lundi 24 novembre 2014

L'étoffe de l'apprentie

Ranger ma caboche, disais-je, la dernière fois...
 
A l'impossible, nul n'est tenu. Disons que j'ai retrouvé de la sérénité, mais pour ce qui est du flou, le brouillard ne s'est pas vraiment dissipé.
 
Dans trois semaines, ma formation sera finie. J'ai repris le chemin du centre depuis une dizaine de jours, à l'issue d'un stage ô combien instructif sur tous les plans. J'ai joué la carte Charles Barkley, et décidé d'y aller tranquille, sans (trop de) pression. Mes plats n'en sont pas meilleurs, il y a même eu, encore, de sérieuses plantades, mais j'essaie de voir au-delà de tout ça.
 
Où cela va-t-il me mener? Plus que jamais, je réalise à quel point la cuisine et la pâtisserie sont pour moi comme des traits d'union vers l'autre, une façon de créer un lien, une envie de partager. Ce n'est pas nouveau, on est d'accord, et c'est d'ailleurs pour cette raison que les grands pontes avaient retoqué mon projet, dans une autre vie. Trop de rêves, dans cette caboche, pas assez de réalisme...
 
Car oui, la cuisine, c'est faire. J'en ai pleinement pris conscience lors de mon dernier stage. Pas question d'enrober l'information, d'expliquer longuement, de partir dans des discussions infinies. Non, en cuisine, on te donne l'info, tu dois réagir aussitôt, sans tergiverser.
 
Dans mon travail de journaliste, j'amadouais mon interlocuteur. Je sacrifiais une question, la première. Je la lançais juste pour amorcer l'échange, pour que mon vis-à- vis comprenne qu'il pouvait me faire confiance, qu'il avait en face de lui une personne qui ne chercherait pas à le piéger (pas toujours facile à imaginer pour l'interviewé, tant la méfiance envers la presse est grande), mais qui, au contraire, saurait l'écouter et véhiculer ses propos fidèlement.
 
Désormais, c'est action-réaction. D'où cette impression d'avoir les deux pieds dans le même sabot. Je vous jure, le temps que tout ça monte à mon cerveau, le mec en face a déjà dégainé sa douille et vanné deux sauces.
 
J'ai réalisé, aussi, à quel point je craignais toujours d'être jugée. Or, lorsqu'on se retrouve simple stagiaire, on l'est logiquement, sans doute avec plus d'indulgence, certes, mais les conclusions tombent vite, sans appel.
 
J'ai essayé de me rassurer, parfois. Il était normal que je ne maîtrise pas tout, les gens ne pouvaient pas se montrer si durs que je l'imaginais à mon égard, je progressais... Il en ressort néanmoins un sentiment latent de découragement et, curieusement, d'une forme d'excitation, sans doute parce que, malgré tout, j'apprends.
 
J'apprends chaque jour, y compris sur moi-même. Mes limites, mes ressources, mes envies, mes dégoûts...
 
Si quelqu'un se pointait devant moi en me disant vouloir se reconvertir professionnellement, à un âge aussi avancé (!) que le mien, je serais mitigée. Bien sûr, la tendance ne va faire que s'accroître, dans cette société en évolution permanente, où les ancrages d'hier ont perdu tant de sens, où les repères s'amenuisent chaque jour, où chacun rêve et imagine un avenir autre.
 
J'aurais envie de l'encourager, parce que, c'est vrai, changer radicalement de voie, en tant qu'adulte, c'est comme prendre un shoot quotidien. Rien ne ressemble à ce que l'on connaissait avant, chaque jour offre son lot de surprises - bonnes ou mauvaises - et puis, oui, il y a cette petite fierté que l'on ressent, au fond, de bousculer son existence pour apprendre.
 
J'aurais aussi envie de l'alerter sur la solidité mentale nécessaire à pareil bouleversement. Je comprends mieux, vraiment, les grands discours sur la création d'entreprise, sur le soutien des proches à son projet, sur ses ressources propres... Il faut être fort dans sa tête pour se lever chaque matin et ne penser qu'aux jolies choses, en évacuant le malaise latent, ce sentiment de ne pas être à sa place, les échecs répétés, la sensation de n'être, décidément, pas grand chose.
 
Surtout, il faut mettre de côté certains questionnements. Depuis quelques mois, j'ai été moins présente pour mon loulou, mine de rien. Il y a sans doute gagné en autonomie et ça ne va sans doute pas le perturber outre-mesure mais je dois chasser certaines idées. Pourquoi de tels sacrifices? A quoi cela va-t-il me mener? Ai-je vraiment l'étoffe?
 
Oui, je continue de trop réfléchir. Sans doute parce que j'ai besoin de me poser quelque part, d'être un rien rassurée, au lieu de marcher sur des sables mouvants.
 
Je sais aussi que j'ai besoin de ce mouvement. Alors, je vais continuer d'affronter les vagues, sans me laisser submerger.

lundi 10 novembre 2014

En bas de l'échelle

Voilà très longtemps que je n'avais pas pris le temps de venir ici. Voilà très longtemps que je n'avais pas pris le temps, tout court.

Pour une fois, je ne me couche pas avec les poules, car demain, c'est repos, alors j'en profite pour retrouver une activité normale. Enfin, à peu près.
 
On va pas s'emballer non plus, j'ai pas sorti la boule à facettes. Je vais juste passer la barre des 22 heures, ce soir, quelle folie.

J'aurais eu tant de choses à vous raconter, je crois, et pourtant, je n'ai pas trouvé la force de coucher toutes ces anecdotes, petites boulettes, vrais doutes et encouragements épars. Trop lasse.

Le stage se passe bien. Je travaille, j'en prends plein les yeux, j'apprends, surtout. Pour cette dernière semaine, je suis au "froid", là où on prépare toutes les entrées, amuse-bouche et autres joyeusetés. Après une semaine au "chaud", j'avais enchaîné à la pâtisserie, labo qui se charge aussi du salé dès lors que l'on parle de bouchées à la reine, feuilletés multiples et autres... croque-monsieur. Ce sont d'ailleurs ces derniers qui sonnaient le début de ma journée. Prendre le pain de mie, le beurrer de béchamel, le garnir de jambon, recouvrir, beurrer de béchamel, parsemer d'emmenthal... Enfantin, oui.

Rajoutez-y l'envie de bien faire, vite, sous le regard de quelques âmes sans doute un rien amusées (et agacées, hum) et votre spatule déborde, les gestes deviennent hésitants, la main pas assez généreuse sur le fromage, puis trop, puis...

Ou comment avoir l'impression d'avoir deux mains gauches. Sans doute aurais-je dû penser plus souvent à la réflexion de Charles Barkley, grand basketteur que j'ai tant aimé, avec sa gueule de nounours et ses réflexions pas piquées des vers:

"La pression, c'est ce qu'on met dans les pneus."

Oui. Ma jante à moi, elle est juste un peu trop visible.

Voilà. Je me suis fait 52 kg de pommes au pèle-pommes, un matin, afin de garnir 280 tartes individuelles (j'ai dû, en réalité, en faire 80 et le chef, 200, hum...), j'ai goûté des épinards, de la ratatouille et des salades à base d'avocats-crevettes-sauce cocktail à 7 heures du mat', bu des cafés sans ne plus avoir aucune notion de l'heure, au moment de la pause matinale, dressé des réductions par centaines, apprivoisé la douille de façon ferme, si si, raclé le sol, observé avec émerveillement le montage de bûches élégantes...

J'ai souvent tenté de chasser de mon esprit les idées parasites, pour me concentrer, à l'image de toutes ces personnes en cuisine, si précises, si rapides, si expérimentées.

De quoi m'en remettre une couche sur le fait que je suis en bas de l'échelle.

De quoi réfléchir à l'idée de grimper les marches, peut-être, sans doute, d'une manière détournée, dans ce milieu si particulier, où chaque faux pas se paie au centuple, où la moindre imprécision me plonge dans un gouffre de questions, alors que je voudrais juste vivre l'instant, savourer ces derniers moments passés dans ces labos.

J'ai 40 ans, l'impression d'en avoir 17 et d'être une apprentie mal dégrossie. Oui, j'ai le sentiment de faire mon Pierre Richard en cuisine et pourtant, loin devant, il y a forcément quelque chose qui se profile. Forcément.

Vous voyez que je ne passe pas mon temps à m'auto-flageller. Je sais que demain est un autre jour.

Scarlett, sors de ce corps.

...

Ou pas, d'ailleurs, quand j'y pense. Après tout, avec son foutu caractère, l'héroïne de Margaret Mitchell, elle a pas lâché l'affaire. Et même si je n'ai pas mon Clark Gable à disposition (on fait avec les moyens du bord, y'en avait plus en rayon, quand on parle de pénurie, je vous jure, ce ne sont pas de vains mots) (mais je m'égare, je n'avais pas prévu d'aborder cet aspect sentimental) (Bref).

Même si je n'ai pas mon Clark Gable à disposition, disais-je, je sens en moi une rage d'y arriver, parce que, quand même, je ne veux pas avoir fait tout ça pour rien.

Je ne peux pas avoir fait tout ça pour rien.

Je vais ranger ma caboche et je reviens, ok?

mardi 28 octobre 2014

Du gore en cuisine

Tout est parti d'une proposition alléchante. On m'a demandé si je voulais avoir les mains douces. Et comment! Si elles sont écorchées et privées d'une longueur d'ongles décente pour ressembler à des membres féminissimes, mes menottes n'allaient quand même pas refuser pareille opportunité.
 
Dans la minute, j'avais les mains... dans la graisse. Pas de cambouis ni de moteur à démonter, non, j'étais un peu désespérée la semaine dernière, mais pas au point d'embrayer un virage en mécanique.

Non, non, de la graisse d'oie. Qu'il fallait séparer du gésier, après avoir enlevé le meilleur, aka les boyaux. Le petit côté granuleux, ça et là? Ah, les derniers repas des bêtes, des céréales, haricots et des grains de maïs même pas prémâchés (pauvres oies, comme si elles avaient un dentier, aussi).
 
Miam.
 
Bon, vous devez vous poser des questions. Je devrais peut-être reprendre au commencement, c'est-à-dire à lundi matin.
 
Je me réveille en sursaut après un drôle de rêve (des histoires de couteaux qui se déplacent tout seuls) (j'ai renoncé à chercher) (et non, je n'irai pas voir de psy pour en parler). Un coup d'œil au réveil. 5h33. Oh, je peux me rendor... Mais oh, non! Je dois être à 6h pour mon premier jour de stage chez un traiteur, c'est-à-dire, oui c'est ça, dans 27 minutes.
 
J'avais bien programmé le réveil. Mais juste oublié d'enclencher le bouton. Le vieil acte manqué.
 
Telle une furie, j'ai donc sauté dans mes vêtements et j'étais finalement en tenue à l'heure dite, contente d'être là, pour ce dernier stage de ma formation, chez un traiteur, vous disais-je, réputé sur la place nantaise.
 
Après une première journée sans histoire, le rythme s'est accéléré aujourd'hui, avec cette opération coup de poing d'oie et de canards: le chef est allé en chercher 3 tonnes dans le Sud de la France, ce lundi, et c'est donc tout le personnel qui s'est concentré sur le dépiautage de ces drôles de bêtes bien grasses.
 
Et c'est comme ça que, bien appâtée par cette promesse d'avoir les mains plus douces que si j'avais passé quinze jours dans un bain d'aloé vera, j'ai pu prendre un malin plaisir à diviser l'appareil digestif des oies en trois parties, la graisse, les gésiers et les boyaux remplis de miam-miam.
 
Impossible de prendre une photo et je n'ai pas trouvé grand-chose de parlant sur la toile. Mais croyez-moi, en termes de gore, l'exercice est plutôt intéressant. Niveau dangerosité aussi, si je m'en réfère aux deux glissades qui auraient pu me propulser direct "stagiaire Gaston Lagaffe du mois", si je ne m'étais pas rattrapée à l'arrache, après avoir rippé sur des boyaux et autres bouts de tête qui traînaient, sur le sol sanguinolent.
 
Tout ça pour avoir les mains douces... Je sens que je vais encore rêver de couteaux qui se déplacent tout seuls, moi. Pas de quoi s'inquiéter. Non, ma préoccupation est ailleurs. Je me demande juste s'il est normal d'adorer avoir ainsi les mains dans la gadoue. Une petite régression, peut-être?

...

Le premier qui me parle d'aller voir un docteur de la tête, je lui sépare les gésiers de sa graisse, il fera moins son malin.

Non, mais oh.

dimanche 26 octobre 2014

L'histoire de la tête bof bof bien rangée

Autant vous le dire, fallait pas me causer, mardi soir. J'étais en train de brûler dans les flammes de l'enfer, celles du désespoir, de l'incompréhension, du chaos.
 
OK, je revenais de Marseille, ceci peut expliquer cette légère hyperbole.
 
N'empêche. J'étais au fond du trou.
 
Le week-end précédent, sous le soleil du sud, je maudissais mon balai qui, cette teigne, ne me quittait plus. Et puis, prise de conscience le dimanche matin, alors que j'étais entourée d'amis, dans un cadre idyllique et une température estivale... Oui, alors que ça aurait dû aller, ça n'allait pas. Je me suis un peu effondrée. Quelques seaux de larmes plus tard, à peu près assez pour remplir la piscine dans laquelle nous nous étions par ailleurs prélassé la veille, je demandais la note à mes amies, pour cette thérapie improvisée. Et surtout, j'avais avoué.
 
Oui, j'étais en extrême difficulté. Non, je ne me sentais pas (plus?) à ma place, ni en cuisine, ni en pâtisserie. Je cherchais la fuite, un moyen de couper court à ce qui devenait un cauchemar.
 
Chaque jour, je me sentais glisser un peu plus vers les ténèbres...
 
Touchez le fond, qu'ils disaient, vous n'en remonterez que mieux.
 
Mouais. Lundi matin, j'étais à l'aéroport de Marseille, il n'était pas 6 h du matin et je cogitais déjà. A 8h30, comme par miracle, j'étais en tenue de cuisine pour démarrer la journée au centre. Au menu: éclairs au chocolat.
 
Au départ, j'ai pensé "Chouette, j'ai envie de faire un peu de pâte à chou, ça fait longtemps, toussa, toussa".
 
J'ai refait deux fois ma pâte. Et puis deux fois ma crème pâtissière. Le chef avait demandé des éclairs gourmands? J'ai inventé un concept, l'éclair-kebab, ou l'éclair-panini, selon les préférences culturelles.
 
Ce concept-là, sûre que personne ne me le piquera.
 
Vous l'aurez compris, je rêvais d'éclairs à la Christophe Adam (enfin, de très loin, on est d'accord, mais vous voyez bien le principe), dans ma grande naïveté, j'ai eu un espèce de truc moche et improbable... Ça ressemblait un peu à des croissants, en fait. Et pan dans ma pomme, eh eh eh (Adam... Pomme... OK, je sors)

(Oui, quelques jours après, je peux en rire. Enfin, un peu).
 
Heureusement, comme le chef, il est trop sympa, il nous a donné une seconde chance. Allez, le lendemain, chacun retournait au même poste.
 
Vous savez quoi? Je les ai encore foirés.
 
Vous imaginez un peu mon état. J'aurais été dans un avion s'écrasant sur le World Trade Center le jour du tsunami japonais, ça n'aurait pas été pire, sans vouloir en rajouter dans mon côté marseillais.
 
Convoquée par les deux chefs, je me suis assise face à eux et là, je me suis effondrée. Ils n'ont pas forcément été tendres, bien sûr, fort logiquement, mais je crois que personne ne pouvait se montrer plus dur avec moi, ce jour-là, que... moi-même.
 
On fait comment, lorsqu'on s'embarque dans une voie, contre l'avis de certaines âmes bien avisées, et qu'on se casse la gueule? On fait genre, "ça ira mieux demain?"
 
Il paraît que je me mets trop de pression, que je vise des objectifs inatteignables, que je suis très mal organisée, que j'intellectualise trop, que, que... Je sais (presque) tout ça. Je suis jugée par des professionnels, logique que la sanction tombe.
 
Si j'avais pu me réfugier chez les Yanomani ou les Papous, j'aurais pris un aller direct.
 
A la place, je les ai fixés et j'ai laissé couler les larmes sur mes joues, comme une gosse prise en faute qui lâcherait les vannes.
 
Que personne ne me parle de sécheresse, j'ai assuré la profondeur des nappes phréatiques nantaises pour quelques saisons.
 
"Enfin, il n'y a pas de raison que vous n'y arriviez pas", a repris l'un des chefs. "Vous avez deux bras, deux jambes, une tête qui fonctionne plutôt pas mal... Enfin, même si elle n'est pas très bien rangée en ce moment..."
 
Il a pointé là sur le hic. Ma tête, c'est le Bronx. Alors, j'ai décidé de les écouter, d'aller goûter de nouveau au plaisir de cuisiner sans pression, juste pour renouer avec les sensations perdues.
 
Je ne dis pas que c'est gagné, on est d'accord. Mais ce soir, un pot au feu de canard, un amuse-bouche et des samoussas de canard (oui, je l'ai fait à toutes les sauces, celui-là) plus tard, je n'ai plus envie de jeter mes couteaux, mes douilles et mon calot.
 
A moi de faire le tri et d'envisager la cuisine comme une immense salle de jeu...

vendredi 17 octobre 2014

La semaine d'une apprentie mercotte

Lundi matin, je suis retournée à l'école.

Oh, je n'étais pas seule. Mon balai s'était invité, ce pot de colle.

C'est donc avec une ceinture de maintien que j'ai fait le chef, de nouveau.
 
Je crois que j'ai lancé un style. Un rien timorée dans l'idée de devenir une grande esthète de la cuisine cabossée, j'ai néanmoins demandé un coup de main à mon chiro préféré (enfin, c'est surtout lui qui m'adore, il peut partir souvent en vacances grâce à mes passages répétés chez lui) pour qu'il me remette droite comme un i.
 
Bingo. J'ai dit au balai de partir, maintenant, faut pas rester là, monsieur, oh. Mon autorité (enfin, surtout celle de mon chiro) a payé. Mon compte bancaire aussi. Hum.
 
...
 
Mardi matin, est-ce parce que j'étais droite comme un i, genre, un peu sévère? En me présentant à mes nouveaux petits camarades, mon chef m'a appelée "Mercotte".
 
Mercotte. Au secours. J'adorais son blog, il y a fort longtemps (quand je croyais encore que le prince avait juste un souci de créneau pour garer son cheval blanc en bas de mon immeuble, vous voyez, ça ne nous rajeunit pas), mais le côté cassant de la dame, découvert via l'émission qu'elle anime avec Cyril Lignac, non, pitié, je n'adhère pas.
 
Du coup, devant mon air atterré, mon chef m'a expliqué: "mais si, Mercotte, les macarons, toussa. Vous aimez faire la patoche, c'est tout!"
 
Ah, ok, mais appelez-moi Paulette, en fait, ça ira mieux.
 
Après, comme j'étais chef et que le chef va voir chacun de ses marmitons (eh eh eh, j'adore l'abus de pouvoir immédiat que me confère ce statut), je suis allée leur demander... leur prénom, je leur ai donné leur tâche de la journée et en partant, j'ai précisé que je m'appelais Stéphanie, hein, et pas autre chose (enfin si, petite chef ou chef, je réponds aussi, modestement, évidemment).
 
Dans la foulée, parce qu'il fallait que je cuisine pour le "perso", je me suis fendu d'une fricassée de volaille sur un espace de 0,78 m2 environ, rapport que plein de petits nouveaux sont arrivés, qu'une mère n'y retrouverait plus ses petits et que là, c'est un peu le gros bordel, soyons honnêtes.
 
Déjà qu'avec un poste travail de ministre, je trouve le moyen d'être à la bourre, alors là, je vous explique pas le Bronx. J'en suis ressortie encore toute chose, avec ce sentiment terriblement angoissant de régresser un peu plus chaque jour.
 
...
 
Mercredi, j'avais des devoirs à la maison. L'occasion de refourguer Loulou, ce futur-ado-déjà-désagréable, chez les grands-parents, pour avancer. L'occasion, aussi, de prendre ma première vraie pause (entendez, affalée toute la journée sur le canapé avec, certes, l'ordi sur les genoux, parce qu'on a un métier, quand même, les gens) (enfin, presque) depuis ma fin de stage chez Vincent Guerlais.
 
L'occasion, enfin, de réintroduire le fameux P'tit Beurre à ma table, en récompensant mes parents pour leur courage, leur mérite et leur patience (il faut au moins ça) lorsqu'ils ont ramené Loulou à la maison le soir.
 
Oui, courage, mérite et patience de supporter cet être certes jeune, mais qui goûte déjà un peu trop aux joies de la provocation et qui est revenu, le sourire sournois aux lèvres, avec des Vans aux pieds, les chaussures dont il rêvait et que j'avais refusé de lui acheter, moi la méchante mère sans cœur (on m'appelle Mercotte, souvenez-vous, ça rime avec Javotte...). Dois-je préciser que le Loulou en question est actuellement handicapé du talon, avec une suspicion de maladie de Sever (ça claque, hum) et que les chaussures en toile, ben non, c'est pas une bonne idée?
 
Bref, il a obtenu ce qu'il a voulu, en me regardant bien dans les yeux. Là, il va peut-être pouvoir m'appeler Mercotte.
 
...
 
Jeudi, j'avais IEA. Ce service traiteur qu'on assure, avec l'école, où nous étions deux, chef compris, l'an passé, et cinq hier. Beaucoup trop. Du genre à se marcher dessus.
 
Si j'ai pu passer au dessus de ce sentiment d'habiter dans un placard, une fois encore, j'ai eu bien plus de mal à encaisser ma discussion matinale avec l'un des stagiaires. Nous étions au brief du matin et le chef avait annoncé qu'on travaillerait tous chez nous, le lendemain, réunion et fermeture du centre oblige. Laurent Bagbo - c'est son surnom à l'école - s'est plaint de ne rien pouvoir faire, n'ayant pas internet.
 
On rejoint ensuite le coin pâtisserie, tous les deux, et je lui en reparle. Il me dit qu'il n'a pas internet chez lui... parce qu'il n'a pas de chez lui, en fait. Il dort dans sa voiture.
 
Ah. Ok. Qu'est-ce que je fais de ça? Evidemment, il ne m'a pas demandé de lui rendre service, de l'héberger ou que sais-je encore, mais quand tu prends la bombe dans la face, tu en fais quoi? Tu la rends et tu dis, ah, ok, c'est cool, tu goûtes à ma pâte à... bombe - justement - en attendant?
 
J'ai cherché une solution, quelque chose, est-ce qu'il n'y avait pas moyen de... Il a repoussé l'idée en disant que c'était une épreuve de la vie, toussa, et puis, quelques heures plus tard, alors que nous finissions le service à l'IEA, il s'est vanté qu'il irait faire la chasse aux cougars, le soir. Pour trouver l'amour, a-t-il précisé. Et un toit?
 
Je ne vais pas mentir, ça m'a trotté dans la tête toute la journée. Ce qui est compliqué, c'est que le type n'est pas spécialement sympathique (cette histoire de cougars, bon, bref...) et qu'en plus, il a rabaissé ses critères de cougar quand il a su que j'avais 40 ans. 10 ans de moins d'un coup, qu'il a pris, son curseur, mais le plan drague à deux balles dans une cuisine surchauffée, euh, comment dire... J'ai eu moins envie de lui proposer mon canapé.
 
N'empêche, on fait quoi de ces situations extrêmes?
 
Le soir, heureusement, j'ai pu reprendre ma tenue de Mercotte, non pas en pâtissant, c'te blague, mais en jouant la grande méchante auprès de Loulou, qui avait choisi ce jour pour aller voir un copain à Trifouillis-les-Oies, après le collège, alors qu'il avait, dans le même temps, une radio à passer pour voir si Sever l'avait attaqué.
 
...
 
Ce vendredi, je travaille donc à la maison, avec Internet, veinarde que je suis, et surtout, c'est les vacances scolaires ce soir. En bonne mercotte, je peux l'avouer: je vais pouvoir souffler et envoyer le pré-ado chez son papa. C'est moche, hein?
 
Ah, et que Mercotte ne m'en veuille pas, j'imagine bien que c'est juste une attitude pour l'émission, ce côté cassant et désagréable, n'est-ce pas? Hum?
 

vendredi 10 octobre 2014

Ne me parlez pas de petits beurres...

Oui, oui, en vrai, c'est bon.
 
 
J'ai toujours adoré les "Petits Lu". Ma sœur aussi, elle qui, mince comme un fil, s'en offrait un paquet entier à l'heure du thé, lorsqu'elle rentrait du lycée. Les petits beurres, c'est donc un peu notre petite madeleine, à la maison, le souvenir de dimanches réchauffés par le grand jeu du "mordez-leur les oreilles, avant de les croquer."
 
Pourtant, j'ai eu envie de les boycotter pour un petit moment, là. D'ailleurs, j'en ai rêvé. Chez Vincent Guerlais, ils font de délicieux petits beurres, mais revisités, au praliné, au chocolat, noir ou au lait.
 
Très bien, vous me direz.
 
Ben oui, mais la blague, c'est qu'ils en ont font des boîtes entières. Et qu'il faut bien les fabriquer. Et donc les démouler.
 
Et c'est là que la mouette, cette stagiaire, intervient.
 
J'ai dû démouler, je ne sais pas, deux mille, cinq mille, huit mille de ces petites douceurs, mercredi et jeudi. Ma seule compensation m'a permis de tenir le coup: j'étais au labo chocolat, où sévissent les specimen physiquement intelligents, du genre bruns ténébreux, à commencer par une star de la télé, oui, oui, puisque le chef du labo a participé à la première édition de "Qui sera le meilleur pâtissier?". (la photo ne rend pas grâce à sa beauté intérieure, hum).
 
Quand, jeudi, mon "tuteur" de stage m'a indiqué que je recommençais la tâche de la veille, j'ai pris ça comme un jeu, du genre, je vais m'amuser à aligner différemment les petits beurre, pour varier les plaisirs. A 8 heures du mat', j'étais déjà un peu lassée. A 9h20, après la pause, je me suis demandé quand le carnage allait cesser. A onze heures, j'ai retrouvé un peu de joie en empilant par dix les saletés, plutôt que de les prendre par quatre. A onze heures quinze, un physiquement intelligent m'a demandé pourquoi je les traitais ainsi.
 
"Bah, pour aller plus vite!" lui ai-je répondu fièrement.
 
" Ça les raye", m'a-t-il asséné. Cassée, la mouette.
 
J'ai repris mon rangement par quatre.
 
A midi, mon tuteur s'est inquiété de mon état. Et quand, à 13 heures bien sonnés, il m'a précisé que demain, y'aurait du changement... car on passait au chocolat noir, il a bien saisi à mon regard que j'étais à deux doigts de la syncope.
 
"OK, on va alterner avec Bei", l'autre stagiaire, qu'il m'a dit gentiment, "ce serait bien que tu gardes un bon souvenir de nous, quand même."
 
Car c'était aujourd'hui ma dernière journée de stage. Et, de fait, j'ai patouillé mes mains dans le chocolat, le praliné, pesé des dizaines de kilos d'amandes effilées et tamisé des poudres par milliers. De quoi me faire oublier les petits beurres et repartir avec le sourire, satisfaite d'avoir vécu, trois semaines durant, dans un réel temple de la pâtisserie...

dimanche 5 octobre 2014

Dans les choux

Je l'avoue, chez Vincent Guerlais, je rongeais un peu mon frein de ne pas réaliser des tâches purement "pâtissières". Mais ça, c'était avant les commandes de pièces montées.
 
240 choux. On ne s'emballe pas, je n'ai fait que les garnir, c'est Jimmy, qu'il est trop fort,
qui réalise de telles pièces montées...
 
 
Hier, j'ai dû garnir, allez, quatre cents petits choux de crème vanille ou de chocolat.
 
Autant vous dire que la douille, maintenant, est moins rétive à mon contact...