jeudi 12 mars 2015

La kamizake de la pâtoche

Je redoute le moment où mes goûteurs maison vont me reprocher de les gaver dès le matin...
 
 
Je vous avais promis de vous en parler, je m'explique donc sur cette fameuse fiche de liaison. Vous le savez (ou pas?), je suis dingue de pâtisserie depuis toute petite.
 
On est d'accord, à 10 ans, ça volait pas bien haut. Quand je m'ennuyais, le mercredi après-midi, avant d'aller jouer au basket, je me préparais des pommes au four. Cette odeur de beurre dans la cuisine, mon dieu, c'était déjà l'extase. Après, il y a eu les tartes aux pommes, les cakes au chocolat... Et puis, la charlotte chocolat-café, une tuerie, mais je croyais à l'époque que les biscuits cuiller, on n'en trouvait qu'en magasin. J'ignorais qu'on pouvait les faire soi-même, tout bêtement.
 
Dans les magazines, je découpais et je collectionnais les recettes, aussi, que j'ai retrouvées, cachées dans un tiroir, une quinzaine d'années plus tard. J'ai tout jeté. Croyez-le ou non, tout me paraissait daté.
 
Pourtant, il y avait là des intemporels dont le souvenir vient me frapper aujourd'hui.
 
Loin de la pâtisserie "moderne", il y a tous ces basiques, les entremets, bavarois et autres Royal, pêcher mignon ou moka. Moi qui suis fan des petits biscuits, et qui en ai même fait commerce un temps (cannelés, madeleines, macarons, financiers...), moi qui affectionne les pâtisseries anglo-saxonnes... me voilà plongée dans les recettes de crème au beurre, crème mousseline, crème pâtissière et autres bombes caloriques.
 
Premier millefeuille de ma vie. Pour le glaçage, soyons honnête, entre chic et simple, j'ai choisi le deuxième. Faudra repasser pour le chic.
 
 
Des desserts qui ne me font pas forcément rêver, de prime abord. Mais, comme pour la cuisine (une pensée pour le poulet en crapaudine), il s'agit d'acquérir les bases, tout simplement. Libre à chacun, ensuite, de s'amuser ensuite avec des Jocondes, des Dacquoises ou des génoises...
 
Premier Paris-Brest réalisé de ma vie... et goûté, à vrai dire, tant ce genre de douceurs me laisse souvent indifférente. En fait, c'est bon. Il paraît qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, hum...
 
 
Oui, cette fois, je suis bien rentrée dans l'aventure du CAP Pâtissier. Je le passe en candidat libre, en juin, avec un esprit kamikaze assez évident. A peine quatre mois de préparation pour un examen que les gens "normaux" et un peu disciplinés préparent en dix, avouez qu'il y a challenge.
 
Comme j'aime le risque mais que je n'ignore pas mon côté Gaston Lagaffe (mais, surtout, les sommets que je dois gravir pour atteindre un seuil minimum, c'est dire), je joue une seconde cartouche.
 
Je vous en avais parlé, j'ai donc repris contact avec le responsable de la formation pâtisserie adultes à la chambre des métiers nantaise. Chaque année, huit candidats sont sélectionnés, sur une quarantaine de postulants, pour suivre un parcours sur une année scolaire. Les places sont chères. D'où la nécessité de constituer un dossier, en y joignant la fameuse fiche de liaison. Vous savez tout.
 
Comme je ne doute de rien (!), j'espère bien en faire partie. Comme ça, je passe mon exam dès juin et si je me plante - ce qui n'aurait absolument rien d'impossible vu le retard et le niveau demandé - hop, je me donne une deuxième chance, cette fois en juin 2016, d'obtenir ce diplôme sur lequel je louche depuis si longtemps...
 
Là, un miracle, ça a marché du premier coup...

... J'espère que ce n'est pas la chance du débutant.
 
 
Comment relâcher la pression en douceur, eh eh eh... Bon, je ne perds pas de vue mon objectif prioritaire, l'obtention du CAP en juin, alors, je m'entraîne... Je passe par des états d'euphorie, lorsque mes brioches à tête ont vraiment une tête, à une mine lasse et déconfite quand je m'énerve sur ce fucking chocolat que j'ai voulu tempérer mais qui a durci le temps que je le mette dans le cornet... Je n'en peux plus de ces croissants qui ne poussent pas, de ces biscuits cuiller qui s'aplatissent...
 
On est d'accord, y'a une sacrée marge de progression. Pfffff...
 
Et pourtant, je sais que c'est en me trompant que je vais avancer. Je vous dis pas, je suis un recueil de boulettes à moi toute seule, demandez-moi tous les trucs à éviter, je vous les fais!
 
Evidemment, sans aucune objectivité, mes goûteurs apprécient la saveur de ces douceurs et peut-être Clark m'imagine-t-il trop exigeante avec moi-même. Malheureusement, cette fois, je me sens juste réaliste. Je suis à des années-lumière de ce qui me sera demandé.
 
"Ça fait trois jours que tu as commencé!" a observé Clark.
 
Ah oui, c'est vrai. Je crois que je manque un rien de patience. Mais ça, ce n'est pas un scoop :) .
 

vendredi 6 mars 2015

Où je redescends sur terre

La fameuse ligne de confidentialité de Pôle Emploi. Derrière, des âmes qui souffrent.
 
Mercredi soir, j'avais prévu une liste de tâches plus longue que le Chili, à laquelle je comptais bien m'attaquer dès le lendemain. Il faut dire que j'ai une énergie débordante, en ce moment, allez savoir pourquoi (l'impression d'être revenue de l'enfer, peut-être? Ah oui, c'est ça).
 
Donc, j'en profite pour agir et ne plus procrastiner. Autant vous dire que j'ai fait un sort au pilou et son démoniaque appel.
 
Donc, vous imaginez bien que chaque minute m'est comptée.
 
Pourtant, le matin venu, léger changement de programme, à la faveur d'un coup de fil ô combien encourageant (je vous raconterai). Je dois aller chercher une "fiche de liaison" chez Pôle Emploi. Ni une, ni deux, je fais une légère entorse à mon programme de ministre et je file donc chez mon employeur préféré. Avec un apriori plutôt favorable, à vrai dire, tant je suis tombée sur un conseiller sympa et compétent, la dernière fois (si, les choses évoluent, parfois, dans le bon sens).
 
10h45. Je rentre. Ouh. Y'a du monde. Enfin, quatre personnes devant moi, c'est pas le Pérou non plus, hein, on ne va pas s'enflammer.
 
En plus, y'a un écran plat, ça fait de la lecture. C'est écrit que, pour faire bonne impression en entretien d'embauche, déjà, il faut pas arriver en retard. Et là, apparaît un dessin où on voit le domicile du chômeur d'un côté, le lieu stratégique où il serait trop heureux de retourner, de l'autre. L'idée, c'est de prévoir le temps entre les deux pour arriver à l'heure. Ouh, c'est du lourd, là.
 
Vingt minutes plus tard, quand arrive mon tour, je trouve que c'est quand même un peu long, quatre personnes devant soi, mais le plus dur est passé. J'ai juste un document à récupérer, une formalité.
 
Ah, ah. Ma naïveté m'étonnera toujours. Mon interlocutrice m'explique qu'on va me recevoir, il y a juste une personne devant moi. Il est 11 heures 10.
 
Sur l'écran, ils disent aussi que pour optimiser ses chances d'être embauché, c'est mieux de proscrire tongs, casquette, short... Ah ouais, quand même.
 
Je me tourne vers les présentoirs. Je décortique TOUS les dépliants. Ça manque de glamour, mais on n'est pas là pour ça, on est d'accord.
 
J'avais lu "attente", j'ai cru que c'était un guide rigolo pour mieux supporter tout ça.
 
 
Je ne devrais pas me plaindre. Au moins, je suis assise. Et un sacré spectacle se joue devant moi: la comédie humaine.
 
Il y a ce jeune homme qui n'a visiblement pas lu les consignes de l'écran plat sur-comment-être-convaincant-en-entretien-d'embauche (ou alors, il s'auto-sabote, n'éliminons aucune hypothèse), si j'en crois sa coupe, long d'un côté, rasé de l'autre, trop stylé, comme dirait Loulou.
 
Il y a ce monsieur d'une soixantaine d'années qui tente de se persuader que si, il peut être embauché, retrouver du travail, d'ailleurs, on lui propose un stage non rémunéré, si ça, c'est pas un signe, je sais pas ce que c'est. La dame de Popol ne voit pas, elle.
 
Il y a cette jeune femme qui s'étonne de ne rien avoir reçu, depuis qu'elle a eu un trop perçu, mais qui n'a pas songé à envoyer ses feuilles de salaire depuis des mois. C'est moche.
 
Il y a ce jeune homme qui envoie paître la conseillère volante - celle qui va s'enquérir des besoins de chacun dans la file, histoire de rediriger tout le monde et de, normalement, gagner du temps - parce que lui, il est là pour le muguet, etpiscesttout. Je ris sous cape en pensant au Guignol de Philippe Lucas.
 
Il y a cet homme qui est venu chercher un avis de situation, à qui la dame volante conseille d'aller directement sur Internet, là, derrière lui. Là, c'est le drame, l'homme, qui semble sortir tout droit des All Blacks (un cou pareil, c'est juste inimaginable), n'a pas compris le mot. Internet.
 
La dame volante ne se décourage pas. Elle peut l'aider, si si, il faut juste les codes d'identification. L'homme fait des yeux ronds qui, perso, me donnent envie de me terrer plus encore sous mon siège, mais elle, elle ne lâche pas l'affaire. "Vos codes, monsieur, vous avez besoin de vos codes pour obtenir votre attestation". Il s'avance vers elle, il n'est plus qu'à 50 cm d'elle, je commence à transpirer d'effroi, il la regarde, elle répète "vos codes, vos codes", je sens qu'il va la frapper et là... Il tourne les talons et, sans un mot, quitte l'agence.
 
Visiblement, personne ne semble s'en offusquer, sinon mon voisin, qui avait rendez-vous à 11h30 mais que personne ne semble décider à recevoir.
 
Il me regarde, amusé. "Bon, je vois que rien n'a changé, ici!"
 
Je lui dis que, pourtant, j'avais senti des prémices de... Il balaie l'idée de sa large main. "Je ne comprends pas pourquoi ils me convoquent, j'ai retrouvé du boulot depuis quatre mois!"
 
Là- dessus, une conseillère descend pour la troisième fois de son étage et réclame un demandeur fantôme. L'heure tourne, elle devrait recevoir mon voisin, me semble-t-il. D'ailleurs, sa collègue l'informe qu'il vaudrait mieux ne plus patiner sur l'absent mais passer aux gens qui attendent pour de vrai. Elle la regarde, hausse les épaules et remonte.
 
Une fan du step, sans doute.
 
Entre temps, un homme qui venait de rentrer, éparpille tous ses papiers par terre. Ça occupe, cela étant, de les ramasser.
 
Dans la file, ça n'avance pas beaucoup. Il faut dire que la jeune femme à l'accueil n'a visiblement pas tout compris de l'aspect "accueil" et redirection efficace. En fait, elle conseille une femme depuis vingt minutes, jusqu'à lui faire un plan manuscrit afin d'aller au salon de coiffure où elle pourrait aller postuler. Ben oui, la demandeuse n'a pas de GPS, faut dire.
 
Et puis, elle est exigeante, aussi. La jeune femme de Popol le lui dit que, quand même, même si elle ne fait pas de tresses africaines comme elle le souhaiterait, elle pourrait postuler dans des salons "traditionnels", en attendant. En face, pleine de dédain, la demandeuse ne cache pas son manque d'entrain et finit par quitter les lieux.
 
Je me tourne vers la file et croise le regard de l'homme qui avait éparpillé ses papiers.
 
Il fait tomber tous ses papiers.
 
Pas sûre que ce soit l'effet de mon charme saisissant, hum.
 
La jeune femme de Pôpol accueille maintenant l'homme au muguet. Il précise: "moi, hein, c'est que pour le muguet que je viens, hein!"
 
"Vous avez regardé les annonces sur le site?" ose-t-elle, l'inconsciente.
 
"Ben non, eh!" lui répond-il avec aplomb. Faudrait voir à pas pousser mémé dans les orties.
 
Il est 11h50, je commence à dépérir et je songe à la liste de ce qu'il me reste à faire, dans la journée. C'est pas comme si j'avais de l'énergie à utiliser.
 
...
 
Je ne me souvenais plus dans quel monde nous vivions. Sans vouloir défendre Pôle Emploi, il y a un paquet d'inadaptés sociaux qui traînent dans les parages et je ne parviens pas à les imaginer dans un poste, quel qu'il soit.
 
J'en étais à ces sombres pensées lorsque j'ai été appelée. Il était midi. Je suis sortie 30 minutes plus tard. Ben oui, je n'avais pas saisi que pour obtenir ce document, j'allais subir un petit entretien.
 
Une fois bien cuisinée, j'ai eu mon sésame.
 
Près de deux heures pour un papier. Waouh. On frôle la performance ultime.

jeudi 26 février 2015

Une journée particulière

Mercredi matin, mes deux mains gauches, mon pouce trop agité et mon cerveau brûlé au 2e degré (il me semble bien faire une inversion, mais qu'importe, ça ressemblait un peu à ça), on a pris notre courage à deux mains et on a filé. L'heure de vérité était arrivée.
 
Sur le chemin, ma nervosité a fait un peu des siennes lorsque j'ai vu le nombre de voitures stoppées, devant la mienne, comprenant que pour partir dans les meilleures conditions, c'était pas gagné. Ça bouchonnait, et plus encore dans mon là-haut.
 
Finalement, j'ai enfilé ma tenue de cuisine en deux minutes 12 et hop, un rien fébrile, j'ai pioché, comme mes trois autres camarades, un numéro de sujet. C'était le 2. Soit des œufs farcis Chimay, un navarin d'agneau, une ratatouille, un légume au choix et une tarte à l'alsacienne.
 
Le kif total. Du genre tout ce qu'on a envie de manger dans un restaurant contemporain, hum?
 
Peu importe, ce qui compte, ce n'est pas le glamour des plats, ce sont les techniques. Et puis, moi, j'étais bien contente d'avoir échappé à la crapaudine.
 
Après, je ne sais plus trop. Je me suis mise en mode automatique, je crois. J'ai torché la tarte, premier plat demandé, histoire de passer à autre chose. Ça partait bien. Ensuite, les taillages, l'envoi du ragoût, en tentant de me sortir l'infâme air de ma caboche (ragoutoutou, le ragoût de mon toutou), et puis un enchaînement de micro-gestes, l'un des jurés qui s'approche, fronce les sourcils et note un truc derrière votre dos.
 
Doute, soudain. Y'a que moi qui ait l'impression que ça marche?
 
Pas le temps de s'attarder, d'autant qu'à ma droite, la cuisinière venait de planter sa pâte à choux (l'autre sujet). Rester concentrée.
 
Même quand l'autre juré est arrivé, compatissant, en me voyant me dépatouiller avec la sauce Mornay et ses fils de gruyère dégoulinants et collants. "On se croirait en pleine fondue des Bronzés". Y manquait plus que Marius, de fait.
 
Un moment, j'ai dû louper un épisode car il était midi et je n'avais pas commencé ma ratatouille. Et, telle une voix off menaçante de Top chef, le premier juré, celui des notes, nous a fait comprendre fermement qu'à 12h30, fini ou pas, on devait tout arrêter.
 
Je me voyais déjà, les mains en l'air devant mon assiette pas finie, avec l'envie sérieuse de me suicider et de revenir, quand même, pour les résultats mais finalement, à 12h30, la table de la candidate n°3 était comme les autres, remplie de tous les plats demandés.
 
Une sorte de miracle, confirmé par cette sensation d'avoir fait de l'apnée pendant quatre heures.
 
Après, il a fallu goûter ses productions. Où j'ai constaté que si les œufs Chimay sont une totale hérésie diététique (des œufs farcis avec de la béchamel, qu'on gratine avec une sauce Mornay, donc béchamel enrichie d'œufs et de gruyère, plus du gruyère et du beurre fondu dessus, sinon c'est pas drôle) (Oui, on est d'accord, ça fait à peu près 120 000 calories la bouchée) (ça tombe bien, je n'ai rien mangé de la journée, remarquez), si l'entrée était donc une insulte à n'importe quelle obsédée de la ligne, elle avait bon goût, tout simplement. Et c'est avec surprise que j'ai pu faire le même constat sur tout ce que j'avais fait.
 
Croyez-moi, ça ne m'arrive pas souvent, moi la reine de l'auto-flagellation.
 
Après, il y a eu l'entretien, long, très long, où on vous pose des questions parfois très faciles ("que signifie DLC"?), parfois plus tordues, l'occasion d'imiter Stéphanie de Monaco et de faire rire les deux jurés, surpris, je crois.
 
Ensuite, il y a eu un questionnaire en anglais que je craignais plus ardu et, avant d'évoquer les desiderata personnels, pour la suite, l'évocation de la production.
 
Alors, j'ai cherché des trucs qui n'auraient pas trop collé, du genre un Navarin pas assez salé ou une tarte un peu trop dorée... Ils m'ont laissée parler avant de donner leur verdict.
 
"Franchement, vous avez nos félicitations. C'était parfait."
 
Euh, pardon. Vous pouvez répéter... (Steph de Monac', sors de ce corps).
 
Vous ne pouvez pas imaginer tout ce qui m'a traversé l'esprit, à cet instant. Les pleurs, les doutes, les sueurs, les crispations... Le sentiment que cette simple phrase a pu, d'un coup, balayer toutes ces sombres pensées.

Après la délibération, ils ont fait revenir tous les candidats, un par un. Ils m'ont annoncée que j'avais mon titre de cuisinière, en répétant une fois encore leurs félicitations.

J'ai eu l'impression de rêver. 
 
Rassurez-vous, je ne risque pas de m'enflammer. Bon, en toute modestie, vous pouvez m'appeler chef (!) mais en vrai, je sais combien il me reste à apprendre.

Après, une brosse à reluire, ça fait pas de mal à l'égo, de temps en temps, hum?

mardi 24 février 2015

Candidate n°3

Depuis quelques semaines, trône cette convocation sur mon frigo:
 
4 heures chrono pour réaliser une entrée, un plat et un dessert imposés.
Où je me crois dans Top Chef. A moins que ce ne soit Cauchemar en cuisine?
 
 
Genre, je le mets bien en évidence, au cas où j'oublierai. C'est pas comme si j'avais eu une formation de 8 mois pour en arriver là.
 
Demain mercredi, je passe donc mon examen pour obtenir le "titre professionnel de cuisinier", pour de vrai.
 
Après, si tout va bien, je pourrai bosser avec des gilets à poche. Cool.
 
J'ai du mal à réaliser, en fait, et d'ailleurs, on est d'accord, je ne veux mettre aucune charrue avant les bœufs (y'a pas de place dans la cuisine, ni pour les bêtes, ni pour les charrues, et puis, l'entretien des bœufs, on n'en parle pas, mais après on se retrouve avec la moitié de la dette grecque sur le dos, alors, oh, ça va, hein).
 
Je suis la candidate n°3, pas (encore?) la diplômée. Ce titre, reconnu pour de vrai (!), reprend le référentiel du CAP cuisine, et permet de bosser, de lever le doute, aussi, sur ses compétences culinaires, notamment auprès des banquiers, qui ne pourront plus me balancer que je suis une autodidacte. Bon, c'est vrai, je ne serai jamais toque +12 puisque, à mon grand âge, je ne vais pas me lancer dans des mentions complémentaires. J'enchaîne juste sur le CAP pâtissier, sinon c'est pas drôle mais après, promis, j'arrête!
 
Sérieux, j'aurais une pensée pour toutes les fronceuses de sourcil si jamais je repars avec le titre. En attendant, je me sens prête, j'ai bien révisé même si j'espère ne pas tomber sur ça:
 
Sérieux, ça fait peur, parfois, la cuisine française...
 
Non, non, je n'ai pas bouffé un space cake pour me détendre, ce genre de plat, le poulet en crapaudine, peut sortir dans les sujets d'exam. Avec les œufs-olives en forme d'yeux et le cresson au cul. Classe.
 
Histoire que ce ne soit pas trop facile, j'avais opté pour la version "main brûlée", la semaine passée. Mais un grand chef est passé par là, s'est pris pour Camille et m'a pris m'a douleur. Je pars donc, pleine d'espoir, avec une main peu glamour (quoique, la sécheresse des doigts pourrait s'apparenter à la peau d'un python qui aurait mué. C'est chic, le python, non?... Ok, je sors) mais une main à peu près réparée, dont j'aurai bien besoin pour relever mes manches, entre autres.
 
Rendez-vous très vite pour le verdict. Histoire de voir si je peux, enfin, associer "journaliste" et "cuisinière" sur mon drôle de CV...

jeudi 19 février 2015

La poupée qui fait non, non, non...

Faut me croire, maintenant, quand je vous dis que j'ai la polio des mains!
 
 
Aujourd'hui, j'ai excellé sur au moins un point.
 
Ils l'ont dit, d'ailleurs, mes formateurs. "Parfait", "nickel"...
 
Car oui, je ne vous ai pas raconté mais je suis retournée cette semaine à deux reprises dans mon centre de formation, pour passer deux examens blancs, avant le vrai, mercredi prochain.
 
Je vous épargnerai le moment de solitude au moment de retrouver mes chaussures de sécurité, qui croyaient sans doute rester tranquillou à dormir dans le garage ; les révisions à s'arracher les cheveux ; les bons moments, aussi, à inviter des cobayes, afin de revoir des sujets potentiels.
 
Après un premier exam blanc qui m'a laissé un rien mitigée, j'ai décidé de prendre ce dernier jour comme un jeu. Oui, j'allais m'amuser, aujourd'hui. Le fait d'avoir liquidé un demi cubis de rosé pamplemousse la veille au soir, à l'issue d'une très sympathique 3e mi-temps (j'ai repris le basket, y'a moyen de rigoler), a peut-être eu une incidence sur ma relative décontraction du jour...
 
En tout cas, j'étais au taquet. Particulièrement sur ce mouvement que j'ai eu vers la queue de la grosse casserole qui sortait du four et que j'ai négligemment prise... Juste après avoir enlevé la manique (sinon, c'est trop facile).
 
Ah, mais euh, ça fait mal!
 
Mais, euh, vraiment, je veux dire!
 
Il était 13 heures et je venais de toucher la perfection... en matière de brûlure. Pour le reste, j'ai quand même pu sortir le dernier plat, avec la (précieuse) complicité de Gigi, devenue "mes mains" et à qui j'ai pu donner mes instructions tout en me tartinant la main de Biafine.
 
Je crois que je suis prête pour tourner une pub sur la pommade, je maîtrise parfaitement son utilisation, là.
 
Après, vu les cloques qui me faisaient des petits coucous désagréables, je suis passée par les urgences. Le médecin, tout droit sorti de Grey's Anatomy (du genre qui te donnerait envie de te blesser plus souvent) (oh, ça va, Clark, il était physiquement intelligent, mais moins que toi, oh) (je devais pas vous parler de Clark, moi?), bref, le médecin m'a d'abord effrayée en me montrant mon pouce, brûlé au 2e degré.

Mais il m'a aussitôt rassurée sur mon premier degré - enfin, celui des mes autres blessures, car pour ce qui est de mon 15e degré, il avait bien perçu ma hauteur d'esprit, n'en doutons pas.

Limite, je me suis sentie ridicule d'être allée aux urgences pour ça. Avant que le charmant médecin m'annonce qu'il me fallait un arrêt de travail.

Un arrêt de travail?
 
Hein? Mais non, je passe mon diplôme la semaine prochaine!
 
Il a tiqué. Il a compté sur ses doigts - qu'il a élancés, c'est joli ça, des mains aussi fines - et il a tenté le coup du contre-la-montre, genre, si ça part pas en lambeaux dans les trois jours, allez, on peut espérer que ce soit ok.
 
...
 
Mais rien n'est sûr.
 
...
 
C'est pas comme si ça faisait deux mois que je trépignais pour passer ce titre, hum.
 
Bon, je vais croiser les doigts, ceux de la main droite en tout cas, car les autres sont enserrés, formant une jolie poupée qui m'oblige, d'ailleurs, à taper ce post d'une seule main.
 
Est-ce la poupée qui fait non, non, non, non... (Polnareff, sors de ce corps) ? Non, je me refuse à le penser, je suis trop près du but.
 
Quand même, un jour, vous croyez que je finirai par comprendre que j'ai deux mains gauches, hein?

mardi 3 février 2015

Recroquevillage* en règle

Je pourrais vous raconter mes mille maux hivernaux, et donc tellement tristes et banals.
 
Je pourrais vous parler de mes révisions, parce que l'exam', c'est bientôt.
 
La vérité, c'est que tout ça me pompe une énergie désespérément absente, ce qui vous laisse imaginer mon état de loque.
 
Pourquoi j'avance pas?
 
Pourquoi je me traîne?
 
Pourquoi j'ai l'impression d'être bloquée?
 
J'ai sans doute besoin d'action et pourtant, à chaque pensée dans ce sens, je me recroqueville un peu plus.
 
Dépressive? Ah non, c'est bon, j'ai donné. Mon burn out est derrière moi, merci de circuler, là, les mauvaises ondes.
 
Non, simplement, dans l'attente de mon examen en cuisine, dans moins d'un mois, je ne parviens pas à me projeter davantage et à ouvrir les bouquins et tutos qui feraient de moi une candidate libre au CAP Pâtissier motivée et au taquet.

Ah oui, pour ceux qui ne suivent pas, maintenant que j'ai fini ma formation en cuisine, et en attendant d'obtenir le titre, si tout va bien, j'enchaîne sur la pâtisserie. Trop gourmande, moi? Noooon, pensez donc.
 
Je me réfugie dans ces révisions culinaires, en restant un peu trop l'œil rivé sur l'ordi, m'en évadant au moindre article, à la vidéo la plus inutile ou à la chronique la plus insignifiante qui soit, comme pour cacher mon inertie sous une couche de "mais si, mais si, je veux rester connectée au monde, donc je m'informe!"
 
Tu parles d'une mauvaise foi.
 
Je donne à manger aux chats, j'accueille le retour de Loulou avec un vrai goûter, je lis des recettes sur le net et remplis mes favoris de nouveaux sites, je me nourris essentiellement de thé (à cette échelle, on peut dire que je me nourris de thé, si si) et de céréales. Et puis, je dors aussi. Beaucoup. Trop.
 
Je vis, surtout, avec une drôle de sensation. Cette impression étrange de devoir récupérer d'un tel périple à l'autre bout de Jupiter que ça rendrait la moindre marmotte hyperactive à côté de moi, vous voyez le genre...
 
Je sais, je vous vends du rêve.
 
...
 
Vous imaginez bien que je n'avais guère envie de vous faire partager ce quotidien-là, lent, plein de doutes (et de microbes, mais ça, je suis en train de leur faire la peau, font moins les malins), sans plus d'imagination. Parce que j'ai déjà donné dans ce ton un peu geignard et que oh, ça va bien, maintenant.
 
Pourtant, sans doute ai-je besoin de l'écrire, de l'admettre, "d'avouer" ce laisser-aller si coupable pour me reprendre, pour songer à un avenir, même pas brillant, juste songer à un avenir.
 
La semaine passée, j'étais "convoquée" chez mon employeur préféré, Popol E. Je crois que j'espérais qu'il me botte les fesses. Au lieu de ça, le conseiller, vraiment charmant et compétent (si, si, je vous jure, il n'y a aucune ironie là-dedans) m'a dit, après m'avoir écoutée trois minutes, qu'il n'allait pas me déranger davantage, qu'on ferait un point ensemble mais que, non, vraiment, il n'était pas utile de me retarder, mon projet, c'était drôlement bien...
 
Mais quel projet, bon sang? Je suis schizo à ce point? Lost in space, qu'elle est, la mouette, je vous le dis. Et j'en suis parfaitement consciente, une seule voie peut me sauver de cette apathie accablante: me bouger.
 
Ouh. Doucement, là, y'a encore deux-trois microbes qui jouent avec ma gorge, mon nez. Et surtout mes nerfs.
 
* Quoi, j'invente des mots? Vous devriez le savoir, maintenant, et méfiez-vous, je peux faire bien pire :)