lundi 23 mars 2020

Nous sommes de la chair à canon

Jusqu'à hier soir, entre impuissance (celle de ne rien pouvoir faire) et délivrance (celle de pouvoir rester confinée et protéger ainsi tout le monde), je restais finalement assez philosophe. Situation inédite pour tout le monde, un message de notre planète, le soulagement d'être en vie et d'avoir des proches également non touchés (enfin, sans compter une très mauvaise nouvelle, liée à une autre maladie cette semaine)... Rester à la maison en attendant, c'était jouable. Franchement, avoir le temps de préparer son travail - ses cartes, ses cours et ses recettes - pour l'après relevait du luxe.

Juste avant de me coucher, j'ai fait l'erreur d'aller sur Facebook. Pour y lire un courrier abject de la DIRECCTE :
"Trop d'entreprises ferment parce qu'elles croient être obligées de le faire. Le gouvernement cherche autant que possible à préserver l'activité, à la fois pour obérer plus que nécessaire les perspectives économiques et surtout parce qu'aujourd'hui, beaucoup d'activités sont indispensables de manière plus ou moins directe pour continuer à vivre."

Et la conclusion est claire: "l'arrêt est l'exception, pas la règle."

...

Euh, comment dire? Le mot d'ordre n'est-il pas: "restez chez vous"? 186 morts enregistrés ces dernières 24 heures, dont des médecins tombés dans les services traitant le coronavirus, non, ça ne vous effraie pas?

Allez, les magasins alimentaires, les pâtisseries, les marchands d'épices, au boulot, bande de fainéasses! Allez, le BTP, fini la perspective du chômage partiel pourtant annoncée par le gouvernement la semaine passée, au boulot, bande de fainéasses!

Incohérence et cynisme absolus. Je suis écœurée, j'ai la nausée depuis ce matin.

Rouvrir alors que nous n'en sommes pas encore au pic de la pandémie? A titre personnel, j'ai voulu vérifier auprès de mon expert-comptable ce que je devais faire... sachant qu'il est hors de question pour moi d'ouvrir mon activité en plein confinement.

J'avoue, j'espérais un ton rassurant de l'expert-comptable... qui s'est montrée aussi écœurée que moi. J'ai beau avoir vu toutes mes commandes du mois et d'avril annulées, ne plus avoir de clients, si j'en écoute la logique -criminelle- de l'état, je devrais rouvrir mon entreprise. Là, maintenant, alors que les malades tombent comme des mouches.

860 morts, près de 20000 cas rien qu'en France et une pandémie qui s'étend sur toute la planète. Et nous, les artisans et commerçants, eux, les ouvriers du BTP, à qui il avait été dit que l'arrêt était légitime, devrions repartir au front?

Sommes-nous de la chair à canon, messieurs les gouvernants?

Comme les personnels soignants, comme les routiers, comme les livreurs, comme les caissiers et caissières, comme les éboueurs, comme toutes ces professions souvent mal payées et réquisitionnées, nous sommes de la chair à canon, messieurs les gouvernants. Vous qui avez pensé aux télétravailleurs - pour qui la situation n'est certainement pas simple à vivre non plus, mais qui auront un revenu à la fin du mois et qui n'ont pas à sortir -, que faites-vous du sort de ces "petites gens"? Les "sans-dents" dont parlait déjà François Hollande, devront-ils donc chaque jour espérer ne pas choper le virus ni contaminer leurs proches, au nom de la pérennité de notre système capitaliste?

Ou alors, sont-ils condamnés à mourir de leur belle mort, à savoir économique? Car, oui, j'ai le choix de ne pas ouvrir, oui ces entreprises citées ont le choix de ne pas le faire, mais elles n'auront pas d'aide de l'état. Or, comment font-elles pour verser leur salaire aux employés, avec une activité plus que réduite? Comment font-elles pour travailler, sans clients ni commandes ? Car, oui, qui a besoin absolument d'un Royal, hein? Qui va fêter son anniversaire et réunir toute sa famille, autrement que par caméra interposée, hein? Qui a besoin d'un traiteur là, pour concocter un buffet, hein?

Vous savez quoi, j'en ai marre. Marre. Cela fait quatre ans que j'ai lancé mon entreprise, petite au départ, devenue SARL - comme les grands - depuis. Cela fait quatre ans que je paye pour les autres et, s'il me reste quelque chose à la fin du mois, je peux toucher un peu les dividendes de mon travail. Je ne veux pas jouer Cosette. J'ai choisi. Simplement, cela fait quatre ans que je travaille entre 50 et 100 heures par semaine (non, je ne suis pas mytho), certains mois sept jours sur sept. J'ai travaillé avec la grippe (j'avais un masque, à l'époque!), j'ai travaillé avec une fracture du péroné et une entorse au doigt. J'ai fait des nuits blanches, j'ai marché comme un zombie, j'ai fini par trouver normal d'avoir le teint pâle et les traits tirés en permanence et de ne plus voir personne, de m'endormir si j'avais le malheur de m'asseoir trois secondes sur une chaise. J'ai eu quatre tendinites, une à chaque poignet et aux coudes - et je n'en suis pas encore sortie. Tout ça pour quoi?

...

Alors, oui, vous allez me dire, tu as de la chance de vivre de ta passion, tu fais ce que tu aimes, tu as une forme de liberté, tu pars même en vacances avec ton loulou l'été, tu es dans l'échange et la bonne humeur au quotidien, tu donnes du bonheur aux autres, tu as la fierté d'avoir donné vie à ton bébé et d'avoir créé un truc qui te ressemble, tu vis!

Oui, tout ça, c'est vrai. Mais rester la vache à lait de l'état, non, ça suffit. J'ai souvent trouvé les revendications des gilets jaunes excessives. Moi, je n'ai jamais bossé 35 heures par semaine. Je n'ai jamais rechigné à la tâche. J'ai trouvé que les Français se plaignaient parfois la bouche ouverte pendant que nous, artisans, continuions de bosser en fermant notre gueule. Mais là, ça suffit. Devenir de la chair à canon pour sauver une économie française qui nous taxe constamment, non.

C'est facile d'écrire cela derrière son ordi, on est d'accord. Pour le moment, je n'ai pas d'autre moyen d'expression, car je tiens à respecter le confinement. Car oui, le gouvernement, dans son cynisme implacable, a annoncé ce soir de nouvelles mesures répressives à l'encontre de ceux qui ne respecteraient pas les règles de bonne conduite. Eh bien, vous savez quoi? Comme je suis une bonne élève, je suivrai à la lettre ces consignes.

dimanche 22 mars 2020

Sophia, les orphelines et nous

Rassurez-vous, les chaises renversées dans le jardin, c'était avant la fin du monde.


Cinquième jour plein de confinement et cette réflexion qui revient tous les matins:

"Ah oui, c'est vrai!"

Ah oui, c'est vrai, le monde est à l'arrêt.
Ah oui, c'est vrai, le virus continue son invasion et les services hospitaliers n'ont plus de masques ni de gants.
Ah oui, c'est vrai, des caissières se font insulter parce que les rayons sont vides, des livreurs prennent des risques chaque jour pour faire juste leur job.
Ah oui, c'est vrai, je reste des heures bloquée sur Facebook et l'actu au lieu de m'occuper.
Ah oui, c'est vrai, c'est tout calme à dehors.
Ah oui, c'est vrai, ça bout à l'intérieur.

Cinquième jour de confinement et la sensation, peu à peu, d'ouvrir les yeux, le matin, sans vraiment mesurer ce qui se passe. Ce que nous racontaient il y a peu les Italiens n'est plus seulement un terrible témoignage, il est notre réalité.

Cinquième jour de confinement et l'impression d'avoir un peu relâché la pression. Je sais que j'ai plus de quinze jours pour faire tout ce que j'ai à faire, maintenant. C'est triste mais c'est ainsi. Je me refuse à sortir, sauf cas de force majeure. Je m'imagine un nuage toxique, dehors, et je veux nous en préserver, mon fils, son grain de beauté tombé, et moi.

Cinquième jour de confinement. C'est important de compter, pour rester ancré dans le réel. J'ai peur d'oublier les jours, les dates, le rythme tel qu'il est censé être. On est dimanche. Je fais quoi le dimanche, normalement?

Depuis peu, et mon besoin de lâcher du lest, j'essayais de me reposer, prendre l'air parfois, un thé souvent, et puis, le soir venu, je faisais ma compta, mes commandes, mon point sur la semaine à venir. J'avais besoin de ce cadre. Il y a quelques jours, je regardais encore mon planning pro avec un point d'interrogation et la prochaine date un peu challenge - il y avait toujours un petit événement un peu nouveau, que je n'avais exploré, et je le vivais comme tel. Aujourd'hui, tout a été annulé (ah, si, j'ai une date en septembre et quelques-unes cet été... Formidable) et le cadre a explosé.

Alors, ce dimanche n'a ressemblé à aucun autre. D'abord, alors que je m'étais motivée pour une séance de sport en ligne, j'ai plutôt répondu à l'appel de loulou qui me demandait de l'aide sur son devoir d'anglais. Un truc un peu inédit, à vrai dire, car je ne l'ai jamais assisté dans son suivi scolaire. Il s'est toujours débrouillé seul (comprenez qu'il y a encore un an, il n'avait aucune notion du travail à domicile) (oui, je culpabilise un peu) (je ne plaide pas coupable pour autant, c'est ainsi, c'est tout) (voilà que je recommence avec mes parenthèses) (Bref). Dire que j'étais très à l'aise ce matin, serait exagéré mais après tout, j'aime l'aventure, alors je suis allée préparer un thé et on a commencé ensemble le devoir.

Il s'agissait d'un texte de Stephen Hawking, sceptique à l'encontre des robots et de l'intelligence artificielle, à comparer avec un autre évoquant l'enthousiasme de Mark Zuckerberg pour les machines. Si je suis habituellement plutôt sceptique à l'usage de ces créations redoutablement douées, mais également consternée par la disparition de la main humaine dans nombre de tâches du quotidien, je me suis posé la question: "Et si des robots étaient capables de livrer à notre place, d'encaisser les courses, de recevoir le public, de gérer tous les services indispensables, voire de soigner, l'humanité ne serait-elle pas sauvée, supprimant ainsi (presque) tout risque de contagion d'humain à humain? Drôle de paradoxe.

Loulou m'a alors montré une vidéo présentant Sophia, un robot aux traits féminins. Puis une autre, plus incroyable encore, mettant en scène un robot ressemblant à s'y méprendre à une jeune femme, sorte d'intendante d'une famille anglaise ou américaine, que sais-je, au rictus troublant.

Je me suis dit que mieux valait finalement rester sur notre modèle imparfait, et penser sans doute autrement le travail, plutôt que de s'en remettre à ces créatures flippantes. Cette Sophia et cet autre "personnage", en vrai, m'ont glacé le sang.

On y a passé quelques heures, derrière ce bureau, parce que notre esprit vaquant ça et là, on s'est laissé déconcentrer, moi par un texto de ma soeur me conseillant d'écouter le dernier opus d'Izia - pourquoi attendre, écoutons donc -, mon fils par les notifications régulières qu'il recevait. Finalement plus discipliné que moi, il m'a ramenée plusieurs choix sur le droit chemin (du devoir), quand je me laissais distraire.

Au fond, pour l'instant, le temps n'a plus trop de prise. Dans l'urgence, il n'y a plus d'urgence.

On finit même par se satisfaire de peu, de savourer ces petits moments passés, calmement et simplement, parce que la vie et le sentiment de respirer encore librement nous emplissent. Et c'est comme ça que j'en suis arrivée à une forme d'extase, comme je ne l'aurais jamais imaginé auparavant. Prise d'un soudain élan, je suis montée dans ma chambre et j'ai... trié mes chaussettes. Et je ne vous dis pas le bonheur absolu à chaque paire reconstituée. J'ai fait se retrouver des orphelines et le pliage de chacune n'en a été que plus jouissif.

Hum. Cinquième jour de confinement? Je n'ose imaginer mon état de délabrement intellectuel dans une vingtaine de jours.

samedi 21 mars 2020

Chat qui tousse n'amasse pas housse (de couette)

L'heure est grave. Quatrième jour plein de confinement et plus personne ne me supporte à la maison. Ou peut-être est-ce juste une question de territoire, me direz-vous. En tout cas, je sens que ma place ici est contestée. C'est pas comme si c'était chez moi, hein.

Prenez mes chats. Ils me réveillent chaque nuit, pour manger, généralement, et viennent se poser pile où mes jambes aimeraient s'étendre. Quand je proteste timidement, je me fais un peu crier dessus. Non contents de perturber mes nuits, ils se sont attaqué à mes journées, désormais.

Sur le canapé.


Dans le code de la cohabitation chats/humain, il y a une légère distorsion, je dirais...

Ils s'installent, prennent leur aise, s'affalent sur moi qui suis moi-même affalée (ça en fait des couches de flegme, de fainéantise et de gras, je vous dis pas) et si j'ai le malheur de répondre au téléphone ou de vouloir bouger un orteil, la sentence tombe: un regard mauvais et hop, ils se retournent et me tournent le dos.

Pour pas dire qu'ils me montrent leur cul. Classe.

Vous aurez remarqué que j'évoque là plusieurs endroits: le lit, le canapé. Car, oui, pour le moment, je fais encore le trajet chambre-salon. Ça me fait un étage à descendre : on nous dit de bouger notre corps pour notre équilibre, moi, je suis docile. Je ne vous fais pas le décompte de mes marches, mais mon escalier, c'est un peu ma méthode anti-obésité du moment.

Bon, en vrai, il y a quinze marches. Pas rien.

Oh, j'entends de loin vos sarcasmes, mais attendez, parfois, je pousse l'effort jusqu'à la cuisine, un espace que j'avais pas mal délaissé depuis mon arrivée pro en cuisine et pâtisserie. Pour vous situer ma flemmardise aigue derrière les fourneaux depuis quatre ans, avant le confinement, je suis allée chercher à mon labo de la farine, du sucre et deux, trois ingrédients qui manquaient à mon garde-manger personnel.

Je m'égare. Aujourd'hui, j'ai donc pris sur moi pour pâtisser, juste pour le plaisir. Avec mon ado. Je vais être un peu brutale pour tous les jeunes parents pensant encore que l'amour surpasse tout : mon ado ne me supporte plus. Le fait qu'il renverse la moitié de l'appareil au chocolat sur ses claquettes Adidas n'a pas aidé à une compréhension et une bienveillance maximales de ma part, on est d'accord.

Mais enfin, quatre oeufs et 250g de mascarpone, dans quelques temps, ça vaudra quelques billets au marché noir. Alors, les gâcher sur des bouts de plastique, fussent-ils griffés, bah, vous voyez, quoi...

Bref, après cet épisode fâcheux, l'ado, cet être décidément étrange et peu concentré, est parti en thalasso maison en me détestant. Entendez qu'il a pris un bain pendant trois bonnes heures.

L'expérience lui ayant visiblement apporté de la sérénité, il ne semble plus me détester ce soir et m'a même proposé 1/ de jouer avec lui à la Playstation et 2/ de faire la glaçage de notre gâteau. Et je vais être honnête : en vrai, je lui dois une fière chandelle, car il m'a offert ce matin une bouffée d'air, de façon très littérale. J'ai dû aller à la pharmacie récupérer des médicaments pour son grain de peau arraché et autant vous dire que j'ai savouré le vent sur mes joues, le son des feuilles et des oiseaux, le calme incroyable des alentours.

Au retour, moi qui refuse habituellement les contenants en plastique, j'ai brandi mon petit sac de la pharmacie de façon ostentatoire, comme un alibi.

Jamais je n'aurais pensé chérir du plastique comme ce matin.
Si, si, je suis obligée de sortir. Non, je ne suis pas une méchante conne qui veut juste prendre l'air pour son confort personnel. Pourtant, je me suis sentie à la fois privilégiée et... soulagée de refermer la porte. Aucune envie de braver l'interdit que je me suis moi-même imposé. Je reste à l'intérieur. On reste à l'intérieur, mon ado, mes chats et moi. Tant pis pour les tensions internes, une paille par rapport au chaos hospitalier.

Est-ce que quelqu'un pourrait néanmoins faire comprendre à mon chat roux que s'il doit éternuer, comme il l'a fait toute l'après-midi, il le fasse dans son coude?

Sont pas sérieux, ces chats.

vendredi 20 mars 2020

L'histoire du hérisson et du grain de beauté arraché

Drôle de journée aujourd'hui. Vous allez me dire, en temps de confinement, quelle journée serait autrement? Pourtant, autant j'avais un peu mis "à profit" si l'on peut dire, les premiers jours de ce nouveau quotidien, autant j'ai patiné pas mal, privée d'envie.

La deuxième insomnie de la semaine n'est sans doute pas étrangère à mon état léthargique. Mais ce matin, pas moyen. Pas moyen de détourner mon attention des informations, des trésors d'imagination relayés sur Facebook, de mes mails, espérant je ne sais quelle bonne nouvelle.

Alors, après le déjeuner, j'ai franchi le seuil de ma porte d'entrée... pour sortir la poubelle. Oui, je sais, je déploie une audace folle. Et là, ma voisine, avec qui nous avions échangé quelques inquiétudes une heure avant - elle dans la rue, moi dans le jardin - m'alerte:

"Un hérisson est coincé dans votre grillage!"

C'est dingue comme un micro-événement comme celui-ci peut faire basculer votre journée. La pauvre bête était bloquée, les petites pattes en l'air, sans aucun moyen de se dégager. Mon voisin est donc arrivé à la rescousse, a découpé le grillage et le hérisson a été libéré, non sans mal, tout gonflé de peur. La voisine l'a saisi avec ses gros gants de jardinage et est allée le déposer dans les feuillages, plus loin.

J'ai trouvé que cette boule ressemblait au virus. La même forme, cylindrique, pointue, un peu étrange. J'aurais aimé que l'on puisse ainsi s'en débarrasser aussi facilement. C'est moins facile, en vrai.

J'ai pensé que j'avais eu mon compte d'émotions pour la journée (on est peu de choses). C'était compter sans mon ado, lequel a eu une riche idée aujourd'hui: gratter jusqu'à l'infection un grain de beauté qui le gêne, pour... l'arracher. Hum.

Evidemment, je ne l'ai pas vu tout de suite car le malin avait caché la plaie avec un foulard (oui, depuis le début du confinement, mon fils se couvre le torse d'un foulard et les jambes d'un plaid, façon toge) (oui, mon fils a toujours eu un sens inné du style) (oui, je m'inquiète) (bref).

Depuis, ça s'est empiré. Miam.

Lorsque j'ai découvert l'ampleur du désastre, comment vous dire... J'ai laissé échappé un léger cri. Avec le sens de la mesure qui me caractérise, j'ai tout de suite évoqué un cancer, les souffrances et la mort imminente. Je vous passe mon chagrin éternel et ma culpabilité, celle de ne pas avoir pris RDV à temps chez un dermato. Mon ado m'a regardé, un peu atterré, du genre "ben quoi" et en relativisant simplement: "Au pire, je mourrai".

Ben oui, c'est simple, non?

Sérieusement, qu'a-t-il pu se passer dans sa tête pour se mutiler ainsi? Les hormones? De la pure provoc? Une envie irrépressible de pimenter notre vie, de mettre quelques notes de Walking Dead dans notre joyeux quotidien?

Je ne le saurai jamais. Je sais seulement qu'au niveau timing, on est bien. C'est vraiment une bonne idée de s'arracher un grain de beauté alors que tous les médecins sont mobilisés pour une pandémie. Nickel.

jeudi 19 mars 2020

Détox

Mon ado - expert en confinement haut la main - a eu la bonne idée de faire son devoir d'espagnol hier soir, sans brancher son portable. Résultat, à minuit, il a frappé un grand coup sur son bureau en pestant.

Bêtement, moi, je dormais. Réveillée par cette colère rare chez cet être souvent impassible - il avait perdu toutes ses données - j'ai cherché tant bien que mal le sommeil et j'ai fait ma folle. Résultat, je suis rentrée tard, à plus de 3h du mat'...

Rassurez-vous, dans les bras de Morphée. Pas dehors.

Depuis hier, j'ai envie d'étrangler tous ceux qui m'expliquent que, vous comprenez, les enfants, faut qu'ils se dégourdissent les jambes, alors ils peuvent bien sortir faire du vélo et de la trottinette. En plus, il fait beau, ce serait criminel de les laisser enfermés... Ben voyons.

Mais non, les gens. Qu'est-ce que vous ne comprenez pas dans : "Restez chez vous"? Vous attendez d'être tous touchés pour vous réveiller et cesser de proclamer des "droits"? On a le droit de sortir pour s'aérer, on a le droit d'aérer nos chères têtes blondes, on a le droit de...

On a le droit de réfléchir, surtout. N'est-ce pas le sens de toute cette tourmente?

Cette pause imposée dans nos vies de dingue ne pourrait-elle pas s'avérer salvatrice pour l'avenir de la planète?

On est d'accord, on se passerait bien d'une pandémie pour ouvrir les yeux des êtres humains. A mon père, qui s'interrogeait sur l'arrivée de ce virus en Chine et son évolution ici, j'ai répondu en riant que c'était sans doute un coup de Greta Thunberg, laquelle, dans un effet de radicalité implacable, aurait lancé ce virus pour imposer au monde la décroissance.

Je plaisantais mais il n'empêche, nous avons besoin de changer. A cet égard, je vous conseille vivement de voir ou de revoir ce petit film sur la troisième révolution.


Une façon poétique de nous dire que nous sommes dans le mur, en vrai. Nous sommes en surchauffe et je trouve là un parallèle avec mon cheminement personnel depuis quelques mois. En effet, après plus de trois ans consacrés au développement de mon entreprise, j'ai été stoppée (presque) net dans mon élan en mars, il y a pile un an. Une première douleur au poignet, et puis une autre au coude. Une attelle et puis une douleur au coude gauche, puis au poignet gauche. A Noël, mes épaules étaient également douloureuses. Quatre tendinites, la crainte de devoir tout arrêter...

On m'a parlé d'arrêt, d'opération... J'ai dû être arrêtée, oui, sans gros résultat, mais en tirant profit de cette première pause imposée pour réfléchir au sens de tous ces efforts, de cette course contre la montre perpétuelle, me laissant souvent exsangue et frustrée. Frustrée de ne plus voir personne, frustrée de ne plus pouvoir déconnecter, frustrée de ce sentiment de passer à côté de sa vie à force de vouloir embellir - à ma petite échelle - celle des autres.

Depuis le début de l'année, j'avais ralenti le rythme. J'ai beaucoup culpabilisé de ne faire qu'une dizaine d'heures par jour (si, si) et d'avoir mes dimanches. Je savais que mes décisions avaient des répercussions économiques immédiates. Moins de production = moins de chiffre d'affaires.

Mais j'avais le sentiment de retrouver le bon chemin, celui où je respectais enfin mon rythme biologique, ma vie de famille. Tant pis si ça m'empêchait de me payer un mois. C'était comme une détox, un truc un peu rude à vivre, où tu es en manque, clairement, mais qui va te permettre d'adoucir ta vie derrière.

En attendant, on peut commencer par la détox à proprement parler


Lorsque, samedi, le gouvernement a annoncé la fermeture des restaurants, j'ai voulu résister. J'ai voulu proposer de la vente à emporter, des plats livrés, à la fois dans une envie de me rendre utile mais aussi pour pérenniser ma boîte.

L'attitude des supposés pros chez un grossiste a fini de m’écœurer. Des gens censés être responsables, qui remplissent le chariot plus que de raison, qui ont vidé les rayons. Certains avec des masques. S'ils sont malades, que faisaient-ils là? S'ils étaient fragiles, que faisaient-ils là?

Pas l'Union Soviétique, non. Métro, lundi matin.


Ce que je vous raconte est tristement banal et je n'ai pas la prétention de vous apprendre quoi que ce soit. Je veux juste partager avec vous l'impuissance et l'espoir mêlés que je ressens. Je dois renoncer à convaincre des personnes égoïstes et individualistes de changer leur comportement. C'est à nous, que l'on considérera sans doute comme des utopistes, d'aller semer notre petite graine, de prendre soin de nous et des autres.

Et, avant même d'évoquer la survie plus large de la planète, ce qui nous est demandé n'est pas méchant. Rester chez soi. Ça va, on a eu des consignes pires dans la vie, non?

mercredi 18 mars 2020

Yin et yang du confinement

Jour 2. Bon, soyons honnête, je suis un peu frustrée. Ben oui, pas eu le temps de profiter de ce confinement.

J'ai passé ma première journée à remplir des démarches administratives, écouter mon expert-comptable tentant de me rassurer, essayer de persuader ma conseillère bancaire que même avec le Covid 19, c'était finger in the noise pour la suite... J'ai fait le point sur l'avenir de ma boîte, qu'il a bien fallu mettre en sommeil pour respecter les consignes gouvernementales et lutter contre cette saloperie et, comment dire...

C'est pas gagné.

Résultat, j'ai appelé mon ado pour boire un chocolat chaud (on s'est installé au salon, parce que la terrasse, c'est surfait), histoire de faire le plein de calories réconfortantes, et puis la journée a filé. Du coup, tout le beau programme que je m'étais planifié s'est écroulé. Parce que, quand même, le confinement, ça a ses bons côtés, je vous jure. Par exemple? Bah, tu peux :

- Flemmarder en toute légitimité
- Oublier de t'habiller dignement
- Ressembler à Chewbacca, personne n'en saura rien
- Vivre aux côtés de ton ado et créer de nouveaux liens avec cet être étrange que tu aimes néanmoins plus que tout, si si.
- Pâtisser avec ce même ado pour un moment sympa que tu ne réserves habituellement qu'à tes clients
- Feuilleter et trier enfin tous les livres de recettes de grands chefs que tu as accumulés
- Enfin te faire l'intégrale de Friends
- Enfin faire ton ménage
- Ne rien dépenser, parce que même si tu commandes sur internet, tu seras peut-être bouffé par tes chats avant que le colis soit livré
- Enfin t'attaquer (vraiment) à un gros tri dans tes fringues. Pour réaliser que t'as tellement bossé que t'as perdu deux tailles en quatre ans.
- Ecouter Agnes Obel en boucle
- Echanger avec tes potes via téléphone, texto, messenger ou whatsapp, discuter de tout et de rien en concluant par un "Bonne nuit" bienveillant, alors que tu n'as jamais le temps de les appeler d'habitude.
- Retrouver tes vieilles habitudes et t'affaler sur ton canapé pour improviser un post.
- Te regonfler le moral et l'ego avec le retour des copains fidèles au blog


Hélas, le confinement n'est pas exempt de mauvais côtés. Tu vas notamment constater que :

- En vrai, tu ne peux même pas te dégourdir les jambes le temps d'une petite marche. Et comme tu ne peux plus courir actuellement, ben, tu n'as droit à rien. Ou quasi.
- A force de ne jurer que par le pilou, tu vas perdre toute dignité au bout de trois semaines
- Personne ne saura que tu ressembles à Chewbacca car personne ne te reconnaîtra derrière cette boule de poils qui a pris le dessus
- Ton ado se confinant naturellement tout seul toute l'année, sa porte restera bien fermée et ses écrans bien allumés, sans considération aucune, ni pour ta personne, ni pour ta consternation
- Lors d'un atelier pâtisserie, ton ado n'est pas comme tes élèves, il ne t'adule pas, lui, et se lasse très, très vite.
- A force de feuilleter des recettes sucrées, tu vas te taper des grosses fringales alors que tu as juste besoin de 1900 calories par jour, normalement, pas par repas. Si tu calcules en outre que tu bouges tes fesses du lit à la cuisine et de la cuisine au canapé, tu pourrais même envisager une réduction de tes apports, mais allons-y doucement dans les résolutions, on a besoin de douceur, hein.
- Les rires enregistrés de Friends vont vite te taper sur le système, lequel s'avère déjà bien fragilisé
- Tu vas réaliser que, niveau entretien domestique, tu es une grosse dégueulasse, en fait. Et surtout que la poussière, cette chienne, revient avant même que tu aies eu le temps de signer la moindre attestation dérogatoire
- Tes chats, fâchés que tu squattes chez eux, vont t'empêcher de dormir en se collant en plein milieu du lit

Oui, ce genre-là. Hier soir.

- Dans un mois, à force de te gaver de chocolat et de gâteaux préparés avec ton ado - on a le droit, c'est pour se réconforter - t'auras tellement grossi que tu iras chercher dans ton sac de tri toutes les fringues trop grandes. Et qu'elles t'iront.
- Plus les jours vont passer, plus tu vas réaliser que t'aurais trop envie de voir pour de vrai tes potes, juste pour se voir et boire un coup avec. Mais que même ça, tu peux pas.
- Tu vas tellement nourrir ta mélancolie avec Agnes Obel que tu vas finir par déprimer rien qu'aux premières notes. Pour finalement te réjouir du confinement... qui te permet de ne pas en finir avec toi-même (t'as pas d'armes, chez toi. Et c'est pas une bonne excuse pour l'attestation dérogatoire, d'aller chez l'armurier)

Allez, les gars les filles, on en est déjà au deuxième jour! Comment ça, c'est pas rassurant? :)

mardi 17 mars 2020

Apocalypse now

Mon dernier post a près de 4 ans et il s'intitulait "La guerre civile (cette légère impression)." Quelle ironie.

Près de 4 ans plus tard, donc, il paraît qu'on est en guerre. Maladresse (euphémisme, pour le moins) de notre chef de l'Etat qui croit sans doute redorer sans image en temps de crise, en nous la jouant rassembleur et...  anxiogène au possible.
Le début de la fin du monde, dimanche.

Je ne sais pas si nous sommes en guerre mais en vrai, nous sommes dans une belle m... Tout le pays à l'arrêt, des rues désertées, un laisser-passer obligatoire pour aller chercher ta baguette ou faire pisser ton chien. Qui aurait imaginé pareille situation?

Des malades que le personnel doit soigner en opérant un dramatique tri, manque de matériel oblige, des porteurs sains ignorant le danger qu'ils représentent, une pénurie de tout, des pharmaciens qui se font insulter car démunis de masques ou de gels. Des tarés qui stockent des rouleaux de PQ. Tout ça à cause d'un (mangeur de) pangolin ?

Euh, j'innocente d'emblée le pangolin concernant les videurs de supermarché. Ça, c'est la faute à la connerie humaine et celle-là, elle est pas prête de disparaître. Hélas.

Moi la première, voilà encore quelques jours, je jouais les résistantes à trois balles à coup de "je te fais la bise, on craint rien", "tous des paranos" et "on devra bien mourir de quelque chose".

Même pas peur.

L'idiote (Carla B, sors de ce corps).

La responsabilité m'est finalement  tombée dessus, soudainement, et j'ai réalisé combien ça pouvait être salvateur de faire son mouton. Donc j'ai fait comme tout le monde, j'ai rayé tous les rendez-vous et j'ai décidé de jouer le jeu, aussi bizarre soit-il. On nous demande de rester chez nous, on reste chez nous. Point. Tout le monde a mille raisons de faire autre chose. Evidemment. Mais, en vrai, on est plongé dans un véritable scénario de science-fiction, de ceux que je lisais, gamine, dans les BD que j'aimais dévorer, fascinée... et un poil effrayée, quand même.

Voilà. Il aura fallu 4 ans et un semblant de fin du monde pour que je reprenne la plume ici. Oh, l'envie ne m'a pas manqué auparavant. Seulement le temps. Ce temps! J'ai tellement couru après que le voilà, devant moi, et je peux le chérir sans peur qu'il s'envole.

Et vous savez quoi? Maintenant que j'ai du temps, je peux même aller à la chasse au pilou - que j'ai rangé depuis très longtemps - parce qu'en ce moment, c'est tendance de rester en pyj' toute la journée.

Dire que je m'en réjouis serait exagéré. Mes migraines incessantes en attestent, bouffée par le stress que je suis. Mais pour ce premier vrai jour de confinement, j'imagine mille possibilités et tente, sinon de savourer le moment présent - à chaque jour sa peine - au moins de ressentir la joie simple d'exister, tout simplement.

On se retrouve demain?