lundi 21 mars 2016

Financer les Bouchées Douces? C'est possible!

Vous voulez en goûter? Ce sera bientôt possible, si si!
 
 Vous vous souvenez de mon poisson d'avril qui n'en est pas un... Eh bien, le 1er avril marquera la naissance de ma petite entreprise...
 
Les Bouchées Douces!
 
Oui, j'anticipe un peu, j'avais écrit que je ne dévoilerai pas le projet avant cette date.
 
Au programme, de la confection de pâtisseries artisanales, pour les particuliers et les pros, mais aussi des cours de pâtisserie et de cuisine. Je vous en reparle très vite, bien sûr, dès que je sors ma tête des chiffres et derniers détails...
 
L'autre nouvelle, c'est que, dans quelques jours, je lance un financement participatif pour permettre aux Bouchées Douces de partir sur les meilleures bases possibles!
 
Je vous en dis plus très vite... Restez connectés!!

dimanche 20 mars 2016

L'invention d'une vie

Vendredi matin, 7h du mat', le nez dans ma crème citron (c'est une image, je vous rassure), je me suis dit que je ferais bien d'aller me recoucher. J'avais lutté, mais la crève l'avait emporté sur ma résistance. Sans cette tarte au citron à préparer, j'aurais pris un peu de rab sous la couette, rien que pour reprendre quelques forces.
 
Car j'avais deux rendez-vous qui me tenaient à cœur, ce jour-là, extrêmement importants pour la suite des opérations. L'après-midi, j'allais à la chambre des métiers faire mumuse avec les chiffres pour déterminer mon prévisionnel. Le truc un peu sérieux, vous voyez le genre, où il vaut mieux être en forme.
 
Ce qui n'était pas mon cas, vous l'aurez compris.
 
Pas le choix.
 
Il restait donc le rendez-vous matinal. Y renoncer? L'idée a traversé deux secondes mon esprit embrumé mais un je ne sais quoi m'a poussé à maintenir mon programme.
 
Peut-être l'idée d'aller, enfin, rejoindre les rangs de la cuisine partagée, cette structure nantaise qui permet de travailler dans un vrai labo à plusieurs.
 
Là, le pilou spirit qui revient parfois a tenté une incursion envoûtante en me proposant le chemin confortable de la couette. J'ai dit, "non non, j'y vais, ce sera une question d'une heure, et puis d'abord, je t'ai pas sonné, monsieur pilou."
 
...
 
Le pire, c'est que je n'avais pas de fièvre (je m'inquiète, parfois, quand même, sur l'état de mes neurones) (bref).
 
Donc, ma crève, mon regard de zombie et mes mouchoirs, nous sommes partis.
 
J'ai pensé que ça risquait de faire beaucoup de monde, mais j'imaginais aussi que, dans leur grande bienséance, mes hôtes accepteraient de prendre tout le pack.
 
En arrivant, j'ai eu comme un doute. La réunion avait déjà commencé alors que j'étais ponctuelle... Avais-je loupé un épisode?
 
Catherine, la responsable du lieu, m'accueillait chaleureusement, m'expliquant que la réunion prévue ne commencerait qu'une heure plus tard, mais que là, y'avait des gens qui faisaient un tour de France.
 
Un tour de France? Intriguée, je rejoignais le groupe, jouant à la petite souris pour ne pas interrompre la discussion. Raté. Vous voyez, ces personnes vous saluent en vous voyant. Oui, ils sont du genre courtois et avenant.
 
J'ai plus toujours l'habitude, je vous avoue, alors ça m'a fait bizarre.
 
S'en est suivi un tour de table et l'occasion de mieux connaître chacun de ces êtres autour de la table. Il y avait donc Catherine, mais aussi Frédéric, son frère -lui-même fondateur du projet de cuisine partagée - Caroline, jeune entrepreneuse dynamique et créatrice de granolas-qu'ils-sont-trop-bons. Et, en face, le stylo à la main, un couple, la soixantaine dynamique, dont la tenue de randonneurs m'a quelque peu interpellée.
 
Je ne savais pas alors qu'Anne et Patrick parcouraient les régions de France à pied. Et que c'est forcément plus pratique en veste Quechua qu'en tailleur ou costard, on est d'accord.
 
Après nous avoir écouté attentivement, ils nous ont expliqué leur démarche. Ce couple d'entrepreneurs a eu une drôle d'idée: parler de l'humain dans l'entreprise. Prendre ce facteur en compte et décortiquer le fonctionnement de tout ça.
 
Lui venait des "sciences dures", comme il s'en amuse, elle, silhouette à la fois frêle et tonique, s'était déjà attachée depuis un moment à l'être humain dans le monde du travail. Conscients des changements de paradigme (special tribute to Albert, dont c'était le mot favori. Mais je m'égare), ils ont eu envie de comprendre comment marchait la coopération entre les êtres.
 
Et c'est ainsi qu'ils ont décidé de partir un mois plein, trois fois par an, dans diverses régions de France, afin de rencontrer les citoyens, entreprises et acteurs de cette fameuse coopération, pour, ensuite, en définir les ressorts communs.
 
Là, j'ai cherché la caméra. On serait pas en plein épisode II de Demain, là?
 
Histoire de pimenter la chose, Anne et Patrick ont choisi de réaliser ce parcours à pied, privilégiant ainsi la lenteur pour mieux assimiler la tonne de données qu'ils sont en train d'amasser. Voilà comment est né, le 1er mai 2015, "l'observatoire de l'implicite", lui même produit de l'institut des territoires coopératifs, lui-même, fruit de l'imagination d'Inovane... la boîte de nos aventuriers.
 
En mars, ils ont entamé leur marche par les Pays de la Loire et c'est ainsi qu'ils sont arrivés à Nantes, dans ce quartier, pour écouter les acteurs de cette belle aventure qu'est la cuisine partagée, où les jeunes entrepreneurs de la restauration viennent fabriquer leur production. Mais pas que.
 
Le truc magique, qui a même relégué ma crève au rayon des "on verra plus tard", c'est qu'ils ont su réveiller en nous l'introspection nécessaire à tout projet. Car, après tout, dans un monde où le burn out devient monnaie courante, où la maltraitance de certains employés semble normale, où une scrogneugneu de banquière ose vous dire que lorsqu'on a un CDI, on s'accroche (si, si, une telle femme existe et a osé. Je ne m'en suis toujours pas remise), bref, dans un monde où la chair est souvent considérée comme faible, qu' est-ce qui pousse certains êtres à aller chercher, plus qu'une activité, un lien avec les autres?
 
Alors, on a parlé, chacun, de la raison d'être de notre projet, de notre objectif, de notre motivation profonde, des critères de réussite, de nos valeurs et croyances. Je me suis entendue dire que je voulais "inventer ma vie." Que je voulais favoriser l'être au faire, rester fidèle à mes convictions. Avant d'ajouter que, plus que jamais, le plaisir et le partage étaient mes moteurs et que la cuisine et la pâtisserie constituaient un (beau) prétexte à l'échange.

J'ai pu me livrer ainsi sans craindre les habituelles réflexions, les regards perplexes de certains esprits bien rationnels qui ne voient en mon aventure qu'une utopie de plus, dans un monde qui n'aurait pas besoin de rêver.
 
J'ai senti en moi tellement d'émulation que je suis repartie de là avec une énergie inimaginable au vu de mon état larvesque du matin.
 
Autant vous dire que pour les détails techniques de la location du lieu, je suis repartie quasi bredouille. J'étais venue voir de l'inox... j'ai vu de la chair.
 
Peu importe. Et au contraire, même. Vous savez quoi? Je crois que le ressort de la coopération, c'est le supplément d'âme que l'on peut mettre dans sa vie professionnelle.

Ou dans sa vie tout court, d'ailleurs.
 
PS: Anne et Patrick me pardonneront, j'espère, les raccourcis que j'ai osés quant à leur initiative, bien plus complexe et enrichissante que peuvent le laisser supposer ces quelques lignes. Vous pouvez suivre nos deux marcheurs ICI. Et l'arroseur étant souvent arrosé, si vous doutiez de mon état de zombie, voyez LA (où il faut savoir faire taire son ego, parfois).

jeudi 10 mars 2016

Ceci n'est pas un poisson d'avril (prologue)

Le 1er avril, je vous dévoilerai tout.
 
Je sais, rien que la date prête à la confusion, Loulou m'ayant nonchalamment fait remarquer que c'était le jour des poissons d'avril. Et pourtant, je n'ai jamais été aussi sérieuse (enfin, presque. Je me souviens avec nostalgie de mes journées passées dans les hémicycles, où j'aurais pu tracer la ride du lion qui se creusait au fil des heures sur mon front, à écouter au premier degré ces politiciens, sans penser alors que j'assistais en fait à un pestacle de clowns) (naïve que j'étais) (Bref).
 
Petit, gros indice, même, je crée ma micro-entreprise, laquelle sera donc officielle ce 1er avril. Pour le nom et les détails, vous me permettrez de vous faire patienter, que dis-je, languir. Bon, j'admets que la présentation d'un specimen physiquement intelligent pourrait vous permettre de me faire parler davantage.
 
Vous avez ça en stock?
 
Non?
 
Bon, donc vous attendrez le 1er avril.
 
Mais je vous promets qu'il y a du lourd.
 
Et voilà que la mouette s'emballe encore... Ou pas. Disons que je faisais moins la maligne en début de semaine. Engluée dans une angoisse primaire liée à un statut précaire, perdue dans un désœuvrement sans fin, je me suis fait quelques films. Mais flippants, les films. Du genre, "madame, tu vas aller vivre bientôt sous les ponts, mais réjouis-toi, le printemps arrive, tu ne mourras pas d'engelures...
 
Juste de faim."
 
Tentant de surpasser ces idées un rien funestes, je suis partie à la chasse aux opportunités, persuadée que cette débauche d'énergie me permettrait de voir le jour, là, pas loin. C'est alors que j'ai frôlé le double homicide en envisageant l'étranglement radical d'une dame-de-la-banque-moraliste, et d'une non moins radicale pendaison (de moi-même.)
 
Vous voyez le genre.
 
Pourtant, contre toute-attente, mon moral, alors passé sous les -70° (au moment de la pendaison envisagée, je crois) est remonté en flèche pour m'offrir un pseudo-état de sérénité, propice à avancer.
 
A la faveur d'une rencontre majeure, me voilà sur tous les fronts, à aller chercher du devis, cibler mes futurs clients, contacter les fournisseurs, prévoir le plan de financement...
 
J'en oublierai presque que ce 1er avril correspond aussi... à ma fin de droits. Sacrée coïncidence, n' est-ce pas?

J'ai perçu une certaine ironie du sort, ce soir, en passant, sans l'avoir prévu, devant le restaurant que j'ai quitté voilà près de deux semaines maintenant. Quelle opportunité, finalement, d'avoir pu fermer cette porte-là, pour en ouvrir une autre qui, malgré les angoisses et autres envies de meurtre (!) passagères, m'offre un chemin unique.

Un chemin à la fois inconnu et familier, une voie improbable et réjouissante que je construis chaque jour à mon échelle. Et qui verra ses premiers fruits au 1er avril...

mercredi 2 mars 2016

L'art de jouer au kangourou

N' est-ce pas ironique, lorsque l'on a suivi des années durant des matchs de basket, lorsque l'on s'est passionné à ce point pour la balle orange, d'entendre en permanence qu'on va... rebondir?
 
Avec mon côté éponge émotionnelle, je me demande si je ne ressens pas un peu d'empathie pour cette balle, malmenée, secouée, balancée, parfois bloquée dans le cercle... A moins que je fasse un transfert, tout simplement et que je me sente ainsi, souvent en l'air, ballotée de ci de là, sans véritable direction?
 
Bref, toujours est-il que pour mon premier jour de chômage, lundi (enfin, premier, depuis quelques mois, j'ai désormais un peu d'expérience en la matière, hum), je me suis réveillée avec une sacrée gueule de bois. Les images de mon départ du restaurant, vendredi soir, me sont revenues en pleine face.
 
Au moment de quitter les lieux, la boss, visiblement désolée, m'a ainsi offert une coupe de champagne. Amusée d'avoir finalement mon pot de départ, je me suis tournée vers le chef, pour trinquer. Il m'a regardé, osant la phrase fatale :
 
"-En fait, tu étais au point, là."
 
Vous avez dit incongru?
 
Depuis ce moment, j'avais joué l'évitement. Mais la réalité est palpable: lundi matin, je me suis levée tôt, certes, mais pour préparer le petit déj de Loulou. Certes, j'avais le choix de faire corps avec ma couette, sitôt son départ au collège.
 
Mais, je sais pas, une histoire d'urgence (tic tac, la fin de droits, tic tac, l'insécurité finale, tic tac...) m'a assez facilement convaincue de rester debout, et digne.
 
Depuis, j'ai l'impression d'être rentrée dans un nouvel espace-temps, où chaque minute passe beaucoup trop vite au vu de tout ce que je veux faire. Il se passe des choses, les zamis, il se passe des choses... Hier, par exemple, j'ai repris mes notes, mes cahiers griffonnés de plein d'espoir et d'envie et j'ai présenté le tout à un monsieur, comme à la bonne vieille époque où j'allais défendre mon macaron rose.
 
J'ai senti l'énergie monter comme la température d'un caramel ambré, et j'ai loué cette magie du kangourou, celle qui nous permet justement de rebondir, quelle que soit la nature accidentée du terrain.
 
Il est trop tôt pour en dire plus et je garde quelques biscuits pour la suite, parce que, comment vous dire, je commence à être un rien échaudée. Mais j'ai l'espoir que ces sauts me donnent suffisamment d'impulsion pour avancer, enfin, vers là où je veux aller.

jeudi 25 février 2016

Comme tu n'es pas du métier (l'épilogue)

Voilà. C'est officiel. Demain, je rangerai mes affaires, sans même avoir besoin d'un carton, et je pousserai pour la dernière fois la porte du restaurant. Sans plus de regret ni d'amertume.
 
La pilule est passée.
 
Après trois premières semaines passées sans stress ni pression particulière, le vent avait tourné, en cuisine. Le chef, impatient et un rien ronchon, tournait en rond et marmonnait dans sa moustache sans jamais vouloir répéter ce que je supposais des pensées intérieures qui auraient involontairement rippé vers le système sonore.
 
Je vous jure, c'est bizarre.
 
Avant d'être prise dans ce restaurant, il avait été beaucoup question de pâtisserie. La boss voulait de nouveaux desserts et mon goût prononcé pour la chose l'avait forcément séduite.
 
Pourtant, j'ai vite compris qu'au delà des jolies intentions, il y a la réalité, celle d'un restaurant ouvrier où, ce qui compte, c'est le buffet d'entrées.
 
Le reste, on fait comme on peut. Les crèmes brûlées sortiront toujours d'un carton, les mousses au coco aussi, poudres industrielles censées en mettre plein les yeux à des clients que l'on suppose non friands de sucré - ou dont le palais ne serait pas éduqué pour distinguer du fait maison d'un ersatz en paquet.
 
Je me suis donc résignée, m'offrant le luxe de confectionner quelques desserts ça et là, au moment du service, entre deux allers-retours à la plonge ou en salle. J'allais devoir être patiente. On me demandait de me concentrer sur le froid? Je me concentrais dessus.
 
De l'extérieur, ça marchait. Pourtant, je sentais un truc pas net, pas franc du collier. Et c'est une vraie claque que j'ai prise lorsque la boss m'a fait part de ses doutes. Oh, non, elle ne me reprochait rien, bien sûr! Elle me disait même "très courageuse".
 
Simplement, m'a-t-elle dit, je n'avais pas "l'expérience de la restauration ouvrière".
 
Dit la dame qui avait vu mon cv, demandé à me voir à plusieurs reprises avant l'embauche, à me tester en cuisine, à me tricoter encore au téléphone.
 
...
 
La vérité, vous comprenez, c'est que "je ne suis pas du métier."
 
Et pour le chef, c'est juste pas possible.
 
Passée la stupeur, j'ai réfléchi. Me suis demandé où était ma place. J'avais pris ce travail comme une étape vers autre chose. Je m'étais investie dedans, malgré les quelques désillusions concernant mon rôle réel et l'absence de pâtisserie, alors même que ma double casquette avait alors joué en ma faveur au moment de mon embauche.
 
Je pouvais encore m'accrocher. Et titiller la patience du chef.
 
Soyons honnête, je n'avais pas envie de me sentir une petite chose en cuisine comme je l'ai ressenti par moment.
 
J'aurais donc passé deux mois là-bas. Une fois dans ma vie, j'aurais été officiellement commis de cuisine.
 
Une fois encore, l'inquiétude et la déception sont passées. J'ai comme l'impression que l'aventure, elle, ne fait que commencer...

jeudi 4 février 2016

Essaie encore...

Après de multiples tergiversations, voilà, ce soir, j'étais à fond: enfin, j'allais ouvrir ma petite boîte de pâtisserie.

En micro-entreprise, oui oui.

Le diplôme? Check.

Le stage d'installation préalable? Check (dispensée, après de longs mois afpaiens, eh oui!)

Le compte bancaire obligatoire? Check. Je sortais de chez le banquier physiquement intelligent (j'y peux rien, il l'est, objectivement), ce soir, quand j'ai commencé à m'enregistrer sur le site officiel de l'auto-entreprise.

Et là, c'est le drame. Il faut, évidemment, scanner sa pièce d'identité, en ajoutant une mention manuscrite sur le document. Et pour ça, vous me direz, il faut 1/ un scan: j'ai. 2/ une pièce d'identité: j'ai...

... Enfin, le banquier physiquement intelligent l'a, lui qui l'a gardée, ce soir.

C'est moche.

samedi 16 janvier 2016

Comme tu n'es pas du métier...

A l'heure où les figures people tombent comme des mouches en ce début d'année, j'ai envie de vous souhaiter le meilleur pour 2016, d'abord. Et de vous confirmer - vous vous en seriez douté - que je ne suis pas mourue.
 
Je suis juste passée dans une sorte d'ouragan-tourbillon-tornade (vous voyez le genre) qui m'a laissée un rien lessivée. Mais heureuse.
 
Souvenez-vous, je n'étais plus qu'une boule de nerfs rongée par l'angoisse, ces derniers temps. Après près de deux ans consacrés à me former pour exister dans un domaine réputé dur et exigeant (ah bon? à peine :) ), j'étais arrivée là, devant un mur intimidant, très intimidant. A quelques jours de ma fin de droits, je ne savais vers où me tourner, me démenant pour trouver, enfin, sinon une place au soleil, au moins le droit de profiter de quelques rayons.
 
Et puis, soudain, le tourbillon. Un premier entretien pour travailler dans un restaurant. Un bon feeling avec la boss. Un deuxième entretien et un bon feeling, cette fois, avec le chef de cuisine. Un essai, un nouvel entretien au téléphone, un deuxième essai et la sortie d'une arme, avec l'espoir qu'elle soit fatale:
 
Ben quoi? Pourquoi ne pas tenter le coup ? Sur un malentendu, ça peut marcher...
En quittant la cuisine après mon second essai, sans avoir revu la boss retenue ce jour-là, j'ai donc déposé cette tarte au citron, que j'avais confectionnée au préalable at home. Qui ne tente rien... Il n'y avait plus qu'à attendre.
 
Et puis, une proposition inattendue du snack, pour lequel je travaillais le midi, m'a créé quelques gros nœuds au cerveau et à l'estomac. Choisir un temps plein dans un restaurant à 120 couverts ou un mi-temps avec des personnes humainement extra, me laissant le temps de développer ma petite entreprise?
 
Chercher le challenge en allant puiser au fond de moi des ressources dont je ne me sentais pas forcément pourvue ou continuer d'envoyer des assiettes de snack dans un contexte convivial sans avoir les mains liées ?
 
L'aventure dans un monde tant espéré mais redouté, ou le bricolage entre un peu de rédaction, un peu de cuisine, un peu de pâtisserie?
 
Nous étions mi-décembre et j'attendais avec une hâte non dissimulée un peu de répit, une once de moments insouciants avec Loulou, le retour vers une vie normale, le temps des vacances. J'avais clairement dans ma ligne de mire le samedi 19 décembre, premier jour de la trêve.
 
Alors que je retournais ce joyeux bazar dans mon cerveau déjà bien mal rangé, un texto, alors que j'allais entamer mon service au snack: "j'ai besoin de vous".
 
La boss de la pâtisserie-chocolaterie pour laquelle j'avais travaillé cet été m'appelait en renfort pour la période de Noël.
 
Un CDD, à partir... du 19 décembre.
 
J'étais à plat.
 
Evidemment, j'ai dit... oui. Trop facile.
 
Je crois que mon chat se moque de moi, en imitant l'état larvesque dans lequel je me sentais alors...
 
Le soir, alors que je mettais toujours en balance le snack et le restaurant, la boss du second établissement m'a appelée, l'air un peu grave.
 
J'ai cru que c'était mort. Et j'ai senti la déception monter en moi.
 
"Je voulais vous dire, Stéphanie : il va falloir que vous nous fassiez beaucoup, beaucoup de tartes au citron meringuées."
 
J'étais bien alignée. Ok, allons-y pour le challenge, puisque mon cœur et ma conscience me l'indiquaient. Sautons le pas.
 
Le lendemain, je retrouvais le labo de la pâtisserie et j'ai ainsi assisté à la multiplication des bûches, sous mes yeux, quoiqu'épuisés, émerveillés. J'ai connu cette drôle d'effervescence de Noël quand on travaille ainsi, petites mains avec petites mains, pour sortir le meilleur.
 
On est parfois arrivé à 5h du mat' au labo pour en sortir à 18h... Pour réaliser en rentrant à la maison que j'avais, de mon côté, des bûches à confectionner, m'étant emballée quelques jours plus tôt sur cette idée... Autant vous dire qu'au moment de démarrer ce que j'ai vécu alors comme une contrainte, j'étais aussi enthousiaste que Thomas Thévenoud devant sa feuille d'impôt.
 
Pourtant, contre toute attente, j'ai aimé créer ces desserts, et j'ai même senti une pointe de plaisir, entre deux bâillements.
 
Mangue framboise, ou comment éviter la bûche crème au beurre!
 
L'ombre, c'est ma fatigue, je crois, elle était devenue omniprésente.
 
Bon, un ermite n'aurait sans doute pas renié le rythme de mon existence mais je l'ai vécu comme une expérience, une de plus. Une qui me menait jusqu'au 3 janvier... Avant d'enchaîner le 4 sur mon premier CDI en restauration (disons qu'un autre était prévu, mais un kit "souris-trou au plafond - œufs brouillés au micro-ondes" avait eu raison de ma bonne volonté).
 
Oui, je me pince. Je travaille comme cuisinière (ou commis? Je ne connais même pas l'intitulé de mon poste!), de façon officielle, je veux dire, je suis payée pour ça... et j'ai commencé à 9 jours de ma fin de droits!
 
Evidemment, le chef m'a rappelée que je n'étais pas du métier et je dois clairement faire mes preuves. J'ai deux mois d'essai. Mais, après deux semaines, je peux l'écrire: je ne vois pas les journées passer. Le rythme est intense, j'apprends, j'emmagasine, j'observe et surtout, je taille, je cisèle, j'émince, je découpe.
 
Parfois des petits bouts de chair, aussi, on ne se refait pas. Mais, promis, je n'ajoute pas ces suppléments aux salades, malgré l'apport protéinique certain.
 
J'ai même déjà ma petite routine. A 6 heures 20, j'appuie sur le bouton du réveil pour qu'il m'accorde quelques minutes supplémentaires, et puis encore, avant de réaliser que là, bon, faut y aller. J'entame alors ma petite marche en avant perso: saut du lit, enfilage de jean express, hop, le pull, hop, la salle de bains, hop, le bisou à Loulou à qui il reste encore quelques minutes de sommeil - le veinard - hop, la case thé qu'il faut sauter parce que plus le temps, hop, le trajet en voiture et à 7 heures, je suis en poste, ne sentant plus, soudainement, toute cette fatigue qu'il me semble pourtant si difficile à éradiquer lorsque je suis encore sous la couette.
 
La journée a démarré et le rythme s'emballe.
 
La vie est dingue.
 
Vive 2016!