mardi 4 février 2014

Au delà des turbulences

 
La Baule, ce midi.
 
 
Drôle de sensation. L'impression de déjà vu. J'ai pris une photo quasi identique, en novembre, dans les tréfonds de la Bretagne, lors d'une semaine off, que j'avais prise pour souffler. Le ciel était aussi nuageux mais l'horizon moins dégagé, dans mon esprit tout du moins. Totalement vidée alors, j'imaginais mal retrouver suffisamment d'énergie pour retourner au charbon, moins de trois mois plus tard.
 
Je voulais juste qu'on me laisse tranquille, qu'on me laisse respirer, sans rien exiger d'autre de moi. Cette semaine-là, j'ai bel et bien senti l'air régénérant de la Bretagne, j'ai contemplé des heures durant l'océan, sans chercher plus loin. J'ai cru que les turbulences étaient derrière moi.
 
Elles ne l'étaient pas tout à fait, à vrai dire. Elles sont venues de nouveau me bousculer, comme une énième piqûre de rappel, comme s'il m'avait fallu tomber plus bas encore pour mieux taper du pied ensuite.
 
La chute a cela de bon qu'elle permet souvent de rebondir, au delà de ce qu'on imagine.
 
Les traits tirés, la mine défaite, le corps tendu et las de tant d'insomnies, j'étais devenue un zombie. Je ne cherchais même plus en moi de solutions pour me remettre d'aplomb. J'avais abdiqué. L'avenir? La recherche d'emploi? C'était le néant. Qu'on me foute la paix, une fois encore.
 
En prenant la route pour Saint-Nazaire, ce matin, j'ai songé quelques secondes à ce sombre passage. J'ai souri, intérieurement. Contre toute attente, j'ai remis les compteurs à zéro et décidé de prendre à bras-le-corps mon rêve. La sociopathe que j'étais devenue a laissé la place à la teigne, prête à en découdre pour aller au bout. Prête, enfin, aux rencontres.
 
J'en ai eu deux, aujourd'hui. Deux personnes, responsables de formations qualifiantes en cuisine. De ces entrevues, je suis revenue encore plus boostée, tant j'ai trouvé un écho et une attention précieuse. Entendre l'un convaincu que ma "patte maison" peut se démarquer de tous ces restaurateurs qu'il qualifie d' "ouvreurs de sac" quand il s'agit de concocter des desserts pseudo-maison ; et l'autre, relever que mon "projet tient la route", m'encourage encore plus dans cette voie que je redécouvre avec envie.
 
L'océan était gris et le ciel toujours nuageux. Pourtant, j'ai senti comme l'horizon se dégageait bel et bien.


lundi 3 février 2014

Je vais me tuer et je reviens

"Je peux enregistrer ton rire avant de partir?"

Nous étions en septembre et l'un de mes collègues, en instance de départ, voulait mettre dans la boîte mon rire, tonitruant et... assez honteux, je peux bien l'avouer.

J'ai pris ça à la rigolade, sans penser à l'époque que ça m'aurait bien aidé, d'en avoir une trace, tant je l'ai perdu depuis.

Oui, j'ai arrêté de rire. J'ai cessé de m'amuser, de profiter des petits bonheurs, de colorer le quotidien. Tout est devenu tellement sombre, pesant, pénible... J'ai regardé les gens dans la rue, qui avançaient, qui échangeaient des regards et des sourires, qui vivaient... Avec cette sensation de flotter au dessus d'eux, devenue incapable de ressentir quoi que ce soit. J'enviais les rires, les discussions complices, les gestes simples d'affection. Je m'en sentais incapable.

J'ai expérimenté pas mal de choses dans ma petite vie, mais la dépression, j'avais jamais osé. Et là, je suis tombée en plein dedans. D'où mon silence, notamment, ici ou sur l'autre blog que nous avions créé, avec ma cops Louloutte, pour me défouler, et que je peux maintenant relier ici (y'a prescription, Albert est sorti de ma vie).

Le 20 septembre, au lendemain de mes 39 ans, j'ai eu envie d'en finir. Alors, j'ai garé la voiture, éteint le moteur, soufflé et appelé le travail: je ne viendrai pas aujourd'hui. Mais au lieu de me foutre en l'air, je suis rentrée sagement chez moi me coucher et me noyer dans le flot de mes pensées sombres.

Du genre "je vais me tuer et je reviens."

Dépression 1- la mouette 0.

Certes.

Quelques mois plus tard, me voilà retapée, prête pour un retour dans le futur: croyez-le ou non, mais je lâche de nouveau le "journalisme" (ou ce qu'il était devenu) pour replonger dans ce qui m'a tenue à flot durant cette sale période: la popotte.

Et depuis quelques jours, alors que je suis partie dans la quête de la formation ad hoc pour réaliser, enfin, mon rêve, je ris en douce - parfois jaune - en entendant certains interlocuteurs. La vague de la cuisine à la télé, avec ces émissions qui donnent envie à chacun d'ouvrir une cupcakerie dans sa ville (je ne fais que citer l'un de mes interlocuteurs) a fait du mal au métier, et les vrais de vrais n'ont aucune envie qu'on empiète sur leurs plates-bandes. Oui, depuis quelques jours, comme une réminiscence assez ironique, j'ai déjà entendu un clone de la Fronçeuse de sourcils, un copain de Joe Pesci, des complices de mes amis de la banque.

Vous savez quoi? J'ai plus que jamais envie d'y aller, et pas juste pour rigoler. Je sens qu'on va bien s'amuser...

vendredi 23 août 2013

Le temps a passé

Ok, j'ai craqué. J'ai laissé entendre, il y a une bonne année de cela, que j'allais reprendre ce blog. Vous ne pouvez même pas imaginer à quel point j'ai eu envie.

Et pourtant, le temps a passé.

Pour résumer, j'ai eu l'impression  de passer dans une essoreuse. Pas moins. Je suis rentrée dans une sorte d'espace-temps à trois balles où tu pars sans savoir vraiment où, avec un objectif plus ou moins précis mais la conscience que quoi que tu fasses, tu n'y arriveras pas.

Le temps a passé.

Bousculée, tiraillée, balancée, désarmée, j'ai perdu tout contrôle. J'ai mis de côté tout ce qui me passionnait, ou presque. Ecrire? Fonction purement professionnelle. Lire? Plus le temps. Faire du sport? C'te blague! J'ai cessé d'appeler nombre de mes amis, avec une dose de culpabilisation inouïe, histoire de me finir. J'ai travaillé, travaillé, sans voir le jour. J'ai vu le nuage noir arriver, se rapprocher, commencer à grignoter mon espace. De temps en temps, il y avait une éclaircie. Il y avait aussi Loulou et mon homme. De quoi laisser filtrer suffisamment de lumière. Et puis le gris revenait. Chaque jour était une nouvelle tempête, à mes yeux.

Le temps a passé, oui, et je me suis sentie chaque jour plus cabossée. Vous qui m'avez suivie savez à quel point j'aime écrire 3615 ma vie et m'épancher, balancer mes états d'âme avec la pudeur d'un nudiste à Montalivet. Pourtant, le blocage. Plus rien ne sortait. J'ai eu l'impression de prendre un an dans les dents, deux ans, dix ans. Plus. De décrépir chaque jour un peu plus. De m'enfoncer dans le tunnel. De perdre un peu plus d'énergie chaque jour, jusqu'à craquer bêtement devant un inconnu, dans un hall d'exposition. Si ça allait? Si, si, ça va... Tu parles. Si sortir de son lit avec des palpitations le matin au rythme des angoisses sans cesse démultipliées s'appelle aller bien, alors oui, j'allais bien. J'exagère? Peut-être. Parce que j'ai le recul nécessaire aujourd'hui.

Le temps a passé. Je peux écrire à quel point je me suis laissée balayer par des couacs, que j'aurais relativisés en temps normal. Si tant est qu'on peut parler d'un truc normal dans ce que j'ai vécu.
Mais de quoi elle parle, la mouette? C'est bien là le problème. Si j'ai eu autant de mal à reprendre là où j'en étais restée, c'est que je n'ai pas eu la finesse d'esprit, à la création de ce blog, de rester anonyme. Tirer sur tout ce qui bouge, mais en l'assumant, ça m'allait. Mais aujourd'hui, ma liberté d'expression s'en trouve un rien réduite. Livrer certains détails de ma vie pro aurait des conséquences fâcheuses.

Créer un autre blog? Bien sûr, mais je suis tellement attachée à mon bébé que j'ai longtemps repoussé cette solution. Aujourd'hui, un projet commun avec une amie est dans les tuyaux, mais je ne veux plus rien promettre, j'ai trop tiré sur la corde.

En tout cas, bonne nouvelle: le temps a passé. Mon burn out - car oui, il s'agit bien de cela - est rangé au rayon souvenirs. Je vais bien. J'espère que vous aussi. Et j'ai plein de choses à vous raconter!!

samedi 21 juillet 2012

La vie, donc

Quatre mois que je n'ai plus rien écrit ici. Quatre mois que Poney a disparu, comme le soleil, d'ailleurs (j'exagère à peine. Je crée un compte twitter et je balance sur qui vous voudrez le jour où je me mets en T-shirt) (en même temps, en juillet, quelle idée, aussi, de vouloir tenter le bras-nu) (Bref) Quatre mois à envisager la vie autrement, un jour persuadée que la vie normale m'apaisait, le lendemain me souvenant de mes velléités plus... anarchiques, dirons-nous.

Panne d'inspiration? Vie trop normale, justement? Claques à répétition? Rythme trépidant ? Je ne sais pas trop, à vrai dire. Soudainement, l'intime m'a effrayée, une nouvelle pudeur s'est emparée de mon esprit déstructuré et j'en ai perdu toute envie d'exprimer ici des choses qui me semblaient tellement personnelles, d'un coup, alors que j'avais balancé ma vie et mes états d'âme sans vergogne pendant si longtemps!

La vieillerie, peut-être, alors. L'impression, aussi, de m'adapter à une vie plus... sociale, avec des vrais gens à l'intérieur, les petits énervements passagers, les réjouissances furtives aussi, dans un travail qui me pose de nouvelles questions. Je suis arrivée un peu vierge, à ce taf. Personne pour savoir vraiment d'où je venais, qui j'étais, et ça m'allait très bien. Et puis, on se fait prendre au piège, on s'attache à certaines personnes et on en dévoile plus qu'on n'en voudrait. On passe aussi tellement de temps assis sur sa chaise sans pouvoir yogger ou danser comme autrefois, que le soir venu, la lassitude nous prévient de toute tentative d'approche avec l'ordi.

Bouh. Le mal est en toi, petite chose noire et portable.

Et puis, il y a l'autre vie, aussi. La vie de maman, toujours (mon loulou va bien, il ressemble juste à un skin-head, en ce moment. Merci papa pour cette merveilleuse coupe de cheveux, je suis officiellement la génitrice d'un p'tit mec qu'on pourrait appeler dylan ou brandon, voyez bien. J'adore). La vie d'amoureuse, aussi. Oups. Comme une grosse vague qui surgit et vous enveloppe, vous brasse bien et vous laisse échouée sur la plage.

Soudain, ce soir, pourquoi, je n'en sais rien, j'ai envie de revenir ici, de reprendre nos petits échanges qui m'ont tellement apportée, tellement touchée. J'ai des tonnes de choses à vous raconter, pas mal de chagrins, du petit lot de pépites aussi, du physiquement intelligent, de la méchante dame ou de la maîtresse accablante.

Si j'étais un peu mégalo, je me souhaiterais un bon retour sur ce blog. Mais comme je suis juste un peu fêlée de la cafetière, je vais juste vous souhaiter la bienvenue, à ceux qui nous rejoindraient, et taper la bise virtuelle aux habitués que j'ai si longtemps délaissés.

On s'appelle??

jeudi 1 mars 2012

Poney

La dernière fois que je l'ai eue au téléphone, elle avait un air enjoué, quoiqu'un rien enroué, visiblement soulagée. Je venais de commencer mon nouveau travail et je n'avais pas eu une minute à moi. Elle m'a dit que, de son côté, elle avait eu des petits soucis de santé, qu'elle avait dû délaisser son atelier chéri, renoncer à son rituel. Ne plus coucher ses pensées sur des cahiers mais rentrer à la maison, au chaud, et attendre que ça aille mieux.

Après, m'avait-elle assuré, on reprendrait de nouveaux travaux ensemble. On se retrouverait de nouveau l'une face à l'autre, bien calées dans notre fauteuil, elle me parlerait de ses multiples projets, pesterait contre la terre entière et s'amuserait d'une petite bête sur le mur. Elle me proposerait un thé, sortirait avec gourmandise une tablette de chocolat. Et me caresserait la main en sortant, au pied de la porte, avec affection.

Après. Quand ça irait mieux.

...

Sa chambre était incroyable, spacieuse, soignée, pleine de souvenirs et d'images. Elle me disait parfois, en regardant son lit, qu'elle n'attendait qu'une chose, c'était de s'allonger, s'endormir et de ne jamais se réveiller. Je lui demandais de chasser cette idée, un peu angoissée qu'elle échafaude de tels projets. Je la savais fragile. Mais d'une telle vitalité...

Aujourd'hui, elle est partie. La maladie l'a vaincue. Elle a rejoint ce monde qu'elle craignait et espérait tout à la fois. Elle ne sera jamais vieille, elle qui détestait les peaux flétries et les chairs molles. Jusqu'au bout, son élégance l'aura poussé à refuser de faire comme tout le monde.

Poney nous laisse, là. Je me sens étrangement un peu orpheline ce soir. Aucun lien de sang entre nous, juste une sensation diffuse que nous partagions des choses et qu'elle faisait parfois écho à mes propres velléités. J'ai retrouvé chez elle cette fantaisie propre aux âmes insouciantes. Ou à celles qui, prenant coup sur coup, refusent de se laisser abattre et vivent leur existence comme si tout devait s'arrêter demain.

Je ne regrette qu'une chose. Elle part alors même que son manuscrit, celui qui m'a permis de la rencontrer, doit être publié dans les prochains jours,les prochaines semaines au pire.

L'ironie du sort, j'imagine.

Poney, où que tu sois, merci.

vendredi 25 novembre 2011

Fil rouge

Dis donc, un peu plus et j'allais laisser filer novembre sans donner aucun signe de vie... Mais que voulez-vous, je découvre un rythme à la fois très cadré, structuré, apaisant et... fatigant. L'impression de courir en permanence, avec néanmoins ces moments off le week-end, sans plus à penser aux mille tâches qui polluent le cerveau, sous prétexte qu'en bossant chez soi, eh bien, on peut bosser quand on veut.

Le week-end, c'est relâche. Et basta.

La semaine, je n'ai plus le temps de rien. Réveil toujours trop tôt, Loulou que j'ai la sensation de déposer et récupérer en permanence, liste longue comme une journée chez Pôle Emploi de trucs à faire pour hier, je suis débordée... Signe que je suis bel et bien dans le mouvement, celui de tous les salariés qui finissent par se plaindre de ne plus voir le jour, mais qui sont trop heureux de voir le soleil décliner, bien au chaud dans leur bureau, et de voir un revenu tomber à la fin du mois, toujours le même. Pour l'instant, ça continue de m'impressionner.

Oui, je sais, je suis impressionnable.

J'ai des collègues sympas. Vraiment. Bon, je suis repérée, à cause d'un rire que j'aurais sonore. Comprends pas. Pas facile de rester stoïque. Les premiers jours, on se tient droit comme un i, on ose à peine interrompre la concentration de sa chef. Et puis, on finit par se sentir mieux, puis bien, tout simplement.

C'est là que la nature reprend ses droits et qu'on oublie cette austérité initiale.

Bon, je ne suis pas certaine d'être encore au top, professionnellement. Je retrouve des automatismes, comme de vieux relents ancestraux, un goût pour la recherche d'infos, pour les coups de fil à l'arrache histoire de vérifier sa source, tous ces petits riens qui faisaient un peu le sel de ma vie d'avant. Cela ne me déplaît pas, à vrai dire, c'est même plutôt agréable d'utiliser ses neurones à d'autres fins que la traduction de syndicalistes. Et au fil des jours, je réalise à quel point ma création d'entreprise, certes avortée, puis ma découverte du monde institutionnel m'aident au quotidien. Comme un fil rouge, comme si ce parcours semé d'embûches pouvait finalement, et contre toute attente, s'avérer logique. Un comble, au vu de ma vie anarchique.

Me voilà donc dans le rang, libérée de cette pression grandissante qui m'empêchait de me projeter voilà encore peu. Quand on me demande ce que je fais dans la vie, j'avoue, j'hésite encore, je ne sais plus trop bien. Testeuse de vocations? Aventurière de la précarité? Clown ambulant? Pourquoi chercher une catégorie, après tout? J'ignore la place réelle du hasard dans ce parcours, mais cette lente remontée vers le pays "normal" me donne suffisamment d'optimisme pour que je n'aie pas à me mettre dans une case, juste pour me rassurer.

samedi 5 novembre 2011

Tornade montpelliéraine

Ouf. De retour au bercail, bien au chaud. Oui, je ne vous l'avais pas dit, mais je partais quelques jours pour le travail. Comme une réminiscence de ma vie passée, c'était à la fois troublant et excitant.

Je ne savais pas encore à quel point cela allait s'avérer fatigant et... rassurant. Je vous explique.

Avec un petit retour en arrière.

Mardi, donc, je dois écourter une fin de week-end prolongé sous le signe de l'été indien (et de l'amoooouuuur. Miss Guimauve, sors de ce corps) pour m'envoler, direction Montpellier. Oui, exactement là où un déluge a déjà eu lieu et où un autre est annoncé. Dans l'avion, on discute avec ma collègue (et, ô chance, elle est extra) et puis, soudain, je sais pas, un léger blanc. Nous sommes en train d'atterrir, le monsieur l'a annoncé dans le micro, le train d'atterrissage est en route et ça fait vrouuuuuum... et puis ça fait oups, bloup, bom, bam boum dans nos estomacs et dans nos têtes et nous remontons là haut dans les nuages.

En bas, un violent orage a éclaté et donc, ben, c'est un peu mort pour y aller, là, maintenant. Je vous passe le tour de manège gratuit au dessus de la ville pendant une plombe, on est tous ressortis avec l'impression d'être passés dans la machine à laver, essorage 1200 tours. Oups.

Après, je ne sais plus trop. Gros noeud à l'estomac, nuit agitée à me tordre les boyaux sous le coup du stress. Puis tourbillon, impression de me mettre en mode automatique, nous avions dix mille trucs à faire à la minute et si je vous dis que je ne connaissais absolument rien du secteur il y a trois semaines de cela, vous comprendrez un peu la complexité pour mes neurones d'enregistrer toutes les informations en deux temps, trois mouvements.

Là, je me suis découvert quelques talents de bluffeuse, j'ai fait genre, ah, mais oui, bien sûr, lorsqu'un exposant m'a parlé des dernières avancées technologiques de sa machine ou de l'intérêt de répondre à la norme XX000KLF au plus vite.

Tu penses, je suis née là-dedans. Hum.

OK, j'ai un peu fait mon escroc de base, j'imagine mais ça m'a permis de retrouver les automatismes de mon métier d'avant. Et je me suis dit que peut-être, en fait, j'étais encore journaliste. Ou je le redevenais. Ce qui, en soi, n'est pas un exploit, on est d'accord. C'est juste que j'avais de sérieux doutes sur la question, depuis le temps que j'étais sortie de ce domaine. Mais en fait, quand on cherche la petite bête un jour, on cherche la petite bête toujours, je suppose. Formule à la noix, j'en conviens, mais qui résume simplement le sentiment que j'ai eu face à deux interlocuteurs, d'une surprenante agressivité, qui semblaient se méfier de cette sale race, celle des scribouillards.

"Euh, monsieur, je bosse pas chez Charlie Hebdo non plus, hein", ai-je fini par rétorquer à l'une de ces personnes.

"Heureusement pour vous, vous auriez chaud ce matin" m'a-t-il répondu. Ah, il est remonté d'un cran dans mon estime, celui-là. Avant de m'expliquer que la rédaction avait brûlé. Euh, mais ça, je le sais, monsieur, je sais bien que j'ai l'air tellement à fond dans le secteur qu'on pourrait imaginer que je ne vis que pour ça, mais non, en vrai, j'ai aussi d'autres passions. Et parfois, je fais autre chose que bosser.

Ah, ah.

Enfin là, ce n'était pas flagrant, certes. En gros, je n'ai pas vu le jour. J'imagine même mes retrouvailles avec Loulou, que je n'aurais pas vu depuis dix jours, mardi prochain:

"Bonjour mon chéri, comment tu t'appelles? Moi, c'est maman."

La classe.

Petit moment de solitude, aussi, quand, vers 16h, répondant à l'appel désespéré de mon estomac, j'ai fini par dégainer la banane prise au petit déj, pour la manger vite fait dans la réserve, assise sur des cartons. Gros éclats de rire nerveux entre collègues, ensuite, au souvenir de nos impressions de la journée. Moments de complicité, au delà de la fatigue, qui font du bien. Inquiétudes à l'annonce de l'alerte rouge météo, nous laissant imaginer que l'avion du retour ne décollerait pas et que nous resterions bloqués dans ce Sud balayé par les vents, ravagé par les orages et la pluie.Inquiétudes renforcées à la vue de ces panneaux publicitaires descellés sur le trottoir ou ce vélo échoué en plein milieu de l'autoroute.

Soulagement, surtout, de rentrer à la maison. Et de réaliser que finalement, ma vie n'a pas tellement changé. C'est toujours du grand n'importe quoi, et finalement, ça me va bien ainsi.