encore, à coups de pancartes "je suis Charlie", à coup d'accolades, de sourires sincères et bienveillants.
 
Mais un monde chamboulé où, quand même, on a de vrais gros méchants qui exterminent des populations entières, en Irak, au Nigéria et ailleurs, en plus de faire de la charpie en plein cœur de Paris.
 
En écrivant cela, bizarrement, je souris. J'ai mal mais du coup, je relativise. A cet instant, j'ai envie d'effacer toute trace d'états d'âmes, tellement insignifiants à côté de l'atrocité et du désarroi que l'on vit.
 
Mais allez comprendre, j'ai aussi envie de coucher cela ici, parce que c'est mon petit espace, qu'il me manque et que j'aimerais partager davantage, plutôt que de me "censurer" comme je le fais beaucoup actuellement parce que, non, décidément, j'ai pas la pêche aujourd'hui ou que j'ai eu un pet de travers.
 
C'est le cheminement de tout être humain, je suppose. Je veux l'accepter.
 
Bon, du coup, pour ceux qui n'ont pas bouffé un clown ce matin et qui se sentent un peu chafouins, c'est pas très sympa, je l'admets, toute cette bonne couche d'auto-apitoiement.
 
Mais vous savez quoi?  Ce que je ne veux plus, c'est larmoyer sur ma petite existence sans, au moins, bouger mes fesses pour y remédier. Dussé-je soulever des montagnes, je vais retrouver ce foutu sourire.
 
Je vous laisse, je vois l'Everest, là, il attend depuis un moment. Je voudrais pas qu'il s'impatiente, à son tour.

vendredi 9 janvier 2015

Je pense à...

 
 
Je pense à ma réaction, mercredi midi, lorsque j'ai appris.
 
J'ai fouillé dans ma mémoire. Nous venions de fêter la nouvelle année, loin du 1er avril. Je ne lisais pas un article du Gorafi, mais bien le terrible premier récit du Monde.
 
Un attentat contre Charlie Hebdo. Douze personnes étaient mortes sous les balles de fanatiques. En plein cœur de Paris.
 
Nous étions mercredi, Loulou était juste à côté de moi. J'étais bien incapable de cacher mon incompréhension, mon effroi, bien incapable de cesser ma lecture. On a allumé la télé, comme tout le monde, contre toute raison. Pourquoi montrer de telles images à un enfant de 11 ans?
 
Je pense à cette curiosité morbide qu'on peut tous ressentir dans ce genre de situation exceptionnelle.
 
Je pense au regard de Loulou, mi-fasciné, mi-éberlué. D'un coup, la réalité a dépassé celle des jeux-vidéo qu'il affectionne.
 
Je pense à moi, quand j'avais son âge, riant devant les dessins croqués en deux secondes par Cabu, sur Récré A2. Si j'avais pu imaginer que ce grand ado mal coiffé connaîtrait pareil destin...
 
Je pense à Hassan et Touria, un couple d'amis dont je n'ai plus de nouvelles depuis des années, mais avec qui j'avais sympathisé lors d'un voyage en Turquie. Ces Marocains d'origine vivaient dans le Nord de la France et ils m'avaient invitée, à notre retour, chez eux. Des gens simples, des musulmans qui vivent leur foi et ne demandent rien à personne.
 
J'ai souvent pensé à eux, après les attentats du 11 septembre, parce que j'imaginais qu'ils étaient des victimes directes, eux aussi, de cette barbarie, à devoir se justifier, à subir les regards courroucés de certains imbéciles, au nom de leur foi en une religion désormais "suspecte" ou au moins crainte.
 
Je pense à l'émotion intense qui nous submerge, à l'évocation de l'attentat, à ces larmes que j'ai senti couler sur mes joues alors que je conduisais, à l'écoute d'un reportage sur la minute de silence dans le métro.
 
Je pense à mes amis journalistes qui ont brandi leur carte et crié à la liberté d'expression, sur Facebook notamment. Pour la première fois depuis des années, j'ai pensé que mon métier de base, je pourrais l'exercer et y trouver une utilité réelle, si je remettais la main à la pâte.
 
Je pense à cette récupération politique qui ne peut que nous éloigner davantage de ces élites incapables de faire front commun.
 
Je pense à la guerre. Nous sommes en guerre. J'aimerais exagérer. J'aimerais être parano. Pourtant, j'écris ces lignes alors même que deux prises d'otage sont toujours en cours, l'une en Seine et Marne, l'autre en plein Paris. Qui dit qu'un autre fanatique ne va pas lancer une offensive ailleurs, pendant que les forces de police sont déjà mobilisées?
 
Je pense et j'ai mal.
 
J'ai mal mais je continue de penser.