vendredi 10 septembre 2010

Je reviens...

Oui, oui, je vais revenir. J'ai comme un truc qui me reste en travers de la gorge, là, et j'attends qu'il descende un peu. Une chose est sûre, ça concerne à la fois la vraie vie et ce blog, où quand la conjugaison des deux s'avère parfois un rien délicate...

Laissez-moi ce temps de digestion. Et n'oubliez pas de rire et de saupoudrer votre vie de quinzième degré, histoire de mieux faire passer les couacs. Personnellement, je m'en vais appliquer cette méthode et, c'est sûr, ça ira mieux demain. C'est tellement facile de faire son propre malheur, autant éviter cette tendance bien humaine... ;)

A très, très vite!

mercredi 8 septembre 2010

Le labyrinthe de ma vie

A l'heure où je vous écris, j'ai le dos en compote, les yeux qui piquent et la sensation d'avoir organisé un véritable labyrinthe dans mes murs, posant ça et là des cartons dans une anarchie la plus totale.

Oui, je sais, je ne déménage pas dans l'immédiat mais, que voulez-vous, l'idée de faire du tri me plaisait bien et puis, entre deux extras, j'anticipe l'éventuel appel pour une mission rédactionnelle de la mort-qui-tue, qui me permettrait de ramener quelques sous sur le compte, mais qui risquerait un rien de monopoliser mon attention.

Alors là, je me suis lancée dans un sacré ménage de printemps, comme jamais. D'ailleurs, j'ai l'impression qu'à ce rythme, mon prochain appart sera feng-shui. Si, si, zen et clair. Rien à voir avec le bordel (organisé) que je mets inlassablement dans tous les apparts que j'ai habités.

Est-ce la peur du vide? En tout cas, j'ai toujours collé des tonnes de bibelots (je déteste ce mot), d'objets de déco, de bouquins, de magazines chez moi. Et puis de la tasse, ah, ça, j'aurais pu ouvrir un salon de thé avec tous ces mugs (comment ça, c'était mon idée? Ah, ça doit venir de là, alors). Et de la vaisselle à ne plus savoir qu'en faire, des cadres - même pas accrochés - une collection de théières, des bouquins de cuisine qui s'entassent, des BD et des CD qui prennent la poussière, des bougeoirs, des milliers de crayons et une centaine de petits carnets de notes.

Je vais éviter l'auto-flagellation et passer sous silence le dressing monstrueux que j'ai cessé d'alimenter, peu ou prou, depuis quelques mois, celui de Loulou - dont je salue avec gratitude la croissance, me permettant de renouveler en permanence le stock de fringues. Ah, il y a ses jouets, aussi, et ses multiples cartes, môssieur étant un indécrottable collectionneur (je crains le pire pour son futur home sweet home. Va finir comme moi, lui, asphyxié par ses propres objets). Sans oublier les meubles.

Mon inconscient a dû me guider dans cette voie: boucher le moindre trou, le plus infime espace. Et après, je me plains de ne pas respirer... Éternelle contradiction. Pleine de résolutions, j'ai enfin fait le vide. Entre dons, ventes et impitoyable tri directement vers la poubelle, je me suis sentie soulagée.

Bon, après, il subsiste des choses dont vous ne savez que faire: ces photos de vos 25 ans, là, ça vaut vraiment le coup de les garder? On voit bien que j'allais avoir mal aux cheveux le lendemain. Et puis, ces quelques clichés monstrueux où je ris à gorge déployée, avec tous ces kilos en trop... Là, direct poubelle. A l'inverse, je conserve ces photos illustrant ma période d'anorexie. Je devrais être dégoûtée, mais même pas. J'ai plutôt de jolies jambes là-dessus, pour une fois. OK, ce n'était pas vraiment moi mais une jeune fille malade. Pourtant, j'en conserve un souvenir assez palpable. Et puis, quoi, je m'en suis sortie, alors... Question de narcissisme, je crois.

Et voilà comment vous vous retrouvez jusque tard la nuit à revivre quelques flashes de votre vie, dans un capharnaüm indescriptible, en prenant le temps de songer à ces multiples vies que vous avez connues. La différence, c'est que je vais cette fois me contenter de garder ces épisodes dans un coin de ma tête et laisser les souvenirs concrets à la place qui leur revient.

Inutile de s'encombrer davantage, les casseroles, c'est suffisamment lourd à traîner comme ça, pas vrai?

mardi 7 septembre 2010

Shiva, les grévistes et le gigolo

Jour de manif = jour festif.

Pour les restaurateurs, j'entends. La boss ayant eu le nez fin, elle s'était doutée que son lieu serait envahi par les grévistes, parce que c'est pas le tout de râler dans les rues, mais ça donne faim.

Avec Loulou (ben oui, pas d'école pour lui, et une possibilité de garde uniquement pour les enfants de parents qui... travaillent, j'adore), nous avons donc rejoint le cortège, et pour cause: leur itinéraire coïncidait exactement avec le nôtre. J'ai un peu regretté d'avoir oublié mon appareil photo parce que y'avait petits sketches de tous les côtés, slogans rigolos et bien trouvés et têtes de vainqueurs à tire-larigot. En revanche, pour l'éventuelle reconversion dans la chanson, c'est mort. Dans le genre casseroles, on a eu droit à quelques jolis spécimens.

A vrai dire, l'ambiance m'a semblé bon enfant, les sourires et les embrassades se multipliant, alors que machin retrouvait truc sur l'avenue et qu'ils trouvaient ça drôlement marrant, les uns et les autres, de se croiser dans un tel contexte, pendant que les mômes jouaient à la marelle improvisée. Je sais pas, moi, j'étais restée sur l'idée qu'une manifestation, c'était un rien violent, et que la grogne est telle, actuellement, qu'un lancer de pavés ne serait pas surprenant.

Non, tous ces grévistes voulaient avant tout montrer leur mécontentement, avec cette pointe de résignation qui fait craindre le pire pour le mouvement social. Mais je m'égare, je m'égare, je vous parlais donc de bouches à nourrir. Et là, autant vous dire que nous avons été gavées de clients. Un rien Shiva, nous en avons servi une quarantaine - à deux, je vous assure que c'est chaud - et refusé une bonne dizaine. Des gens plutôt de bonne humeur, qui avaient soif et qui m'ont rappelé la soirée coco dans ces mêmes lieux.

Cette sensation de miracle permanent ne me quitte décidément pas, à chacun de ces services de fous où on a l'impression qu'on n'arrivera jamais à aller prendre la commande de la table au bout, proposer les menus et le plat du jour de l'autre côté de la terrasse, ne pas oublier la carafe pour les trois arrivés en douce sans se présenter, servir les deux tablées de neuf simultanément, le tout en gardant le sourire et en restant présentable (hum). Et puis, voilà, ça arrive. On y parvient, grâce à ce mode automatique qui s'enclenche et qui nous libère l'esprit de toute pensée parasite.

Le petit shoot d'adrénaline passé, il ne reste plus qu'à ranger. Ah mais non, un couple s'est installé. Un type physiquement très intelligent et sa "moitié" qui ne semble d'ailleurs pas bien finie. Une idée traverse mon esprit, que je balaie dans la foulée, en me disant que je vois le mal partout. Une fois leur commande passée, ils s'échangent un regard, je le vois la fixer avec une lueur: "Tu paies, chérie, n'est-ce pas?"

Bingo, c'était bien ça. Un gigolo.

Je les sers et je reprends le grand nettoyage. Les tables sont recouvertes de tracts et un client s'est même amusé à coller des autocollants sur les sets en papier. Pas sûre que je vais me convertir aujourd'hui à la cause syndicale mais enfin, je leur suis reconnaissante de défendre notre cause. Parce que j'avoue n'avoir plus manifesté depuis mes années lycée (et encore). Et que relever le challenge du gréviste affamé me met de bonne humeur, moi aussi.

Comme une parenthèse avant le retour à la vie normale.

lundi 6 septembre 2010

Pas assez précaire, ma fille... Ou bien trop?

Dans la liste monstrueuse des tâches que j'ai dressée, histoire d'y voir clair dans le déménagement à venir, j'avais noté: Pôle Emploi.

J'étais un point d'interrogation ambulant, pour tout vous dire. Plein de questions à leur poser. Et puis, je me disais que les lundis à pôle Emploi, ça me manquait, ça faisait longtemps et y'avait peut-être moyen de rigoler.

Ben même pas, figurez-vous. La demoiselle qui m'a reçue à l'accueil n'était certes pas une foudre de guerre (mais gentille, rien à dire), mais son collègue, qui a pris le relais, a parfaitement répondu à mes interrogations.

Je répète: le conseiller Pôle Emploi qui m'a reçue a parfaitement répondu à mes interrogations.

Comme quoi, tout arrive.

Il a même admis la confusion qui régnait actuellement dès lors que l'on évoque les auto-entrepreneurs indemnisés et en l'écoutant, j'ai eu l'impression d'être sortie d'un sacré fourbi en me radiant voilà quelques mois.

Je n'irai pas jusqu'à dire que le moment était agréable, mais enfin, ce passage chez mes employeurs principaux s'avérait plutôt informatif. Et puis, à un moment donné, j'ai pensé qu'il était temps de me faire un peu mal : j'ai demandé la date exacte de ma fin de droit, le gros mot qui fait peur aux chômeurs longue durée. Le verdict est tombé : 22 décembre.

Joyeux Noël.

Je pensais naïvement qu'avec mes petits boulots, à droite à gauche, j'avais créé de nouveaux droits. Sauf qu'il faut avoir bossé quatre mois pour ce faire. Il me manque... 72 jours. Aïe.

Le conseiller a donc évoqué la suite, l'ASS, l'allocation de solidarité spécifique et là, ouh, j'ai senti la chute. Comme un uppercut. Je suis restée un peu sonnée, il a perçu le malaise, je crois, et j'ai réalisé à quel point on tombe vite dans la précarité. La grande précarité, même. 15 euros par jour, ça fait peur.

Vous me direz: t'as qu'à bosser, fainéasse! Ah ben oui, c'est une bonne idée, ça, et justement, toutes ces annonces qui exigent, je dis bien exigent, une éligibilité aux contrats d'aide à l'embauche, puis-je désormais y accéder? Le monsieur m'a guidée de nouveau vers la demoiselle à deux de tension, laquelle a vérifié. Eh bien non, je ne suis pas assez précaire, mes passages successifs dans diverses catégories de demandeurs d'emploi - en formation, en auto-entrepreneur- me privent de cette sorte de sésame.

Je n'ai même pas le droit de me faire exploiter tout à fait légalement par des employeurs qui ont trouvé le filon et jouent sur la misère et le désespoir grandissants. Dingue.

Trop précaire pour générer de nouveaux droits, pas assez pour accéder à certains postes... J'aime bien l'idée de ne pas rentrer dans les cases.

Mais enfin, le côté marginal, comment dire, ça va bien cinq minutes.

dimanche 5 septembre 2010

Songes orange

Lu dans le cahier de Loulou:

"Présentation:
Je m'appelle Cassandre B... , j'ai 6 ans. Je suis en CE1.
J'aime le football.
Je n'aime pas la violence.
Je rêve d'être un footballeur."

Lu dans ma tête:

"Je m'appelle la mouette, j'ai bientôt 36 ans, j'ai arrêté l'école voilà, hum, quelques années.
J'aime pas le football.
Je n'aime pas la violence.
Et pourtant, je rêverais d'un punching-ball, là, pour me défouler. Histoire d'évacuer ma frustration, après l'élimination des Bleus."

Voilà qu'elle nous recolle du basket, celle-là. Ça faisait longtemps. L'est pas folle, un peu ?

Non, suis pas folle (enfin, ceci est un autre débat), j'ai beau avoir pris de la distance avec ce monde, on n'efface pas de sa vie près de... 30 ans (!) d'amour pour la balle orange. Et je suis toujours enragée lorsque j'assiste à une telle déroute. Même s'il aurait fallu un exploit, même si le plus fort a triomphé, même si...

J'aimerais tellement que, dans leurs rêves les plus fous, les écoliers s'imaginent basketteurs. Et qu'ils l'écrivent, en s'appliquant, dans leur cahier, la langue relevée et la foi chevillée au corps.

jeudi 2 septembre 2010

Coup de vieux

Certains saluts sont discrets et timides, d'autres plus francs, plus cordiaux. Dans la cour d'école surpeuplée, chacun demande comment se sont passées les vacances, si le rejeton est content de retourner au charbon et si, quand même, c'est pas trop dur la reprise.

La routine.

Je tourne la tête à droite, à gauche, je reconnais la maman de machin et le papa de truc, celui qui s'obstine à ne pas dire bonjour et l'autre qui vous fixe carrément sans daigner baisser les yeux. Je me dis que rien n'a changé.

Enfin, presque. Intérieurement, je songe surtout que tout ça n'est que provisoire, temporaire, que dans deux mois, paf, changement de décor et roulez tambours! Loulou me regarde, interrogateur:

"Est-ce je pourrais dire à mes copains que je déménage?"

Oui, mon loulou, tu peux le dire, ce n'est plus un secret.

Libéré, il court en traînant son cartable vers ses complices. Et en oublie même de me dire au revoir.

Pff, la rentrée n'est plus ce qu'elle était. Même pas une larme.

mercredi 1 septembre 2010

La mouette nouvelle est arrivée

J'ai l'impression d'être sortie du brouillard.

A quoi ça tient? Je pensais qu'un job pourrait m'y aider. En fait, rien n'a changé, je reste toujours dans l'incertitude. Aucun grand journal, va savoir pourquoi, ne s'est prosterné devant moi pour que je daigne rejoindre sa rédaction. J'ai bien reçu une lettre du magazine ELLE... entendez de son service abonnement. Comment cela pourrait-il en être autrement?

Je n'ai dégoté aucune mission payée au lance-pierre ni de contrat d'aide à l'embauche à 6 euros de l'heure. Mince alors.

Et pourtant, le jour s'est levé.

Lundi, j'ai visité l'appartement que j'espérais tellement avenant, lumineux, grand. Il l'était. Banco, j'ai dit, balayant d'un mot toutes les interrogations passées.

A cet instant, j'ai pensé à ma copine Jol qui, l'une des premières, m'avait encouragée à retourner aux sources, là où je me sens bien, libre et apaisée. Je me suis dit qu'elle avait eu bien raison de me bousculer un peu, moi qui tournais en rond ici. Que, finalement, ce n'était pas si compliqué, si l'on passe les quelques accrochages téléphoniques, les découragements perpétuels, les remontrances familiales ou amicales, parfois... Une somme de petits obstacles qui m'auront permis de mûrir le projet et de comprendre que l'erreur aurait simplement été de rester sans bouger.

Lorsque je suis allée chez la propriétaire des lieux, le lendemain, elle m'a demandé si j'étais toujours d'accord pour signer le bail. Et comment! Déjà, je me projetais dans cette nouvelle vie, j'avais listé tous les impondérables d'un déménagement, envoyé mon préavis... Je n'ai pas eu à mentir, je suis tombée sur une personne rare, confiante, qui n'a exigé aucune feuille de salaire, mais une "simple" garantie. A bientôt 36 ans, j'aurais pu rager, intérieurement, d'avoir encore à demander à pôpa-môman de me cautionner mais enfin, soyons réaliste, j'ai juste à me souvenir des appels désespérants avec des bailleurs sociaux, des agences méprisantes ou des proprios mal léchés pour mesurer ma chance, aujourd'hui.

Je peux démarrer une nouvelle vie. Avec, forcément, le risque que cela engendre, quitter les repères que j'ai ici, la micro-opportunité de me déguiser avec une charlotte, de temps à autre, voir moins souvent des amis etc etc. Comme dirait une mamie bien intentionnée, on ne fait pas d'omelette sans casser d'oeufs.

Oui, vous voyez, finalement, ma joie ne tient qu'à un banal déménagement. Rien de transcendant, j'imagine. Pourtant, j'ai l'impression d'avoir enfin franchi un cap, d'avoir atteint, aussi, l'un de mes objectifs.

Je me sentais blasée, depuis quelques temps, depuis cet enchaînement de déboires, de refus et de galères, comme si la chance m'avait quittée, comme si je n'étais là que pour en baver. Soudain, l'espoir renaît, la sensation, aussi, qu'en actionnant les bons boutons, ce que l'on projetait survient.

Loin d'être une finalité, ces retrouvailles nantaises constituent pour moi un nouveau départ, pour ouvrir ces horizons que je sentais tellement bouchés ici. Il sera toujours temps de décider ce que je fais de ma peau, une fois sur place. Oui, je sais, le temps, justement, est compté. Mais parfois, l'énergie peut décupler les forces.

C'est ce qui m'est venu à l'esprit, au lendemain de ma décision, sur une place de marché, dans la périphérie nantaise. Par hasard (?), à la faveur d'une dégustation de caramel, j'ai fait la connaissance d'une personne, qui m'a raconté ses débuts dans la vente ambulante, depuis un an, après près de vingt ans de salariat et un licenciement. On a discuté de tout et de rien, sans arrière-pensée.

Pourtant, en la quittant, j'avais le sourire aux lèvres. Elle venait d'ouvrir une brèche, sans le savoir: elle cherchait une personne pour lui fabriquer des macarons "à l'ancienne" (entendez pas fourrés comme les miamiam Ladurée) et trouvait intéressante l'idée de, pourquoi pas, travailler ensemble. Comme si tout ça était très naturel.

Oui, pourquoi pas.