vendredi 15 mai 2026

250 kilomètres plus tard

 Entre joie et mélancolie, soulagement et nostalgie... L'arrivée à un point donné, prévu et accepté, génère souvent des sentiments contrastés.

Nous n'avons pas échappé à la règle. Hier matin, nous démarrions notre dernière étape, avec l'envie d'en profiter au maximum, conscientes de l'échéance (de la déchéance possible aussi, mais c'est une autre histoire - RIP le tendon d'Achille de ma cops).

Nous sommes parties sous des trombes d'eau, à toute allure, loin du temps long, mais proches de la congélation sur place tellement les températures avaient dégringolé. Nous avons donc parcouru à près de 5km/h la première partie de l'étape, notre démarche s'apparentant par moment, en particulier dans les descentes vertigineuses, à un exercice de trail. Même nos jambes étaient couvertes de boue.

Vivre le moment présent et ne savourer que l'instant, l'idée est géniale mais franchement pas toujours compatible avec la réalité du corps et de la météo.

Néanmoins, passé ce moment un rien douloureux, nous avons profité d'une réelle accalmie pour marcher, pas après pas, bien ancrées là où nous étions. La chance d'être là... De passer sur ce chemin de halage si spectaculaire entre Bouziès et Saint-Cirq Lapopie. D'ouvrir grand les yeux et de découvrir la splendeur de ce paysage verdoyant et si insolite.












Nous approchions du village et je réalisais alors que la fin était proche... Plus que jamais, j'ai pris mes bâtons fermement et ai appuyé sur ce sol caillouteux, et scruté chaque détail du chemin, comme pour m'imprégner de ce décor qui ne serait bientôt plus mien.

Il y avait une dernière montée, que j'imaginais coriace. Elle n'est pas la plus drôle à franchir mais elle m'est paradoxalement parue bien courte. Quelques escaliers pour finir et voilà que j'étais arrivée sur le parvis du village.

Fin de périple. 13 jours de marche, 250km parcourus sous le soleil, la pluie, le vent et même la grêle, le froid et la chaleur, parfois en quelques minutes d'intervalle. De vastes plaines, des prairies si vertes, des causses impressionnantes, des forêts habitées et moussues ou sèches et désertes. Un tube de Nok terminé, deux ampoules, jugulées heureusement en deux jours, quelques barres de céréales protéinées et des poignées de fruits secs ingurgitées, deux siestes. De vrais fou-rires, des conversations sur tout et sur rien, des heures de silence, des tonnes de questions se chevauchant dans la caboche et surtout, un vrai sentiment de gratitude d'avoir pu boucler ce périple sans bobo.

Je vous parlais de cette sensation d'être à ma place. Si je veux être parfaitement honnête, il y a deux fois où, clairement, nous avons eu l'impression de ne pas l'être : en prenant un café dans un hôtel 3 étoiles à Vers, au milieu de clients bien propres sur eux... Et hier soir, lorsque nous avons rejoint un autre établissement de ce type, nous offrant une vraie nuit de repos, loin des dortoirs qui sentent les pieds et qui pullulent de ronfleurs. Autant vous dire que l'on faisait tâche, et moi particulièrement avec mon combo parfait sandales de marche-chaussettes, pantalon large, polaire et coupe -vent crado. Une vraie gravure de mode.

En ai-je été gênée, finalement ? Pas tant que ça, car au delà des apparences qui nous placent encore ce soir, à l'heure de ces lignes, dans l'équipe des pouilleuses et en complet décalage avec le monde habituel, je me sens fière d'appartenir à cette drôle de famille, celle des pèlerins de Compostelle et je me la pète un rien en disant que j'ai parcouru un peu "le chemin".

Tant pis si, pour cela, la transformation que génère cette expérience unique engendre une forme de laisser aller dans l'allure.

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