vendredi 6 août 2010

Une ascension plongeante

Je crois avoir compris les subtilités du métier, ce soir. Si, si.

Cuisiner aux petits oignons? Oui, oui, pourquoi pas. Ça peut aider. Mais non.

Devenir la plus conviviale des commerçantes? Oui, oui, pourquoi pas. L'idée est bonne. Mais non.

Au fur et à mesure que la journée passait, que les sourires et les... pourboires se multipliaient, je m'interrogeais. Les hommes, en particulier, affichaient une mine éclatante et me remerciaient chaleureusement. Quoi, que se passait-il, c'était la journée du don aujourd'hui, ou quoi? Qu'avaient-ils à se montrer si avenants, ces clients? Non pas que ça me gêne, évidemment, je préfère ça au râleur mais enfin, tant de bonne humeur m'a un rien surprise.

Je m'interrogeais donc sur le pourquoi du comment, en remontant sans cesse la bretelle de mon top, me promettant de ne plus le remettre qu'à la plage, tant il m'agaçait.

Fin de service, pieds en enclumes mais le sourire aux lèvres, je suis repartie le coeur léger. Si l'on passe le moment où j'ai coincé la machine à café, parvenant dans un geste désespéré à rattraper le coup au prix d'une grosse giclée caféinée sur la face - petit moment de solitude - cette première journée s'est passée comme dans un rêve. N'empêche que je n'en revenais toujours pas de ces mines réjouies.

J'arrive dans le hall de mon immeuble. Mon voisin, d'habitude sympa normal, adopte cette même mine réjouie. Je commence à m'interroger: aurais-je une patate sur la joue? Un épi rose sur le crâne? De la salade entre les dents?

Je n'ose pas me regarder dans le miroir de l'ascenseur mais le ton enjôleur du voisin, qui tente d'intervenir dans la conversation téléphonique que j'ai au même moment avec une amie, en précisant qu'il "adore les nanas", me met la puce à l'oreille.

Direction, la glace. Bon, j'ai compris. J'ai un décolleté, hum, comment dire, assez plongeant. Va savoir pourquoi le top a pris cette forme (à force de tirer dessus, peut-être) mais je sais maintenant à quoi tient la réussite dans ce métier.

Et ce n'est pas une avancée pour le féminisme, je vous le dis, tiens.

jeudi 5 août 2010

La journée des rendez-vous

Est-ce l'air revigorant du break, toujours est-il que depuis deux jours, je m'imaginais presque sur un lit de fleurs, nonchalamment installée... Sauf qu'au lieu de pétales, je suis tombée sur des roses piquantes. Moi qui croyais naïvement en avoir terminé avec les formalités d'usage depuis mon deuil de la Madeleine, j'ai été replongée bien malgré moi dans ce dédale administratif.

Une façon comme une autre, certes, de tester ses nerfs en période estivale - lorsqu'on se relâche, donc.

La journée, ponctuée de multiples rendez-vous, avait plutôt bien démarré. Le rendez-vous avec la balance, que j'envisageais déjà de traiter de sournoise, s'est avéré positif, la gentille machine m'annonçant que le p'tit vin de pays et les quelques écarts des derniers jours n'avaient pas été fatals et que je n'avais retrouvé aucun kilo perdu depuis quelques mois (et je ne tiens pas à lancer une chasse au trésor pour remettre la main dessus, croyez-moi).

Plus qu'un an et je serai une bombe. * Au moins.

La deuxième étape semblait plus difficile: la banque. Pour trouver une solution, sachant que mon salaire devrait arriver le 15 du mois (ah oui, c'est 3615 mavie, vous étiez prévenus), et que, va savoir pourquoi, Pôle Emploi a décidé de me suspendre tout versement, au lieu d'un petit pécule partiel. Sauf que, petit détail, il semblerait que l'on soit obligé chaque début de mois de payer des trucs, genre le loyer, tout ça.

La dame de la banque, le chômage, elle connaît, son mari en est victime depuis un moment, donc elle a eu suffisamment d'empathie pour que je reparte avec le sourire. Ou à peu près. Un moment, on a ri comme des baleines, lorsqu'elle m'a précisé l'importance de refaire le point le mois prochain. "Ah, mais le mois prochain, y'aura pas de problème", lui ai-je répondu, quasi-hilare, "puisque je n'aurais pas bossé en août!"

Un boulot = pas de sous. La glandouille = des sous. Logique imparable.

Ensuite, direction la sécurité sociale. Ouais, je sais, vous enviez ma vie et mon quotidien. Que je vous explique, quand même, les raisons de cette escapade inouïe : Hier, parmi le courrier que je triais, je suis tombée sur trois lettres d'une mutuelle, avec le petit logo qui aurait dû m'alerter: RSI. Reste ou Saute Immédiatement, ça veut dire, je crois. Ah les cons, me suis-je dis en prenant mon plus bel air coluchien, ils n'ont pas vu que mon auto-entreprise avait rendu l'âme et que je ne suis plus TNS (travailleur non salarié), encore du gâchis de papier, ça!

Je me suis davantage inquiétée en lisant qu'ils avaient modifié mon dossier et que je suis donc désormais affilée à leur couverture de santé, et non plus à la caisse primaire, comme tout bon salarié (et tout bon chômeur anciennement salarié) qui se respecte. Bah, une formalité, j'imagine. J'appelle la mutuelle en question. Qui m'explique que je suis bel et bien rattachée à leurs services, maintenant que je suis radiée du RSI. Mais non, ma bonne dame, je dépends de la CPAM, pensez donc, j'en ai tapé du compte-rendu au kilomètre pour être assurée tout bien comme avant! La dame en est soulagée visiblement, m'affirmant que "tant mieux, parce que nous, on rembourse rien, ou quasi, comme frais."

Bref, me voilà partie pour demander une attestation de couverture de santé à la caisse primaire. L'affaire de deux secondes, j'imagine. A l'accueil, je tombe sur un monsieur, au physique pas déplaisant ma foi, à qui j'explique ma situation, qu'il va régler en deux cuillers à pot. Bah non, raté. Il me parle de quotas d'heures en tant que salarié. Je lui parle de mes missions. "Ah, de l'intérim, si si! C'est peut-être un détail pour vous, mais pour nous ça veut dire beaucoup."

Monsieur est mélomane. Le casque doré de France Gall en moins. Hum.

En tout cas, je remercie les dieux institutionnels d'avoir bafouillé sur les bennes à ordures et autres maisons de retraite, ils vont me permettre de retrouver ma couverture santé. Sauvée!

Enfin, pas tout à fait, monsieur mélomane m'indique le chemin de la grande salle, là, où les "bip" retentissent pour sortir les gens de leur torpeur. De mon côté, pas de risque que je m'endorme, mon voisin aime visiblement le côté "homme des cavernes" si je m'en réfère à son odeur corporelle. Ouh, faut s'accrocher. Pour éviter de tomber dans les vapes, je m'empare du magazine oublié sur la table, et là, je trouve la situation drôlement comique : avec ma mémoire d'huître, je réalise que le "Santé Active" que j'ai dans les mains est la publication pour laquelle j'ai postulé... hier (en tant que rédacteur en chef, ouais, ouais, je sais*). Je me disais bien que la CPAM et moi, c'était une histoire forte qui s'engageait...

Bon, je vous passe les détails, je suis repartie bredouille, toujours couverte par le régime du RSI, pour trois malheureux mois d'auto-entreprise, et je prie donc pour ne pas me casser une jambe (et espérer que loulou n'invente rien, au loin sur sa plage).

La journée s'est poursuivie, toujours ponctuée par mille et une choses à régler pour hier, avant le dernier rendez-vous, au restaurant pour lequel je vais travailler ces trois prochains jours. Derniers pointages, petites vérifications pour assurer les arrières et remise des clés, me voilà de nouveau chef* jusqu'à dimanche inclus. prête à rembarrer le prochain râleur qui osera me gâcher ma récréation.

Ça tombe bien, je n'étais pas sûre de continuer à vous passionner avec mes histoires à trois sous de sécurité sociale...

* Dois-je préciser qu'il s'agit de quinzième degré?

mercredi 4 août 2010

Comme on fredonne de vieilles mélodies...

One, two, three, four... chantonne Feist.

Old teenage hopes are alive at your door...

Avec ma voix de casserole, j'y vais gaiement, je reprends cet air entêtant en choeur. Moi aussi, mes rêves d'adolescente ne m'ont pas quitté. Un bond dans le passé est venu me le confirmer. Alors, je chante. Mal, évidemment.

M'en fiche, suis toute seule dans ma voiture. Le ciel est dégagé, la route aussi. Pas un chat ce soir, Feist et moi, on peut cracher du son, même si je n'ignore pas qu'elle s'en sort, oh, un tout petit peu mieux que moi.

Bah, on peut pas avoir tous les talents du monde, hein.

Et là, soudain, prise de conscience. C'est quoi, mes talents à moi? A part m'avachir comme une grosse loque sur le transat, comme je viens de le faire pendant plusieurs jours?

Bon, puisque c'est ça, je change le CD. Tété. A la faveur de l'automne. Lui aussi chantonne un tout petit peu mieux que moi et lui aussi m'entête avec son "un, deux, trois, quatre" et ses âmes esseulées. Il est dans l'attente, posté derrière la fenêtre, rivé derrière le téléphone, il évoque cette mélancolie qui ne me lâche pas souvent.

La mélodie m'envahit. Les pensées aussi. Bon, il est temps de réfléchir. En vrai, maintenant que je rentre, je fais quoi? Maintenant que j'ai vu de nouvelles choses, maintenant que j'ai pris conscience de ces petits riens, entre insouciance, nostalgie et illusions perdues? Maintenant que ce break est passé, sans scrupule aucun, sans, non plus, que l'esprit soit totalement libéré, toujours englué dans les réalités quotidiennes?

J'ai eu la sensation très brève de bouleverser soudainement l'ordre établi. Pour une simple question de visite d'appartement, j'ai entr'aperçu la lueur. Et puis, deux lapins plus tard, plus rien. Le rideau s'est refermé et je suis repartie. Au lieu de rentrer de plain-pied dans cette nouvelle vie que j'ai tellement rêvée, j'ai dû rebrousser chemin. Je suis rentrée chez moi, convaincue que le temps sera mon meilleur allié et qu'en attendant, vogue la galère. J'en suis au même point. Mais.

Mais.

Oui, oui, j'insiste, il y a un mais. Ces jours passés, entre retour en terrain connu, retrouvailles joyeuses avec les fidèles amis, amies surtout, bref passage iodé, et surtout, cette sensation de laisser s'égrener tranquillement les heures sans appréhender la vitesse des aiguilles, sans craindre l'échafaud à tout bout de champ, oui, ces jours passés m'ont au moins offert cette décompression que j'attendais tant. Et conforté dans l'idée de ce que je veux faire.

Pendant une dizaine de jours, j'ai arrêté d'écrire. J'ai juste observé, écouté, lu. L'écriture me manquait et pourtant, cette matière que je saisissais inopinément me laissait présager des lendemains plus souriants, comme si, enfin, j'allais me décider.

Je n'ai jamais eu autant envie d'écrire. J'ai la sensation de pouvoir palper ce vieux rêve d'adolescente, plus prégnant que jamais et je chantonne, un, deux, trois, quatre... La rampe de lancement est là, je me mets aux starting-block. A la faveur de l'automne? Qui sait? J'ai appris qu'il était inutile de forcer les barrages du temps, l'heure viendra.

Les minutes s'écoulent lentement. Dans quelques jours, la tornade sera revenue, sans doute, et je me sentirai sans doute oppressée par les cinquante mille tâches à venir, débordée par cette fuite permanente du temps.

Mais là, je suis seule. Je n'attends pas de coup de téléphone. Aucun regard vers la fenêtre. Laisser le temps accomplir son oeuvre. Continuer de croire à ses rêves d'ado, espérer que son coeur continuera de battre jusqu'à ce que, enfin, le lien se fasse.

Respirer.

dimanche 25 juillet 2010

Quand j'appuie sur pause...

Dormir.

Respirer.

Évacuer le stress peu à peu, décompresser.

Me souvenir que la pression, c'est ce qui sert à gonfler les pneus (dixit un grand philosophe, Charles Barkley, fantastique... joueur NBA du siècle passé (eh oui).

S'installer avec un bon bouquin, dans le transat.

Imaginer que le plus gros effort de la journée va consister à se relever du dit-transat.

Marcher. Nager. Courir. Pédaler.

Voir ses amis. Prendre le temps de prolonger la soirée.

Prendre la route. Aller vers la mer.

Je revendique mon droit à la procrastination, à l'hédonisme le plus banal. Mon programme s'apparente à une mémérisation aigüe, je le sens bien, mais qu'importe. J'aspire au calme, avant et après la nouvelle tempête qui surviendra (les angoisses, que vais-je devenir, blablabla, on va tous dans le mur, etc, etc. ok, je me sors ça de l'esprit tout de suite).

Bon, vous l'aurez compris, je vais éteindre mon ordi un peu, souffler, déconnecter, goûter de nouveau aux plaisirs simples... J'ai encore du mal à réaliser ma chance.

A très vite!

samedi 24 juillet 2010

Monsieur grincheux et mon rêve de couette

Encore dans le gaz, je me suis levée sans aucun enthousiasme ce matin. Pourtant, tenir un restau pour la journée, faire la chef, j'en ai rêvé et mes précédentes expériences m'ont confortée dans cette idée. Mais là, à court d'énergie, j'avoue, je me projetais avec une impatience non dissimulée à ce soir, bien emmitouflée dans ma couette.

Finalement, une fois sur place, l'énergie est revenue. Le poulet à faire cuire, le saumon à faire mariner, les tables à dresser, le pain à couper... Tel un automate, j'ai accompli les premières tâches avant de me réveiller vraiment.

Il valait mieux. Parmi mes premiers clients se cachait le pire cauchemar de tout commerçant. Le râleur.

Le jamais content. Le gars qui rit quand il se pince.

Le chieur, oui, on peut résumer ainsi.

A sa mine, j'ai vu d'emblée que ça n'allait pas être facile, facile. Il était accompagné de sa trentenaire de fille et de son petit-fils (enfin, j'ai imaginé qu'il en était ainsi). Quand j'ai annoncé qu'il faudrait patienter pour le menu enfant, because il fallait faire cuire des pâtes, il n'a même pas cherché à masquer son soupir.

Pfffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffff.

Oui, moi aussi, pffffffffffffffffffffffffffffffffffffff, d'abord. Monsieur, si tu avais eu ma semaine, tu savourerais juste le bonheur d'être assis en terrasse à te faire servir.

Mais le monsieur doit être un nanti, un nanti pressé, donc. Ensuite, sa fille s'en est un peu mêlée, elle voulait plus de vinaigrette. Pas de souci. Lui a haussé les sourcils. J'adore. Les pâtes mettaient des plombes à cuire, le gamin était une tête à claques, je rêvais plus encore de ma couette.

J'étais dans mes petits souliers, il a dû le sentir. J'étais une proie facile.

Au final, c'est vrai, ils ont mangé leur plat avant le gosse, parce que visiblement, monsieur jamais content avait piscine et que sa salade, il la voulait là maintenant. Il était pressé, oui, mais bon, quand même, il voulait prendre un café. Je le lui apporte.

Il revient avec. "Euh, c'est quoi ce café? Vous ne savez pas le faire?"

Hummmmm, j'adore. C'est pas moi qui le fais, je me contente d'appuyer sur une touche et la machine à café s'occupe du reste.

Pas de souci, monsieur, je vous en refais un autre. Il revient: "non mais, c'est pareil, hein, pff, c'est imbuvable! C'est pas possible, faut changer la dosette à chaque fois, hein!"

Là, je suis à deux doigts de lui coller le café sur sa face, pour vérifier qu'il sait faire autre chose qu'ouvrir la bouche pour râler (car hurler n'est pas râler, évidemment), mais comme je suis la sagesse incarnée, je reste courtoise, lui explique la panne de la machine à café et la solution provisoire que le restau a trouvée.

"Ah bah!" reprend-il. "Décidément, c'est pas la journée!"

"Comment ça, monsieur?"

"Mais enfin, rien n'a été!" (dit-il après avoir fini son assiette, quand même)

"Qu'est-ce qui vous fait dire ça, monsieur?"

"Franchement, entre les pâtes en retard, le café, l'attente, et puis j'ai pas l'impression d'avoir mangé correctement."

Alors là, je lui demande de laisser une seconde chance à l'établissement, je prends la responsabilité des couacs, tout ça, vas-y que je continue à tendre le bâton... Quand il me dit, sans hésiter:

"Ah mais non, j'suis déjà venu ici, c'est toujours comme ça!"

Euh, monsieur, pourquoi tu reviens, alors? Je me suis retenue, mais quelque part, ça m'a rassurée. C'était juste un con. Point.

L'ex, qui avait eu l'idée de venir déjeuner en même temps (!) a assisté à la scène et n'a pas dit autre chose. Sauf que, d'après lui, je n'aurais pas dû m'excuser au départ. Il a raison. A vouloir être arrangeante, je me suis pris les pieds dans le plat.

Comme dirait la boss, cette rencontre avec jamais-content a malheureusement marqué ma journée, par ailleurs très agréable. Bah, les sourires et l'air réjoui des autres ont compensé cette mauvaise humeur, mais cet épisode m'a confortée dans l'idée que les commerçants n'ont pas d'autres choix que d'avoir les nerfs solides, pour relativiser très vite ces passages et prendre ça d'où ça vient.

Cela dit, maintenant que j'ai testé le chieur, j'ai l'impression d'avoir étoffé ma panoplie. Un jour, qui sait, peut-être deviendrai imperméable à la connerie.

J'ai encore pas mal d'étapes à franchir mais enfin, rien qu'aujourd'hui, j'ai au moins gagné dix points.

vendredi 23 juillet 2010

De la résistance d'une zombie

Certes, je suis une zombie.

Mais une zombie presque soulagée. Heureuse à l'idée que son calvaire prenne fin, bientôt.

Petit coup de pression hier, avec un mail de ma boîte me reprochant un retard dans mon travail alors que je suais sang et eau (j'exagère à peine) pour avancer, laissant tout de côté - y compris mon sac de voyage, posé dans l'entrée mardi et qui n'a pas bougé (d'ailleurs, un jour, faudrait que je cherche à comprendre pourquoi ces choses-là ne se rangent pas toutes seules). Y compris mes recherches d'emploi. Y compris un rapport que je souhaiterais lire. Y compris mes mails, que je range dans un répertoire "urgent" ou "à venir" si ça peut attendre. Y compris mon courrier que je pose sur un meuble, comme si passais juste récupérer celui d'une amie partie en vacances.

Y compris mon fils. Y compris ma vie.

Il s'avère que le monsieur avait juste oublié un détail et que ma mission devait bien être terminée pour lundi. Mais, que voulez-vous, il n'y pensait plus et m'a donc écrit un message, juste avant d'éteindre son portable, me laissant dans un état de stress difficilement contrôlable.

Alors, j'ai tapé, j'ai tapé et j'ai fini ma première version à... 3h20. J'ai envisagé la nuit blanche mais sincèrement, songeant à la journée qui m'attendait le lendemain, j'ai privilégié la sagesse et me suis donc allongée. Cinq minutes, ai-je eu l'impression. Cinq heures, en vrai, juste le temps de me lever, dans cet élan zombiesque, et d'y retourner.

Ce soir, j'en suis presque venue à bout. Et c'est tant mieux parce qu'une longue journée s'annonce, demain. Dans mon souci de devenir véritablement schizo, je vais passer le samedi derrière le comptoir. Oui, encore. Mais cette fois, toute seule, comme une grande. La boss a tenu à ce galop d'essai, avant que je ne la remplace, trois jours durant, en août, pour un dépannage express.

J'ai pas su dire non, d'autant que j'envisage ça comme un bol d'air frais. Et en plus, qui sait, j'aurai peut-être un peu de matière pour ce blog, demain soir...

N'empêche que je suis rincée. Si je pouvais éviter le malaise vagal, j'aimerais autant.

Pff, quel drôle de métier que celui de chômeuse.

jeudi 22 juillet 2010

La piqûre de rappel de Johnny Halliday

Non, non, je ne suis pas partie en vacances et cette recette de tarte au citron meringuée ne ressemble en rien (euh, elle ne ressemble à rien, d'ailleurs, mais ça n'a rien à voir. Pas la tarte qui cuit dans mon four à l'heure actuelle, la recette. Pffou, j'suis pas claire. Et pis j'ai chaud, quelle idée de faire cuire quelque chose par ce temps), bref, ce dernier post ne ressemble en rien à un épilogue, c'est juste que j'ai l'impression de m'être lancé un défi contre le temps.

Temps 1 - La mouette 0

Car voyez-vous, le temps est le plus fort et le sera toujours. Pendant que j'effectue ma course contre la montre, d'autres se meurent, attendent que leur heure vienne, justement. Non, non, je n'ai pas oublié mes petites pilules ce matin.

Entre deux compte rendus (je vais en venir à bout, je vais en venir à bout, yes!) et un aller-retour express à Nantes pour y déposer Loulou, j'ai fait un détour à l'hôpital. Oh, pas pour moi. Mais pour un ami qui a la joie d'y séjourner depuis lundi et son malaise matinal. Comme il est en cardio, ça m'a rappelé quelques mauvais souvenirs, même si, a priori, le mal est moindre.

En entrant dans le service, je me suis quand même dit que j'aurais dû les prendre, ces petites pilules. Histoire de voir la vie en rose et d'ignorer ces sombres nuages qui pèsent sur ces personnes diminuées, vieilles. En fin de vie, tout simplement. D'ailleurs, avec mon ami, on a ri (jaune) en lisant le titre d'un livre de recettes, vendu au kiosque en bas: "Alimentation pour les patients en fin de vie".

Quoi, c'est triple dose de chocolat parce que, de toute façon, c'en est bientôt fini?

Forcément, mon ami, du haut de ses 38 ans, c'est un peu la vedette du service. La guest-star, oserais-je. "Je suis un peu Johnny Halliday", qu'il m'a dit. Tu penses, il rabaisse d'un coup la moyenne d'âge de 50 ans, forcément, les infirmières, elles le chouchoutent.

Vous allez me dire, pourquoi je vous raconte ça? Euh, vous voulez que je vous parle du passage du très haut débit dans nos rases campagnes? Du ramassage scolaire à la carte? OK, on est d'accord, les débats institutionnels ne vous branchent pas (on dirait pas comme ça, mais c'est passionnant. Surtout quand ils se crient tous dessus et s'accusent mutuellement de faire de la "politique avec un petit p", insulte suprême).

Je vous raconte ça parce que forcément, lorsqu'un ami vous envoie un petit texto anodin pour vous annoncer un séjour en cardio, comment dire, ça marque un rien le quotidien.

Et puis, comme tous ceux qui se sont trouvé entre deux, son regard bleu et acéré a pris une nouvelle profondeur. Lui qui projetait sa vie en permanence, prévoyant ses week-end six mois à l'avance, a vu son emploi du temps de ministre bousculé. Paradoxalement, derrière l'angoisse première, je l'ai senti comme soulagé de ne plus avoir à remplir les cases.

Apaisé de faire le vide, parce que son corps le lui a demandé, il ne se questionne plus, sinon pour savoir s'il pourra chaparder une compote en douce ou manger autre chose que de la viande bouillie. Oh, cette paix intérieure est sans doute provisoire, liée au soulagement qu'il a ressenti à l'issue des examens, où les pires hypothèses ont été écartées. Mais une fois encore, c'est une petite piqûre de rappel.

En quittant mon ami, entouré de ces âmes grises, j'ai songé à cette course contre la montre que j'avais enclenchée. A la futilité de charger mes journées, moi qui crains le vide. Pour l'instant, je ne peux rien y changer: j'ai une mission à terminer et, samedi, une "escapade" dont je vous reparlerai. D'autres projets, imprévus, viennent de survenir. Et j'ai d'autant plus de mal à dire non lorsque les perspectives sont enthousiasmantes.

Pendant ce temps, mon corps se rappelle à mon bon souvenir, à coups de petits troubles lorsque je me lève. De courbatures nouvelles dans les mollets, alors que je n'ai pas eu le loisir de bouger mon gras depuis deux semaines. A la limite du surmenage, lassée de finir mes nuits sur l'ordinateur les paupières tombantes, je songe à un mini-break.

J'ai envie de pouvoir m'asseoir sur mon canapé autrement que pour bosser. Regarder un film à la télé. Sortir prendre l'air. Nager. Dans la piscine, dans la mer. Prendre le temps de discuter dans le jardin de mes parents et jouer au ballon avec loulou.

Vivre, en somme. Sans me préoccuper des échéances angoissantes qui m'attendent. De ce flou qui continue de mener mon quotidien.

Faire un break, donc.

Je sais, c'est sinon, surréaliste, au moins peu raisonnable alors que la situation m'impose de ne rien lâcher. Mais les yeux fatigués de mon ami me laissent penser qu'à l'impossible, nul n'est tenu.

Que la course contre le temps est perdue d'avance et qu'il vaut mieux, alors, s'en faire un allié.