Vous connaissez la chanson, maintenant, alors juste un petit retour au doux quotidien... Message sur le répondeur, ce soir. Ma banque personnelle. J'attends l'appel depuis mardi.
"Bonjour Mademoiselle, j'ai une information concernant le financement de votre projet. J'aimerais échanger sur la question avec vous directement, alors rappelez-moi."
Ce que je ferai demain matin, samedi. Mais autant le dire: de ce côté aussi, it's over.
vendredi 4 décembre 2009
Petit aparté, quatrième
Croire en ses rêves, part five
Un rien intimidée, je frappe à la porte blindée-customisée aux impacts de balle. L'accueil est plus mitigé qu'espéré mais enfin, je suis là, je reste, hein.
Dehors, il faisait froid, très froid. La tendance aurait été de rester bien au chaud et de passer des vacances tranquille. Mais je n'étais pas là pour ça.
Tous les matins, je prenais donc le métro, toujours accompagnée d'un membre de la famille de mon amoureux - il y avait plein de cousins, cousines, ils vivaient en communauté - qui me laissaient à hauteur de Harlem, la conscience tranquille, vaquer à mes propres occupations pendant qu'eux reprenaient les leurs.
J'ai découvert qu'ils se sentaient en fait responsables et estimaient qu'il valait mieux m'accompagner, tant que la rame de métro traversait le Bronx. En fait, c'était étonnant d'être à ce point dépendante d'eux, tout là haut, et autonome à Manhattan.
Sous la neige, je suis partie déposer des CV, à droite, à gauche, avec une lettre de motivation. Je visais principalement un magazine de basket et des revues féminines. Je rentrais dans ces immenses lobbys dorés, au plafond très haut et à la déco parfois kitch. Un réceptionniste prenait le courrier en souriant, annonçant qu'il transmettrait. Je n'étais pas sûre de sa sincérité, mais enfin, c'était la seule solution pour proposer sa candidature. En France, on trouverait la démarche culottée, j'imagine. Elle est usuelle outre-Atlantique.
Je me sentais un peu bizarre, à vrai dire, d'en passer par là, mais cela ne me coûtait pas grand-chose. Le soir, je rentrais sagement "à la maison", toute seule, cette fois. Au fil des jours, j'en étais à me dire que le Bronx n'était pas le quartier gangrené que l'on racontait. La seule légère agression que j'avais subie, c'était celle d'un homme dans le métro, un Américain blanc, alcoolique. Rien de bien méchant.
En fait, je cherchais juste à rester discrète, à ne pas faire de vagues, car ma présence dans ce quartier était un rien atypique. Un soir qu'un groupe de jeunes se lançait des boules de neige, j'ai manqué m'en prendre une en plein visage. Juste avant qu'elle arrive à ma hauteur, j'ai pensé : "je ne dis rien, surtout, si je suis touchée." Parano?
Pas sûre. Un jour, nous sommes parties, avec la cousine de mon amoureux, faire quelques courses dans le petit supermarché de la rue. Rien à signaler, a priori. Et puis, en arrivant, on s'aperçoit qu'il manquait un ingrédient. La cousine n'a pas eu le temps de me retenir que j'étais repartie.
"Non, non, attends!"
Trop tard. En rentrant dans le magasin, les mêmes gens indifférents à ma présence, cinq minutes plus tôt, m'ont dévisagée de pied en cap. L'hostilité était palpable. Je n'étais plus accompagnée, donc plus légitime. Je n'avais rien à faire ici.
Je n'ai rien dit en rentrant. Tout le monde en avait conscience. D'ailleurs, le lendemain, la même cousine a accepté avec joie que l'un de ses copains nous ramène de Manhattan au Bronx.
"Tu sais, le métro, ça craint un peu dans le coin", m'a-t-elle expliqué.
Sauf que le métro, parce qu'il est souterrain, ne nous rien laisse entrevoir de la réalité de la rue. C'est en traversant le Bronx que j'ai compris que tout ça n'était pas (forcément) un mythe. Le South Bronx, sorte de ville-fantôme, pullulait de junkies. Les dealers de crack regardaient notre fourgonnette et j'ai compris qu'un voyeurisme exacerbé pourrait avoir de fâcheuses conséquences.
Je me suis tue. C'est moi qui avais voulu y aller. Et puis, au delà de la découverte d'un monde insolite et rugueux, il y avait cette recherche d'emploi, tout aussi nouvelle pour moi, dont j'allais connaître les retombées quelques mois plus tard...
A suivre...
Dehors, il faisait froid, très froid. La tendance aurait été de rester bien au chaud et de passer des vacances tranquille. Mais je n'étais pas là pour ça.
Tous les matins, je prenais donc le métro, toujours accompagnée d'un membre de la famille de mon amoureux - il y avait plein de cousins, cousines, ils vivaient en communauté - qui me laissaient à hauteur de Harlem, la conscience tranquille, vaquer à mes propres occupations pendant qu'eux reprenaient les leurs.
J'ai découvert qu'ils se sentaient en fait responsables et estimaient qu'il valait mieux m'accompagner, tant que la rame de métro traversait le Bronx. En fait, c'était étonnant d'être à ce point dépendante d'eux, tout là haut, et autonome à Manhattan.
Sous la neige, je suis partie déposer des CV, à droite, à gauche, avec une lettre de motivation. Je visais principalement un magazine de basket et des revues féminines. Je rentrais dans ces immenses lobbys dorés, au plafond très haut et à la déco parfois kitch. Un réceptionniste prenait le courrier en souriant, annonçant qu'il transmettrait. Je n'étais pas sûre de sa sincérité, mais enfin, c'était la seule solution pour proposer sa candidature. En France, on trouverait la démarche culottée, j'imagine. Elle est usuelle outre-Atlantique.
Je me sentais un peu bizarre, à vrai dire, d'en passer par là, mais cela ne me coûtait pas grand-chose. Le soir, je rentrais sagement "à la maison", toute seule, cette fois. Au fil des jours, j'en étais à me dire que le Bronx n'était pas le quartier gangrené que l'on racontait. La seule légère agression que j'avais subie, c'était celle d'un homme dans le métro, un Américain blanc, alcoolique. Rien de bien méchant.
En fait, je cherchais juste à rester discrète, à ne pas faire de vagues, car ma présence dans ce quartier était un rien atypique. Un soir qu'un groupe de jeunes se lançait des boules de neige, j'ai manqué m'en prendre une en plein visage. Juste avant qu'elle arrive à ma hauteur, j'ai pensé : "je ne dis rien, surtout, si je suis touchée." Parano?
Pas sûre. Un jour, nous sommes parties, avec la cousine de mon amoureux, faire quelques courses dans le petit supermarché de la rue. Rien à signaler, a priori. Et puis, en arrivant, on s'aperçoit qu'il manquait un ingrédient. La cousine n'a pas eu le temps de me retenir que j'étais repartie.
"Non, non, attends!"
Trop tard. En rentrant dans le magasin, les mêmes gens indifférents à ma présence, cinq minutes plus tôt, m'ont dévisagée de pied en cap. L'hostilité était palpable. Je n'étais plus accompagnée, donc plus légitime. Je n'avais rien à faire ici.
Je n'ai rien dit en rentrant. Tout le monde en avait conscience. D'ailleurs, le lendemain, la même cousine a accepté avec joie que l'un de ses copains nous ramène de Manhattan au Bronx.
"Tu sais, le métro, ça craint un peu dans le coin", m'a-t-elle expliqué.
Sauf que le métro, parce qu'il est souterrain, ne nous rien laisse entrevoir de la réalité de la rue. C'est en traversant le Bronx que j'ai compris que tout ça n'était pas (forcément) un mythe. Le South Bronx, sorte de ville-fantôme, pullulait de junkies. Les dealers de crack regardaient notre fourgonnette et j'ai compris qu'un voyeurisme exacerbé pourrait avoir de fâcheuses conséquences.
Je me suis tue. C'est moi qui avais voulu y aller. Et puis, au delà de la découverte d'un monde insolite et rugueux, il y avait cette recherche d'emploi, tout aussi nouvelle pour moi, dont j'allais connaître les retombées quelques mois plus tard...
A suivre...
jeudi 3 décembre 2009
Croire en ses rêves, part four
"Où ça? Dans le Bronx?"
Mes parents, qui ne goûtaient déjà pas vraiment à mes envies d'ailleurs, sont restés un peu abasourdis devant la nouvelle. Pour Noël, ils avaient accepté de m'offrir ce vol aller-retour pour New York. De là à m'envoyer dans le Bronx...
Personnellement, je n'avais pas trop envie d'envisager un quelconque problème. OK, c'est pas forcément le coin le mieux famé du monde. Mais enfin, les films, tout ça, c'est une chose. Dans le Bronx, c'est aussi certainement civilisé, ça a dû s'arranger depuis le nettoyage de la municipalité.
Comment ça, je disais ça pour me rassurer?
Je suis arrivée le 31 décembre 1998 à New York. Dans l'avion, on avait fêté le nouvel an et les petites bulles me permettaient d'atténuer la tristesse que je ressentais: mon amoureux ne m'attendait pas à l'aéroport, coincé à Miami pour une réunion familiale.
Autant vous dire que le prix d'une chambre à Manhattan le soir du Réveillon, c'est une folie tout sauf douce. Alors, deux nuits en cette période et voilà que j'étais (de nouveau) à sec.
Le troisième jour, mon amoureux rentrait chez lui. J'essaie d'effacer de ma mémoire cette solitude inouïe que j'ai ressentie, dans ces rues peuplées de fêtards. De ne garder en tête que le spectacle de New York vidée de ses voitures, par la grâce de la police montée et d'une folle randonnée collective jusqu'à Times Square.
Je range mes bagages et quitte ce lieu de luxure (une auberge de jeunesse avec toilettes collectives, un vrai bonheur) et hèle le premier taxi, genre la new-yorkaise-à-qui-on-ne-la-fait-pas.
Il s'arrête. Je lui donne l'adresse. Il me regarde avec des yeux ronds et fait non avec la main. Je ferme la porte. Il part à toute vitesse.
Quoi, y'a un problème?
Deuxième taxi. Je lui donne l'adresse. Il me regarde avec des yeux teintés de surprise.
"Are you sure, miss? You know exactly where it is?"
Oui, OK, on ne va pas exactement sur Park Avenue, mais enfin, pas la peine d'en faire des tonnes non plus. Il accepte de me prendre en charge, jetant seulement ses yeux inquiets vers moi, dans son rétroviseur. Nous roulons assez longuement. Mon amoureux habite à hauteur de la 165e rue. Sur Le Routard, j'ai lu un jour qu'il fallait éviter, en tant qu'étranger blanc, de se balader au delà de la 115e.
Bah.
Le taxi s'arrête. Je règle, je crois lire un sourire d'empathie sur son visage. J'ouvre la porte de l'immeuble et là, dans la cage d'escalier devant moi, un junkie, le bras suspendu, qui vient visiblement de prendre sa dose.
Au secours.
"Miss, miss!!" Le taxi. Il s'est trompé de rue, nous ne sommes pas à Sherman Avenue mais à Sheridan, une rue parallèle. Je repars donc avec lui, laissant là le junkie.
Lorsque j'entre dans le bâtiment de mon amoureux, pas de scène macabre. Seulement des impacts de balle sur les portes blindées.
Bah.
A suivre...
Mes parents, qui ne goûtaient déjà pas vraiment à mes envies d'ailleurs, sont restés un peu abasourdis devant la nouvelle. Pour Noël, ils avaient accepté de m'offrir ce vol aller-retour pour New York. De là à m'envoyer dans le Bronx...
Personnellement, je n'avais pas trop envie d'envisager un quelconque problème. OK, c'est pas forcément le coin le mieux famé du monde. Mais enfin, les films, tout ça, c'est une chose. Dans le Bronx, c'est aussi certainement civilisé, ça a dû s'arranger depuis le nettoyage de la municipalité.
Comment ça, je disais ça pour me rassurer?
Je suis arrivée le 31 décembre 1998 à New York. Dans l'avion, on avait fêté le nouvel an et les petites bulles me permettaient d'atténuer la tristesse que je ressentais: mon amoureux ne m'attendait pas à l'aéroport, coincé à Miami pour une réunion familiale.
Autant vous dire que le prix d'une chambre à Manhattan le soir du Réveillon, c'est une folie tout sauf douce. Alors, deux nuits en cette période et voilà que j'étais (de nouveau) à sec.
Le troisième jour, mon amoureux rentrait chez lui. J'essaie d'effacer de ma mémoire cette solitude inouïe que j'ai ressentie, dans ces rues peuplées de fêtards. De ne garder en tête que le spectacle de New York vidée de ses voitures, par la grâce de la police montée et d'une folle randonnée collective jusqu'à Times Square.
Je range mes bagages et quitte ce lieu de luxure (une auberge de jeunesse avec toilettes collectives, un vrai bonheur) et hèle le premier taxi, genre la new-yorkaise-à-qui-on-ne-la-fait-pas.
Il s'arrête. Je lui donne l'adresse. Il me regarde avec des yeux ronds et fait non avec la main. Je ferme la porte. Il part à toute vitesse.
Quoi, y'a un problème?
Deuxième taxi. Je lui donne l'adresse. Il me regarde avec des yeux teintés de surprise.
"Are you sure, miss? You know exactly where it is?"
Oui, OK, on ne va pas exactement sur Park Avenue, mais enfin, pas la peine d'en faire des tonnes non plus. Il accepte de me prendre en charge, jetant seulement ses yeux inquiets vers moi, dans son rétroviseur. Nous roulons assez longuement. Mon amoureux habite à hauteur de la 165e rue. Sur Le Routard, j'ai lu un jour qu'il fallait éviter, en tant qu'étranger blanc, de se balader au delà de la 115e.
Bah.
Le taxi s'arrête. Je règle, je crois lire un sourire d'empathie sur son visage. J'ouvre la porte de l'immeuble et là, dans la cage d'escalier devant moi, un junkie, le bras suspendu, qui vient visiblement de prendre sa dose.
Au secours.
"Miss, miss!!" Le taxi. Il s'est trompé de rue, nous ne sommes pas à Sherman Avenue mais à Sheridan, une rue parallèle. Je repars donc avec lui, laissant là le junkie.
Lorsque j'entre dans le bâtiment de mon amoureux, pas de scène macabre. Seulement des impacts de balle sur les portes blindées.
Bah.
A suivre...
mercredi 2 décembre 2009
Petit aparté, troisième
Vous commencez à en avoir l'habitude, une petite incursion entre deux bribes new-yorkaises pour revenir au présent et sa dure réalité. Deuxième banque ce matin, deuxième homme.
Chemise et cravate roses, profil de vainqueur, l'homme inspire la confiance. Je le sens perplexe au début, et puis, il se déride. Résume assez vite son sentiment, dit qu'il va monter le dossier dès aujourd'hui et me rappelera-pour-des-infos-complémentaires-au-revoir-madame-et-bonne-journée.
Je ressors, sous la pluie, mais avec une légère éclaircie intérieure.
Le coup de fil arrive rapidement. Au vu des premiers éléments, il veut bien monter le dossier, mais, mais, mais... il a besoin d'une caution personnelle.
J'ai toujours entendu, depuis le début de cette aventure, que des organismes étaient là pour assurer ce genre de garanties, que nous n'avions pas à engager de risques personnels, qui plus est pour une SARL. Le FONDES, c'était mort, je pensais qu'OSEO allait pouvoir m'aider, mais visiblement, ce qu'il veut, le banquier, c'est une caution de mes parents.
A qui il a donc envoyé un courrier. Voilà comment, à 35 ans, potentielle chef d'entreprise, je me retrouve à quémander auprès de mes parents une caution.
C'est un cauchemar, et je vais me réveiller.
Chemise et cravate roses, profil de vainqueur, l'homme inspire la confiance. Je le sens perplexe au début, et puis, il se déride. Résume assez vite son sentiment, dit qu'il va monter le dossier dès aujourd'hui et me rappelera-pour-des-infos-complémentaires-au-revoir-madame-et-bonne-journée.
Je ressors, sous la pluie, mais avec une légère éclaircie intérieure.
Le coup de fil arrive rapidement. Au vu des premiers éléments, il veut bien monter le dossier, mais, mais, mais... il a besoin d'une caution personnelle.
J'ai toujours entendu, depuis le début de cette aventure, que des organismes étaient là pour assurer ce genre de garanties, que nous n'avions pas à engager de risques personnels, qui plus est pour une SARL. Le FONDES, c'était mort, je pensais qu'OSEO allait pouvoir m'aider, mais visiblement, ce qu'il veut, le banquier, c'est une caution de mes parents.
A qui il a donc envoyé un courrier. Voilà comment, à 35 ans, potentielle chef d'entreprise, je me retrouve à quémander auprès de mes parents une caution.
C'est un cauchemar, et je vais me réveiller.
Croire en ses rêves, part three
Love at first sight. Quitte à être cliché, autant y aller à fond.
Je me suis retournée. Le boulet en question était sur son vélo et il affichait un sacré sourire. Beau comme un dieu. Limite si je ne me suis pas retournée pour voir derrière mon épaule à qui il s'adressait vraiment.
Bon, au début, j'ai résisté, je l'ai envoyé gentiment paître - j'avais déjà le dossier Victor à régler.
Mais comment résiste-t-on au coup de foudre, hein?
Il était donc là sur son vélo et il m'a emmenée déjeuner. Oui, comme ça. Le fait que je me nourrisse exclusivement de salades de fruits depuis deux ou trois jours ne m'a pas incité à minauder plus longtemps, bien sûr, mais enfin, au delà de cela, j'étais sous le charme.
Je suis une faible fille.
Souvent, lorsqu'un homme me plaît, je bégaie, je ne sais pas quoi dire, je perds mes moyens, je me trouve nulle et je fais tout à l'envers. J'ai une faculté assez effarante à me rendre transparente, je dois l'avouer.
Mais là, rien de tout ça. Tout était naturel. Le fait que l'on partage un repas, que je l'attende, le vélo à la main, parce qu'il avait un pli à déposer dans l'une des deux Tours, que l'on se parle comme si nous nous connaissions depuis toujours.
Chabadabada, chabadabada, ba ba ba, chabadabada...
Je sais, c'est mielleux, tout sucré, mais voilà, c'était magique.
Bon, cela a failli virer au mauvais film de série B, dès le lendemain, lorsque Victor nous attendait au pied de mon auberge de jeunesse, cherchant à se battre avec mon nouvel amoureux.
Eh, les gars, c'est fini, là, on a rangé les épées depuis un bail.
Je dis ça et au delà de l'affolement initial, j'étais bien évidemment flattée de tout ce cirque. Mais vous allez-me dire, quel rapport avec la choucroute? Avec ce blog? Avec ce rêve de journaliste frenchie aux States?
J'y viens, j'y viens.
J'étais partie avec des rêves de grandeur cet été-là, j'en repartais avec des étoiles plein les yeux et l'envie irrépressible de revenir au plus vite à New York. J'avais un rêve et maintenant un amoureux là-bas. Tout était calé: à Noël, j'allais repartir à l'assaut de la Big Apple. J'avais même maintenant où dormir:
Dans le Bronx.
A suivre...
Je me suis retournée. Le boulet en question était sur son vélo et il affichait un sacré sourire. Beau comme un dieu. Limite si je ne me suis pas retournée pour voir derrière mon épaule à qui il s'adressait vraiment.
Bon, au début, j'ai résisté, je l'ai envoyé gentiment paître - j'avais déjà le dossier Victor à régler.
Mais comment résiste-t-on au coup de foudre, hein?
Il était donc là sur son vélo et il m'a emmenée déjeuner. Oui, comme ça. Le fait que je me nourrisse exclusivement de salades de fruits depuis deux ou trois jours ne m'a pas incité à minauder plus longtemps, bien sûr, mais enfin, au delà de cela, j'étais sous le charme.
Je suis une faible fille.
Souvent, lorsqu'un homme me plaît, je bégaie, je ne sais pas quoi dire, je perds mes moyens, je me trouve nulle et je fais tout à l'envers. J'ai une faculté assez effarante à me rendre transparente, je dois l'avouer.
Mais là, rien de tout ça. Tout était naturel. Le fait que l'on partage un repas, que je l'attende, le vélo à la main, parce qu'il avait un pli à déposer dans l'une des deux Tours, que l'on se parle comme si nous nous connaissions depuis toujours.
Chabadabada, chabadabada, ba ba ba, chabadabada...
Je sais, c'est mielleux, tout sucré, mais voilà, c'était magique.
Bon, cela a failli virer au mauvais film de série B, dès le lendemain, lorsque Victor nous attendait au pied de mon auberge de jeunesse, cherchant à se battre avec mon nouvel amoureux.
Eh, les gars, c'est fini, là, on a rangé les épées depuis un bail.
Je dis ça et au delà de l'affolement initial, j'étais bien évidemment flattée de tout ce cirque. Mais vous allez-me dire, quel rapport avec la choucroute? Avec ce blog? Avec ce rêve de journaliste frenchie aux States?
J'y viens, j'y viens.
J'étais partie avec des rêves de grandeur cet été-là, j'en repartais avec des étoiles plein les yeux et l'envie irrépressible de revenir au plus vite à New York. J'avais un rêve et maintenant un amoureux là-bas. Tout était calé: à Noël, j'allais repartir à l'assaut de la Big Apple. J'avais même maintenant où dormir:
Dans le Bronx.
A suivre...
mardi 1 décembre 2009
Petit aparté, deuxième
Je sais, on va finir par s'y perdre, entre tous ces chapitres qui se croisent, mais je me dois d'interrompre de nouveau le cours de ces aventures new-yorkaises, le temps de vous raconter ma rencontre avec une nouvelle race:
Les messieurs-de-la-banque.
Ça n'a pas marché avec les dames? Eh bien, changeons de stratégie, comptons un peu sur le hasard et voilà que j'ai rendez-vous cette semaine avec QUATRE messieurs-de-la-banque.
Je sais, je suis une aventurière.
L'odyssée a donc démarré ce matin. L'homme en costard gris clair rayé a beaucoup de prestance et la poignée de main très ferme. Le sourire un rien carnassier, aussi.
Première surprise: le fait que je ne "sois pas de la partie" ne le dérange pas du tout. "Bien sûr que non!" qu'il me dit.
Bah, je sais pas, les dames-de-la-banque, elles disaient que sans charlotte +12, ça ne passerait jamais...
Non, lui, ce qui le chagrine plus, c'est... l'emplacement. Aïe. Déjà que le vendeur m'a fait un petit dans le dos en remettant son local en vente, alors là, du coup, ça fait un peu alerte rouge dans mon cerveau perturbé.
Ça fait même: Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip, Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip.
Vous voyez le genre.
On cause, tout ça, il s'avère plutôt réceptif mais en fait, je comprends assez vite un truc: il est ami avec mon pote qui fait peurrrrrrr. Pas bon pour moi, ça.
J'imagine déjà sa tête lorsqu'il va éplucher mon étude de marché et lire les commentaires sur l'accueil ô combien chaleureux de son copain. Hum.
Je quitte son bureau sans être aussi mordante que par le passé, il me semble. Un peu résignée, je ne sais pas. Il me donnera sa réponse le 12 décembre. Au moins, c'est net, clair et précis.
A chaque jour sa peine, j'ai donc pris un rendez-vous quotidien avec trois nouvelles banques, cette semaine. Chaque fois se présenter, chaque fois répéter le même topo, chaque fois répondre sans signe d'agacement aux questions-qui-fâchent. La routine. Je pensais avoir aujourd'hui la réponse de ma banque personnelle, mais rien ce soir. Je ne veux rien interpréter.
Et parce que décidément, cette nouvelle journée pleine de sérénité manquait de piment (j'ai aussi fait une boulette, en oubliant d'envoyer un recommandé au vendeur. Un détail), j'ai discuté avec la gérante du restau que j'ai longtemps convoité. Laquelle, au vu de ces éléments, m'a juste lâché:
"Tu vois, t'aurais mieux fait d'insister avec notre affaire et ne pas écouter ton expert-comptable."
De quoi me faire douter un instant, d'autant que j'avais remisé, depuis bien longtemps, l'idée au placard. Avant de me ressaisir et me souvenir des raisons qui m'avaient incité à décliner la location-gérance.
Et puis, à quoi bon vivre avec des regrets ?
Les messieurs-de-la-banque.
Ça n'a pas marché avec les dames? Eh bien, changeons de stratégie, comptons un peu sur le hasard et voilà que j'ai rendez-vous cette semaine avec QUATRE messieurs-de-la-banque.
Je sais, je suis une aventurière.
L'odyssée a donc démarré ce matin. L'homme en costard gris clair rayé a beaucoup de prestance et la poignée de main très ferme. Le sourire un rien carnassier, aussi.
Première surprise: le fait que je ne "sois pas de la partie" ne le dérange pas du tout. "Bien sûr que non!" qu'il me dit.
Bah, je sais pas, les dames-de-la-banque, elles disaient que sans charlotte +12, ça ne passerait jamais...
Non, lui, ce qui le chagrine plus, c'est... l'emplacement. Aïe. Déjà que le vendeur m'a fait un petit dans le dos en remettant son local en vente, alors là, du coup, ça fait un peu alerte rouge dans mon cerveau perturbé.
Ça fait même: Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip, Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip.
Vous voyez le genre.
On cause, tout ça, il s'avère plutôt réceptif mais en fait, je comprends assez vite un truc: il est ami avec mon pote qui fait peurrrrrrr. Pas bon pour moi, ça.
J'imagine déjà sa tête lorsqu'il va éplucher mon étude de marché et lire les commentaires sur l'accueil ô combien chaleureux de son copain. Hum.
Je quitte son bureau sans être aussi mordante que par le passé, il me semble. Un peu résignée, je ne sais pas. Il me donnera sa réponse le 12 décembre. Au moins, c'est net, clair et précis.
A chaque jour sa peine, j'ai donc pris un rendez-vous quotidien avec trois nouvelles banques, cette semaine. Chaque fois se présenter, chaque fois répéter le même topo, chaque fois répondre sans signe d'agacement aux questions-qui-fâchent. La routine. Je pensais avoir aujourd'hui la réponse de ma banque personnelle, mais rien ce soir. Je ne veux rien interpréter.
Et parce que décidément, cette nouvelle journée pleine de sérénité manquait de piment (j'ai aussi fait une boulette, en oubliant d'envoyer un recommandé au vendeur. Un détail), j'ai discuté avec la gérante du restau que j'ai longtemps convoité. Laquelle, au vu de ces éléments, m'a juste lâché:
"Tu vois, t'aurais mieux fait d'insister avec notre affaire et ne pas écouter ton expert-comptable."
De quoi me faire douter un instant, d'autant que j'avais remisé, depuis bien longtemps, l'idée au placard. Avant de me ressaisir et me souvenir des raisons qui m'avaient incité à décliner la location-gérance.
Et puis, à quoi bon vivre avec des regrets ?
Croire en ses rêves, part two
Cela fait partie des anecdotes dont ma maman se souvient parfaitement. Elle était au travail (avantage du jet lag...) lorsqu'elle reçut un coup de fil de sa cadette.
"Maman, j'ai plus de sous, je me suis fait voler ma carte."
Miss Catastrophe était de retour. Ce n'était ni la première, ni la dernière péripétie à mon actif et, considérant que ma chambre avait déjà été réglée et que l'été est parfaitement propice à une alimentation très frugale, ces dix jours qui restaient n'allaient pas me pousser à faire la manche sur les trottoirs impitoyables de Manhattan. J'avais même calculé qu'en mangeant une salade de fruits le midi et le soir, j'aurais de quoi retourner à l'aéroport sans encombres.
Ouf.
Je suis allée piteusement chercher l'argent que ma mère avait eu la gentillesse de déposer à La Poste, en France, pour revenir dans un bureau Western Union, moyennant une commission absolument dantesque. Pas le choix, je n'avais pas un sou, ne serait-ce pour prendre un quelconque métro.
J'ai également fait la connaissance d'un policier au nom français (Henri, je crois), d'origine haïtienne, en fait, qui a pris ma plainte au commissariat du coin. On a disserté ensemble, la scène avait quelque chose de cocasse.
Moi qui voulais prendre un maximum de repères sur les us et coutumes américains, j'étais servie.
Légèrement déprimée, j'avais perdu de mon allant. Rencontré un Victor pour le moins collant, Américain naturalisé qui, profitant de ma vulnérabilité passagère, me parlait déjà mariage (!). Quant à mes idées d'aller m'installer à New York, elles continuaient, contre toute attente, à m'animer. Ni un banal vol, ni les températures harassantes, ni un gars empressé et oppressant n'allaient avoir de prise sur ma motivation.
Parce que, étrangement, j'avais l'impression d'être simplement moi-même, là-bas. Sans artifice. Il y a un phénomène très étrange à New York: point névralgique de multiples tendances, temple des fashionistas, la mégalopole offre dans le même temps une liberté d'être, d'exister, sans jugement.
Et je ne vous dis pas parce que je me baladais en tongs.
Enfin, un peu quand même.
Bref, je déambulais donc en tongs, longue jupe baba et zéro allure glamour, à proximité des Twin Towers (nous étions en 1998...) lorsque j'entends une voix.
"Hey, Miss, come on, wait!"
Encore un boulet, j'imagine.
A suivre...
"Maman, j'ai plus de sous, je me suis fait voler ma carte."
Miss Catastrophe était de retour. Ce n'était ni la première, ni la dernière péripétie à mon actif et, considérant que ma chambre avait déjà été réglée et que l'été est parfaitement propice à une alimentation très frugale, ces dix jours qui restaient n'allaient pas me pousser à faire la manche sur les trottoirs impitoyables de Manhattan. J'avais même calculé qu'en mangeant une salade de fruits le midi et le soir, j'aurais de quoi retourner à l'aéroport sans encombres.
Ouf.
Je suis allée piteusement chercher l'argent que ma mère avait eu la gentillesse de déposer à La Poste, en France, pour revenir dans un bureau Western Union, moyennant une commission absolument dantesque. Pas le choix, je n'avais pas un sou, ne serait-ce pour prendre un quelconque métro.
J'ai également fait la connaissance d'un policier au nom français (Henri, je crois), d'origine haïtienne, en fait, qui a pris ma plainte au commissariat du coin. On a disserté ensemble, la scène avait quelque chose de cocasse.
Moi qui voulais prendre un maximum de repères sur les us et coutumes américains, j'étais servie.
Légèrement déprimée, j'avais perdu de mon allant. Rencontré un Victor pour le moins collant, Américain naturalisé qui, profitant de ma vulnérabilité passagère, me parlait déjà mariage (!). Quant à mes idées d'aller m'installer à New York, elles continuaient, contre toute attente, à m'animer. Ni un banal vol, ni les températures harassantes, ni un gars empressé et oppressant n'allaient avoir de prise sur ma motivation.
Parce que, étrangement, j'avais l'impression d'être simplement moi-même, là-bas. Sans artifice. Il y a un phénomène très étrange à New York: point névralgique de multiples tendances, temple des fashionistas, la mégalopole offre dans le même temps une liberté d'être, d'exister, sans jugement.
Et je ne vous dis pas parce que je me baladais en tongs.
Enfin, un peu quand même.
Bref, je déambulais donc en tongs, longue jupe baba et zéro allure glamour, à proximité des Twin Towers (nous étions en 1998...) lorsque j'entends une voix.
"Hey, Miss, come on, wait!"
Encore un boulet, j'imagine.
A suivre...
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