jeudi 19 mars 2020

Détox

Mon ado - expert en confinement haut la main - a eu la bonne idée de faire son devoir d'espagnol hier soir, sans brancher son portable. Résultat, à minuit, il a frappé un grand coup sur son bureau en pestant.

Bêtement, moi, je dormais. Réveillée par cette colère rare chez cet être souvent impassible - il avait perdu toutes ses données - j'ai cherché tant bien que mal le sommeil et j'ai fait ma folle. Résultat, je suis rentrée tard, à plus de 3h du mat'...

Rassurez-vous, dans les bras de Morphée. Pas dehors.

Depuis hier, j'ai envie d'étrangler tous ceux qui m'expliquent que, vous comprenez, les enfants, faut qu'ils se dégourdissent les jambes, alors ils peuvent bien sortir faire du vélo et de la trottinette. En plus, il fait beau, ce serait criminel de les laisser enfermés... Ben voyons.

Mais non, les gens. Qu'est-ce que vous ne comprenez pas dans : "Restez chez vous"? Vous attendez d'être tous touchés pour vous réveiller et cesser de proclamer des "droits"? On a le droit de sortir pour s'aérer, on a le droit d'aérer nos chères têtes blondes, on a le droit de...

On a le droit de réfléchir, surtout. N'est-ce pas le sens de toute cette tourmente?

Cette pause imposée dans nos vies de dingue ne pourrait-elle pas s'avérer salvatrice pour l'avenir de la planète?

On est d'accord, on se passerait bien d'une pandémie pour ouvrir les yeux des êtres humains. A mon père, qui s'interrogeait sur l'arrivée de ce virus en Chine et son évolution ici, j'ai répondu en riant que c'était sans doute un coup de Greta Thunberg, laquelle, dans un effet de radicalité implacable, aurait lancé ce virus pour imposer au monde la décroissance.

Je plaisantais mais il n'empêche, nous avons besoin de changer. A cet égard, je vous conseille vivement de voir ou de revoir ce petit film sur la troisième révolution.


Une façon poétique de nous dire que nous sommes dans le mur, en vrai. Nous sommes en surchauffe et je trouve là un parallèle avec mon cheminement personnel depuis quelques mois. En effet, après plus de trois ans consacrés au développement de mon entreprise, j'ai été stoppée (presque) net dans mon élan en mars, il y a pile un an. Une première douleur au poignet, et puis une autre au coude. Une attelle et puis une douleur au coude gauche, puis au poignet gauche. A Noël, mes épaules étaient également douloureuses. Quatre tendinites, la crainte de devoir tout arrêter...

On m'a parlé d'arrêt, d'opération... J'ai dû être arrêtée, oui, sans gros résultat, mais en tirant profit de cette première pause imposée pour réfléchir au sens de tous ces efforts, de cette course contre la montre perpétuelle, me laissant souvent exsangue et frustrée. Frustrée de ne plus voir personne, frustrée de ne plus pouvoir déconnecter, frustrée de ce sentiment de passer à côté de sa vie à force de vouloir embellir - à ma petite échelle - celle des autres.

Depuis le début de l'année, j'avais ralenti le rythme. J'ai beaucoup culpabilisé de ne faire qu'une dizaine d'heures par jour (si, si) et d'avoir mes dimanches. Je savais que mes décisions avaient des répercussions économiques immédiates. Moins de production = moins de chiffre d'affaires.

Mais j'avais le sentiment de retrouver le bon chemin, celui où je respectais enfin mon rythme biologique, ma vie de famille. Tant pis si ça m'empêchait de me payer un mois. C'était comme une détox, un truc un peu rude à vivre, où tu es en manque, clairement, mais qui va te permettre d'adoucir ta vie derrière.

En attendant, on peut commencer par la détox à proprement parler


Lorsque, samedi, le gouvernement a annoncé la fermeture des restaurants, j'ai voulu résister. J'ai voulu proposer de la vente à emporter, des plats livrés, à la fois dans une envie de me rendre utile mais aussi pour pérenniser ma boîte.

L'attitude des supposés pros chez un grossiste a fini de m’écœurer. Des gens censés être responsables, qui remplissent le chariot plus que de raison, qui ont vidé les rayons. Certains avec des masques. S'ils sont malades, que faisaient-ils là? S'ils étaient fragiles, que faisaient-ils là?

Pas l'Union Soviétique, non. Métro, lundi matin.


Ce que je vous raconte est tristement banal et je n'ai pas la prétention de vous apprendre quoi que ce soit. Je veux juste partager avec vous l'impuissance et l'espoir mêlés que je ressens. Je dois renoncer à convaincre des personnes égoïstes et individualistes de changer leur comportement. C'est à nous, que l'on considérera sans doute comme des utopistes, d'aller semer notre petite graine, de prendre soin de nous et des autres.

Et, avant même d'évoquer la survie plus large de la planète, ce qui nous est demandé n'est pas méchant. Rester chez soi. Ça va, on a eu des consignes pires dans la vie, non?

mercredi 18 mars 2020

Yin et yang du confinement

Jour 2. Bon, soyons honnête, je suis un peu frustrée. Ben oui, pas eu le temps de profiter de ce confinement.

J'ai passé ma première journée à remplir des démarches administratives, écouter mon expert-comptable tentant de me rassurer, essayer de persuader ma conseillère bancaire que même avec le Covid 19, c'était finger in the noise pour la suite... J'ai fait le point sur l'avenir de ma boîte, qu'il a bien fallu mettre en sommeil pour respecter les consignes gouvernementales et lutter contre cette saloperie et, comment dire...

C'est pas gagné.

Résultat, j'ai appelé mon ado pour boire un chocolat chaud (on s'est installé au salon, parce que la terrasse, c'est surfait), histoire de faire le plein de calories réconfortantes, et puis la journée a filé. Du coup, tout le beau programme que je m'étais planifié s'est écroulé. Parce que, quand même, le confinement, ça a ses bons côtés, je vous jure. Par exemple? Bah, tu peux :

- Flemmarder en toute légitimité
- Oublier de t'habiller dignement
- Ressembler à Chewbacca, personne n'en saura rien
- Vivre aux côtés de ton ado et créer de nouveaux liens avec cet être étrange que tu aimes néanmoins plus que tout, si si.
- Pâtisser avec ce même ado pour un moment sympa que tu ne réserves habituellement qu'à tes clients
- Feuilleter et trier enfin tous les livres de recettes de grands chefs que tu as accumulés
- Enfin te faire l'intégrale de Friends
- Enfin faire ton ménage
- Ne rien dépenser, parce que même si tu commandes sur internet, tu seras peut-être bouffé par tes chats avant que le colis soit livré
- Enfin t'attaquer (vraiment) à un gros tri dans tes fringues. Pour réaliser que t'as tellement bossé que t'as perdu deux tailles en quatre ans.
- Ecouter Agnes Obel en boucle
- Echanger avec tes potes via téléphone, texto, messenger ou whatsapp, discuter de tout et de rien en concluant par un "Bonne nuit" bienveillant, alors que tu n'as jamais le temps de les appeler d'habitude.
- Retrouver tes vieilles habitudes et t'affaler sur ton canapé pour improviser un post.
- Te regonfler le moral et l'ego avec le retour des copains fidèles au blog


Hélas, le confinement n'est pas exempt de mauvais côtés. Tu vas notamment constater que :

- En vrai, tu ne peux même pas te dégourdir les jambes le temps d'une petite marche. Et comme tu ne peux plus courir actuellement, ben, tu n'as droit à rien. Ou quasi.
- A force de ne jurer que par le pilou, tu vas perdre toute dignité au bout de trois semaines
- Personne ne saura que tu ressembles à Chewbacca car personne ne te reconnaîtra derrière cette boule de poils qui a pris le dessus
- Ton ado se confinant naturellement tout seul toute l'année, sa porte restera bien fermée et ses écrans bien allumés, sans considération aucune, ni pour ta personne, ni pour ta consternation
- Lors d'un atelier pâtisserie, ton ado n'est pas comme tes élèves, il ne t'adule pas, lui, et se lasse très, très vite.
- A force de feuilleter des recettes sucrées, tu vas te taper des grosses fringales alors que tu as juste besoin de 1900 calories par jour, normalement, pas par repas. Si tu calcules en outre que tu bouges tes fesses du lit à la cuisine et de la cuisine au canapé, tu pourrais même envisager une réduction de tes apports, mais allons-y doucement dans les résolutions, on a besoin de douceur, hein.
- Les rires enregistrés de Friends vont vite te taper sur le système, lequel s'avère déjà bien fragilisé
- Tu vas réaliser que, niveau entretien domestique, tu es une grosse dégueulasse, en fait. Et surtout que la poussière, cette chienne, revient avant même que tu aies eu le temps de signer la moindre attestation dérogatoire
- Tes chats, fâchés que tu squattes chez eux, vont t'empêcher de dormir en se collant en plein milieu du lit

Oui, ce genre-là. Hier soir.

- Dans un mois, à force de te gaver de chocolat et de gâteaux préparés avec ton ado - on a le droit, c'est pour se réconforter - t'auras tellement grossi que tu iras chercher dans ton sac de tri toutes les fringues trop grandes. Et qu'elles t'iront.
- Plus les jours vont passer, plus tu vas réaliser que t'aurais trop envie de voir pour de vrai tes potes, juste pour se voir et boire un coup avec. Mais que même ça, tu peux pas.
- Tu vas tellement nourrir ta mélancolie avec Agnes Obel que tu vas finir par déprimer rien qu'aux premières notes. Pour finalement te réjouir du confinement... qui te permet de ne pas en finir avec toi-même (t'as pas d'armes, chez toi. Et c'est pas une bonne excuse pour l'attestation dérogatoire, d'aller chez l'armurier)

Allez, les gars les filles, on en est déjà au deuxième jour! Comment ça, c'est pas rassurant? :)

mardi 17 mars 2020

Apocalypse now

Mon dernier post a près de 4 ans et il s'intitulait "La guerre civile (cette légère impression)." Quelle ironie.

Près de 4 ans plus tard, donc, il paraît qu'on est en guerre. Maladresse (euphémisme, pour le moins) de notre chef de l'Etat qui croit sans doute redorer sans image en temps de crise, en nous la jouant rassembleur et...  anxiogène au possible.
Le début de la fin du monde, dimanche.

Je ne sais pas si nous sommes en guerre mais en vrai, nous sommes dans une belle m... Tout le pays à l'arrêt, des rues désertées, un laisser-passer obligatoire pour aller chercher ta baguette ou faire pisser ton chien. Qui aurait imaginé pareille situation?

Des malades que le personnel doit soigner en opérant un dramatique tri, manque de matériel oblige, des porteurs sains ignorant le danger qu'ils représentent, une pénurie de tout, des pharmaciens qui se font insulter car démunis de masques ou de gels. Des tarés qui stockent des rouleaux de PQ. Tout ça à cause d'un (mangeur de) pangolin ?

Euh, j'innocente d'emblée le pangolin concernant les videurs de supermarché. Ça, c'est la faute à la connerie humaine et celle-là, elle est pas prête de disparaître. Hélas.

Moi la première, voilà encore quelques jours, je jouais les résistantes à trois balles à coup de "je te fais la bise, on craint rien", "tous des paranos" et "on devra bien mourir de quelque chose".

Même pas peur.

L'idiote (Carla B, sors de ce corps).

La responsabilité m'est finalement  tombée dessus, soudainement, et j'ai réalisé combien ça pouvait être salvateur de faire son mouton. Donc j'ai fait comme tout le monde, j'ai rayé tous les rendez-vous et j'ai décidé de jouer le jeu, aussi bizarre soit-il. On nous demande de rester chez nous, on reste chez nous. Point. Tout le monde a mille raisons de faire autre chose. Evidemment. Mais, en vrai, on est plongé dans un véritable scénario de science-fiction, de ceux que je lisais, gamine, dans les BD que j'aimais dévorer, fascinée... et un poil effrayée, quand même.

Voilà. Il aura fallu 4 ans et un semblant de fin du monde pour que je reprenne la plume ici. Oh, l'envie ne m'a pas manqué auparavant. Seulement le temps. Ce temps! J'ai tellement couru après que le voilà, devant moi, et je peux le chérir sans peur qu'il s'envole.

Et vous savez quoi? Maintenant que j'ai du temps, je peux même aller à la chasse au pilou - que j'ai rangé depuis très longtemps - parce qu'en ce moment, c'est tendance de rester en pyj' toute la journée.

Dire que je m'en réjouis serait exagéré. Mes migraines incessantes en attestent, bouffée par le stress que je suis. Mais pour ce premier vrai jour de confinement, j'imagine mille possibilités et tente, sinon de savourer le moment présent - à chaque jour sa peine - au moins de ressentir la joie simple d'exister, tout simplement.

On se retrouve demain?

jeudi 19 mai 2016

La guerre civile (cette légère impression)

Depuis quelques semaines, au moins deux mois, en fait, j'avoue, je fuis le centre de Nantes. Avec les manifestations contre la loi travail, la ville a essuyé beaucoup, beaucoup de casse et voir ces panneaux agglomérés en lieu et place de toutes les vitrines des banques, ces traces de peinture au sol ou ces restes de projectiles me laisse à la fois triste et impuissante.
 
Aujourd'hui, je n'avais pas le choix. Je devais me rendre en plein centre, à la faveur d'un concours (celui de la tarte au citron meringuée), auquel je m'étais inscrite voilà des semaines. Pas envie d'y renoncer, et puis, j'avais confectionné la tarte hier, je trouvais ça dommage.
 
Pourtant, j'avais conscience des quelques éléments à braver.
 
Avec la pénurie d'essence annoncée (la raffinerie la plus proche, Donges, est bloquée) et les files d'attente plus longues qu'un jour sans chocolat pour choper un peu d'or noir, j'ai laissé ma voiture et je me suis rabattue sur le bus. Comme il n'arrivait pas, j'ai songé un instant à retourner chez moi, pour y prendre mon vélo. J'ai eu comme un doute, rapport à la tarte à transporter. Et puis le bus est arrivé. Je ne savais pas encore à quel point le trajet retour serait beaucoup plus compliqué.
 
Après avoir déposé ma tarte, j'ai sillonné les rues nantaises, étrangement calmes. Après un déjeuner fort sympathique avec des amis, retour à la réalité, et au bitume, légèrement modifié... Et pour cause, des centaines de CRS dans les rues, attendant, matraque prête à dégainer. Oui, des CRS partout, en fait, bloquant tous les axes stratégiques pour tenter d'empêcher les casseurs de défigurer plus encore NOTRE ville. Une atmosphère fébrile, des mamans qui font demi-tour avec leurs têtes blondes en apercevant l'armée d'uniformes bleu marine. Des regards lourds, pesants. Des commerçant sortis de leur boutique désertée, inquiets, parlant avec leurs voisins.

Et puis, l'attente.
 
Plus une voiture, que des piétons, tentant de se frayer un chemin entre la ligne de fourgons. Et des sirènes de police, de pompier, à n'en plus finir. Et le bruit assourdissant de l'hélico, tournant sans cesse au dessus de la ville assiégée. Car oui, à un moment, ça a pété, si j'en juge par la fumée sentie à des centaines de mètres du combat.

Tout était évidemment bloqué. Alors, j'ai marché, marché, avec mes sacs pesant un âne mort. Le tram était bloqué, j'ai pris un bus, et puis un autre, et puis un autre... En arrivant enfin chez moi, une heure et demie après avoir quitté cette zone qu'on aurait presque pu qualifier de guerre, j'étais juste lasse. Mais surtout très, très inquiète.
 
La colère fait plus que gronder, aujourd'hui, et cette sensation de guerre civile me chatouille de plus en plus.
 
On va où?

samedi 14 mai 2016

Le skech (Kafka is not dead)

A l'heure où je vous écris, je sors tout juste la tête de l'eau. Cette tête, justement, que je n'osais plus vraiment croiser dans le miroir. En cause, ces drôles de trucs qui ont poussé sous mes yeux, qu'on appelle des cernes. C'est vilain. Le matin, quand je me lève, c'est avec d'infinies précautions. Je laisse le temps à mon cerveau rabougri pour tout resynchroniser, tête et jambes, yeux et bras. Parfois, ça prend un peu de temps et Loulou a même pitié, quand il me voit débarquer à 7h du mat' dans le salon.
 
Il chante "René la Taupe", vous voyez bien.
 
Mais bon, c'est pour la bonne cause.
 
Parce qu'il fallait bien faire bouillir la marmite avant de me lancer définitivement dans ma nouvelle vie, j'ai passé quelques jours sur des retranscriptions, quelques nuits aussi, retrouvant mes bonnes vieilles habitudes, ajoutant juste ça et là quelques commandes de pâtisserie pour égayer mon quotidien.
 
Sinon, c'est pas drôle.
 
Forcément, tout ce qui concerne la gestion, la compta et les menus tracas classiques est passé un peu à la trappe, le temps que je finisse. Enfin, je gardais quand même un œil sur tout ça, mais avec une confiance infinie en la vie et aux administrations, tellement scrupuleuses, tellement pro, tellement...
 
Parmi elles, mon amie Pôle Emploi. Oh, je sais, à l'instar de François Hollande, c'est facile, très facile de faire du bashing avec Madame. Mais quand même, elle le cherche, parfois.
 
Pour vous situer l'affaire, j'ai appris alors que je lançais ma boîte que mes expériences pro, à droite, à gauche, m'avaient permis de recharger mes droits. Pas grand-chose, hein, mais de quoi démarrer en payant son loyer sans avoir à taper dans les caisses de ma jeune entreprise, ce qui, j'avoue, ne se refuse pas.
 
Un peu échaudée par les épisodes kafkaïens vécus par le passé, j'ai anticipé, largement, en me renseignant au maximum pour blinder le truc. Et quand il a fallu déclarer le chiffre d'affaires et communiquer tous les justificatifs, retranscription et pâtisserie ou pas, j'ai tout donné. Et même redonné, puisque visiblement, des courriers se croisaient et Paul me demandait ce que Pierre ou Jacques m'avait déjà demandé.
 
Bref. Rien que du classique.
 
Je démarre le mois et vois le 6 que rien n'a bougé. Zéro sur le compte. Bon. Ce doit être normal. C'est pas comme si j'avais des charges à payer, vous me direz...
 
Le 9, toujours rien. Le 10 non plus. Le 11, les yeux encore collés - j'ai fini ma mission à 3h du mat' - je prends mon téléphone et me résous, entre deux altercations droite-gauche du conseil régional, à appeler mon ami Popol. Qui après m'avoir expliqué qu'il attendait ma feuille de salaire (euh... je ne suis plus salariée, les gens) m'a rassurée. Si si, ça va être débloqué... Il a prévenu l'agence, elle a 48 heures pour exécuter sa demande.
 
Mouais. Vu tous les courriers ne prenant pas en compte mes propres infos, j'ai un léger doute. J'hésite, parce que ma mission à rendre pour hier, elle me regarde avec l'air du 11 janvier, se sentant délaissée. Allez, je file à mon agence. Et là, le sketch.
 
LE sketch.
 
A chaque fois, j'ai l'impression de vivre un condensé de l'activité d'une agence en quelques minutes (enfin, de grosses minutes, hein). Mais là, il y a eu une sorte de best-of, un truc désopilant où les Bronzés, les Monty Python et les Nuls cumulés ne m'auraient pas plus fait rire.
 
Un peu jaune, certes.
 
Cela a commencé dès mon entrée, où je croise, ô heureuse coïncidence LA conseillère que je voulais voir, celle à qui j'avais renvoyé tous mes papiers et qui connaissait mon dossier. Je lui signale que, euh, quand même, on est le 11 mai et que le petit bouton sur lequel elle devait appuyer pour déclencher mon paiement, elle l'a visiblement zappé.
 
"Ah mais non, mais vous savez, on est en sous-effectif."
 
Ah bah oui, forcément. Allez expliquer ça à mon bailleur et mon banquier, l'un qui attend son loyer, l'autre qui me colle les agios qui vont bien.
 
Donc, je fais la queue. Au guichet, je reconnais une autre conseillère, pas vraiment au taquet, qui, alors que vient mon tour, regarde la file (12 personnes derrière moi), regarde sa montre, se tourne vers sa collègue. Laquelle lui dit, "ouais, mais attends, je peux pas rester toute seule, là".
 
Sur ce, la conseillère-pas-au-taquet se redresse et part à la quête d'un gentil collègue qui prendrait sa place, en faisant le tour de tous les bureaux. Eh, c'est sa pause, hein, on va pas non plus revenir sur les droits du travail.
 
Pas de bol, personne ne peut la remplacer. Elle reprend sa place, soupire un grand coup, lève les yeux et me fait signe. J'avance. Je sens que sa lassitude va me peser, j'anticipe, je lui résume en deux mots la situation en lui indiquant que je veux être reçue.
 
Soupir.
 
"Bon, ben d'accord." (Merci, ô prêtresse, de m'accorder pareille offrande) "Y'a 4 personnes devant vous".
 
OK. Vu le timing de chaque rendez-vous, je suis coincée pour un moment. J'ai ma mission qui m'attend, à rendre pour hier. Visiblement, mes yeux disent tout ça, parce qu'elle ajoute:
 
"Ah bah oui, mais si vous êtes pressée, faut venir plus tôt le matin, fainéasse."
 
Elle n'a pas prononcé "fainéasse" mais son ton a suffi. Je lui fais gentiment remarquer qu'elle ignore tout de mon rythme actuel mais elle, ce qu'elle voit, c'est qu'un chômeur, il doit pas venir à l'agence à 10h, oh.
 
Je vais donc m'asseoir et sympathise rapidement avec un entrepreneur qui, lui, attend le déclenchement de son paiement depuis deux mois. Il est venu ce matin, et tant pis pour son chantier en cours. Il me raconte un peu et je me dis que je m'en sors pas si mal, avec mon seul mois de retard. Là-dessus, comme deux petits vieux sur un banc en Sicile, on s'avachit un peu et on regarde ce qui se passe dans la rue. En l'occurrence, dans la file devant nous, en accordéon, tantôt grossissante, tantôt diminuante selon le flux de vilains chômeurs.
 
Ma petite dame-pas-au-taquet soupire toujours.
 
Une femme est devant nous et on voit soudain un homme rentrer dans l'agence et s'approcher de la dite-femme. Visiblement, il la connaît, si bien qu'il lui fait une grosse blague en faisant mine de lui mordre le mollet (qu'il a saisi!) et en imitant l'aboiement d'un chien.
 
Ni une ni deux, ma petite dame-pas-au-taquet s'affole, hein, hein, quoi, qu'Est-ce qui se passe, elle sort de son guichet...
 
"Mais il est où le chien?" demande-t-elle, complètement interloquée.
 
Mon nouvel ami lui répond stoïquement:
 
"Il est parti."
 
Elle soupire, mais cette fois de soulagement. Ouf, déjà qu'elle a pas mal de poussettes, de bébés, de chômeurs fainéants et de cas sociaux à gérer dans la file, alors, un chien, je vous dis pas...
 
Là, j'avoue, je n'ai pas pu me contrôler et je suis partie dans un fou-rire... Communicatif, puisque mon nouvel ami s'est esclaffé à son tour, réalisant le one-man-show qu'on pourrait lancer.
 
Ensuite, ça a été le défilé classique, la dame qui vient pour son fils déposer un document sans savoir, la malheureuse, qu'elle va devoir elle-même tout scanner, puis ce monsieur visiblement paumé qui pense que, parce qu'il est inscrit à Pôle Emploi, on va le convoquer et il aimerait bien voir quelqu'un (ah ah), cette autre femme avec sa poussette tentant de calmer les pleurs de son bébé visiblement affamé. Et puis, cet autre naïf, arrivé à 10h45 à l'agence et demandant un rendez-vous.
 
"Ah ben non, monsieur", lui a répondu la dame en lui montrant l'horloge, "c'est trop tard, ça va plus être possible."
 
L'agence ferme à 12h30. Forcément.
 
Le ballet a continué et puis mon nouvel ami a enfin été appelé. Il est ressorti dix minutes plus tard, en me disant, un peu rigolard quand même:
 
"Ça y est, elle a appuyé sur le bouton!"
 
Habituée à mon heure réglementaire d'attente, j'ai commencé à soupirer à mon tour lorsque j'ai vu les minutes s'égrener. Et c'est finalement 1 heure 30 après mon arrivée que je suis rentrée dans le bureau de la dame qui devait tout arranger.
 
Lorsque je lui ai demandé les raisons d'un tel retard sur mon dossier -  que j'avais actualisé dans les temps - elle a commencé par me dire:
 
"Eh, attendez, je reçois du monde depuis 9h ce matin"
 
Le rapport? On est d'accord, y'en a pas.
 
Ensuite, elle m'a sorti le premier argument-choc:
 
"C'était le pont, la semaine dernière".
 
Ah bah oui, le truc dont tu oublies l'existence quand tu es indépendant, en fait, mais que les gens de Pôle Emploi ont la chance d'appliquer. Eux.
 
Ensuite, l'ultime argument, le best de Popol, en somme:
 
"Y'a eu un bug informatique."
 
Voilà. Voilà la petite tranche de rire du mercredi matin, qui m'aura quand même coûté cher en termes de temps et surtout, sincèrement, réellement inquiété sur le fossé entre la vision qu'a Pôle Emploi du monde du travail et la réalité, celle où, malheureusement, on n'a pas le temps de faire une pause, de se lamenter deux heures sur une panne informatique ou de répondre que, vraiment, on est désolé, mais on n'a pas de solution.
 
Dans la vraie vie, en tout cas dans la mienne, le seul choix est d'avancer. Et à ceux qui seraient un rien excédés par ce Pôle Emploi bashing et qui pourraient penser que, après tout, je profite bien du système, je leur réponds de ne pas s'inquiéter. J'ai bien l'intention de me passer très vite de leur aide, même si, pour avoir travaillé et contribué au système, j'y ai bêtement droit.
 
Ainsi va la vie.

lundi 4 avril 2016

Du syndrome schizo...

Petit souci technique, vendredi. Le grossiste, que j'avais sollicité pour m'imprimer de jolies cartes de visite, n'est pas enclin à le faire. Ou en tout cas a-t-il un doute sur mon activité.
 
"Bonjour", dit la voix sur la messagerie", nous sommes un grossiste pour métiers des arts graphiques et de la communication et à ce titre, vous ne pouvez pas, a priori, bénéficier de nos services."
 
 
Il est beau, non, mon logo? Merci Ivan Loncle!
 
Je rappelle la dame, tombe sur une collègue à qui je résume l'histoire, en expliquant que je suis certes pâtissière - peu de doutes lorsque l'on a sous les yeux mon logo - mais aussi journaliste et travaillant dans la com. Et là, avec l'air le plus dédaigneux possible, la dame au bout du fil me balance:
 
"Mais enfin, comment peut-on être journaliste et pâtissière?"
 
On peut, madame, on peut.
 
...
 
Bon, comme elle n'avait toujours pas l'air convaincu, je lui ai fait remarquer que la vie était longue.
 
Pas sûre que cet argument ait pu résonner davantage dans son esprit très... français.
 
Bah, ce ne sera ni la première, ni la dernière, j'imagine :)

vendredi 1 avril 2016

Ceci n'est pas un poisson d'avril (où le teasing prend sa fin)

Un ciel bas, gris.
 
Un nouveau regard vers la fenêtre. Non, le temps ne se lèvera pas, ce jour-là.
 
Je suis dans ma cuisine. Je prends le téléphone, j'appelle une amie. Je lui annonce que, finalement, mon affaire ne se fera pas. Un rien philosophe, j'ajoute que ce n'est sans doute pas le moment.
 
...
 
Et que c'est probablement un mal pour un bien (on se console comme on peut).
 
Je raccroche. Je crois que j'ai les yeux un peu humides. Une histoire de deuil, à vivre, après près d'une année à monter mon projet.
 
...
 
Oui, je me souviens très bien de cette journée. De ce ciel plombant, de ces sentiments mitigés qui m'ont alors traversée de toutes parts.
 
J'étais dans ma cuisine... Au Mans. J'ai pris le téléphone, appelé une amie. En pensant que, un jour, sans doute, cela finirait par arriver. Que je monterais ma boîte.
 
Il a fallu du temps. Nous étions en 2010. Ce projet que je porte aujourd'hui, je l'avais déjà à l'époque. Il n'était pas dessiné de la même façon. Je crois aussi que je n'étais pas tout à fait la même.
 
Six années ont passé et enfin, les doutes, la peur, le pessimisme ont laissé la place à l'espoir et à l'envie d'entreprendre, plus que jamais.
 
Mes propres freins se sont dissipés.
 
Sans prendre aucune drogue, promis.
 
 
Confectionner des pâtisseries pour les particuliers et les pros, donner des cours culinaires aux petits et grands, et garder un pied, aussi, dans la communication, voire, ô espoir, dans le journalisme, tel est le programme que je me suis concocté.
 
Depuis un mois, je vis jour et nuit au rythme de cette aventure. Elle me porte, me transporte, m'exalte. Où me mènera-t-elle? Je n'en sais rien.
 
Et vous savez quoi? J'ai juste envie de vivre le moment présent.

Le reste suivra.