jeudi 31 mars 2011

Les dents qui saignent

Cette nuit, j'ai perdu ma dent de devant et j'avais tout plein de sang dans les mâchoires, sous l'oeil ébahi de mon amant du soir (qui n'était pas un inconnu, je vous rassure) qui, du coup, arrêtait de me rouler des pelles pour aller voir ailleurs les sensations. J'avais le sourire d'une gamine de 6 ans, mais version Carrie, gore, quoi. Et à oilpé. La classe.

C'était un rêve.

Cette nuit, j'ai perdu une amie. Cancer foudroyant. Horrible. Je pensais à son mari, à ses enfants, et je regrettais de ne pas l'avoir appelée plus tôt, chienne de vie.

C'était un cauchemar.

Cette nuit, je finissais une course dans une sorte de terrain tout cracra et j'arrivais première, alors même que je m'étais arrêtée pour reprendre mon souffle (pour me faire un petit thé et aller chercher du boulot sur poleemploi.fr- une envie soudaine de rire, je crois). Du coup, je gagnais une jolie coupe et je devais faire un speech, sous le regard amusé de Loulou qui se payait clairement ma tête. L'horreur.

C'était, je ne sais pas, une sorte de rêve.

Je me suis réveillée ce matin, un peu dans le brouillard, épuisée d'avoir autant faire tourner les machines là-haut (pas l'habitude, normal), le teint blafard, le cheveu gras (tu parles, je voulais aller à la piscine hier pour me laver les cheveux, bassin fermé pour compet! Je soupçonne un complot, d'autant que la pluie était de la partie, la garce, m'empêchant de me faire un petit yogging). Une vraie star, en gros. Je me suis demandé comment interpréter mes rêves, cinq secondes, avant de me souvenir que de toute façon, c'est un peu normal de rêver des trucs pareils quand on a l'esprit un peu tordu comme le mien.

J'ai regardé le ciel, tout gris. J'ai laissé infuser mon thé un peu trop longtemps, il pleuviotait dehors... Alors, j'ai mis un grand coup de pied (virtuel, le coup de pied, pas envie de me faire suturer la tête) dans cet esprit morose et j'ai de nouveau réfléchi (waouh, c'est l'ébullition ce matin) au pourquoi du comment.

En fait, depuis le début de semaine, nos soirées, avec Loulou, se terminent systématiquement par une bonne grosse engueulade, parce qu'il dépasse les bornes et que le coup de Maurice, ça va bien, mais y'a pas écrit coconne sur mon front. Ensuite, je l'entends marmonner sous sa couette, le sommeil finit par vaincre ses derniers élans et le lendemain matin, frais comme un magasin Picard (en fait, je pêche rarement du gardon, c'est pas un poisson un peu suranné, ça, le gardon? Alors que Picard, ça a son petit côté moderne qui parle à tous les urbains que nous sommes, non? Laissez, je me suis cogné une retranscription d'un anthropologue, comprenez que ça laisse des traces), mon loulou donc, se lève, récite ce qu'il veut ("ce que j'aimerais, mon chéri, on dit ce que j'aimerais". Oui, je tente) au petit déj', tout sourire avec un petit bisou tout mimi.

Alors que moi, depuis le soir, je fulmine contre lui, je serre les dents et puis, je finis par réfléchir (décidément, tu m'étonnes que ça cause, là-haut, la nuit venue) à l'intérêt de se pourrir les soirées pour une sombre histoire de saumon pas fini ou de résistance à la douche. Et le matin, donc, j'ai la tête en vrac. Alors que, en fait, je sais pertinemment que j'ai raison de ne pas céder, de ne pas lui laisser ce siège de roi qu'il aimerait tellement occuper. L'éducation, c'est répéter constamment les mêmes choses, respecter une ligne directrice, montrer la voie. C'est fatigant, je le reconnais, et après, ça vous fait rêver à des courses dans des chemins boueux, des amies cancéreuses parties trop vite (alors qu'aux dernières nouvelles, elle galopait, la copine en question, IRL) et perdre vos dents pendant des ébats qui auraient pu être intéressants (quoique virtuels).

Mais c'est pour la bonne cause. Je n'ose penser à l'adolescence, tiens. Enfin, maintenant que j'ai retrouvé le sommeil, je préfère saigner des dents que de revivre des insomnies.

lundi 28 mars 2011

La page blanche (ou le paradoxe du pilou)

J'en suis convaincue maintenant : une vie normale, c'est reposant mais alors, niveau inspiration, c'est zéro. Je vous raconte quoi, maintenant, si je ne galère plus, si je ne navigue plus dans un monde kafkaien, si je vis un quotidien lambda? Ah, on me dit (Jeanne d'Arc, sors de ce corps) que j'étais déjà ordinaire, me manquait plus que la vie qui allait avec... Bah, voilà, c'est fait.

Je travaille la semaine, je finis un manuscrit*, je l'envoie, je sors le week-end, je me craque un peu en allant faire les boutiques, j'arpente tous les rayons d'ikea, je m'énerve sur des suspensions que je n'arrive pas à poser en réalisant que je suis vraiment quiche avec mes mains, je me fais des terrasses et des restaus avec des copines (et même des sushis visiblement irradiés, si j'en crois l'état de mon tube digestif le lendemain), je parle politique avec un coiffeur azimuté (je souffrais déjà en silence d'avoir fait une infidélité à MA coiffeuse préférée, que j'embrasse au passage, tiens) (c'était juste plus possible cette frange, je commençais à me cogner partout, heureusement que j'étais pas au ski, je me ferais pris un pylône. Mais tu restes la meilleure).(enfin, ma cops, elle reste la meilleure) (parce que vous, les autres, vous n'êtes pas coiffeurs, pas vrai?) (je n'ai pas dit que vous étiez aussi quiches que moi des paluches, c'est pas possible, je crois) (bref, vous avez bien compris, je me sers de cet espace pour dire coucou à mes cops au lieu de les appeler, c'est nul, je sais) (mais c'est la faute de ma vie normale, j'ai plus le temps de rien) (la pauvre excuse)...

...

La vie normale, quoi. Enfin, presque. Parce que, lorsque je rentre de ces virées improvisées, je trouve des petites missions dans ma boîte mail, à rendre pour hier, et me voilà de retour dans mon monde pilou, j'ai plus qu'à enfiler mes grosses chaussettes et mon plaid et hop, l'ermite is back! Tant pis pour le dimanche plein de promesses, de sport et de plein air, j'ai repris ma première position, en me réjouissant, néanmoins, d'avoir fait raccourcir ma frange : au moins, je vois de nouveau l'écran.

Ça aide.

Oh, derrière ce léger dépit se cache néanmoins un réel soulagement de travailler un minimum, et pas seulement pour payer le loyer. Les jours passent et je m'interroge sur cette possibilité de recoller au monde réel. Cela est-il possible, je n'en sais rien, vu la faiblesse de l'offre. Toujours partagée entre l'envie de retrouver des collègues et celle de garder cette indépendance à laquelle je goûte actuellement, j'avance et je recule, dans un mouvement de balance certes fatigant mais plein d'enseignements. Après tout, il existe des alternatives à la vie routinière, et j'en explore les différentes voies. Mais je m'égare, moi qui parlais de page blanche, je ne suis pas censée partir dans les tours et vous saouler de questionnements stériles.

En plus, j'suis même pas en pyjama.

* Le manuscrit de Poney, ça y est, il est fini! A voir, maintenant, où cela va nous mener...

dimanche 27 mars 2011

50% girly, 50% Robocop

Vous pourriez la croiser dans le métro et la trouver jolie. Longs cheveux blonds et visage de poupée, la demoiselle dispose de quelques sérieux atouts.

Ensuite, vous l'entendriez parler. Et là, vous pourriez imaginer qu'elle est votre copine, plutôt du style déluré, celle qui fait rire la galerie et qui est limite à réclamer les bières en se collant dans le canapé parce que c'est l'heure du foot. Un peu garçon manqué, finalement, derrière le lissage et la robe cupcakes. Elle fait de grands gestes et bouge dans tous les sens, dans une sorte de tourbillon où les personnages vont et viennent, justes et crédibles. Grosse boule d'énergie dénuée de tout complexe, qui se prend pour le sosie de Natacha Kampusch et qui lâche deux, trois bombes, comme ça, l'air de rien, sur la société.

Elle jongle avec les clichés et pourtant, la magie opère. Bérengère Krief est une jeune comédienne qui, avec son one woman show, "Ma mère, mon chat et Docteur House", balance des pavés dans la mare et revisite les relations homme/femme dans ce mélange mi-girly/mi-robocop qu'elle semble avoir inventé. Une sorte de Florence Foresti (Lyonnaise comme elle, elle en a les intonations) encore teenager, qui parle de "demi-molle" lorsque la salle n'applaudit qu'à moitié, qui fait se confronter le surmoi masculin (personnalisé par Jean d'Ormesson, qu'elle imite très bien) au ça, sous la forme d'un Joey Starr très classieux... Elle prouve surtout qu'on peut renouveler un genre pourtant très prisé et y apporter une saveur particulière. Elle joue très bien avec tous les codes de la communication, aussi, prenant son public en photo, instaurant une interactivité futée et relayant le tout avec candeur sur facebook. Oui, elle a tout compris.

J'ai eu le bonheur de la voir, lors de la dernière soirée de sa tournée nantaise et je vous encourage vivement à aller l'applaudir si par chance, elle vient près de chez vous. Au delà de ses textes désormais bien rodés, elle m'a bluffée par son aisance sur scène, parce que, dans ce genre si particulier du one man show, la moindre errance se cristallise, le moindre flottement est cher payé et sans une sérieuse dose d'inconscience, il est certainement très compliqué d'oser afficher ainsi ses velléités artistiques.

C'est une bonne leçon: Bérengère Krief, qui n'hésite pas à démarrer son pestacle en sous-vêtements (!) ne semble pas craindre le ridicule. Et cette audace est payante. Non seulement elle n'est pas grotesque, mais elle donne envie de foncer, d'aller au bout de ses convictions. Et sous ses airs de petite nana presque futile, elle donne même à réfléchir sur ses fameuses relations entre les deux sexes.

Attablés autour d'un verre de vin, on a refait le monde, ensuite, revisitant les poncifs avec un étonnement nouveau, d'autres questionnements, comme si, finalement, elle avait levé le voile sur quelques interdits qui nous titillaient.

Elle parle de la société, tout simplement, et ce regard-là, drôle et rafraîchissant, est précieux. Comme quoi, oui, on peut encore rire, et en ces temps incertains, c'est bon de s'en souvenir.


jeudi 24 mars 2011

Ecole buissonnière

Stupeur ce matin devant l'école : je croise plein de parents.

Oui, et alors? École = parents devant le portail, rien d'extraordinaire, je vous l'accorde. Sauf que d'habitude, on est tous les matins en retard avec Loulou et on ne croise pas grand-monde, hormis la dame qui se colle au péril de sa vie au milieu de la rue pour stopper les automobilistes en nous parlant systématiquement de la météo (oui, elle est multitâches) et d'autres retardataires avec la main du gamin qui semble greffée au bras du parent (indigne, et pas coiffé, le parent, pas le temps).

Alors quoi? Eh bien, le portail est fermé, la cour de récré ne contient aucun morceau d'instit dedans, pas la moindre trace du corps enseignant. Donc, tout le monde poireaute en regardant sa montre, voire en tapant un peu dessus (pour accélérer le temps? Je me suis toujours demandée pourquoi on faisait ce geste sur le cadran de la montre, en plus, y'a risque de rayer le verre, non? Sinon, faites comme moi, vivez sans montre, c'est un bon concept, moins stressant) (mais ça cause des retards récurrents, certes) (et un petit yogging improvisé tous les matins, avec l'hooorrible bruit du cartable à roulettes sur le bitume) (nous pourrions y aller en voiture, certes. Mais trop facile).

Bref, vous l'aurez compris, c'est la consternation, mais que fait le peuple, où sont les instits, ont-ils été irradiés par le nuage nippon ? Loulou se tourne vers moi, les yeux brillants. Je sens qu'il a compris et qu'il va me donner la réponse à ce troublant mystère: "Ah bah, ça doit être comme lundi prochain!"

-Quoi, lundi prochain? (notez le bon français qui me caractérise, de bon matin, le cheveu emmêlé.)

- Ben, c'est férié!

De fait, l'école ferme lundi. Pour grève. Rooh, c'est juste une petite nuance, mais au final, j'aurai bien mon loulou dans les pattes pour me rappeler ma condition de free-lance, censée travailler à domicile entre deux rendez-vous chez le médecin/à la mairie pour l'inscription au centre de loisirs pour 2014/ à Pôle Emploi pour régler un trop-perçu et les jours fériés, donc, de l'Education nationale...

Puisque c'est ça, on ira à la mer lundi. Et si le soleil fait grève, j'lui casse la tête à la récré.

mardi 22 mars 2011

Jusqu'ici, tout va bien

Des réacteurs sont en feu et en attendant d'être irradiés, les Japonais se collent un sac plastique sur le visage, évitent les épinards et l'eau du robinet. Ils essaient de reprendre une activité normale, regardent des émissions farfelues à la télé où les animateurs ont bouffé un clown, sans vraiment oublier la traînée grise que laissent les fumées. "La vapeur s'échappait déjà avant", rassure un porte-parole de la centrale de Fukushima.

Ah bah, ça va, alors.

Le réacteur n°3 contient un truc encore plus dangereux que l'uranium, du MOX, condensé d'uranium et de plutonium. Le MOX est interdit aux États-Unis, mais pas au Japon, parce que c'est quand même drôlement efficace, ce truc, et ce serait ballot de ne pas l'utiliser, juste pour une sombre histoire de danger de mort. Sauf qu'il paraît que le plutonium, c'est moyen-moyen pour la survie de l'humanité. Et là, on y est, à cette sombre histoire.

Enfin, y'a encore une chance d'éviter la catastrophe planétaire. Hey, les gars, on croise les doigts et on s'appelle, hein?

Des masses d'air issues du Japon passent sur les Antilles mais en Guadeloupe, on est rassurant: "regardez ce ciel bleu, vous voyez un nuage, vous?"

Ben non, il est nickel, le ciel, tout bleu.

Les masses d'air doivent survoler dans la semaine l'Hexagone, mais pas de souci, c'est mille à dix mille fois moins radioactif que le nuage de Tchernobyl en 86 (qui s'était stoppé net, cela dit, aux frontières françaises, comme un grand, sans doute tout effrayé des sanctions potentielles. Ouh la la, vous le voyez le gros nuage radioactif, fait moins le malin quand nous, les Français, on le regarde noir).

Pas de souci sanitaire, aucune crainte à avoir. Ouf.

En Libye, on craint l'engrenage après l'opération internationale lancée voilà trois jours. Mais Alain Juppé qualifie cette intervention de "succès" sans sourciller. Succès, succès... Cette notion d'un truc qu'on fête, vous voulez dire ? On doit déboucher le champagne, c'est ça?

C'est vrai qu'en Afghanistan aussi, on est de bons pompiers bien efficaces et qu'on ne s'enlise pas du tout.

En Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo s'accroche à son siège et le bain de sang continue, mais bon, comme les images arrivent en moins grand nombre sur nos écrans, on ne parle pas vraiment de guerre, juste d'émeutes.

Question de vocabulaire, comme dirait Maître Capello, qui vient de tirer sa révérence.

En France, les petites gens d'en bas (mais pas que) qui se sentent spoliées depuis siiii longtemps sortent du bois et affichent fièrement leur vote dominical pour le Front Nauséabond. Le Président, face à la menace, suggère à son bon peuple d'aller se promener dimanche, pendant que son Premier Ministre appelle son groupe politique à la raison. Votez contre le Front National - et donc, tant pis, pour le PS (je sais, ça fait un pincement au coeur, j'ai ressenti le même en 2002, en votant Chirac).

On sent l'unité, c'est cool.

Je sais pas vous, mais moi, j'habiterais sur la planète Terre, je serais moyennement rassurée. Ah, oui, mince, y'a pas d'échappatoire, on est dedans jusqu'au cou. Heureusement, en attendant le désastre, on peut encore écouter des paroles sensées et réfléchies. Ce matin, j'ai été scotchée, dans ma salle de bain en entendant Rony Brauman. Allez voir ce lien, c'est très intelligent : http://dai.ly/h5Pr6i

"Nous ne sommes pas Dieu, nous ne sommes pas tout-puissants " conclue justement Rony Brauman dans cette interview de Pascale Clark. Perso, et très modestement, j'avais déjà une vague idée sur la question. Pas sûre que tous les mégalos de la planète en aient conscience, mais en même temps, à part le mur, je ne sais pas trop ce qu'on peut voir en ce moment.

Enfin, jusqu'ici, tout va bien.

lundi 21 mars 2011

Je suis normale

Hein? L'a pété un câble, la mouette, ou quoi? Normale? La nympho-chasseuse, là, qui passe de l'air (du supermarché) à l'eau (de la piscine) à la terre ferme pour oublier les vicissitudes de l'existence? Qui multiplie les jeux débiles pour pimenter son quotidien ? Qui écoute un Poney et un médecin dépressif?

Eh bien oui, la mouette nouvelle est arrivée, en même temps que le printemps. Avec l'envie d'une vie "normale".

C'est quoi, une vie normale, me direz-vous? Eh bien, un peu moins décalée que d'habitude, dans mon cas. Avec une sorte de rythme où tu travailles dans la semaine et où tu te détends le week-end. Oui, la routine, en gros. Que nombre d'entre vous cherchent à fuir, j'imagine. Mais qui semble m'apaiser, finalement.

En fait, depuis mon arrivée à Nantes, voilà maintenant... hey, presque cinq mois, j'avais un peu posé mes bagages avant de repartir comme en quarante, sans chercher vraiment de repères, juste contente de revenir aux sources. J'étais repartie pour les longues journées d'ermite, uniquement ponctuées par un aller-retour à l'école vite fait, des week-ends où j'aurais pu être mangée par les chiens en pilou (le pyjama, pas les chiens), tellement j'étais recroquevillée sur mon canapé à bosser. Je menais cette sorte de vie adaptable partout, en gros, au Mans à Nantes ou à Tombouctou (quoique).

Et voilà que l'appel d'air m'a conduite vers un nouveau chemin, avec cette envie de respirer un peu. En courant, en nageant, donc, ça je vous l'avais raconté, en allant retrouver les embruns marins, mais tout récemment, en décidant de faire des pauses le week-end, d'accepter de passer du temps comme tout le monde à... flâner.

Flâner. Rien que de l'écrire, ça me fait bizarre. Ce doit être cette sorte de culpabilité qui remonte, celle de l'ex-chômeuse, consciente qu'au lieu de sortir, elle ferait mieux d'envoyer quarante CV par semaine à des "vraies" boîtes.

Alors, donc, j'ai flâné ce week-end. J'ai un peu couru aussi (une course très sympa pour la lutte contre le cancer du sein). D'ailleurs, j'ai moins fait la maligne, rapidement, réalisant que j'étais partie comme une grande malade, boostée par l'énergie de tous les concurrents. J'ai été, comment dire, rattrapée par la réalité de mon organisme et de mes jambes de bois... J'étais très classe à la fin, avec ma bave aux lèvres.

Un détail.

Qui n'a en rien assombri le tableau. En fait, je me suis laissée vivre. J'ai consolé mon Loulou qui était tombé lors de la course des enfants, qui m'a tenu responsable de sa grâââââve blessure (deux, trois égratignures au coude). J'ai oublié que j'étais toujours en tenue de yogging, marinant dans ma sueur maintenant refroidie. Oui, j'ai respiré (en me bouchant un peu le nez quand même, au bout d'un moment, ça devient dangereusement énivrant).

On s'est promené au milieu d'un jardin nantais que j'ai redécouvert, on a cherché un peu le soleil et puis on s'est assis sur des rondins de bois. On a mangé du moelleux au chocolat dans les cris et le tumulte des enfants. J'ai regardé Loulou se coller les pieds dans l'eau, tenter de pêcher des poissons avec du bambou et faire l'imbécile avec son chocolat plein la bouche. L'affreux, on aurait dit un vagabond. Avec sa mère de yoggeuse, je vous explique pas le tableau.

Et pourtant, cette sensation inexpliquée.

Le bonheur. Peut-être simple, peut-être banal. Mais le bonheur.

Et même lorsque, le soir venu, Loulou m'a traitée de "plus mauvaise mère du monde"* (ça devait finir par arriver, depuis le temps), je suis restée placide. Limite, ça m'a fait sourire.

Et si la normalité rend zen, alors, moi je signe tout de suite.

*Rassurez-vous, Loulou n'a pas demandé, depuis, à échanger sa mère contre une plus sympa, sa colère s'est calmée et une heure (et un gratin de pâtes) après, il m'a assurée qu'il m'aimait "comme d'habitude" et que finalement, j'étais "pas si mal, comme mère." Donc, vous êtes gentils, personne n'appelle la SPC (Société protectrice des Caliméros). Pas la peine de déranger ma sérénité toute neuve.

vendredi 18 mars 2011

Le jour où j'ai fait rougir le caissier de chez Ed

Je ne vais pas vous mentir, j'avais le moral dans les chaussettes hier, et rien n'y faisait, même pas la relativité. Pourtant, seuls mes murs tremblent ici, sous la pression de mon acharné de voisin (physiquement intelligent, mais je vous dis ça de souvenir, l'être demeure invisible) qui doit décidément refaire tout son appartement, je ne suis intoxiquée que par le parfum de la dame du troisième et l'iode, je la colle dans l'eau du riz.

Mieux, je venais d'en finir avec le manuscrit de Poney (enfin, je ne parle pas de la correction,  à chaque jour sa peine). Alors, quoi? De quoi pouvais-je me plaindre? Pourquoi n'avais-je envie que de boulotter un quatre-quarts inratable (du genre bombe calorique, mais tellement bon que c'est un supplice d'attendre qu'il refroidisse) avec un thé brûlant sous mon plaid en m'apitoyant sur mon pauvre sort?

Le vide, les amis, le vide. Les hormones, aussi. Je vous dis pas, je saurais que mon public est exclusivement féminin, je vous parlerais de ma poussée hormonale et de ces petites bêtes qui font du flipper dans mon corps en ce moment, mais je me tiens, des hommes plein de testostérone lisent ce blog.

Bref, je me sentais tellement vide que j'ai quasi-supplié mon employeur principal de m'octroyer une mission. Pathétique. Mais payant : une heure plus tard, j'avais le son dans la boîte et je le regrettais amèrement, tant je ne comprends pas un traître mot du speech d'un médecin un peu dépressif sur les bords (je crois que mes oreilles ne sont sensibles qu'à la mauvaise foi politicienne, pas au discours d'un humaniste. Les hormones, je vois que ça).

Du coup, je suis retournée sur ma boîte mail, ce qui m'a arraché un vague sourire: les alertes que j'ai créées sur Pôle Emploi pour me dégoter LE job de mes rêves s'affichent comme des SPAMS, alors que les multiples relances de ventes privées non. Cherchez l'erreur. En tout cas, ils cherchaient un rédacteur passionné par le monde rural, les tracteurs ou encore l'univers de la chasse.

Pas de bol.

Bref, je songeais que j'allais bientôt décéder de vacuité ou d'une dépression foudroyante quand j'ai arrêté subitement de jouer à Caliméro, à la faveur d'un coup de fil avec ma plus vieille amie. J'ai réalisé le nombre de freins que je me collais toute seule et dans cet équilibre manichéen qui me tient, j'ai enchaîné ce matin inscription au site OVS, dont je vous avais déjà parlé (histoire de sortir un peu de ma tanière), décodage de médecin tourmenté, donc (je sèche encore un peu, mais bon) et yogging effréné (avec un vent à décorner les boeufs au retour et la bave aux lèvres, un vrai bonheur).

La philosophie de Baloo (on a les références qu'on peut) a aussitôt éradiqué toute pensée négative et ma dépression est repartie se cacher, loin - j'espère. Oui, il en faut peu pour être heureux.

Revenues dans la vraie vie, nous avons filé, mes jambes de bois et moi, faire deux, trois courses et, allez savoir pourquoi, je me suis amusée à un jeu idiot: empiler tout un tas d'articles les uns sur les autres et voir si la pyramide chancelante allait résister au tapis roulant (cherchez pas, les hormones, je vous dis). Le caissier, qui a bien failli se prendre un paquet de cotons dans l'oeil ("ça va, c'est pas lourd, heureusement", m'a-t-il glissé entre effroi et amusement) ne faisait pas trop le malin après ça, au début, avant de se détendre, après mon opération drague à trois balles (les hormones, les hormones), le temps qu'il passe les articles.

"Ça vous fera la modique somme de deux cent cinquante euros!" me lance-t-il, content de sa blague.

"Mangez des fruits et des légumes, qu'ils disent", je lui réponds en jetant un oeil à mon caddie vert et bio. "Enfin, ça reste raisonnable pour du bio."

"Oh oui" acquiesce-t-il "et vous avez eu raison de prendre ces carottes, elles sont très bien."

Un peu interloquée, en me demandant s'il a deviné mes intentions avec les carottes*, je lui dis: "bah en plus, il paraît que ça rend aimable!" (Jean-Claude Dus, sors de ce corps, vite)

C'est là qu'il a rougi en balbutiant des euh, euh...

Je lui ai tapé dans l'oeil, je vois que ça. Ou alors, je suis devenue une vraie nympho.

Saleté d'hormones.

*  Une soupe maison, évidemment. Tout de suite... vous avez les hormones en vrac, ou bien?;)