samedi 10 juillet 2010

La longue route

Toutes les deux heures, une pause s'impose.

Si, si, sur un long trajet, c'est important. Sinon, les yeux, y picotent, la tête, elle s'alourdit, les paupières, elles deviennent lourdes et l'esprit tout embrumé.

Toutes les deux heures, une pause s'impose.

Les possibilités sont nombreuses : Lire un article de ELLE (ça prend de quelques secondes à cinq minutes, en ce moment, vu la profondeur des numéros estivaux) ; siroter un thé glacé; croquer un fruit d'été; faire un tour sur sa boîte mail ; et pis sur sa page facebook.

Ensuite, on repart. Hop, on prend son courage à deux mains, bien décidé à s'enquiller un long parcours. On sait qu'on en a pour un paquet d'heures et qu'on ne sera pas couché avant deux heures du mat', au mieux. Alors, on se frotte les yeux, on bâille un grand coup et, les mains sur le... clavier, on repart pour un tour.

Toutes les deux heures, une pause s'impose.

Même lorsque la destination n'est pas estivale. Et surtout lorsque la route sinueuse que l'on prend ne nous mène que sur des chemins communautaires, municipaux, départementaux, que sais-je.

Surtout quand les débats consistent à évoquer des ZAC ou la suppression du patchwork dans les maisons de quartier. Parfois, ça devient sportif. Je m'énerve toute seule en entendant ces technocrates parler de "familles dites vulnérables" - entendez "familles mono parentales", dont les enfants sont forcément voués à l'échec.

Si, je vous jure, y causent de ça, nos politiques. De ce déterminisme social qui enterre les plus jeunes, directement, s'ils n'ont pas la chance d'avoir un pôpa et une môman à domicile, qui travaillent tous les deux, évidemment. Je ne vous parle même pas des enfants qui auraient le grand malheur d'être élevés par une maman seule, au chômage qui plus est: ceux-là, les études supérieures, ils peuvent oublier. C'est no way.

Étant tenue à l'objectivité, je dois donc me contenter de retranscrire ces propos, sans, surtout, chercher à réfléchir à la teneur de tels a priori. Mais quand même, au bout de deux heures...

Une pause s'impose.

Ensuite, je reprends avec plaisir le fil des débats, d'autant que celui qui cause dans le poste aujourd'hui parle comme Bruce Willis (enfin, la doublure française de l'acteur ricain, mais avouez qu'il y a plus désagréable) et surtout, je constate que, parmi toutes les assemblées que j'ai la joie de retranscrire, la droite fait à chaque fois partie de l'opposition.

Sur une pente savonneuse, elle attaque avec férocité la majorité mais la gauche triomphante, actuellement (je ne pensais pas écrire ça de sitôt, tiens, merci la droite d'avoir dérapé toute seule) parvient à rabrouer ces sinistres politiciens. En les taclant sur la politique qu'ils ont choisie de défendre et sur les choix gouvernementaux actuels. Autant vous dire que pour eux aussi...

Une pause s'impose.

Juillet ne sera pas placé sous le signe des vacances, dans mon cas. Tant mieux. Les missions s'enchaînent, s'entrechoquent parfois, ne me laissant aucun répit et me contraignant à des week-end studieux. Avec des pauses, donc, obligatoires, pour éviter le coup de pompe.

Cela dit, si je m'endors, le risque est minime. Tout au plus, je pourrais glisser du canapé.

vendredi 9 juillet 2010

Amère avec le ministère

Contactée par le ministère de l'Emploi, vous disais-je...

Hier, en pleine retranscription, j'ai manqué de lâcher mon ordi à la sonnerie du portable. Trop concentrée.

Affreux.

C'était le ministère de l'Emploi. Au début, je n'ai entendu que "Emploi" et je me suis dit, ça y est, j'ai enfin la réponse pour le poste que je reluque à Nantes, alléluia, je vais cotoyer des bas du front, tout vient à point à qui sait attendre, ce genre de baratin, tout ça.

Mais en fait, non. Le monsieur, dont la voix laissait présager un style physiquement intelligent, m'explique qu'il réalise une enquête auprès des bénéficiaires du NACRE, un dispositif d'aide à la création d'entreprise. Dont, de fait, j'ai profité, avant de devoir faire le deuil de ma P'tite Dînette. Si je veux m'exprimer? Tu penses que je ne vais pas laisser passer l'occasion! Bon, quand il me parle d'une bonne vingtaine de minutes, je prends peur et lui suggère de me rappeler ce soir. C'est que j'ai des compte rendus de la haute à terminer, avant d'attaquer le menu fretin.

Quand le téléphone reste désespérément muet, le soir venu, je suis un rien déçue. J'aurais bien aimé profiter de l'opportunité, mine de rien. Car après tout, un petit exemple combiné à des tas d'autres, ça peut peut-être faire avancer les choses, non?

Finalement, il appelle plus tard que prévu, mais peu importe. Les questions sont nombreuses et précises et me replongent d'emblée quelques mois en arrière. La SARL, les prêts d'honneur, le besoin en fond de roulement, la fronceuse de sourcils, les formations, mon retour à l'école à l'AFPA, le Café Clochette, mon expérience d'apprentie scary movie girl chez le triste toqué, les carrés, les barbus, le dormeur, le maori, les banques et leurs incitations à dégoter un multimillionnaire, les allées et retour sur mon vélo, tantôt exaltée, tantôt abattue, mes espoirs, les désillusions, l'achat de la vaisselle, les tabliers en cadeaux...

Tout me revient en bloc. J'en parle avec un curieux mélange de détachement et de colère rentrée, l'amertume coincée au fond de la gorge, certes, mais suffisamment de recul pour lâcher à mon interlocuteur que "face à un comité régional bancaire, mon dossier ne tenait pas la route, du fait de mon inexpérience, de la conjoncture, ma situation personnelle... A leurs yeux, évidemment."

Il est dans l'empathie, ce monsieur. Évidemment, certaines questions ne permettent pas une réponse plus détaillée que "pas satisfait, satisfait, assez satisfait ou très satisfait" et il doit sentir ma frustration de ne pouvoir préciser mes dires. Alors, à la fin du questionnaire, il m'indique que si j'ai un message à faire passer, surtout que je n'hésite pas. Je lui dis que la création d'entreprise, telle qu'elle est présentée aujourd'hui en France, n'est en fait souvent que de la poudre aux yeux, permettant au gouvernement d'atténuer certaines statistiques déplaisantes et à Pôle Emploi de soulager un rien ses conseillers débordés par la cohorte de chômeurs.

Lui, qui est resté plutôt objectif jusque là, m'encourage dans cette voie. "Remarque très juste", me dit-il. Du coup, je lui raconte ma dernière tentative avortée d'auto-entreprise. Attentif, il me demande s'il peut prendre mes coordonnées complètes, "afin de remonter l'information jusqu'au Ministère de l'Emploi. Je suis persuadé que votre expérience pourra intéresser certaines personnes." Ma générosité n'ayant pas de limites, je lui indique l'existence de ce blog, qui relate quelques déboires d'une pseudo-créatrice d'entreprise. L'intitulé le fait sourire, je l'entends.

Il note tout ça en me souhaitant bonne continuation.

Pas sûre qu'Eric Woerth m'appelle dans les jours à venir. Il a, je crois, d'autres chats à fouetter en ce moment. Mais ça fait du bien de se lâcher et de partager son expérience, si modeste soit-elle.

jeudi 8 juillet 2010

La meringue du Maire

Je soupçonne ma boss/cliente/créatrice de buffets en tout genre et fournisseuse officielle de glaces pour mon loulou de lire ce blog. Elle voudrait me redonner le sourire et de la matière qu'elle ne s'y prendrait pas autrement.

A moins qu'elle ait juste envie d'être sympa.

Ou que ça la saoule de me voir arriver avec une tête de dix pieds de long.

Ou qu'elle a pitié.

Bref. Aujourd'hui, elle m'appelle et m'en raconte une bonne:

"Le Maire est venu manger hier, il a trouvé le rouget très bon (je n'y suis pour rien, c'est moi qui jouais au poisson, dans la piscine) et la tarte au citron... excellente (MA tarte, oui, messieurs, dames, la mienne à moi). Il m'a dit que ça, ça se voyait que c'était de la tarte maison (roulée sous les aisselles, tu penses, plus authentique, c'est juste pas possible) et que, dorénavant, ce dessert devait être EN PERMANENCE à la carte."

Que ma petite tarte au citron meringuée était donc intronisée tarte du mois, incontournable sur notre cité, limite à égalité avec les 24 heures. Ouais, ouais, rien de moins.

Là, avec ma cops', on s'est senti les reines du monde, tout du moins de la tarte au citron meringuée. Pensez-donc, le premier notable de la ville qui se tape le uc par terre et qui réclame à corps et à cris son "dessert préféré" ("si, si, je te jure, il a dit ça!"), nous, on ne touchait plus terre.

"Bon", lui ai-je répondu, "tu n'as plus qu'à m'embaucher comme pâtissière permanente."

Et puisque les délibérations des administrés ont tendance à envahir mes journées et pourrir mes nuits en ce moment, je lui ai suggéré une solution-miracle: La subvention. "Tu lui demandes une subvention exceptionnelle pour m'embaucher et qu'il puisse ravir son palais de son dessert préféré."

Bah quoi?

Demain, si vous le voulez bien, je vous raconterai comment j'ai été contactée par le ministère (amer?) d'Eric Woerth. Parce que je le vaux bien?

OK, elle est pourrie ma vanne. Je sors.

mercredi 7 juillet 2010

A quoi bon

Lundi soir, j'étais toute guillerette: j'avais bouclé ma mission avec deux jours d'avance, j'allais pouvoir m'attaquer à la suivante dès le lendemain, sereinement, sans trop de pression. Pour un peu, je me serais même imaginée avoir une vie privée: à savoir manger à des heures normales, aller chercher mon loulou au centre et même, peut-être pouvoir aller faire quelques longueurs à la piscine.

Le rêve.

Pour téléphoner ou voir des amis, j'allais devoir encore attendre, évidemment, mais enfin le progrès était flagrant. Quant aux soldes, en revanche, j'avais un peu renoncé, le fait de n'avoir pas reçu de salaire ce mois-ci (eh oui, ironie du sort, maintenant que j'ai trouvé un peu de taf, je me retrouve sans le sou, allez comprendre) n'y étant pas vraiment étranger. Et puis, je l'avoue; j'espérais bien finir cette mission avant le 20, date-butoir, histoire de filer sur Nantes glaner quelques infos et préparer l'avenir. Prendre un peu le temps de vivre aussi, parce que décidément, je ne m'y ferai jamais, de laisser mon loulou partir au centre dans un car, dès potron-minet, au lieu de profiter de l'été comme moi, à son âge, j'avais la chance de le faire.

Nostalgie d'un temps que je ne pourrai pas lui offrir. A moins que, un jour, peut-être.

Vous l'aurez compris, je me sentais sur de bons rails. Certes, j'avais eu une petite alerte, lundi après-midi, m'endormant lamentablement vingt minutes sur l'écran de mon ordi. Une sieste réparatrice, va-t-on dire. Mardi, à la piscine - allez, je me suis offert cette petite parenthèse, finalement - les palmes m'ont semblé plus lourdes que jamais. Pas trop d'énergie. Le double effet d'un week-end sans mettre le nez dehors et d'une diète alimentaire toujours en cours, sans doute. Mais bon.

L'après-midi, je m'y colle sérieusement et... je m'endors une nouvelle fois sur mon ordi. Quarante minutes cette fois. Je me réveille la bouche pâteuse et surtout, aucune, mais alors aucune envie de m'y remettre. Je sature. Je force ma nature paresseuse et me replonge dans ces débats beaucoup moins passionnants que les derniers. Une heure et demie après, je me rends à l'évidence: ça n'imprime plus, là haut.

Pas grave, il est l'heure d'aller chercher loulou. Je reprendrai le soir, comme d'hab. Sauf que mardi soir, rien à faire, je n'ai pas pu. Bloquée. A 22 heures, j'étais donc au lit, le genre de truc qui ne m'arrive jamais et j'ai eu toutes les peines du monde à m'extirper de la couette ce matin. Oui, ça ressemble à de la saturation, mais normalement, on ressent ça sur un temps plein, au bout de plusieurs mois, tout ça...

Je crois que le malaise est plus profond, que cette vie à jongler est en train de m'épuiser, que je m'imagine trop pouvoir faire comme les autres à aller me dorer la pilule alors qu'en ce moment, ce n'est juste pas possible! Le pire dans tout ça, c'est que l'énergie que je consacre pour ce boulot rémunéré au ras des pâquerettes et qui me vaut un salaire à la moitié du mois suivant me pompe tout mon temps et ma sève, donc pour les perspectives, la solution n'est pas idoine.

Pourquoi je continue, alors? Parce que, malgré tout, ça fait du bien de travailler, de recevoir des offres de mission. Les retours sont valorisants. C'est l'idée aussi, qu'il faut sans doute en passer par là pour se relancer, pour avancer et voir le bout du tunnel. Et puis, au souvenir des terribles matins hivernaux où je me levais sans la moindre idée de ce que j'allais bien pouvoir faire de ma peau, je me ressaisis d'emblée et préfère ce surmenage à l'inertie.

Je me dis aussi, au vu des événements actuels, qu'il n'y a que peu de raisons que les choses s'arrangent pour une certaine frange de la société française. Que seul le système D va pouvoir éclairer un peu la voie. Parce que les employeurs profitent plus que jamais du désespoir qui s'est installé, de la quête d'un job, vaille que vaille, pour tous ceux qui se sont retrouvés sur le bas-côté. Qu'un journaliste doit se contenter aujourd'hui d'un salaire au SMIC, tout en étant, il va sans dire, polyvalent et disponible jour et nuit pour son cher canard.

Tout ça est terriblement frustrant, bien sûr, et je ne parviens pas totalement à effacer ce "A quoi bon?" qui s'est imprimé dans mon esprit. Plus que jamais, j'ai conscience d'avoir repris le chemin d'un travail d'exécutante, comme pour me rassurer. J'en suis même à espérer un boulot stable, loin de mes envies de création et d'épanouissement personnel.

La différence, par rapport à ma vie d'avant, c'est cette précarité qui s'installe chaque jour un peu plus. Je veux croire que quelque chose va arriver, que rien ne survient au hasard et que ce fastidieux parcours va mener quelque part, que rien de tout cela ne sera vain.

Il n'empêche qu'au lieu de bosser, là, ce soir - j'ai tenu une heure, pff - je suis en train de m'épancher bêtement. Foutu besoin de liberté.

dimanche 4 juillet 2010

Le trou du Coco

Ce que j'ai toujours aimé dans mon métier d'avant, c'était de pouvoir côtoyer de tout. De l'élu et du prolo, du cadre sup et de l'animateur social, de la mère de famille et du sportif, du people et du beauf.

Au fond, on finit par penser que si le contexte change, les névroses n'épargnent personne (je ne sais pas si le constat est franchement rassurant mais au moins permet-il de relativiser). Et surtout, la réalité du jour s'en trouve bouleversée en permanence. La vérité de l'un, si elle n'en demeure pas moins respectable et honorable, n'a aucun lien avec la vérité de l'autre. Et surtout pas avec sa propre vérité.

Non, non, je n'ai pas fumé, je vous jure. De temps en temps, je me fais un kif d'un bouquin extra sur la philo, un gros pavé jaune qui pose de vraies questions qui t'embrouillent l'esprit. Mais pas aujourd'hui, avec mes élus à écouter, j'avais déjà ma dose pour transformer ma p'tite tête en citrouille.

Non, j'écris cela en repensant à quelques lointains souvenirs, surgis vendredi soir, alors que j'entamais ma troisième journée (j'ai pas fumé, je vous dis). Dans ce même lieu qui avait accueilli le gotha de la ville une semaine plus tôt se tenait, cette fois, une réunion de communistes.

Alors, on a beau dire, les clichés, les a priori, faut faire gaffe, tout ça... N'empêche que certains ont la peau dure.

A vrai dire, je ne savais rien du type de public que nous devions servir le soir, ma "boss", m'ayant conviée à la dernière minute à participer à cette petite "sauterie" - enfin, de l'autre côté de la table, évidemment, là où on sert et on se tait.

Et donc, ces gens sont sortis de leur réunion pour le buffet prévu, nettement moins guindés que d'habitude, plus cool, plus souriants, plus spontanés. Plus nature, ça, je ne peux le nier. Plutôt que de mettre une distance avec les serveuses, comme savent si bien le faire les VIP dignes de ce nom, eux sont venus directement à la source (id près du Jaja), certains n'hésitant pas à se coller derrière le bar. Oui, comme moi.

Euh, non, madame, tu n'as pas le droit d'aller taper dans l'assiette, là, on la mettra après celle-là, ça s'appelle la gestion des stocks, ou comment tenir toute une soirée et contenir la vague des pique-assiettes discrètement.

Elle y est allée quand même, parce qu'elle avait faim. Très faim. Je l'ai même soupçonnée de ne pas avoir mangé depuis quinze jours, me fiant à son appétit gargantuesque. Et ce même si sa silhouette ne traduisait pas la marque d'un tel jeûne... Mais enfin bon, comme disait ma maman de façon hautement délicate quand j'étais petite-à-grosses-joues : " mieux vaut faire envie que pitié " (tiens, cela méritera qu'on en cause...).

Ta ta ta, j'ai fait ma police, et elle a filé. Vers les rillettes, plus loin. Un peu de répit. D'autant plus que ce petit monde a rejoint la cour extérieure pour un buffet assis, sous une chaleur de plomb - sûr qu'ils n'allaient pas se lever toutes les deux secondes pour réclamer à boooooooire et à manger.

Pour le reste, j'ai eu l'impression de servir des potes à une fête champêtre. Enfin, presque. Bon, deux ou trois ont chipoté : "Et je peux prendre deux brochettes, hein, allez - alors que leur assiette débordait déjà : "mais laissez-nous donc le pichet de vin! Ah ah (les ah ah devenant de plus en plus virulents et bruyants au fil de la soirée, proportionnellement au degré éthylique des invités. Phénomène classique mais jamais facile à gérer) "Et je peux avoir encore du pain. Et, et, et... " Ma pique-assiette s'est mise à empocher quatre, cinq, six morceaux de pain d'un coup.

Elle doit avoir des chevaux à nourrir, c'est pas possible.

Mais donc, vous disais-je, le reste était vraiment sympa, et ils nous ont même replié les chaises avant de repartir, quittant les lieux au moment précis où l'orage éclatait. Tellement spontanés et relâchés qu'ils ont en aucun cas parlé doucement ou baissé la voix lors de nos passages répétés (le coco aime le rouge, je vous le garantis). Et puis, de toute façon, une serveuse est par définition transparente dans ce genre de soirées.

Sauf que la vilaine petite curieuse que je suis a laissé quelques bribes aller jusqu'à ses oreilles. D'où l'idée des clichés (attention, je ne juge pas, je constate. Je suis toujours admirative de l'engagement des personnes, qui plus est pour un combat, semble-t-il, perdu d'avance) : Le communiste est décidément toujours enragé, pardon, engagé. Il a toujours cette forme de naïveté confondante, son combat contre le capitalisme chevillé au corps. Entre le plat et le fromage, il raconte ses idéaux, s'emballe sur une injustice et continue de croire qu'il peut changer le monde.

Là, en entendant ces envolées lyriques, ça m'a fait penser au boulot. Bah oui, l'autre, puisque je retranscris des débats municipaux où les interventions, souvent brillantes, s'avèrent aussi régulièrement caricaturales. Juste au son, parfois à l'intonation, je comprends très vite à quel bord politique la personne appartient.

Pour le coup, il s'agissait de la même famille. De quoi créer des liens, si j'en juge par certains propos triviaux - le Jaja n'y étant pas étranger, pour sûr. Mention spéciale pour cette conversation sur les règles. Pas les règles de trois, hein, non, les règles des femmes. Classe et savoureux, entre deux bouchées.

L'avantage est évident: lorsque tu fais tomber un morceau de fromage sur la pelouse, tu n'as pas peur que la malédiction s'abatte sur toi pour les quatre prochaines générations. Bon, tu fais mine d'en être chagrinée, quand même et puis tu demandes au monsieur de ne pas ramasser, en priant pour qu'il le fasse, parce que le plateau, il est pas extensible, les gars, et ce morceau a été particulièrement couronné de succès - donc, on ne gâche pas.

Et lorsque le type le ramasse quand même pour l'enfourner dans sa bouche déjà pleine, tu relativises. Et tu t'abstiens de commenter lorsqu'il t'explique d'un ton graveleux que son choix s'est porté sur ce fromage parce qu'il s'appelait le trou. Mais si, mademoiselle, le trou, ah ah ah, tenez, je vais dire ça à ma femme, hey, Gisèle, t'as vu, je reprends du trou, ah ah ah.

Oui, ah ah ah. Qu'est-ce qu'on se marre.

samedi 3 juillet 2010

Mon fils est un ver de terre

Je me suis levée ce vendredi matin avec l'idée d'aller me recoucher dès que possible, mais en fait, on fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie.

Un parent d'élève à qui j'ai évoqué cette idée folle de rejoindre mon lit m'a aussitôt proposé un pique-nique chez lui, dimanche, en me précisant d'amener mon maillot de bain.

J'ai trouvé ça louche. Mais à vrai dire, je n'avais pas le temps de réfléchir. Je n'ai pas sauté sur le monsieur, non, je sais me contenir (d'autant que j'apprécie sa femme), j'avais d'autres choses à penser. Et à faire, surtout. Rédaction la journée, service le soir, la classique, en somme. Ou comment passer sa journée les doigts sur le clavier et la finir à passer la serpillière, après avoir rempli des verres à la chaîne.

C'est original.

Donc, après une triple journée (oui, les quelques heures à jouer les mômans parfaites - ah ah - ça compte), les knaki balls gonflés et les yeux explosés, je jubile rien qu'à l'idée de m'enrouler dans ma couette (oui, j'aime tellement ma couette que je ne l'abandonne jamais, même en plein cagnard. Plutôt suer sang et eaux que dormir sans. C'est n'importe quoi, je sais).

J'avais terminé ma première mission en début d'après-midi. Quel pied. Pour me récompenser, je suis allée à la sortie de l'école (youpi) où, en ce dernier jour de classe, toutes les mamans attentives avaient pensé à offrir un petit cadeau à l'instit. La maman indigne que je suis est évidemment arrivée les mains vides. La classe. Pas rancunière, la maîtresse m'a assuré que je ne devais pas culpabiliser. A propos de quoi? "Bah, à propos de votre fils!"

Pourquoi, il a un pied-bot que je n'avais jamais décelé? Un QI d'huître? Une incapacité à suivre une scolarité classique? Un troisième téton?

En fait, j'ai eu le tort de ne pas aller lécher les bottes de la dame, dans l'année, je crois, et du coup, elle en a déduit que je ne m'occupais guère de mon loulou. A l'écouter, j'ai compris l'idée qu'elle avait pu se faire de ce petit bonhomme, qui se trouve être mon fils. Et de sa mère, cette écervelée irresponsable, qui laisse son gamin livré à lui-même. Un peu comme ces petits voisins qui rentrent seuls de l'école, du haut de leur 6-8 ans, et que je croise dans l'immeuble. Ça me fait mal au coeur de les voir ainsi, eux qui doivent grandir trop vite, parfois tenus responsables de leurs petits frères et soeurs de 4 ou 5 ans.

Ainsi donc, elle me mettait dans le même panier?

J'en ai été un rien vexée, je dois l'avouer. C'est marrant, j'avais l'impression que je me démultipliais, y compris pour le bien-être de loulou. Eh bien non. J'ai même cru que je devenais parano. Non plus. Elle, tout ce qu'elle a vu, c'est que loulou manquait de sommeil (suis-je responsable si le marchand de sable est rarement ponctuel, en ce moment?) et qu'il ressemble à un asticot. Toujours à bouger, se balancer, tanguer, virevolter...

Mon fils est un ver de terre, je le sais. Cela fait-il de lui un enfant compliqué? Ingérable?

Je crois qu'elle a remarqué mon air blessé et elle a bien ramé ensuite. "Non, mais vous savez, c'est un enfant intelligent, c'est pas parce qu'il est agité que..." Que quoi? Qu'il sera au chômage plus tard? Qu'il sera inadapté? Qu'il sera aussi précaire que sa mère, aussi incapable, aussi... ?? Elle aurait voulu me mettre le moral à zéro qu'elle ne s'y serait pas prise autrement. Mais finalement, j'ai compris qu'elle avait elle-même de lourdes choses à gérer, et que, de toute façon, son jugement ne devait pas m'affecter. Il s'agit de son avis, point.

"Ne vous inquiétez pas" a-t-elle poursuivi, "il est équilibré, votre fils." Un asticot équilibré, c'est vrai, pourquoi culpabiliser, hein?

En partant, elle m'a souhaité "Bonne Continuation." Avant de préciser, avec un petit air de connivence un rien indécent : "Et pas bonnes vacances, parce que j'imagine que vous n'allez pas en prendre." Oh, madame, vous savez, les pauvres, ils sont bien soutenus, peut-être même que mon loustic si agité pourrait aller faire du ramdam avec tous les autres cas sociaux que le Secours populaire ou autre asso accueille en son sein.

J'ai essayé d'évacuer ce drôle d'échange. J'ai repris mon rôle de maman, comme je l'ai pu - ce qui est visiblement insuffisant, donc. Et comme je suis pauvre et que je n'amène pas mon fils en vacances, je suis allée endosser une autre casquette, quelques heures plus tard, celle de serveuse.

D'ailleurs, demain, je vous parlerai du rapport entre mon travail de psychopathe et un buffet de communistes.

jeudi 1 juillet 2010

C'est pour une mission (Bis)

Nouveau coup de fil ce midi: une mission, encore, huit heures à retranscrire. Si je peux? Bien sûr. Dès que j'en aurai fini avec les deux autres, ce qui augure d'un week-end spécial teint cadavérique et tête de citrouille.

Bon, pour me détendre, j'irai bosser demain soir au restaurant.

Je disais quoi sur le temps complet, déjà?