J'interromps le cours de cette histoire new-yorkaise, le temps de vous raconter ma légère stupeur, ce soir.
Le vendeur du local, avec qui j'ai signé un compromis de vente, s'impatiente et s'inquiète. Il sent déjà que nous ne signerons, a priori, pas le 15 décembre, comme promis. Mais il doit évidemment attendre cette date pour rendre caduc la promesse de vente - à moins qu'il accepte de reculer la date de signature.
Ce soir donc, je ne sais pas pourquoi, je retourne sur le site d'annonces où j'avais dégoté l'affaire.
Bingo.
Il propose de nouveau le local à la vente. Genre, comme si on n'avait rien signé.
Euh, comment dire, c'est pas très légal, ça, non?
lundi 30 novembre 2009
Croire en ses rêves, part one
Un jour, j'ai évoqué l'un de mes rêves passés, ici. Un rêve pour lequel j'ai consacré beaucoup d'énergie, de temps. Un rêve qui a échoué.
Après ma découverte de l'Amérique, dans mes jeunes et naïves années, j'ai caressé l'espoir de travailler aux Etats-Unis. Ne doutant de rien, je souhaitais écrire dans un magazine, à New York.
Pourquoi New York? C'était l'évidence. C'est tellement cliché, et pourtant cette ville a quelque chose de so unique que cela ne pouvait être que là-bas. New York vous booste, vous donne ce sentiment de liberté inouï. Vous laisse l'impression que tout est possible.
Je savais que derrière l'apparence, rien n'allait être si simple, bien sûr. Mais j'avais quoi, 23 ans. Insouciante et sans attaches. La volonté de vivre autrement. Je me suis engouffrée dans la brèche.
Je me suis renseignée sur les modalités, la "green card", la fiscalité, le statut d'expatrié... Tout cela me semblait d'autant plus lointain que je travaillais encore. Pourtant, l'idée me séduisait chaque jour un peu plus. Je me disais juste que ça mettrait du temps, que je devais simplement être patiente et peaufiner le projet.
J'ai rédigé mon CV en anglais. Je ne l'ai pas déposé immédiatement. J'avais besoin de passer du temps dans la Grosse Pomme, sentir la ville, analyser froidement si tout ceci n'était que fantasme ou si mon rêve pouvait se concrétiser.
Voir si j'étais folle ou seulement fofolle.
Profitant d'une invitation pour un camp de basket, en Pennsylvanie, j'ai profité d'un été pour prolonger mon séjour.
Au début, ça allait. Je supportais le cagnard, déambulant dans Manhattan, une bouteille d'eau à la main, découvrant chaque jour un peu plus les recoins de Big Apple. On prend très vite ses repères, là-bas, et j'avais mon p'tit café, ma librairie et même le magasin trouve-tout, où j'étais allée déposer mes photos à développer (nous étions en 1998, je n'avais pas de numérique).
Bon, il y avait aussi le shopping, évidemment. Un matin, j'étais allée retirer de l'argent, en me disant que New York coûtait quand même horriblement cher et que c'était la dernière fois que je passais derrière le guichet. Il me restait dix jours, avant de rentrer en France et reprendre le cours de ma vie normale.
L'après-midi, je rencontre un couple de Français, charmant, avec qui je finis par dîner. En rentrant, je repasse devant mon magasin trouve-tout, tellement génial qu'il est ouvert 24h/24. Mes photos doivent être prêtes, je prends deux bouteilles d'eau et du shampooing en passant. Je me dirige vers la caisse. Et là, je m'aperçois que la poche de mon sac est ouverte. Tiens, bizarre.
Plus de portefeuille. Plus de carte. Plus de dollars, y compris la centaine retirée le matin.
Comme je le disais, il me restait dix jours.
A suivre...
Après ma découverte de l'Amérique, dans mes jeunes et naïves années, j'ai caressé l'espoir de travailler aux Etats-Unis. Ne doutant de rien, je souhaitais écrire dans un magazine, à New York.
Pourquoi New York? C'était l'évidence. C'est tellement cliché, et pourtant cette ville a quelque chose de so unique que cela ne pouvait être que là-bas. New York vous booste, vous donne ce sentiment de liberté inouï. Vous laisse l'impression que tout est possible.
Je savais que derrière l'apparence, rien n'allait être si simple, bien sûr. Mais j'avais quoi, 23 ans. Insouciante et sans attaches. La volonté de vivre autrement. Je me suis engouffrée dans la brèche.
Je me suis renseignée sur les modalités, la "green card", la fiscalité, le statut d'expatrié... Tout cela me semblait d'autant plus lointain que je travaillais encore. Pourtant, l'idée me séduisait chaque jour un peu plus. Je me disais juste que ça mettrait du temps, que je devais simplement être patiente et peaufiner le projet.
J'ai rédigé mon CV en anglais. Je ne l'ai pas déposé immédiatement. J'avais besoin de passer du temps dans la Grosse Pomme, sentir la ville, analyser froidement si tout ceci n'était que fantasme ou si mon rêve pouvait se concrétiser.
Voir si j'étais folle ou seulement fofolle.
Profitant d'une invitation pour un camp de basket, en Pennsylvanie, j'ai profité d'un été pour prolonger mon séjour.
Au début, ça allait. Je supportais le cagnard, déambulant dans Manhattan, une bouteille d'eau à la main, découvrant chaque jour un peu plus les recoins de Big Apple. On prend très vite ses repères, là-bas, et j'avais mon p'tit café, ma librairie et même le magasin trouve-tout, où j'étais allée déposer mes photos à développer (nous étions en 1998, je n'avais pas de numérique).
Bon, il y avait aussi le shopping, évidemment. Un matin, j'étais allée retirer de l'argent, en me disant que New York coûtait quand même horriblement cher et que c'était la dernière fois que je passais derrière le guichet. Il me restait dix jours, avant de rentrer en France et reprendre le cours de ma vie normale.
L'après-midi, je rencontre un couple de Français, charmant, avec qui je finis par dîner. En rentrant, je repasse devant mon magasin trouve-tout, tellement génial qu'il est ouvert 24h/24. Mes photos doivent être prêtes, je prends deux bouteilles d'eau et du shampooing en passant. Je me dirige vers la caisse. Et là, je m'aperçois que la poche de mon sac est ouverte. Tiens, bizarre.
Plus de portefeuille. Plus de carte. Plus de dollars, y compris la centaine retirée le matin.
Comme je le disais, il me restait dix jours.
A suivre...
dimanche 29 novembre 2009
Tout va bien, je vais bieeeeeennn (air connu)
J'ai reçu un mail sympa cette nuit. Enfin, l'intitulé était prometteur:
"Événement"
En fait, c'était Pôle Emploi qui m'informait de la réunion de ses deux services -indemnisation et placement (ou feu-ASSEDIC et ANPE si vous préférez) - sur son tout nouveau, tout beau site.
Ça m'a fait penser que je ne m'étais pas encore actualisée ce mois-ci. Lorsque je l'ai fait, fin octobre, j'avais le doux espoir que ce soit la dernière fois, pensant que, peut-être, d'ici là, j'aurais ma petite entreprise immatriculée, et tout et tout.
Mais non. J'ai rempli les petites cases, comme d'habitude. Non, je n'ai pas travaillé ce mois-ci, oui, je cherche toujours un emploi. Je connais même mon numéro "de membre privilégié" (ah ah) par coeur, ce qui n'est pas un bon signe, si je m'en réfère à la réflexion de mon ancienne conseillère.
Je suis juste une chômeuse comme les autres. Toujours (enfin, pas éternellement, bien sûr. Y'a le RMI après). Mais enfin, là, ça commence à durer un peu plus que de raison.
Pff.
Mais à part ça, ça va. C'est pas comme si j'avais des projets au sort très incertain.
"Événement"
En fait, c'était Pôle Emploi qui m'informait de la réunion de ses deux services -indemnisation et placement (ou feu-ASSEDIC et ANPE si vous préférez) - sur son tout nouveau, tout beau site.
Ça m'a fait penser que je ne m'étais pas encore actualisée ce mois-ci. Lorsque je l'ai fait, fin octobre, j'avais le doux espoir que ce soit la dernière fois, pensant que, peut-être, d'ici là, j'aurais ma petite entreprise immatriculée, et tout et tout.
Mais non. J'ai rempli les petites cases, comme d'habitude. Non, je n'ai pas travaillé ce mois-ci, oui, je cherche toujours un emploi. Je connais même mon numéro "de membre privilégié" (ah ah) par coeur, ce qui n'est pas un bon signe, si je m'en réfère à la réflexion de mon ancienne conseillère.
Je suis juste une chômeuse comme les autres. Toujours (enfin, pas éternellement, bien sûr. Y'a le RMI après). Mais enfin, là, ça commence à durer un peu plus que de raison.
Pff.
Mais à part ça, ça va. C'est pas comme si j'avais des projets au sort très incertain.
samedi 28 novembre 2009
Besoin de douceur
Les dés ne sont pas (encore) jetés mais là, j'avoue: c'est dur.
J'ai les nerfs à fleur de peau. Les larmes jamais très loin.
Je devrais relativiser, tellement de choses ont plus d'importance que cela. Mais je n'y parviens pas. J'ai trop mis de moi-même dans cette aventure pour regarder objectivement les choses.
Je ne veux pas jouer les victimes. M'apitoyer sur mon sort. J'ai simplement l'impression que nous ne sommes que des jouets, des bons-à-payer, pour ces décideurs. Cette colère et ce sentiment d'injustice me permettent de tenir, de garder la tête haute. N'empêche qu'une grande tristesse m'envahit et que je ne trouve pas grand-chose pour la chasser de mon esprit.
Rien n'est plus frustrant que de ne pas avoir sa chance.
Je n'ai pas fait ça pour rien. Ce n'est pas vain et j'en tirerai toujours une leçon. Mais je ne peux pas me contenter de cette issue.
Je suis une obstinée. Avec le vague à l'âme, certes, mais une obstinée.
Au début de cette aventure, j'ai vécu avec beaucoup de légèreté ma situation. Je pensais tellement qu'en travaillant correctement, en écoutant, en me formant, le financement ne serait, non pas une formalité - faut pas pousser, quand même - mais du moins pas le frein majeur.
Je prenais parfois des notes sur la crise, le chômage, l'état de notre pays. Un jour, j'ai posé le stylo et j'ai foncé. La morosité ambiante, les chômeurs à moins de 1000 euros mensuels, l'idée de réduire peu à peu les dépenses et de s'inquiéter des fins de mois, tout ça, j'en ai pris véritablement conscience, progressivement. Je ne me suis jamais sentie épargnée, protégée, bien sûr, mais j'avais le sentiment (l'affront?) de penser que j'allais surpasser tout ça.
Aujourd'hui, je ne sais plus. Je n'ai pas de plan B. Et je ne veux même pas y réfléchir.
J'ai les nerfs à fleur de peau. Les larmes jamais très loin.
Je devrais relativiser, tellement de choses ont plus d'importance que cela. Mais je n'y parviens pas. J'ai trop mis de moi-même dans cette aventure pour regarder objectivement les choses.
Je ne veux pas jouer les victimes. M'apitoyer sur mon sort. J'ai simplement l'impression que nous ne sommes que des jouets, des bons-à-payer, pour ces décideurs. Cette colère et ce sentiment d'injustice me permettent de tenir, de garder la tête haute. N'empêche qu'une grande tristesse m'envahit et que je ne trouve pas grand-chose pour la chasser de mon esprit.
Rien n'est plus frustrant que de ne pas avoir sa chance.
Je n'ai pas fait ça pour rien. Ce n'est pas vain et j'en tirerai toujours une leçon. Mais je ne peux pas me contenter de cette issue.
Je suis une obstinée. Avec le vague à l'âme, certes, mais une obstinée.
Au début de cette aventure, j'ai vécu avec beaucoup de légèreté ma situation. Je pensais tellement qu'en travaillant correctement, en écoutant, en me formant, le financement ne serait, non pas une formalité - faut pas pousser, quand même - mais du moins pas le frein majeur.
Je prenais parfois des notes sur la crise, le chômage, l'état de notre pays. Un jour, j'ai posé le stylo et j'ai foncé. La morosité ambiante, les chômeurs à moins de 1000 euros mensuels, l'idée de réduire peu à peu les dépenses et de s'inquiéter des fins de mois, tout ça, j'en ai pris véritablement conscience, progressivement. Je ne me suis jamais sentie épargnée, protégée, bien sûr, mais j'avais le sentiment (l'affront?) de penser que j'allais surpasser tout ça.
Aujourd'hui, je ne sais plus. Je n'ai pas de plan B. Et je ne veux même pas y réfléchir.
vendredi 27 novembre 2009
Et de trois!
Elle était très gênée, au téléphone.
"Malheureusement, nous avons eu un refus du comité et j'en suis désolée, car j'espérais vraiment que cela marche."
Ah, cette dame-de-la-banque-là apporte une touche d'humanité dont je finissais par croire que le monde bancaire était dépourvu.
En plus, elle ne m'a pas sorti le classique "pas issue de la profession."
Non, cette fois, c'était la "faisabilité" (en gros, le fait que je ne me rétribue pas assez, à leur goût) et... le contexte économique actuel.
La crise, quoi.
Ah, c'est certain, je ne vais pas rouler sur l'or avec ma petite entreprise, mais enfin, je m'en étais accommodée. Mais au comité, les gens, ils ont dit NON.
Au moins cette banquière a-t-elle eu la décence d'en discuter et de me montrer à quel point elle en était "attristée" (si si, je l'ai senti à sa voix). "On ne peut pas vous reprocher d'avoir mal monté votre dossier. Celui-ci était béton."
Je n'ose imaginer le sort de ceux en carton-pâte, alors.
Elle espère que ma banque va suivre, elle. Et elle viendra me voir là-bas, dans mon établissement. Elle veut y croire.
Mardi, j'ai la réponse de l'ultime banque, ma personnelle, donc. J'ai pris rendez-vous avec un autre établissement, ce jour-là. J'ai peur de devoir intituler mon post "et de quatre".
Comme m'a dit la banquière, "enfin, bon week-end quand même."
Oui, quand même.
"Malheureusement, nous avons eu un refus du comité et j'en suis désolée, car j'espérais vraiment que cela marche."
Ah, cette dame-de-la-banque-là apporte une touche d'humanité dont je finissais par croire que le monde bancaire était dépourvu.
En plus, elle ne m'a pas sorti le classique "pas issue de la profession."
Non, cette fois, c'était la "faisabilité" (en gros, le fait que je ne me rétribue pas assez, à leur goût) et... le contexte économique actuel.
La crise, quoi.
Ah, c'est certain, je ne vais pas rouler sur l'or avec ma petite entreprise, mais enfin, je m'en étais accommodée. Mais au comité, les gens, ils ont dit NON.
Au moins cette banquière a-t-elle eu la décence d'en discuter et de me montrer à quel point elle en était "attristée" (si si, je l'ai senti à sa voix). "On ne peut pas vous reprocher d'avoir mal monté votre dossier. Celui-ci était béton."
Je n'ose imaginer le sort de ceux en carton-pâte, alors.
Elle espère que ma banque va suivre, elle. Et elle viendra me voir là-bas, dans mon établissement. Elle veut y croire.
Mardi, j'ai la réponse de l'ultime banque, ma personnelle, donc. J'ai pris rendez-vous avec un autre établissement, ce jour-là. J'ai peur de devoir intituler mon post "et de quatre".
Comme m'a dit la banquière, "enfin, bon week-end quand même."
Oui, quand même.
Miracle à échelle familiale
Parfois, au moment où l'on s'y attend le moins, un signe apparaît. Un p'tit truc, qui ne change pas la face du monde, mais qui veut dire beaucoup, à titre personnel.
Vous vous souvenez à quel point j'étais soutenue par mon papa, notamment, depuis le début de mon projet. Je le revois encore à se gratter la tête, le visage encore endormi, le front plissé, me racontant son cauchemar nocturne, celui de m'avoir vue en cuisine, dans mon restau. Ou s'énerver, estimant que je ne faisais pas beaucoup d'efforts pour rester dans ma profession initiale, le journalisme.
J'en riais, parfois jaune, certes. Mine de rien, je m'étais forgé ma petite carapace, montrant de la défiance à chaque fois qu'il dénigrait un peu plus mes intentions.
Eh bien, un petit miracle s'est produit. Oh non, aucune banque ne m'a appelée aujourd'hui pour me confirmer qu'elle allait me financer. Simplement, mon papa si réticent s'est pris au jeu.
La semaine passée, mes parents sont venus à Rennes pour déjeuner au Café Clochette. Je l'ai vécu comme un signe d'encouragement. Bon, mon père a suggéré, devant la cafelière amusée, que je pourrais toujours tenter ma chance en tant que journaliste culinaire, comme une dernière allusion à ma vie d'avant. Mais il a compris, il me semble.
Lorsque, quelques jours plus tard, j'ai informé mes parents du message sur le répondeur, ils ont compati, sincèrement. Et ont réfléchi tout haut à toutes les hypothèses imaginables, pour que je puisse réaliser mon rêve et contrer les avis bancaires.
A vrai dire, je n'étais pas mécontente d'être assise. Parce que là, il y avait de quoi tomber à la renverse.
Pour qui ne connaît pas mon père, cette réaction semblera simplement naturelle. Un parent encourage son enfant, lui vient en aide comme il le peut, parce que c'est, paraît-il, dans l'ordre des choses. Ce revirement paternel est en réalité beaucoup plus complexe et inattendu, et je savoure la chose à sa juste mesure.
Je n'ai pas attendu son aval pour foncer. J'avais rapidement cessé de me justifier. J'en étais arrivée à éviter le sujet, jusqu'à taire la signature du compromis.
Mais voilà qu'il m'offre son oreille compatissante...
.. Sans toutefois réprimer, de temps à autre, une petite moue ou un "pff" un peu circonspect, parce que c'est mon père, parce qu'il s'inquiète, parce qu'il a peur.
Aujourd'hui, mes parents ont rejoint "mon camp", celui de mes proches et moins proches qui me font confiance et qui espèrent une issue heureuse. Cela ne va pas changer le schmilblick, comme je vous le disais. Mais, parce que sommeille en moi - comme en chacun de nous - l'esprit de l'enfant que nous avons tous été, ça me fait simplement du bien.
Et en ce moment, c'est déjà beaucoup.
Vous vous souvenez à quel point j'étais soutenue par mon papa, notamment, depuis le début de mon projet. Je le revois encore à se gratter la tête, le visage encore endormi, le front plissé, me racontant son cauchemar nocturne, celui de m'avoir vue en cuisine, dans mon restau. Ou s'énerver, estimant que je ne faisais pas beaucoup d'efforts pour rester dans ma profession initiale, le journalisme.
J'en riais, parfois jaune, certes. Mine de rien, je m'étais forgé ma petite carapace, montrant de la défiance à chaque fois qu'il dénigrait un peu plus mes intentions.
Eh bien, un petit miracle s'est produit. Oh non, aucune banque ne m'a appelée aujourd'hui pour me confirmer qu'elle allait me financer. Simplement, mon papa si réticent s'est pris au jeu.
La semaine passée, mes parents sont venus à Rennes pour déjeuner au Café Clochette. Je l'ai vécu comme un signe d'encouragement. Bon, mon père a suggéré, devant la cafelière amusée, que je pourrais toujours tenter ma chance en tant que journaliste culinaire, comme une dernière allusion à ma vie d'avant. Mais il a compris, il me semble.
Lorsque, quelques jours plus tard, j'ai informé mes parents du message sur le répondeur, ils ont compati, sincèrement. Et ont réfléchi tout haut à toutes les hypothèses imaginables, pour que je puisse réaliser mon rêve et contrer les avis bancaires.
A vrai dire, je n'étais pas mécontente d'être assise. Parce que là, il y avait de quoi tomber à la renverse.
Pour qui ne connaît pas mon père, cette réaction semblera simplement naturelle. Un parent encourage son enfant, lui vient en aide comme il le peut, parce que c'est, paraît-il, dans l'ordre des choses. Ce revirement paternel est en réalité beaucoup plus complexe et inattendu, et je savoure la chose à sa juste mesure.
Je n'ai pas attendu son aval pour foncer. J'avais rapidement cessé de me justifier. J'en étais arrivée à éviter le sujet, jusqu'à taire la signature du compromis.
Mais voilà qu'il m'offre son oreille compatissante...
.. Sans toutefois réprimer, de temps à autre, une petite moue ou un "pff" un peu circonspect, parce que c'est mon père, parce qu'il s'inquiète, parce qu'il a peur.
Aujourd'hui, mes parents ont rejoint "mon camp", celui de mes proches et moins proches qui me font confiance et qui espèrent une issue heureuse. Cela ne va pas changer le schmilblick, comme je vous le disais. Mais, parce que sommeille en moi - comme en chacun de nous - l'esprit de l'enfant que nous avons tous été, ça me fait simplement du bien.
Et en ce moment, c'est déjà beaucoup.
jeudi 26 novembre 2009
On ne prête qu'aux riches
La redescente, disais-je...
Ah oui, les images de la semaine passée sont déjà loin. Miniloup qui épluche des carottes ou qui découvre, avec de grands yeux tout mutins, Speedy Gonzales... Les matous que l'on craint de réveiller, en plein service, alors qu'ils sont tranquillement installés sur le manteau -noir- d'une cliente allergique. Le calme et la chaleur de la cafelière. L'énergie et la douceur de Christine. Toutes ces familles qui se posent et qui prennent juste le temps de respirer. Ces bouilles de mômes à la démarche non assurée, qui vacillent et se rattrapent comme ils peuvent. Et puis, ce soudain silence en fin de service.
Cette certitude que l'on a trouvé la réponse à nos questions, que les doutes s'envolent et qu'il fait jour, quelque part sur cette terre.
Tout ça, envolé, en moins de deux.
Mardi, c'était une nouvelle journée des non. A force, je devrais être habituée mais l'éternelle optimiste que je suis ne peut s'y résoudre. Non, a dit la dame de Mariage Frères, maison de thés avec laquelle je souhaitais travailler. Déjà des clients en ville, pas la peine de rêver, vous n'êtes pas de taille, qu'elle ajoutait en substance.
L'autre refus, je le connaissais puisqu'il provenait de la dame de la banque. J'avais demandé une explication - et d'ailleurs, elle me l'avait proposé sur son message - pourquoi se priver, hein? Mais quand même, tant de mauvaise foi, je ne m'y habituerai jamais.
"Nous avons refusé le financement de votre projet du fait de l'emplacement (c'est vrai, c'est dans le centre ville, beaucoup trop évident, j'imagine...) mais surtout, surtout (notez l'insistance) du fait de votre parcours."
Ah, mon parcours. Pas facile pour une ancienne taularde de se réinsérer dans la vie active, pas vrai?
Ah non, c'est vrai, je n'ai commis aucun délit, sinon de choisir une première voie visiblement incompatible avec celle de la restauration.
Suis-je bête.
Je lui répète mes arguments, lui rappelant que je ne me lance pas dans un restaurant gastronomique, mais dans une cuisine familiale, simple et chaleureuse. Que les établissements en France ne sont pas tous tenus par des Charlotte + 12. Qu'un cuistot, aussi bon soit-il, n'est pas plus assuré de gérer au mieux un restaurant, juste parce qu'il maîtrise la technique culinaire. Que, que, que...
Je respire. Je sens que je vais m'énerver. Elle, elle a ce petit rire gêné, insupportable.
"Oui, mais je ne veux pas avoir à ouvrir un contentieux plus tard. C'est trop risqué." Avant d'ajouter la phrase qui va finir par me donner des envies de meurtre:
"Car vous n'êtes pas issue de la profession."
Peu importe les premières expériences en cuisine. Peu importe les associés, les apports personnels, le travail en amont, l'envie, la demande de financement pas si conséquente. C'est N.O.N.
Je devrais me taire, d'autant que je n'ai ni l'envie, ni l'espoir de la convaincre. Mais c'est plus fort que moi. Je lui demande donc:
"En gros, ça veut dire que si je reviens vous voir dans quelques mois avec un CAP cuisine, ce sera différent?"
Elle va rire, balayer l'idée d'un revers et raccrocher. Mais non.
"Ah oui, tout à fait, je pourrais soumettre cela au comité et ça changerait tout."
Effectivement, ça changerait tout. Je n'aurai plus le local à disposition - un détail, j'en ai tout un tas à 300.000 euros le pas de porte qui n'attendent que moi - presque plus de droits ASSEDIC, l'incapacité de vivre dessus pour démarrer.
Mais je pourrais rajouter une jolie ligne à mon CV: une chouette toque de CAPISTE cuisine.
Bon là, je me suis un peu emportée. Bien sûr que je peux toujours apprendre. Bien sûr que je peux continuer à enchaîner les formations. Mais enfin, à quoi bon, maintenant que le temps est compté? Que j'ai tout à portée de main?
Je vois beaucoup d'hypocrisie dans ces discours, beaucoup de frilosité, de peurs, aussi, celles que nous - inconscients créateurs d'entreprise - faisons naître chez ces sachants. J'ai l'impression de me répéter, mais la réalité est là. En France, seul le diplôme valide un savoir. Pas le travail et la volonté que l'on peut déployer.
Je ne veux pas passer pour une victime. Je crois que je ne suis malheureusement pas la seule dans ce cas, à buter au pied du mur. Pour avoir une longue conversation avec une personne de l'AFPA, directement concernée par la création d'entreprise, j'ai conscience que le malaise est général et qu'il va aller en empirant.
On ne prête qu'aux riches.
Penser que je vais m'arrêter là serait mal me connaître. Les images de la semaine passée ne sont pas envolées, finalement. Elles me donnent au contraire l'envie et l'énergie d'y croire.
D'ailleurs, certains petits miracles se produisent même lorsque l'on s'y attend le moins...
A suivre...
Ah oui, les images de la semaine passée sont déjà loin. Miniloup qui épluche des carottes ou qui découvre, avec de grands yeux tout mutins, Speedy Gonzales... Les matous que l'on craint de réveiller, en plein service, alors qu'ils sont tranquillement installés sur le manteau -noir- d'une cliente allergique. Le calme et la chaleur de la cafelière. L'énergie et la douceur de Christine. Toutes ces familles qui se posent et qui prennent juste le temps de respirer. Ces bouilles de mômes à la démarche non assurée, qui vacillent et se rattrapent comme ils peuvent. Et puis, ce soudain silence en fin de service.
Cette certitude que l'on a trouvé la réponse à nos questions, que les doutes s'envolent et qu'il fait jour, quelque part sur cette terre.
Tout ça, envolé, en moins de deux.
Mardi, c'était une nouvelle journée des non. A force, je devrais être habituée mais l'éternelle optimiste que je suis ne peut s'y résoudre. Non, a dit la dame de Mariage Frères, maison de thés avec laquelle je souhaitais travailler. Déjà des clients en ville, pas la peine de rêver, vous n'êtes pas de taille, qu'elle ajoutait en substance.
L'autre refus, je le connaissais puisqu'il provenait de la dame de la banque. J'avais demandé une explication - et d'ailleurs, elle me l'avait proposé sur son message - pourquoi se priver, hein? Mais quand même, tant de mauvaise foi, je ne m'y habituerai jamais.
"Nous avons refusé le financement de votre projet du fait de l'emplacement (c'est vrai, c'est dans le centre ville, beaucoup trop évident, j'imagine...) mais surtout, surtout (notez l'insistance) du fait de votre parcours."
Ah, mon parcours. Pas facile pour une ancienne taularde de se réinsérer dans la vie active, pas vrai?
Ah non, c'est vrai, je n'ai commis aucun délit, sinon de choisir une première voie visiblement incompatible avec celle de la restauration.
Suis-je bête.
Je lui répète mes arguments, lui rappelant que je ne me lance pas dans un restaurant gastronomique, mais dans une cuisine familiale, simple et chaleureuse. Que les établissements en France ne sont pas tous tenus par des Charlotte + 12. Qu'un cuistot, aussi bon soit-il, n'est pas plus assuré de gérer au mieux un restaurant, juste parce qu'il maîtrise la technique culinaire. Que, que, que...
Je respire. Je sens que je vais m'énerver. Elle, elle a ce petit rire gêné, insupportable.
"Oui, mais je ne veux pas avoir à ouvrir un contentieux plus tard. C'est trop risqué." Avant d'ajouter la phrase qui va finir par me donner des envies de meurtre:
"Car vous n'êtes pas issue de la profession."
Peu importe les premières expériences en cuisine. Peu importe les associés, les apports personnels, le travail en amont, l'envie, la demande de financement pas si conséquente. C'est N.O.N.
Je devrais me taire, d'autant que je n'ai ni l'envie, ni l'espoir de la convaincre. Mais c'est plus fort que moi. Je lui demande donc:
"En gros, ça veut dire que si je reviens vous voir dans quelques mois avec un CAP cuisine, ce sera différent?"
Elle va rire, balayer l'idée d'un revers et raccrocher. Mais non.
"Ah oui, tout à fait, je pourrais soumettre cela au comité et ça changerait tout."
Effectivement, ça changerait tout. Je n'aurai plus le local à disposition - un détail, j'en ai tout un tas à 300.000 euros le pas de porte qui n'attendent que moi - presque plus de droits ASSEDIC, l'incapacité de vivre dessus pour démarrer.
Mais je pourrais rajouter une jolie ligne à mon CV: une chouette toque de CAPISTE cuisine.
Bon là, je me suis un peu emportée. Bien sûr que je peux toujours apprendre. Bien sûr que je peux continuer à enchaîner les formations. Mais enfin, à quoi bon, maintenant que le temps est compté? Que j'ai tout à portée de main?
Je vois beaucoup d'hypocrisie dans ces discours, beaucoup de frilosité, de peurs, aussi, celles que nous - inconscients créateurs d'entreprise - faisons naître chez ces sachants. J'ai l'impression de me répéter, mais la réalité est là. En France, seul le diplôme valide un savoir. Pas le travail et la volonté que l'on peut déployer.
Je ne veux pas passer pour une victime. Je crois que je ne suis malheureusement pas la seule dans ce cas, à buter au pied du mur. Pour avoir une longue conversation avec une personne de l'AFPA, directement concernée par la création d'entreprise, j'ai conscience que le malaise est général et qu'il va aller en empirant.
On ne prête qu'aux riches.
Penser que je vais m'arrêter là serait mal me connaître. Les images de la semaine passée ne sont pas envolées, finalement. Elles me donnent au contraire l'envie et l'énergie d'y croire.
D'ailleurs, certains petits miracles se produisent même lorsque l'on s'y attend le moins...
A suivre...
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