dimanche 10 mai 2026

De l'infiniment petit

C'est par une vibration très particulière qu'a démarré le chemin ce matin. Franck, notre hôte à Cousou, nous a ouvert l'église - c'est lui qui a les clés - pour que nous y chantions "Ultreia!", un grand classique de Compostelle.

Dans ce cocon très chaleureux, nous avons donc entonné l'air, largement guidées par sa voix puissante, et c'est tout mon corps qui en a ressenti la force. 

Un corps que je remercie à chaque pas. Après les premiers jours où j'étais attentive à la moindre alerte, l'infime micro douleur ou le petit couac, je me sens plus relâchée, restant, certes, vigilante lorsqu'il s'agit de poser son pied sur des chemins très caillouteux, tout en ressentant un réel plaisir à enquiller les kilomètres, sans plus craindre le bobo rédhibitoire, comme cela avait été le cas il y a deux ans et demi.

J'appréhende assez différemment le chemin, d'ailleurs. La première fois, c'était la découverte, l'étonnement permanent et l'émerveillement continu. Cette fois, je continue d'avoir les yeux grand ouverts et de rester bluffée par le parcours ou les choix de vie de certains, pèlerins ou hébergeurs, mais tout ça me semble plus naturel, plus proche de mon propre ressenti.

Je me perds régulièrement dans mes pensées, au fil des kilomètres, et pourtant, je ne sais toujours pas ce que je suis véritablement venue chercher. J'ai juste envie d'éprouver les choses, je crois, sans chercher à tout contrôler. Ce qui viendra, viendra, mais pour l'instant, je m'attarde sur ce que d'aucuns considéreraient comme du détail, sans volonté de voir grand.



Tous les papillons bleus qui volent autour de nous et qui s'amusent avec nos bâtons ; ces grenouilles qui se planquent ou font les mortes en restant immobiles des minutes entières dans cette petite mare, en contrebas d'une autoroute; ces libellules qui illuminent ce point d'eau ; ces lézards qui se faufilent le long des murs en pierre séchée, ces moutons et leur agneau, ces ânes, ces chevaux qui, tous, semblent ignorer notre présence... Nous rappelant à quel point nous devons rester humbles, face à cette nature si vivace.

Nous sommes infiniment petits et s'en souvenir, c'est parfait pour que l'ego dégonfle et pour ouvrir son coeur chaque jour un peu plus.

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