La dernière fois que je l'ai eue au téléphone, elle avait un air enjoué, quoiqu'un rien enroué, visiblement soulagée. Je venais de commencer mon nouveau travail et je n'avais pas eu une minute à moi. Elle m'a dit que, de son côté, elle avait eu des petits soucis de santé, qu'elle avait dû délaisser son atelier chéri, renoncer à son rituel. Ne plus coucher ses pensées sur des cahiers mais rentrer à la maison, au chaud, et attendre que ça aille mieux.
Après, m'avait-elle assuré, on reprendrait de nouveaux travaux ensemble. On se retrouverait de nouveau l'une face à l'autre, bien calées dans notre fauteuil, elle me parlerait de ses multiples projets, pesterait contre la terre entière et s'amuserait d'une petite bête sur le mur. Elle me proposerait un thé, sortirait avec gourmandise une tablette de chocolat. Et me caresserait la main en sortant, au pied de la porte, avec affection.
Après. Quand ça irait mieux.
...
Sa chambre était incroyable, spacieuse, soignée, pleine de souvenirs et d'images. Elle me disait parfois, en regardant son lit, qu'elle n'attendait qu'une chose, c'était de s'allonger, s'endormir et de ne jamais se réveiller. Je lui demandais de chasser cette idée, un peu angoissée qu'elle échafaude de tels projets. Je la savais fragile. Mais d'une telle vitalité...
Aujourd'hui, elle est partie. La maladie l'a vaincue. Elle a rejoint ce monde qu'elle craignait et espérait tout à la fois. Elle ne sera jamais vieille, elle qui détestait les peaux flétries et les chairs molles. Jusqu'au bout, son élégance l'aura poussé à refuser de faire comme tout le monde.
Poney nous laisse, là. Je me sens étrangement un peu orpheline ce soir. Aucun lien de sang entre nous, juste une sensation diffuse que nous partagions des choses et qu'elle faisait parfois écho à mes propres velléités. J'ai retrouvé chez elle cette fantaisie propre aux âmes insouciantes. Ou à celles qui, prenant coup sur coup, refusent de se laisser abattre et vivent leur existence comme si tout devait s'arrêter demain.
Je ne regrette qu'une chose. Elle part alors même que son manuscrit, celui qui m'a permis de la rencontrer, doit être publié dans les prochains jours,les prochaines semaines au pire.
L'ironie du sort, j'imagine.
Poney, où que tu sois, merci.
jeudi 1 mars 2012
vendredi 25 novembre 2011
Fil rouge
Dis donc, un peu plus et j'allais laisser filer novembre sans donner aucun signe de vie... Mais que voulez-vous, je découvre un rythme à la fois très cadré, structuré, apaisant et... fatigant. L'impression de courir en permanence, avec néanmoins ces moments off le week-end, sans plus à penser aux mille tâches qui polluent le cerveau, sous prétexte qu'en bossant chez soi, eh bien, on peut bosser quand on veut.
Le week-end, c'est relâche. Et basta.
La semaine, je n'ai plus le temps de rien. Réveil toujours trop tôt, Loulou que j'ai la sensation de déposer et récupérer en permanence, liste longue comme une journée chez Pôle Emploi de trucs à faire pour hier, je suis débordée... Signe que je suis bel et bien dans le mouvement, celui de tous les salariés qui finissent par se plaindre de ne plus voir le jour, mais qui sont trop heureux de voir le soleil décliner, bien au chaud dans leur bureau, et de voir un revenu tomber à la fin du mois, toujours le même. Pour l'instant, ça continue de m'impressionner.
Oui, je sais, je suis impressionnable.
J'ai des collègues sympas. Vraiment. Bon, je suis repérée, à cause d'un rire que j'aurais sonore. Comprends pas. Pas facile de rester stoïque. Les premiers jours, on se tient droit comme un i, on ose à peine interrompre la concentration de sa chef. Et puis, on finit par se sentir mieux, puis bien, tout simplement.
C'est là que la nature reprend ses droits et qu'on oublie cette austérité initiale.
Bon, je ne suis pas certaine d'être encore au top, professionnellement. Je retrouve des automatismes, comme de vieux relents ancestraux, un goût pour la recherche d'infos, pour les coups de fil à l'arrache histoire de vérifier sa source, tous ces petits riens qui faisaient un peu le sel de ma vie d'avant. Cela ne me déplaît pas, à vrai dire, c'est même plutôt agréable d'utiliser ses neurones à d'autres fins que la traduction de syndicalistes. Et au fil des jours, je réalise à quel point ma création d'entreprise, certes avortée, puis ma découverte du monde institutionnel m'aident au quotidien. Comme un fil rouge, comme si ce parcours semé d'embûches pouvait finalement, et contre toute attente, s'avérer logique. Un comble, au vu de ma vie anarchique.
Me voilà donc dans le rang, libérée de cette pression grandissante qui m'empêchait de me projeter voilà encore peu. Quand on me demande ce que je fais dans la vie, j'avoue, j'hésite encore, je ne sais plus trop bien. Testeuse de vocations? Aventurière de la précarité? Clown ambulant? Pourquoi chercher une catégorie, après tout? J'ignore la place réelle du hasard dans ce parcours, mais cette lente remontée vers le pays "normal" me donne suffisamment d'optimisme pour que je n'aie pas à me mettre dans une case, juste pour me rassurer.
Le week-end, c'est relâche. Et basta.
La semaine, je n'ai plus le temps de rien. Réveil toujours trop tôt, Loulou que j'ai la sensation de déposer et récupérer en permanence, liste longue comme une journée chez Pôle Emploi de trucs à faire pour hier, je suis débordée... Signe que je suis bel et bien dans le mouvement, celui de tous les salariés qui finissent par se plaindre de ne plus voir le jour, mais qui sont trop heureux de voir le soleil décliner, bien au chaud dans leur bureau, et de voir un revenu tomber à la fin du mois, toujours le même. Pour l'instant, ça continue de m'impressionner.
Oui, je sais, je suis impressionnable.
J'ai des collègues sympas. Vraiment. Bon, je suis repérée, à cause d'un rire que j'aurais sonore. Comprends pas. Pas facile de rester stoïque. Les premiers jours, on se tient droit comme un i, on ose à peine interrompre la concentration de sa chef. Et puis, on finit par se sentir mieux, puis bien, tout simplement.
C'est là que la nature reprend ses droits et qu'on oublie cette austérité initiale.
Bon, je ne suis pas certaine d'être encore au top, professionnellement. Je retrouve des automatismes, comme de vieux relents ancestraux, un goût pour la recherche d'infos, pour les coups de fil à l'arrache histoire de vérifier sa source, tous ces petits riens qui faisaient un peu le sel de ma vie d'avant. Cela ne me déplaît pas, à vrai dire, c'est même plutôt agréable d'utiliser ses neurones à d'autres fins que la traduction de syndicalistes. Et au fil des jours, je réalise à quel point ma création d'entreprise, certes avortée, puis ma découverte du monde institutionnel m'aident au quotidien. Comme un fil rouge, comme si ce parcours semé d'embûches pouvait finalement, et contre toute attente, s'avérer logique. Un comble, au vu de ma vie anarchique.
Me voilà donc dans le rang, libérée de cette pression grandissante qui m'empêchait de me projeter voilà encore peu. Quand on me demande ce que je fais dans la vie, j'avoue, j'hésite encore, je ne sais plus trop bien. Testeuse de vocations? Aventurière de la précarité? Clown ambulant? Pourquoi chercher une catégorie, après tout? J'ignore la place réelle du hasard dans ce parcours, mais cette lente remontée vers le pays "normal" me donne suffisamment d'optimisme pour que je n'aie pas à me mettre dans une case, juste pour me rassurer.
samedi 5 novembre 2011
Tornade montpelliéraine
Ouf. De retour au bercail, bien au chaud. Oui, je ne vous l'avais pas dit, mais je partais quelques jours pour le travail. Comme une réminiscence de ma vie passée, c'était à la fois troublant et excitant.
Je ne savais pas encore à quel point cela allait s'avérer fatigant et... rassurant. Je vous explique.
Avec un petit retour en arrière.
Mardi, donc, je dois écourter une fin de week-end prolongé sous le signe de l'été indien (et de l'amoooouuuur. Miss Guimauve, sors de ce corps) pour m'envoler, direction Montpellier. Oui, exactement là où un déluge a déjà eu lieu et où un autre est annoncé. Dans l'avion, on discute avec ma collègue (et, ô chance, elle est extra) et puis, soudain, je sais pas, un léger blanc. Nous sommes en train d'atterrir, le monsieur l'a annoncé dans le micro, le train d'atterrissage est en route et ça fait vrouuuuuum... et puis ça fait oups, bloup, bom, bam boum dans nos estomacs et dans nos têtes et nous remontons là haut dans les nuages.
En bas, un violent orage a éclaté et donc, ben, c'est un peu mort pour y aller, là, maintenant. Je vous passe le tour de manège gratuit au dessus de la ville pendant une plombe, on est tous ressortis avec l'impression d'être passés dans la machine à laver, essorage 1200 tours. Oups.
Après, je ne sais plus trop. Gros noeud à l'estomac, nuit agitée à me tordre les boyaux sous le coup du stress. Puis tourbillon, impression de me mettre en mode automatique, nous avions dix mille trucs à faire à la minute et si je vous dis que je ne connaissais absolument rien du secteur il y a trois semaines de cela, vous comprendrez un peu la complexité pour mes neurones d'enregistrer toutes les informations en deux temps, trois mouvements.
Là, je me suis découvert quelques talents de bluffeuse, j'ai fait genre, ah, mais oui, bien sûr, lorsqu'un exposant m'a parlé des dernières avancées technologiques de sa machine ou de l'intérêt de répondre à la norme XX000KLF au plus vite.
Tu penses, je suis née là-dedans. Hum.
OK, j'ai un peu fait mon escroc de base, j'imagine mais ça m'a permis de retrouver les automatismes de mon métier d'avant. Et je me suis dit que peut-être, en fait, j'étais encore journaliste. Ou je le redevenais. Ce qui, en soi, n'est pas un exploit, on est d'accord. C'est juste que j'avais de sérieux doutes sur la question, depuis le temps que j'étais sortie de ce domaine. Mais en fait, quand on cherche la petite bête un jour, on cherche la petite bête toujours, je suppose. Formule à la noix, j'en conviens, mais qui résume simplement le sentiment que j'ai eu face à deux interlocuteurs, d'une surprenante agressivité, qui semblaient se méfier de cette sale race, celle des scribouillards.
"Euh, monsieur, je bosse pas chez Charlie Hebdo non plus, hein", ai-je fini par rétorquer à l'une de ces personnes.
"Heureusement pour vous, vous auriez chaud ce matin" m'a-t-il répondu. Ah, il est remonté d'un cran dans mon estime, celui-là. Avant de m'expliquer que la rédaction avait brûlé. Euh, mais ça, je le sais, monsieur, je sais bien que j'ai l'air tellement à fond dans le secteur qu'on pourrait imaginer que je ne vis que pour ça, mais non, en vrai, j'ai aussi d'autres passions. Et parfois, je fais autre chose que bosser.
Ah, ah.
Enfin là, ce n'était pas flagrant, certes. En gros, je n'ai pas vu le jour. J'imagine même mes retrouvailles avec Loulou, que je n'aurais pas vu depuis dix jours, mardi prochain:
"Bonjour mon chéri, comment tu t'appelles? Moi, c'est maman."
La classe.
Petit moment de solitude, aussi, quand, vers 16h, répondant à l'appel désespéré de mon estomac, j'ai fini par dégainer la banane prise au petit déj, pour la manger vite fait dans la réserve, assise sur des cartons. Gros éclats de rire nerveux entre collègues, ensuite, au souvenir de nos impressions de la journée. Moments de complicité, au delà de la fatigue, qui font du bien. Inquiétudes à l'annonce de l'alerte rouge météo, nous laissant imaginer que l'avion du retour ne décollerait pas et que nous resterions bloqués dans ce Sud balayé par les vents, ravagé par les orages et la pluie.Inquiétudes renforcées à la vue de ces panneaux publicitaires descellés sur le trottoir ou ce vélo échoué en plein milieu de l'autoroute.
Soulagement, surtout, de rentrer à la maison. Et de réaliser que finalement, ma vie n'a pas tellement changé. C'est toujours du grand n'importe quoi, et finalement, ça me va bien ainsi.
Je ne savais pas encore à quel point cela allait s'avérer fatigant et... rassurant. Je vous explique.
Avec un petit retour en arrière.
Mardi, donc, je dois écourter une fin de week-end prolongé sous le signe de l'été indien (et de l'amoooouuuur. Miss Guimauve, sors de ce corps) pour m'envoler, direction Montpellier. Oui, exactement là où un déluge a déjà eu lieu et où un autre est annoncé. Dans l'avion, on discute avec ma collègue (et, ô chance, elle est extra) et puis, soudain, je sais pas, un léger blanc. Nous sommes en train d'atterrir, le monsieur l'a annoncé dans le micro, le train d'atterrissage est en route et ça fait vrouuuuuum... et puis ça fait oups, bloup, bom, bam boum dans nos estomacs et dans nos têtes et nous remontons là haut dans les nuages.
En bas, un violent orage a éclaté et donc, ben, c'est un peu mort pour y aller, là, maintenant. Je vous passe le tour de manège gratuit au dessus de la ville pendant une plombe, on est tous ressortis avec l'impression d'être passés dans la machine à laver, essorage 1200 tours. Oups.
Après, je ne sais plus trop. Gros noeud à l'estomac, nuit agitée à me tordre les boyaux sous le coup du stress. Puis tourbillon, impression de me mettre en mode automatique, nous avions dix mille trucs à faire à la minute et si je vous dis que je ne connaissais absolument rien du secteur il y a trois semaines de cela, vous comprendrez un peu la complexité pour mes neurones d'enregistrer toutes les informations en deux temps, trois mouvements.
Là, je me suis découvert quelques talents de bluffeuse, j'ai fait genre, ah, mais oui, bien sûr, lorsqu'un exposant m'a parlé des dernières avancées technologiques de sa machine ou de l'intérêt de répondre à la norme XX000KLF au plus vite.
Tu penses, je suis née là-dedans. Hum.
OK, j'ai un peu fait mon escroc de base, j'imagine mais ça m'a permis de retrouver les automatismes de mon métier d'avant. Et je me suis dit que peut-être, en fait, j'étais encore journaliste. Ou je le redevenais. Ce qui, en soi, n'est pas un exploit, on est d'accord. C'est juste que j'avais de sérieux doutes sur la question, depuis le temps que j'étais sortie de ce domaine. Mais en fait, quand on cherche la petite bête un jour, on cherche la petite bête toujours, je suppose. Formule à la noix, j'en conviens, mais qui résume simplement le sentiment que j'ai eu face à deux interlocuteurs, d'une surprenante agressivité, qui semblaient se méfier de cette sale race, celle des scribouillards.
"Euh, monsieur, je bosse pas chez Charlie Hebdo non plus, hein", ai-je fini par rétorquer à l'une de ces personnes.
"Heureusement pour vous, vous auriez chaud ce matin" m'a-t-il répondu. Ah, il est remonté d'un cran dans mon estime, celui-là. Avant de m'expliquer que la rédaction avait brûlé. Euh, mais ça, je le sais, monsieur, je sais bien que j'ai l'air tellement à fond dans le secteur qu'on pourrait imaginer que je ne vis que pour ça, mais non, en vrai, j'ai aussi d'autres passions. Et parfois, je fais autre chose que bosser.
Ah, ah.
Enfin là, ce n'était pas flagrant, certes. En gros, je n'ai pas vu le jour. J'imagine même mes retrouvailles avec Loulou, que je n'aurais pas vu depuis dix jours, mardi prochain:
"Bonjour mon chéri, comment tu t'appelles? Moi, c'est maman."
La classe.
Petit moment de solitude, aussi, quand, vers 16h, répondant à l'appel désespéré de mon estomac, j'ai fini par dégainer la banane prise au petit déj, pour la manger vite fait dans la réserve, assise sur des cartons. Gros éclats de rire nerveux entre collègues, ensuite, au souvenir de nos impressions de la journée. Moments de complicité, au delà de la fatigue, qui font du bien. Inquiétudes à l'annonce de l'alerte rouge météo, nous laissant imaginer que l'avion du retour ne décollerait pas et que nous resterions bloqués dans ce Sud balayé par les vents, ravagé par les orages et la pluie.Inquiétudes renforcées à la vue de ces panneaux publicitaires descellés sur le trottoir ou ce vélo échoué en plein milieu de l'autoroute.
Soulagement, surtout, de rentrer à la maison. Et de réaliser que finalement, ma vie n'a pas tellement changé. C'est toujours du grand n'importe quoi, et finalement, ça me va bien ainsi.
lundi 31 octobre 2011
Cet autre cocon
11h du matin. Une tasse de thé fumante à la main, les yeux rivés sur l'écran de l'ordinateur, la douce lumière du soleil qui balaie la pièce... Le voisin fait des travaux, comme d'habitude, le bébé qui pleure tout le temps pleure encore, comme d'habitude, le ronron d'une machine à laver se fait entendre au loin, comme d'habitude...
Assise sur mon canapé, je suis un instant envahie par une drôle de sensation, une bouffée de nostalgie, presque.
Voilà deux semaines que je n'avais plus connu ce moment de quiétude, malgré ces petits bruits auxquels je suis désormais familiarisée. Voilà deux semaines que je n'avais plus ressenti la douceur du cocon.
Aujourd'hui, je suis chez moi mais je ne travaille pas, je dois encore arriver à m'enlever cette idée de la tête. Quand tu es chez toi, ma fille, tu es en repos. Oui. Parce que demain, je retourne au turbin. Oui, un jour férié. Mais c'est exceptionnel, je ne suis pas exploitée par une sombre société.
J'ai l'impression d'être rentrée dans une sorte de tourbillon et cette petite accalmie, ce week-end placé sous le signe de la fête, qui plus est (Loulou fêtait ses 8 ans) m'a permis de me poser un peu, de poser mes pensées et d'envisager l'avenir comme il se doit. Sereinement.
Ma première semaine au travail a ressemblé à une sorte de trou béant, avec cette impression de ne pas voir le jour et d'être complètement perdue. Retrouver les automatismes, tant dans les méthodes de travail que dans l'organisation quotidienne - plus cadrée qu'auparavant, hum - mais surtout, en finir avec mon ancienne vie et rendre une mission qui m'a pris mes soirées et le week-end... forcément, tout ça m'a laissé sur les rotules. Et puis la deuxième semaine est venue, avec l'impression, soudain, qu'on me retirait le bandeau que j'avais sur les yeux et que je pouvais enfin entrevoir, puis voir, imaginer, même ce que j'allais désormais vivre.
J'ai de la chance, le boulot me plaît, les collègues aussi et doucement, je me fonds dans ce nouveau rythme en songeant avec soulagement à ce que j'ai laissé derrière. Et paradoxalement, ces derniers mois me portent, car ils m'ont sacrément endurcie.
Alors oui, aujourd'hui, je lève les yeux et regarde avec une lueur d'envie le ciel bleu devant moi, parce que j'aimerais bien sortir et en profiter un peu. Et je sais que si je finis par céder à cette envie, les conséquences seront minimes. Au pire, ma maison ne sera pas nickel et ce sera le foutoir dans mon armoire. Au pire.
Fini le temps où je pouvais choyer mon home sweet home à défaut de mieux. Le mieux est l'ennemi du bien, je me contenterai de me faire du bien, sans culpabiliser, sans penser que ces heures passées à m'amuser, à vivre et à souffler me coûteront. Je m'attache maintenant à l'assurance du lendemain et tant pis si ma pseudo-liberté en prend un coup. L'autre liberté, celle que je m'étais créée, avait aussi un sacré coût.
Assise sur mon canapé, je suis un instant envahie par une drôle de sensation, une bouffée de nostalgie, presque.
Voilà deux semaines que je n'avais plus connu ce moment de quiétude, malgré ces petits bruits auxquels je suis désormais familiarisée. Voilà deux semaines que je n'avais plus ressenti la douceur du cocon.
Aujourd'hui, je suis chez moi mais je ne travaille pas, je dois encore arriver à m'enlever cette idée de la tête. Quand tu es chez toi, ma fille, tu es en repos. Oui. Parce que demain, je retourne au turbin. Oui, un jour férié. Mais c'est exceptionnel, je ne suis pas exploitée par une sombre société.
J'ai l'impression d'être rentrée dans une sorte de tourbillon et cette petite accalmie, ce week-end placé sous le signe de la fête, qui plus est (Loulou fêtait ses 8 ans) m'a permis de me poser un peu, de poser mes pensées et d'envisager l'avenir comme il se doit. Sereinement.
Ma première semaine au travail a ressemblé à une sorte de trou béant, avec cette impression de ne pas voir le jour et d'être complètement perdue. Retrouver les automatismes, tant dans les méthodes de travail que dans l'organisation quotidienne - plus cadrée qu'auparavant, hum - mais surtout, en finir avec mon ancienne vie et rendre une mission qui m'a pris mes soirées et le week-end... forcément, tout ça m'a laissé sur les rotules. Et puis la deuxième semaine est venue, avec l'impression, soudain, qu'on me retirait le bandeau que j'avais sur les yeux et que je pouvais enfin entrevoir, puis voir, imaginer, même ce que j'allais désormais vivre.
J'ai de la chance, le boulot me plaît, les collègues aussi et doucement, je me fonds dans ce nouveau rythme en songeant avec soulagement à ce que j'ai laissé derrière. Et paradoxalement, ces derniers mois me portent, car ils m'ont sacrément endurcie.
Alors oui, aujourd'hui, je lève les yeux et regarde avec une lueur d'envie le ciel bleu devant moi, parce que j'aimerais bien sortir et en profiter un peu. Et je sais que si je finis par céder à cette envie, les conséquences seront minimes. Au pire, ma maison ne sera pas nickel et ce sera le foutoir dans mon armoire. Au pire.
Fini le temps où je pouvais choyer mon home sweet home à défaut de mieux. Le mieux est l'ennemi du bien, je me contenterai de me faire du bien, sans culpabiliser, sans penser que ces heures passées à m'amuser, à vivre et à souffler me coûteront. Je m'attache maintenant à l'assurance du lendemain et tant pis si ma pseudo-liberté en prend un coup. L'autre liberté, celle que je m'étais créée, avait aussi un sacré coût.
lundi 17 octobre 2011
Même pas peur
L'autre nuit, j'ai fait un drôle de rêve où tout s'emmêlait, les gens, les choses, les situations et puis, soudainement, je me retrouvais dans l'océan, à nager auprès de mon fils, de ma nièce, de mes parents et de mon homme. Je disais à ma nièce de faire attention, il y avait un gros rocher, nous devions reprendre le large. Le danger écarté, je me sentais de nouveau remplie de cette plénitude incroyable, au milieu de l'eau claire...
Forcément, hier, lorsque j'ai vu la beauté et le calme de la mer, sur une plage pornicaise, mon sang n'a fait qu'un tour. J'ai hésité, parce qu'il nous manquait pas mal d'affaires pour nous baigner (l'essentiel, en gros, une serviette étant toujours utile à la sortie du bain, d'autant plus lorsque la température de l'eau flirte avec les 15°).
Oui, j'ai hésité et puis j'ai songé à ce rêve, au bien-être dont je m'étais sentie enveloppée et j'ai pensé aussi, que je goûtais là mes derniers jours de "liberté." Alors, comme pour le dernier jour des vacances, où l'on voit tout au ralenti, déjà gagné par la nostalgie alors que les valises ne sont même pas terminées, j'ai plongé dans l'eau, j'ai fermé les yeux et senti le froid de l'eau sur ma peau. Mais surtout cet instant fugace, celui de la félicité.
Incroyable sensation.
Être passée par toutes ces étapes, ces derniers mois, ces dernières années pourrais-je même écrire, m'a apportée plus que je ne l'aurais jamais imaginé. Oh, j'en ai pris des claques. Oh, mon estime de moi, déjà pas bien fameuse, n'a pas été épargnée. Oh, j'ai vécu de vrais moments de solitude.
Raison de plus pour savourer ce qui s'offre à moi aujourd'hui.
Demain, c'est la rentrée, le début d'une nouvelle vie, avec ce travail que j'ai tant désiré, qui me motive vraiment et qui va m'ouvrir de nouveaux horizons.
Et m'en fermer d'autres. Eh oui, on ne peut pas tout avoir. A 37 ans, je vais découvrir pour la première fois les joies des horaires. Mais surtout, je vais devoir renoncer à...
- Mes journées pyjama
- Aller courir, sur un coup de tête, juste pour me libérer l'esprit et profiter des rayons du soleil
- Prendre des rendez-vous et passer bien avant tout le monde, même chez l'ophtalmo, au simple fait que je suis disponible n'importe quand
- Vider des litres de thé, assise sur mon canapé, l'ordi sur les genoux et le plaid sur les jambes
- Faire mon ménage à 10h58 si ça me chante
- Préparer le dîner à 15h27 pour prendre de l'avance
- Enfourcher mon vélo, faire mes trois courses et revenir tranquillement, en faisant un petit détour, le temps de bouquiner sur un bout d'herbe
- M'allonger sur ma chilienne, une tasse de café à la main sur ma terrasse ensoleillée
- Amener tous les matins mon loulou à l'école, à pied, et arriver à l'arrache systématiquement
- Aller chercher mon loulou à la sortie de l'école
- Boire un verre en terrasse avec les copines le vendredi après-midi, juste parce que c'est bientôt le week-end
- Accompagner Loulou à toutes les sorties scolaires
- Partir le mercredi à La Baule avec Loulou juste comme ça
- Faire ma sacro-sainte sieste
Eh oui, vu comme ça, j'aurais de quoi m'inquiéter, imaginez-vous. Sauf que, si je suis honnête et lucide, ces moments-là, qui ont existé, ne pouvaient masquer, au fil des jours qui passaient, l'angoisse qui me tenaillait, consciente que je me dirigeais tout droit vers le monde des fantômes, peuplé de ces gens qui ont finalement tout loisir de profiter de la vie - au moins, ils ont le temps - mais aucun moyen ni plus aucune envie pour assouvir toutes leurs envies.
Alors, certes, je vais devoir jongler et m'imposer une discipline de fer pour être rapidement au point dans cette nouvelle vie, mais au moins les moments off seront-ils vraiment des moments off. Comme tout le monde, quand le vendredi soir arrivera, j'en aurai plein les pattes et envie de couper, de souffler, de vivre.
Vivre. Un concept que l'on n'a pas tout le temps d'appliquer avec un travail régulier.
Au moins je n'aurai plus à envoyer bouler les milliards de représentants qui sonnent à ta porte/appellent quinze mille par jour/te vendent une maison, un abonnement, des skis ou des pommes. Au moins, je ne pesterai plus contre ces scrogneugneu de voisins qui font des travaux alors que tu essaies de traduire du syndicaliste.
Tiens, au moins, je n'aurai plus à retranscrire du syndicaliste.
Je crois que je n'ai jamais été aussi contente de ressembler à tout le monde.
Forcément, hier, lorsque j'ai vu la beauté et le calme de la mer, sur une plage pornicaise, mon sang n'a fait qu'un tour. J'ai hésité, parce qu'il nous manquait pas mal d'affaires pour nous baigner (l'essentiel, en gros, une serviette étant toujours utile à la sortie du bain, d'autant plus lorsque la température de l'eau flirte avec les 15°).
Oui, j'ai hésité et puis j'ai songé à ce rêve, au bien-être dont je m'étais sentie enveloppée et j'ai pensé aussi, que je goûtais là mes derniers jours de "liberté." Alors, comme pour le dernier jour des vacances, où l'on voit tout au ralenti, déjà gagné par la nostalgie alors que les valises ne sont même pas terminées, j'ai plongé dans l'eau, j'ai fermé les yeux et senti le froid de l'eau sur ma peau. Mais surtout cet instant fugace, celui de la félicité.
Incroyable sensation.
Être passée par toutes ces étapes, ces derniers mois, ces dernières années pourrais-je même écrire, m'a apportée plus que je ne l'aurais jamais imaginé. Oh, j'en ai pris des claques. Oh, mon estime de moi, déjà pas bien fameuse, n'a pas été épargnée. Oh, j'ai vécu de vrais moments de solitude.
Raison de plus pour savourer ce qui s'offre à moi aujourd'hui.
Demain, c'est la rentrée, le début d'une nouvelle vie, avec ce travail que j'ai tant désiré, qui me motive vraiment et qui va m'ouvrir de nouveaux horizons.
Et m'en fermer d'autres. Eh oui, on ne peut pas tout avoir. A 37 ans, je vais découvrir pour la première fois les joies des horaires. Mais surtout, je vais devoir renoncer à...
- Mes journées pyjama
- Aller courir, sur un coup de tête, juste pour me libérer l'esprit et profiter des rayons du soleil
- Prendre des rendez-vous et passer bien avant tout le monde, même chez l'ophtalmo, au simple fait que je suis disponible n'importe quand
- Vider des litres de thé, assise sur mon canapé, l'ordi sur les genoux et le plaid sur les jambes
- Faire mon ménage à 10h58 si ça me chante
- Préparer le dîner à 15h27 pour prendre de l'avance
- Enfourcher mon vélo, faire mes trois courses et revenir tranquillement, en faisant un petit détour, le temps de bouquiner sur un bout d'herbe
- M'allonger sur ma chilienne, une tasse de café à la main sur ma terrasse ensoleillée
- Amener tous les matins mon loulou à l'école, à pied, et arriver à l'arrache systématiquement
- Aller chercher mon loulou à la sortie de l'école
- Boire un verre en terrasse avec les copines le vendredi après-midi, juste parce que c'est bientôt le week-end
- Accompagner Loulou à toutes les sorties scolaires
- Partir le mercredi à La Baule avec Loulou juste comme ça
- Faire ma sacro-sainte sieste
Eh oui, vu comme ça, j'aurais de quoi m'inquiéter, imaginez-vous. Sauf que, si je suis honnête et lucide, ces moments-là, qui ont existé, ne pouvaient masquer, au fil des jours qui passaient, l'angoisse qui me tenaillait, consciente que je me dirigeais tout droit vers le monde des fantômes, peuplé de ces gens qui ont finalement tout loisir de profiter de la vie - au moins, ils ont le temps - mais aucun moyen ni plus aucune envie pour assouvir toutes leurs envies.
Alors, certes, je vais devoir jongler et m'imposer une discipline de fer pour être rapidement au point dans cette nouvelle vie, mais au moins les moments off seront-ils vraiment des moments off. Comme tout le monde, quand le vendredi soir arrivera, j'en aurai plein les pattes et envie de couper, de souffler, de vivre.
Vivre. Un concept que l'on n'a pas tout le temps d'appliquer avec un travail régulier.
Au moins je n'aurai plus à envoyer bouler les milliards de représentants qui sonnent à ta porte/appellent quinze mille par jour/te vendent une maison, un abonnement, des skis ou des pommes. Au moins, je ne pesterai plus contre ces scrogneugneu de voisins qui font des travaux alors que tu essaies de traduire du syndicaliste.
Tiens, au moins, je n'aurai plus à retranscrire du syndicaliste.
Je crois que je n'ai jamais été aussi contente de ressembler à tout le monde.
jeudi 13 octobre 2011
La surface de l'eau
Une vilaine peau, reflet de mon stress, l'impression d'être un paquet de nerfs sur pattes, des fringues qui ne vont pas, mais pas du tout ensemble et le sac-poubelle qui déverse son odorant contenu dans le couloir...
C'était pas gagné, ce matin.
Pourtant, je sentais en moi brûler la flamme. Celle de l'espoir, du renouveau, de l'envie, toussa. Que des choses positives. En ramassant avec mes mains, récemment brûlées par du destop (j'ai une viiiiie, je vous jure...), les feuilles de thé répandues sur tout le carrelage, j'ai eu comme un doute. Et puis, allez, j'allais jouer ma carte. Après, ça ne dépendrait plus de moi.
Voilà un an, à quelques jours près, que j'ai décidé de me remettre en mouvement sérieusement, en déménageant à Nantes. J'y ai retrouvé, comme je l'espérais, l'apaisement qui me manquait tant, des racines plus profondes que je ne l'imaginais et, globalement, ma joie de vivre. Oh, des doutes, il y en a eu, beaucoup. De cette envie d'indépendance qui me tenaillait, je suis repassée à celle d'un cadre plus structuré, plus rassurant évidemment.
Ceux qui m'ont suivie ici pourront penser que je renie ainsi toutes mes prises de risque pour revenir dans un conformisme certain. Peu importe, la décision était mûrie, je ne voulais plus bricoler. Je voulais redonner du sens à ma vie pro, la teinter d'ambition. La saltimbanque a vécu, je crois...
Donc, avec mon sopalin dans les mains, je songeais ce matin qu'il suffirait d'un entretien pour que tout bascule. Pour ne plus attendre d'aléatoires missions, pour ne plus calculer que 0+0 font bien 0, pour ne plus hésiter lorsque l'on me demandait ma profession. Pour ne plus me sentir en marge. Pour donner un sens à ma vie professionnelle. Pour avoir une vie sociale et ne plus maudire le bébé qui, dans un appartement voisin, ne cesse de pleurer, pendant que j'essaie de travailler.
Entre autres.
Je songeais à ce poste qui, non seulement arrivait à point, mais surtout, n'avait rien d'alimentaire. Car, petite cerise sur le gâteau, non seulement, il ne s'agissait pas de faire le larbin, mais en outre, le job promettait challenge et adrénaline, découverte de terrains nouveaux et travail en équipe...
Là, je me suis redressée. Le sol était propre et j'ai eu envie de me pincer pour y croire (pas à mon sens inné du ménage. A l'opportunité de ce job. Vous suivez, ou bien?).
Ensuite, tout s'est passé très vite. J'avais le trac, oui, mais je me suis sentie à l'aise d'emblée. Et puis le boss a abrégé l'entretien. J'entendais déjà le fameux "on vous rappellera", quand il m'a signifié qu'ici, on se tutoyait. Et que si je pouvais être sur le pont lundi, eh bien, ce serait parfait.
Là, j'ai bien pensé à me pincer de nouveau mais j'ai opté pour le stoïcisme. Enfin, presque. J'ai senti le rouge me monter aux joues. Je l'aurais bien pris dans mes bras, mais j'ai songé que ce n'était guère de circonstance. Je crois que je mûris, y'a pas à dire.
Voilà. Il y a trois ans, en octobre 2008, je fermais un pan de ma vie. Et me voilà, après une longue traversée peuplée de rencontres particulières, d'horizons nouveaux, d'apprentissages parfois cruels, parfois extraordinaires, à en ouvrir un autre.
Oh, il y aura d'autres obstacles, d'autres états d'âme, des jours de moins-bien, forcément. Mais là, j'ai juste envie de savourer le moment. De penser à tout ce qui va changer. J'ai l'impression d'atteindre la surface de l'eau après une longue, très longue plongée et de reprendre, enfin, une sacrée bouffée d'oxygène.
Je suis heureuse, tout simplement.
C'était pas gagné, ce matin.
Pourtant, je sentais en moi brûler la flamme. Celle de l'espoir, du renouveau, de l'envie, toussa. Que des choses positives. En ramassant avec mes mains, récemment brûlées par du destop (j'ai une viiiiie, je vous jure...), les feuilles de thé répandues sur tout le carrelage, j'ai eu comme un doute. Et puis, allez, j'allais jouer ma carte. Après, ça ne dépendrait plus de moi.
Voilà un an, à quelques jours près, que j'ai décidé de me remettre en mouvement sérieusement, en déménageant à Nantes. J'y ai retrouvé, comme je l'espérais, l'apaisement qui me manquait tant, des racines plus profondes que je ne l'imaginais et, globalement, ma joie de vivre. Oh, des doutes, il y en a eu, beaucoup. De cette envie d'indépendance qui me tenaillait, je suis repassée à celle d'un cadre plus structuré, plus rassurant évidemment.
Ceux qui m'ont suivie ici pourront penser que je renie ainsi toutes mes prises de risque pour revenir dans un conformisme certain. Peu importe, la décision était mûrie, je ne voulais plus bricoler. Je voulais redonner du sens à ma vie pro, la teinter d'ambition. La saltimbanque a vécu, je crois...
Donc, avec mon sopalin dans les mains, je songeais ce matin qu'il suffirait d'un entretien pour que tout bascule. Pour ne plus attendre d'aléatoires missions, pour ne plus calculer que 0+0 font bien 0, pour ne plus hésiter lorsque l'on me demandait ma profession. Pour ne plus me sentir en marge. Pour donner un sens à ma vie professionnelle. Pour avoir une vie sociale et ne plus maudire le bébé qui, dans un appartement voisin, ne cesse de pleurer, pendant que j'essaie de travailler.
Entre autres.
Je songeais à ce poste qui, non seulement arrivait à point, mais surtout, n'avait rien d'alimentaire. Car, petite cerise sur le gâteau, non seulement, il ne s'agissait pas de faire le larbin, mais en outre, le job promettait challenge et adrénaline, découverte de terrains nouveaux et travail en équipe...
Là, je me suis redressée. Le sol était propre et j'ai eu envie de me pincer pour y croire (pas à mon sens inné du ménage. A l'opportunité de ce job. Vous suivez, ou bien?).
Ensuite, tout s'est passé très vite. J'avais le trac, oui, mais je me suis sentie à l'aise d'emblée. Et puis le boss a abrégé l'entretien. J'entendais déjà le fameux "on vous rappellera", quand il m'a signifié qu'ici, on se tutoyait. Et que si je pouvais être sur le pont lundi, eh bien, ce serait parfait.
Là, j'ai bien pensé à me pincer de nouveau mais j'ai opté pour le stoïcisme. Enfin, presque. J'ai senti le rouge me monter aux joues. Je l'aurais bien pris dans mes bras, mais j'ai songé que ce n'était guère de circonstance. Je crois que je mûris, y'a pas à dire.
Voilà. Il y a trois ans, en octobre 2008, je fermais un pan de ma vie. Et me voilà, après une longue traversée peuplée de rencontres particulières, d'horizons nouveaux, d'apprentissages parfois cruels, parfois extraordinaires, à en ouvrir un autre.
Oh, il y aura d'autres obstacles, d'autres états d'âme, des jours de moins-bien, forcément. Mais là, j'ai juste envie de savourer le moment. De penser à tout ce qui va changer. J'ai l'impression d'atteindre la surface de l'eau après une longue, très longue plongée et de reprendre, enfin, une sacrée bouffée d'oxygène.
Je suis heureuse, tout simplement.
lundi 10 octobre 2011
De l'autre côté de la barrière
Je n'écris plus ici, je m'en veux un peu mais il est des moments, entre deux, où mieux vaut s'abstenir.
Oh, je vous rassure, tout va bien, j'aurais plein de choses à vous raconter sur ce monde parallèle, qui grossit, qui grossit, habité par une drôle de race, qui grossit, qui grossit, cette dimension qui menace de toucher la patrie entière... (ça y est, vous avez peur?)... Oui, je parle de la précarité et de ses petits, les pauvres, dans le sens littéral du terme. Les pauvres, les démunis, vous savez, qui trompent un peu leurs ennemis, maintenant, en plus. Parce que les pauvres n'ont plus forcément le cheveu filasse, ne sont plus forcément vêtus de haillons, seulement de fringues que l'on appellera vintage (aux yeux de la fashion addicted que je fus, dans un temps autre) parce que dégotés voilà une, deux, voire, ouh la la, trois saisons, du temps où faire les boutiques restait une activité autorisée et possible, sans craindre derrière de quelconques représailles.
Une seule chose demeure: le regard de l'autre. Son effroi, comme si la pauvreté était contagieuse.
Je ne vous la fais pas Cosette, je vous rassure. Je pourrais aussi vous parler du traitement que l'on réserve à ces gens "sortis de l'emploi" depuis belle lurette, à ces mines défaites, à ces regards las et ces épaules tombantes, ces silhouettes que l'on croise au détour d'un rendez-vous censé nous stimuler, nous remettre d'aplomb... Peut-être y a-t-il un rapport avec ce fameux regard effrayé, tiens. Allez savoir.
Je pourrais évoquer ces BD qui fleurissent sur le thème de l'emploi en France aujourd'hui, comme ce Working Jeanne dont je me suis délecté, hier soir, lovée sur une banquette, bien au chaud en ce dimanche soir.
Je pourrais...
Mais je suis entre-deux. Je me garde bien de toute explication pour le moment, peut-être par superstition, que sais-je, sans doute par volonté de ne pas connaître trop de désillusion, surtout. Simplement, j'aimerais vous parler de tout ça autrement, lorsque je serai vraiment de l'autre côté de la barrière.
Avec le recul, c'est toujours tellement plus facile.
Oh, je vous rassure, tout va bien, j'aurais plein de choses à vous raconter sur ce monde parallèle, qui grossit, qui grossit, habité par une drôle de race, qui grossit, qui grossit, cette dimension qui menace de toucher la patrie entière... (ça y est, vous avez peur?)... Oui, je parle de la précarité et de ses petits, les pauvres, dans le sens littéral du terme. Les pauvres, les démunis, vous savez, qui trompent un peu leurs ennemis, maintenant, en plus. Parce que les pauvres n'ont plus forcément le cheveu filasse, ne sont plus forcément vêtus de haillons, seulement de fringues que l'on appellera vintage (aux yeux de la fashion addicted que je fus, dans un temps autre) parce que dégotés voilà une, deux, voire, ouh la la, trois saisons, du temps où faire les boutiques restait une activité autorisée et possible, sans craindre derrière de quelconques représailles.
Une seule chose demeure: le regard de l'autre. Son effroi, comme si la pauvreté était contagieuse.
Je ne vous la fais pas Cosette, je vous rassure. Je pourrais aussi vous parler du traitement que l'on réserve à ces gens "sortis de l'emploi" depuis belle lurette, à ces mines défaites, à ces regards las et ces épaules tombantes, ces silhouettes que l'on croise au détour d'un rendez-vous censé nous stimuler, nous remettre d'aplomb... Peut-être y a-t-il un rapport avec ce fameux regard effrayé, tiens. Allez savoir.
Je pourrais évoquer ces BD qui fleurissent sur le thème de l'emploi en France aujourd'hui, comme ce Working Jeanne dont je me suis délecté, hier soir, lovée sur une banquette, bien au chaud en ce dimanche soir.
Je pourrais...
Mais je suis entre-deux. Je me garde bien de toute explication pour le moment, peut-être par superstition, que sais-je, sans doute par volonté de ne pas connaître trop de désillusion, surtout. Simplement, j'aimerais vous parler de tout ça autrement, lorsque je serai vraiment de l'autre côté de la barrière.
Avec le recul, c'est toujours tellement plus facile.
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