mardi 2 juin 2015

Coup de sang

15 heures. Je suis en pleine révision et je commence à distinguer le mésocarpe de l'endocarpe (cherchez pas, c'est dans le grain de blé) lorsque mon téléphone sonne. C'est Loulou. Il exagère, il a encore dû louper son bus et veut que je vienne le chercher, j'imagine.
 
J'imagine mal.
 
"Allô, bonjour, vous êtes bien la maman de Cassandre?" me demande une jeune voix. "Vous pouvez venir, machin l'a étranglé."
 
On dit toujours qu'au crépuscule de sa vie, on voit défiler les images de son existence en accéléré. Eh bien, c'est un peu la sensation que j'ai eue, alors, associée à une violente montée sanguine.
 
Après, ça a été un peu le brouillard, jusqu'à arriver près du collège et apercevoir Loulou, pas en forme, mais debout. Le temps de croiser l'agresseur, aussi, qui a aussitôt pris ses jambes à son cou. Je vois pas comment il aurait pu s'acheter du courage en quelques minutes, en même temps.
 
Car figurez-vous que ce jeune être de 12 ans a attrapé mon fils par derrière et l'a étranglé avec son bras, "en serrant bien fort" a précisé Loulou. Le même sale gosse qui avait déjà demandé, voilà dix jours, à un camarade de mettre Loulou à terre, histoire d'être bien à l'aise pour le cogner à la tête.
 
Les sanctions? Quelles sanctions? Pour ce qu'il a appelé "un incident", le collège a donné des heures de colle au gamin, quelle fermeté, dites-moi! Pas de quoi décourager la bête, qui a donc récidivé.
 
...
 
Loulou était debout, disais-je, sonné. Et là, dans la rue, tous les élèves de sa classe m'ont entourée, y allant chacun de leur anecdote sur les méfaits de l'agresseur, qui a visiblement pris Loulou pour sa tête de turc. Ou comment découvrir que votre enfant couvre son bourreau, par peur des représailles. Comment expliquer, aussi, certains comportements, certains silences, certaines attitudes étranges depuis quelques mois.
 
Ce gamin harcèle mon fils depuis décembre. Il l'a déjà poussé dans la rue au moment où le bus arrivait. Il l'insulte, le pousse dans les casiers du collège, dit en rigolant que "c'est grave d'insulter le proviseur, mais pas grave de tuer un enfant". (euh, au hasard, si on prenait Cassandre? Un enfant qui refuse de se battre?)
 
Un psychopathe en puissance? En tout cas, après avoir entendu tous ces témoignages et ces soutiens pour Loulou, c'est bien une victime que j'ai invitée à monter dans la voiture.
 
Première étape, le collège. Ou comment s'entendre dire que, vous comprenez, on ne peut pas exclure un gamin comme ça, on aurait les parents d'élève sur le dos. Ben oui, ils n'étaient pas dans l'enceinte de l'établissement.
 
C'est pas comme si c'était en sortant des cours et qu'un élève avait tenté d'étrangler mon fils. J'exagère, aussi.
 
Deuxième étape, la gendarmerie, avec cette impression de devoir se transformer en vendeur de tapis pour convaincre l'officier du bien fondé d'une plainte, avant de voir se dernier arrondir les yeux un peu plus à chaque révélation.
 
Tiens, on n'en avait jamais rempli, des formulaires comme ça.
 
Troisième étape, le médecin, pour "valider" la dite plainte.
 
Ce que je n'avais pas prévu, c'est l'arrivée du père de l'agresseur, venu frapper brutalement à ma porte. Dès que j'ai ouvert, j'ai compris que tout dialogue avec un tel énergumène était aussi impossible que l'éventualité d'une réconciliation prochaine entre Israël ou la Palestine. Un type capable d'expliquer que c'est à l'éducation nationale de régler le problème, "parce qu'elle est là pour éduquer, eh" (je vous passe le ton, imaginez un peu le tableau d'un bas du front), comment dire... J'ai perdu mes moyens et failli sacrifier mes cordes vocales.
 
Voilà, il est presque 23 heures et je sens des remontées acides, de grosses tensions dorsales, une boule dans le ventre. Loulou, lui, tente de trouver le sommeil, là-haut.

Je me demande comment il peut s'endormir.

Je ne devrais sans doute pas m'en soucier, mais je me demande à quoi pense ce gamin haut comme trois pommes qui s'en est ainsi pris à Loulou.
 
Je me demande comment on peut, comme ce père, défendre son fils comme il l'a fait, en justifiant une telle violence comme si c'était la seule réponse à apporter quand on n'est pas d'accord.
 
Je me demande comment on peut vivre les événements quand, à même pas 12 ans, on se retrouve dans le bureau d'un gendarme, comme si la vie de simple collégien avait basculé dans un monde qu'on n'aurait jamais dû connaître.
 
Je me demande comment j'en suis arrivée à porter plainte contre un môme de 12 ans.
 
Je me demande pourquoi on laisse faire.

lundi 1 juin 2015

L'histoire de la fille qui mettait les pannes, le gluten et les kilos dans le même ballon rouge

Il y a quelques années de cela, alors que j'avais marqué péniblement le deuil de ma p'tite Dînette et que Loulou présentait quelques symptômes d'un mal-être inquiétant, j'étais allée voir une dame, sorte de docteur de la tête, version soft (comprenez une psychologue).
 
Elle m'avait donné un truc magique, comme aux enfants: vous avez des problèmes? Réunissez-les tous dans un ballon, vous gonflez, vous gonflez, vous fermez et hop, vous le lâchez. Vous le regardez s'envoler, loin là haut, et tous vos soucis avec.
 
Très infantile, mais très efficace sur moi (je pense que j'ai parfois 3, 4 ans d'âge mental, c'est pour ça, je crois).
 
Ce ballon, je l'ai toujours vu rouge, allez savoir pourquoi. Rouge comme la colère que son contenu provoquait chez moi, j'imagine ; rouge, parce que bien voyant...
 
Depuis lors, j'adore souffler dedans. Je m'en donne même à cœur joie et je suis proche du prosélytisme dès qu'un proche se montre un rien angoissé. Tu vas mal? Allez, je te jure, souffle dans le ballon!
 
Un jour, quelqu'un qui prendra la conversation en cours de route m'appellera "la folle de l'éthylotest" et je ne l'aurai pas volé.

Mais je m'égare.
 
Tant bien que mal, j'avais déjà tenté de fourrer dans mon ballon les dix mille vicissitudes qui polluent mon existence. Ça ne rentrait pas. Trop de malheurs, j'imagine (appelez-moi Sophie. Ou Caliméro).
 
Pensez donc: j'étais inquiète pour Tancrède. La cafelière, oui oui, ma cafelière préférée, m'a un peu sauvé la vie (rien de moins) en me confiant son robot, Tancrède, donc, qui avait déjà connu son heure de gloire.
 
Or, je crois que j'ai un mauvais fluide. Après Bobo qui est parti en carafe,  c'est mon antique robot à tout faire qui m'a lâchée le soir même. Et Tancrède, dès notre première collaboration, s'est éteint tout seul. Il était chaud-bouillant, le pauvre, il n'avait visiblement pas aimé la meringue italienne, lui non plus.
 
Forcément, je commençais à stresser pour de bon, à deux semaines de l'examen et encore dix milliards de choses à tester (enfin, à peine).
 
Ma copine Louloutte venait à mon secours avec son robot de compet... néanmoins amputé de son crochet. Damned, pas de pétrissage avec ce pourtant bel artisan...
 
Je démarre une nouvelle collec'... A qui le prochain?
 
Pas découragée, et un rien naïve, je revenais le soir au chevet de Tancrède. Il n'avait plus de fièvre, le pauvre. Alors, je suis arrivée doucement devant lui, et je lui donné de la farine, de l'eau, du lait et tutti quanti pour qu'il me pétrisse tout ça.
 
Docile, il a obéi. Et tac, d'un coup, il a recommencé. Arrêt brutal et fièvre démesurée. Autant vous dire que j'ai fini la pâte à la main et ça tombait bien, j'avais sérieusement besoin de me défouler.
 
Ce matin, j'ai eu un haut le cœur devant les pains au lait, finalement lassée de tant de sucre et de farine. Le gluten a eu ma peau, les amis. Alors, je me suis mise à mes révisions mais je sentais bien que le cœur n'y était pas. Je suis allée façonner mes pains au chocolat et là, devant mon propre spectacle, j'ai réagi.
 
Je ne pouvais plus me contenter de regarder mon ballon prendre son envol. C'était vain et il me fallait un autre échappatoire.
 
Il était temps de réagir.
 
J'ai ôté mon pyjama fariné (oui, honte sur moi), j'ai remis à plus tard la comparaison des avantages et inconvénients du marbre, des ovoproduits et de la table à induction en pâtisserie et je suis allée chausser mes runnings.
 
Ma lassitude, ma cellulite, mon gluten, mes brûlures et moi, nous sommes donc allés souffler un gros coup dans le ballon, en maudissant toutes ces foutues pannes mécaniques qui sabotent vos plans.

J'ai couru, couru, couru, jusqu'à me faire des ampoules (bon, si j'avais pris des chaussettes normales, aussi, j'aurais pu éviter ça. Trop facile).
 
Et vous savez quoi? Ça a marché. Plus d'une heure et demie sous le cagnard (personne ne m'avait prévenue, mais il fait chaud, en fait, dehors), à laisser mes interrogations se cogner les unes aux autres, avant de les laisser, enfin, aller rejoindre le gros ballon...

J'ai même repris mon schéma du germe de blé en rentrant, c'est dire.
 
Si, si, on doit connaître la constitution d'un germe de blé, pour passer le CAP pâtisserie. Et puis celle de l'œuf, aussi.
 
Heureusement qu'on ne nous demande pas de dessiner ce qu'on a dans notre propre caboche. Je ne suis pas sûre que le jury apprécierait un tel fouillis.

vendredi 29 mai 2015

So long, darling...

Il n'était pas tout pour moi, certes, mais il comptait énormément.
 
Il m'a accompagnée dans mes hauts, dans mes bas, s'avérant d'un soutien absolu quand la situation était critique.
 
Il parlait un peu fort, mais comment pouvais-je lui en vouloir? C'était sa façon à lui de s'exprimer.
 
Il savait arrondir les angles, lisser les aspérités, secouer le cocotier quand le besoin s'en faisait sentir.
 
C'est vrai, je l'aimais aussi pour sa docilité. Il s'adaptait vraiment à mes envies.

Avec le nombre d'heures que je passais en cuisine, je craignais que notre relation en prenne un sacré coup. Je prenais donc un risque en enchaînant deux CAP blancs, cette semaine.
 
Il y a deux jours, effectivement, il a montré des signes de fatigue. Il s'est emballé, comme ça, d'un coup. Je lui avais donné de la meringue italienne, je crois qu'il n'a pas trop apprécié.
 
Et puis ce matin, pleine d'entrain, je me tourne vers lui. Et là, de nouveau, il est monté dans les tours. Une vraie furie. Incontrôlable.
 
Bobo est mouru. Mon robot a rendu l'âme. Lui en ai-je trop fait voir? En tout cas, il n'a pas supporté mes exigences.
 
...
 
C'est pas comme si je n'en avais jamais eu autant besoin, à deux semaines de mon examen, hum?

vendredi 22 mai 2015

Où j'aimerais me faire moine bouddhiste

Petit préambule: Ceci n'est pas une déclaration de guerre. Même si ça pourrait y ressembler, selon des esprits chagrins. Ceci étant dit, sortons les scuds, ah ah ah.
 
L'objet du crime, en haut. C'est vrai qu'elles ne sont pas top. Mais je les avais aromatisées à la vanille, moi, pas au caca. D'où le léger malentendu, j'imagine.
 
 
Mardi soir, l'homme m'a dit que mes religieuses étaient "caca" (je cite).
 
Non, je ne suis pas une cougar, l'homme a passé la majorité depuis bien longtemps et affiche même quelques mois de plus que moi au compteur (et toc).
 
L'homme m'a dit que mes religieuses étaient "caca", donc, et, comment dire... J'ai eu envie de tout jeter à la poubelle. Les dites religieuses, évidemment, mais aussi mon parcours de candidate libre au CAP, et, bien sûr, l'homme.
 
La poubelle, elle a dit, "non non non, déjà, tu me pourris avec tes poches à douille par milliers et tes emballages de beurre AOP, alors ça va, hein, il est trop grand, lui."
 
Oui, chez moi, même la poubelle se rebelle (et pas juste pour la rime).
 
Alors, à la place, j'ai enfilé mes ballerines, j'ai sonné chez les voisins et je leur ai donné une partie de la production dite "caca". Ils n'ont pas vomi, même, ils avaient l'air content. Va comprendre.
 
Le reste, je l'ai refourgué à mon papa, gourmand à la ligne toujours impeccable (il fait beaucoup de vélo, à 66 ans, il te fume du jeune dans le col du Tourmalet), qui n'a pas craché non plus sur le "caca", à mon loulou et à son pote aussi goinfre (pour le goûter, ça change des crêpes emballées, hum), et puis, j'ai mis le reste dans mon propre gosier, dans une sorte d'élan boulimique rageur (deux en deux jours, ça va, j'ai limité les dégâts).
 
Ah, si, l'homme en a sauvé une, finalement. Il a mangé son "caca" le midi, au travail. J'ai même pas pu voir sa tête dégoûtée. Pff.
 
Vous vous dites, OK,  c'est la guerre chez la mouette, les bombes de chantilly sont prêtes à éradiquer tout être susceptible de porter la moindre critique négative...
 
Eh bien non, figurez-vous. Bien que très susceptible, j'accepte qu'on me dise que ma pâte à chou a craquelé, que le fondant n'est pas posé nickel-nickel. Mais que, après 6 heures de travail dans la cuisine (je vous rassure, j'ai pas mis autant de temps à les faire, ces foutues religieuses, je m'entraîne et je te remplis le frigo de victuailles pour un buffet de 152 personnes), que, après 6 heures de travail, disais-je, on te dise que tes religieuses sont "caca", comment dire...
 
...
 
J'aimerais être un moine bouddhiste. Ou un truc du genre, histoire de relativiser et de comprendre que tout ça n'était pas bien méchant. Juste un peu maladroit.
 
Je crois que je suis juste un peu à cran, là.

lundi 18 mai 2015

Parenthèse d'une fille aux pieds qui poussent

Un hululement... Des chants d'oiseaux... A 7 heures ce matin, lorsque le réveil de Loulou a sonné, avec son fracas animalier qui ferait se lever un mort, j'ai eu une pensée pour Amélie, Jean-Jean et les autres.
 
A 7 heures, je n'étais pas en tenue de travail, prête pour une nouvelle journée. Mon stage est (déjà) fini.
 
Souvenez-vous, je vous avais parlé de burgers, dans mon dernier post. J'espérais bien vous éclairer plus rapidement mais, que voulez-vous, entre les heures passées au restaurant et les essais CAP Pâtisserie dans ma cuisine, un mariage breton (pas le mien, hein!) et les tribulations de Loulou, je n'ai pas eu une minute à moi.
 
Des journées sans répit, les paupières lourdes et l'envie irrépressible de se coucher avec les poules; Je me souviens d'un truc, sur ces deux dernières semaines: cette sensation d'avoir les pieds qui poussent.
 
Pas pratique pour enfiler des chaussures. Qui plus est des talons, à l'heure du mariage, donc. Heureusement que les chaussures de sécurité permettent beaucoup plus de souplesse.
 
Car oui, les amis, j'ai replongé, le temps de deux semaines, dans l'univers en inox de la cuisine pro.
 
Tout a commencé par une rencontre. Voilà un an, alors que je débarquais pour ma première journée au centre de formation, je m'étais retrouvée aussi perdue et décontenancée qu'Amélie. Petit bout de femme ultra dynamique, elle était là pour trois semaines, quand j'en prenais pour 8 mois, histoire d'acquérir des bases quant à l'organisation en cuisine. Elle allait devenir directrice d'un nouveau restau au concept innovant et elle peaufinait le projet aux petits oignons.
 
En mars dernier, je la retrouve par hasard sur un marché nantais, micro à la main. Soudain, je me demande si elle n'aurait pas tenté une reconversion vers le journalisme, l'inconsciente, mais en fait, elle était juste venue soutenir son ami, lui-même journaleux, pour un micro-trottoir. On discute, patin couffin, et lorsqu'elle me propose de venir passer un stage dans son établissement pour y faire de la pâtisserie avec Jean-Jean, ni une ni deux, je fonce.
 
Je ne connais pas Jean-Jean mais je suis sûre que c'est quelqu'un de très bien.
 
J'en vois un au fond qui s'interroge. Le rapport avec le burger, s'iou plaît ? En fait, il s'agit d'un restau qui propose des burgers, d'un côté, des pâtes fraîches, de l'autre. Tout est fait maison, se consomme sur place ou à emporter, mais vite, de préférence, car on est dans une zone de bureaux et - je l'ai découvert avec une certaine stupéfaction - il y a encore plein de gens qui travaillent dans des bureaux, qui ont des tickets-restaus, un CDD - voire, ô surprise, un CDI - des horaires à respecter et même des collègues avec qui déjeuner.
 
La vie est folle.
 
Toujours passer un entretien avant de partir en stage... Et goûter, tant qu'à faire. Mon petit cobaye préféré n'avait pas rechigné à la tâche.
 
 
De mon côté, je me suis donc calée derrière les cuisines ouvertes, au poste de la pâtoche. Objectif: réaliser le dessert de la semaine. Un moka en première semaine, des charlottes aux fraises individuelles la deuxième semaine. Pour le moka, autant vous dire qu'en termes de génoise, je me suis fait des biscottos de malade et que mes triceps n'ont plus rien à envier à Schwarzy (j'avais pris l'option "je suis de Marseille", aussi, pour me donner de la contenance, ça a laissé des traces, s'cusez).
 
 
Une coupelle en plastique? Sur place ou à emporter, qu'on vous dit...
 
Mes crèmes au beurre et mes cartouchières par milliers réalisées, j'ai volé de poste en poste et goûté de nouveau au speed du coup de feu, aux taillages multiples et variés, à la mise en place bien comme il faut, mais aussi... aux plaisirs insoupçonnés de la plonge (nan, je déconne) (enfin si, j'ai vraiment fait de la plonge, mais enfin, y'a rien de scandaleux là dedans, on est d'accord) (c'est juste que ça m'avait pas manqué).
 
J'ai pu de nouveau faire ressortir mon côté Gaston Lagaffe, lorsque je suis passée à la cuisson des frites (110 couverts de moyenne, vous imaginez un peu le nombre de cornets à balancer, et pas dans la face des clients, on se tient). Une première brûlure en début de service et une deuxième, quelques minutes plus tard... à la pliure du coude.
 
Oui, c'est possible. On peut se brûler à la pliure du coude. La chair s'avère particulièrement tendre, d'ailleurs, on est sûr de ne pas se louper.
 
J'ai même entendu, ça a fait "pshiiiiiitt"...
 
Bref, je suis sous antibio parce que le tout s'est infecté, j'ai de nouveau pu constater le rythme effréné que nous impose la cuisine, j'ai dégagé une légère odeur de frites chaque soir en rentrant et pourtant... j'ai adoré ces deux semaines. Le kiff, vraiment, avec une ambiance géniale, une solidarité de dingue au moment où le car de japonais - qu'on attend toujours et qui n'arrive normalement jamais, pensée pour Fabienne - a débarqué. Sérieux, 156 couverts lors d'un service et pas un éclat de voix en cuisine.  C'est possible.
 
Vendredi soir, j'ai quitté Amélie, Jean-Jean (qui est vraiment quelqu'un de très bien, ouf), le chef et toute la bande pour retourner dans ma petite cuisine à moi, pour la dernière ligne droite avant l'examen, le 15 juin. Cette incursion dans la vraie vie m'a donné la pêche dont j'avais besoin. J'ai réalisé que, polio ou pas, j'avançais.
 
J'aurais juste pas dû prendre l'option "pieds qui poussent", franchement, c'est vraiment pas pratique.
 

samedi 2 mai 2015

Pâte à modeler, grabouillages, etc.

Une semaine déjà que je suis rentrée de Bordeaux et je n'ai pas eu une minute pour vous raconter tout ce qu'on a fait, avec maman. Pourtant, on s'est drôlement amusé! D'abord, on a fait pas mal de pâte à modeler. Et puis des dessins, aussi.
 
Une pensée pour mes premières tartes au citron meringuées...
 
J'ai le tournis, là...
 
 
Du découpage, des tours Eiffel en pâte levée feuilletée. Des cœurs rouges.
 
C'est pas mimi, hum? C'est maman qui les fait! (Copyright Love Loft)
 
 
Et puis du gribouillage. C'était très drôle, j'avais le droit d'en mettre partout.
 
Quoi, y'a du boulot? Bah oui, sinon c'est pas drôle... Et j'ai même pas léché la plaque.
 
 
Après, le niveau a un peu changé, il a fallu écrire une rédaction, sur ce que faisait maman, toussa. En fait, c'était aussi très rigolo.
 
En quelques jours, j'ai emmagasiné une somme d'infos et de conseils aussi instructifs que précieux. Tous ces petits détails qui me désespéraient tellement ont commencé à s'éclaircir dans mon cerveau un rien embrumé. Cette semaine avec maman a boosté ma confiance et donné à mes deux mains gauches un rien d'habilité. Ce truc même dont j'ai tellement besoin pour le jour J.
 
Je suis à un peu plus d'un mois de l'examen, rien n'est gagné et la marge de progression reste énorme. Mais qu'est-ce que je m'amuse! Et histoire de continuer sur cette lancée, je vais m'offrir une escapade dans le monde du... burger pour peaufiner l'apprentissage.
 
Burger? Et si je vous dis que je vais aussi tâter de la pasta fraîche, j'imagine que vous aurez encore plus de mal à me croire.

Non, je n'ai pas bouffé un clown, j'ai pris mes gouttes et je veux toujours passer mon cap pâtissier. C'est juste que... je vous raconte très vite, promis!

vendredi 24 avril 2015

Hé bé, je gnaque!

Traduisez-moi tout ça. Vous avez une heure.

Hé bé! C'est casse berle que de voir ainsi le temps filer!

Bon, je vais pas vous la jouer "je passe une semaine à Bordeaux, je suis Bordelaise" mais le jargon local me rend quand même bien guillerette (il y a le vin, aussi, mais c'est une autre histoire).

Surtout, je trouve assez ironique de revenir sur les lieux de ma première vie pour poursuivre le chemin vers la deuxième.

J'avais 18 ans lorsque suis arrivée à Bordeaux pour deux ans, trop heureuse d'être entrée à l'école de journalisme. Je pensais juste toucher du doigt mon rêve, sans même imaginer que j'allais apprendre tellement plus sur la vie... et sur moi-même.

Avec mes cannes de serin (à l'époque, hein, le temps et ma gourmandise, ces bâtards, ont fait leur triste œuvre depuis), mes grosses joues, mon air innocent et mon taux d'alcool à zéro, je devais ressembler à une jeune vierge effarouchée.

Et oui, j'avais de petites cannes et une grosse tête, vous savez, comme une sucette Lollipop. J'ai jamais su faire dans la mesure.

Bref.

Le jour de mon arrivée, la propriétaire de la chambre que je louais m'a fixée, se demandant si, vraiment, j'étais majeure. Je lui ai expliqué que si je ressemblais à un hamster, c'était juste à cause de mon opération des dents de sagesse, et que ça allait passer.

Elle a eu un air perplexe et, en effet, malgré les fils en moins (en moinS, diraient les Bordelais!), j'ai quand même gardé un sacré moment mes grosses joues et mon air de sainte-nitouche.

Elle n'a pas tari d'éloges sur sa ville et le Bordelais, notamment sur le vignoble. Je me souviens m'être demandé de quoi elle causait, et je l'ai trouvée bien naïve de supposer que je pourrais un jour apprécier cette boisson rouge que l'on sirote dans des ballons.

Après, j'ai savouré des nectars du Médoc dans de jolis verres à pied et je me suis dit que c'est sans doute elle qui avait raison.

Je venais de découvrir la vie.

Le fait que cette étape du passage à la vie d'adulte transite par de l'alcool pourrait sembler limite. Pourtant, j'ai eu de la chance, je ne suis pas devenue Sue Ellen. C'est juste qu'avec mes cannes de serin - à l'époque, oui, on a compris - j'ai connu quelques déboires estudiantins, du genre à avoir des pertes de mémoire délicates et se réveiller ailleurs que dans ses draps de soie (OK, je suis mytho, j'ai jamais eu les moyens de m'offrir autre chose que du coton, ce qui est déjà bien, on est d'accord).

Les nuits blanches, les soirées au Plana, la rue Sainte-Cath', les Quinconces... Tout m'est revenu en pleine face cette semaine. Le bus filait Cours de la Somme et je revoyais cette vie si lointaine où je n'espérais qu'une chose, devenir journaliste (et être heureuse, mais dans mon esprit, ça allait de pair).

Quelle ironie, donc, de revenir à 40 ans passés sur les pavés bordelais et y apprendre, encore et encore, les bases de ma nouvelle marotte, la pâtisserie. Comme si la boucle se bouclait...

A moins qu'elle ait justement envie d'unir les deux passions, pour envisager une voie alternative, entre journalisme et l'univers des toqués?