mardi 10 mai 2011

Un melon, des polis

Il est en grande forme, Loulou, en ce moment. J'ai l'impression que les vacances l'ont bien retapé. Il cumule les bons mots, rigole à toutes mes vannes pourries (comment ça, il fait son fayot? Ah, mince, je n'y avais pas pensé), vide mon frigo en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire (je me demande s'il n'a pas le ténia), reprend de la tarte à la ricotta en se léchant les babines (le ténia, je vous dis), se regarde dans la glace et se fait rire tout seul avec ses grimaces à trois francs (déjà mégalo, damned). Bon, petit détail, il ne veut plus aller à l'école "parce qu'on y apprend des choses qu'on sait déjà."

Euh, elle est où la valve pour dégonfler le melon, là?

Donc, le matin, c'est la croix et la bannière pour le lever, alors qu'il réveillait toute la maison (c'est à dire... juste moi. Même pas un poisson rouge, tiens) dès 6 heures du mat' pendant la trêve pascale. Mais alors, une fois en route, on ne l'arrête plus. Pour vous situer, quand je le laisse devant l'école à 8h53, j'ai déjà la tête farcie. Mais enfin, globalement, rien à avoir avec une logorrhée, c'est même parfois passionnant, ce qu'il raconte. Ou juste drôle. Y'a du déchet,  j'en conviens. Parfois, c'est même lourd (ça doit venir de son père, ça, forcément;)). Mais enfin, je dois être bon public, il me fait marrer (ah, on me signale qu'en temps que mère, je n'ai aucune objectivité. C'est pas faux). Exemple? Tiens, ce matin.

"Maman, tu sais quelle est la ville où on est le plus poli dans le monde?
- Nan, mon loulou, dis-moi." (Imaginez une mère pétrie d'admiration pour son fils, la voix claire, le regard lumineux, les oreilles affûtées... Nan, je déconne, il est 8h53, je vous rappelle, c'est pas encore tout à fait défriché là-haut à cette heure).

"Bah, Tripoli! On est y trois fois plus poli qu'ailleurs.

... (un ange passe)

"Oui, enfin, tu sais, en ce moment, les civilités là-bas, c'est un peu moyen. Ils se battent, les gens, en Lybie.

- Ouais, je sais, n'empêche qu'ils sont plus polis qu'ailleurs à Tripoli. Trois fois plus."
C'est marrant, pourquoi je suis pas tentée d'aller apprécier tant de savoir-vivre?

lundi 9 mai 2011

De l'usage de la candeur

Complètement engluée dans une retranscription terriblement incompréhensible, j'écoute des gens parler, je crois reconnaître parfois quelques mots, mais globalement, c'est comme s'ils parlaient en serbo-croate. Et j'ai pas pensé à prendre serbo-croate à l'école.

En même temps, ça n'aurait servi à rien, il semble que ces gens parlent français. Mais un français bizarre, avec des revendications dedans, des bouts de phrase qui traînent, des points de suspension qui en disent long, tout ça, le coup agrémenté de sonneries de portables, de feuilles froissées, de commentaires en off, de petits rires en coin.

Un vrai défi.

Je souffre, les amis, je souffre. J'ai bien cru que j'en réchapperai après une petite sieste mais rien à faire, ça m'a juste découragée encore plus.

Alors, soupirant encore et encore, j'ai avoué ma difficulté à Loulou, ce soir, seule oreille disponible.

"J'ai l'impression que j'y arriverai jamais"; ai-je osé, comme s'il y pouvait quelque chose, le pauvre.

Il s'est tourné vers moi et d'un ton évident, m'a asséné un truc mortel:

"Maman, faut croire en toi."

Ah oui, même lui le sait. J'aimerais bien avoir 7 ans et retourner dans la cour d'école, tiens. Et pas uniquement pour apprendre le serbo-croate.

mercredi 4 mai 2011

De l'impact du concentré de Bisounours

Je suis fauchée.

Je n'ai pas décroché un boulot en or, seulement une mission de sept heures à rendre pour hier, avec des syndicalistes et des archéologues dedans (enfin, je crois), dont je ne comprends pas un traître mot.

Je n'ai toujours pas trouvé comment on éteignait les piles sur mon Loulou, en cas d'urgence (id lorsque je suis à deux doigts de craquer).

Je n'ai pas non plus dégoté la formule magique pour stopper net mon irrépressible (et fatale...) attraction pour le chocolat, si ce n'est d'aller me taillader les mollets avec des orties, à l'insu de mon plein gré en allant courir dans les bois pour atténuer les dégâts (entre autres).

J'ai essuyé un revers et demi amoureux ces trois derniers mois (nan, nan, pas deux, un et demi, on a sa fierté).

J'ai les marques de mon bikini, sur un bronzage agricole global, c'est très classe.

Ma frange repousse trop vite, et ma coiffure j'en-ai-marre-de-vivre reprend le dessus.

Je ne demanderai pas à Kate de me prêter sa traîne pour cet été.

Superman s'est déchu lui-même de sa nationalité américaine et même Oussama ne nous fera plus rire avec ses "espices de counasses". Paraîtrait qu'il est parti endosser l'habit de lumière d'Elvis.

On continue de bouffer du pesticide, on ne pourra bientôt plus utiliser sa voiture - fut-elle quasi-neuve comme ma nouvelle titine-qu'elle-est-trop-belle-les-amis - sans risquer de sacrifier un demi-salaire mensuel, les écolos s'aventurent sur le terrain miné de la zizanie, emprunté déjà fort maladroitement par la gauche, on risque de bouffer du Nicolas & Carlita junior à toutes les sauces si la rumeur se confirme, la menace Fukushima, à défaut de remplir les colonnes des journaux - qui ne savent plus donner de la tête entre Yemen, Lybie, Oussama, Obama, notre vieux fou ex-catho nantais et la révélation des quotas dans le foot français (nooooon???? Il y aurait des gens racistes dans le sport? Quelle révélation, dis donc. Je crois que je vous en reparlerai un de ces quatre) - la menace Fukushima, donc, continue de planer sur nos têtes tandis que Nico explique sans broncher les vertus du nucléaire, la crise n'en finit plus de rendre nos quotidiens chaque jour plus moroses, Xavier Bertrand ne dupera personne, même s'il croit avoir trouvé la combine pour faire baisser les chiffres du chômage...

J'ai cassé ma salière (involontairement, hein) mais je n'ai trouvé ni le courage, ni, surtout, l'envie d'aller demander du sel à mon voisin physiquement intelligent.

J'ai rêvé que j'écrasais trois sortes d'araignées, qui se trouvaient à mes pieds et dont on m'affirmait qu'elles étaient des cancers. Sauf que l'une d'entre elle s'accrochait à ma peau, la saleté, me laissant désarçonnée... et réveillée en sueur.

La semaine dernière encore, je me lamentais sur mon sort et cherchais à combler ce vide presque palpable, en cherchant à comprendre pourquoi, décidément, j'avais besoin d'être au pied du mur pour réagir...

Et pourtant.

Et pourtant, je me sens heureuse comme rarement je l'ai été dans ma vie. Paradoxe de cette frugalité, dont je vous avais déjà parlé, où, face au désarroi, on finit par trouver l'essentiel, toucher à ces petits riens qui transforment le quotidien en une aventure sans cesse renouvelée. On se creuse l'imagination, on cherche comment se sortir de l'impasse et ce sont finalement des micro-événements, un certain fatalisme - mais pas une résignation, symbole de la mort de nos chimères - qui nous mènent vers des chemins inattendus et fastes.

En venant à Nantes voilà maintenant six mois, j'ai pris, sinon la meilleure décision de ma vie, au moins celle de la libération, d'un nouveau souffle. J'en étais intimement convaincue mais je n'étais pas dupe. L'herbe est toujours plus verte ailleurs et le risque de désillusion existait. J'ai pris tranquillement mes repères, retrouvé cet océan si proche qui m'avait tant manqué; des amis avec qui je n'ai plus à programmer des retrouvailles pour 2016 mais que je peux simplement appeler la veille pour le lendemain, ou presque; ces rues si familières que je traverse comme on savoure une madeleine en fermant les yeux ; cet environnement qui ravive de jolis souvenirs d'enfance... mais qui n'aggrave pas ma mélancolie et me pousse au contraire vers des possibles soudain à portée de main.

Non, je n'ai pas pris de drogue ce matin. Aucune substance illicite, ni même un shoot de tagada. Je ne me suis pas endormie dans un bain de formol concentré à 3% de bisounours (vous avez aussi celui à base de oui-oui, mais le côté un peu Rain-Man du personnage m'agace un peu, du reste). Non, tout n'est pas résolu, loin de là. Oui, il se passe des choses. Je ne veux pas me projeter. Je continue de vivre au jour le jour.

Mais se sentir vivant à ce point, my god, ça me ferait presque oublier la décadence de mon existence et surtout celle, bien plus grave, de notre jolie planète...

lundi 2 mai 2011

So long, Clochette

Voilà un an, je revenais toute ragaillardie d'une semaine rennaise assez exceptionnelle, de mon point de vue, après m'être vu confier les clés de la maison le temps que la cafelière aille se ressourcer quelques jours. Oh, se ressourcer n'était pas un terme exagéré tant la fatigue, mais aussi l'envie d'aller humer un autre air, lui enjoignaient de laisser la main le temps d'une pause.

Aujourd'hui, la cafelière doit laisser la main. Mais cette fois, elle ne reviendra pas. Le Café Clochette est à vendre et, si ce lieu, par bonheur, est repris, mon amie, elle, quitte cette aventure qu'elle a menée avec une détermination incroyable depuis le début. Elle était, je crois, l'un des modèles de pas mal d'entrepreneurs (euses, devrais-je peut-être écrire), rêvant eux aussi d'ouvrir un endroit un peu alternatif, où la chaleur humaine et les bons p'tits plats, la simplicité et l'envie de partager dépassent le simple cadre d'un restaurant. Des utopistes, comme moi, j'imagine.

N'empêche, la cafelière y est parvenue, elle a donné du corps à son projet. Elle a transformé sa maison en un commerce dont le seul bémol, finalement, fut... de ne pas en être vraiment un. Le concept autour des enfants est très intéressant, mais les enfants ne consomment pas forcément. Les mamans viennent avec leurs petits pots, ou partagent leur plat du jour avec leur tête blonde. Les gens y sont bien, ils restent. On n'est pas là pour faire de la rotation. En gros, l'affaire n'est pas rentable. Comme on ne vit pas dans le monde des Bisounours, il faut parfois se rendre à l'évidence et jeter l'éponge.

Lors de mes passages dans la cuisine de la cafelière, je me souviens de ces heures intenses où le cerveau est pleinement sur mode automatique, concentré sur chaque tâche à accomplir. Je me souviens du coup de feu, quand la sauce à l'orange se met à faire des siennes, profitant de quelques secondes passées à sortir les lasagnes du four, de cette montée d'adrénaline incroyable, de ce sourire qui revient à la vue des clients, et puis du silence qui suit, à la fin du service, quand, telle une petite fourmi, vous nettoyez, ramassez, videz, et jetez un dernier oeil à l'espace immaculé qui était encore un champ de bataille deux heures plus tôt.

Je me souviens de cette sensation d'avoir les pieds qui poussent, d'être restée si longtemps debout à m'agiter. Je me souviens de ce lent chemin vers le sommeil, trop excitée par la journée passée. Je me souviens avoir pensé que cette vie était un sacerdoce. En me demandant si j'aurais eu la force de tenir à ce rythme, finalement.

A cette heure, j'imagine que la cafelière, elle aussi, revoit ces images qu'elle a vécues au quotidien plus de deux ans, ces images qu'elle avait déjà imaginées tout au long de la construction de ce projet unique. Le Café Clochette restera pour moi un lieu où il était permis de rêver, d'imaginer pouvoir vivre autrement, d'envisager des relations clients/commerçant différentes et humanistes. De façon bien plus prosaïque, le bilan économique a décidé qu'il était temps de tourner la page. J'en suis triste. "Oui, l'émotion est là quand on sent filer un rêve", m'écrivait-elle sur ce blog, voilà un an.

Pascale, je te souhaite tout le bonheur que tu mérites, dans ta nouvelle vie, ta nouvelle voie. Cela n'y changera rien, mais tu peux être fière de ce que tu as construit.

dimanche 1 mai 2011

Droit de réponse...

Allez savoir pourquoi, le blog fait des caprices, je n'arrive plus à enregistrer de réponse aux commentaires. Et comme j'ai envie d'y répondre, un p'tit post fera l'affaire. D'autant que la réaction mi-amusée, mi-consternée qui a suivi mon dernier papier, sur mon côté garçon manqué, n'a pas manqué de m'interroger. Celle de mes copines et de ma soeur, d'abord, qui avaient l'impression que j'avais un peu pété un câble en écrivant un truc pareil, parce qu'il paraît que j'ai l'air d'une fille, en vrai. Bien. C'est rassurant, finalement. Je crois que je vais continuer à mettre des boucles d'oreille pour tromper les apparences...

Il n'empêche que je traînais ce sentiment depuis fort longtemps et le fait de le formuler m'a soulagée, je dois vous l'avouer. Comme si je mettais le doigt sur un aspect qui me bloquait, déclenchant le starter pour passer à autre chose.

L'autre réaction, celle d'Anne, dans les commentaires, m'a un peu brusquée, je dois dire, d'où mon envie d'y répondre. Surtout le "Il serait temps que tu te voies femme. La bonne copine, passé 25 ans, ça finit vieille fille."

Ouh. C'est dur. Vrai, mais dur.

Bien sûr que j'ai le droit d'être une femme, et non une "das", comme j'appelle ces êtres qui passent parfois, dont on ne saurait trop affirmer le genre tant ils ne ressemblent à rien (je sais, c'est cruel. Mais je suis cruelle, et pas seulement bonne copine sympa, ah ah ah).

Je me suis néanmoins reconnue dans les propos d'Anne sur cette "peur de la capture, (peur de) perdre quelque chose en ayant une relation sérieuse". J'ai tellement couru après cette liberté - dont je continue de payer le prix aujourd'hui - qu'envisager la vie en duo serait comme me tirer une balle dans le pied, je crois. Alors, finalement, je comprends mieux aujourd'hui cette forme de recul que j'ai prise, ce presque-refus de rentrer dans la séduction. Question d'orgueil, finalement, car j'évite ainsi toute désillusion, ce risque d'abandon (qui peuvent néanmoins survenir également dans l'amitié, cela étant) et cet enchaînement à l'autre que je considère, je m'en rends compte, comme une entrave à tout mouvement.

Oui, quand on reste dans sa grotte, au moins, on ne risque rien... Et on meurt d'ennui.

Et comme j'ai encore un peu envie de m'amuser, que je vois bien que parfois, c'est pas trop bête, un garçon, que j'ai pas mal de boucles d'oreille et de jolies robes (ben quoi?), je me suis dit qu'il était peut-être temps, maintenant, de se défaire de cette panoplie encombrante de Tomboy (je persiste...) pour en revêtir une nouvelle, plus entreprenante. Une sorte de mue, en gros.

Pas certaine qu'il en sorte un joli papillon, hein, mais enfin, l'intention y est. C'est un début, non?;)

vendredi 29 avril 2011

Tomboy*

Les larmes ont coulé, vous disais-je, réduisant à néant mon apparent stoïcisme. A force d'encaisser des micro-événements en me répétant que je suis forte, je suis forte, je suis forte (les mantras, rien de tel. Et j'expérimente ainsi ma reconversion en gourou), j'ai fini par flancher. Logique, personne n'est infaillible, surtout pas moi, et mon coeur, qui n'a jamais été de pierre, a subi quelques remous ces derniers temps.

Ce qu'il en ressort ne fait hélas que confirmer certains aspects de ma personnalité. Je suis une midinette, cachée dans un corps de garçon manqué (quoique, mon corps n'a rien d'androgyne). Une nana qui sait aussi bien manier la séduction qu'une perceuse, en gros, et quand on sait à quel point je suis une quiche en bricolage, ça vous situe le niveau.

Nul.

Je n'ai jamais cherché ce rapport de séduction, je crois. Les jeux de garçon me plaisaient plus, enfant (d'ailleurs, je vous en avais déjà parlé ici) et je ne faisais aucune distinction entre filles et garçons, dans la cour d'école. Même si, quand même, j'avais un amoureux. Marcel, qu'il s'appelait. Je voulais vous scanner la photo car, grosse classe, le cliché avait été publié dans le journal municipal de Tremblay-les Gonesse - oui, j'étais déjà une star, ah ah - mais le rendu est ridicule. Imaginez juste un blondinet à capuche et, à côté, une petite fille, aux grosses joues, mains sur les hanches, air résolu et visiblement pas commode... Ahem.

Je devais avoir 4 ou 5 ans lorsque j'ai supplié mon père de m'acheter deux camions, quand toutes les filles de mon âge ne juraient que par les poupées. Mon pauvre padre s'en souvient encore, lui qui, tellement énervé par ma comédie, avait plié sa voiture contre un arbre, sur le parking du supermarché, pendant que j'avais triomphalement à la main mes camions (j'étais une peste, je crois bien). Je passais mes week-end au basket, entourée de mes copains et copines du club, et le shopping consistait souvent pour moi à fureter dans les rayons de magasins de sport.

Avec le temps, quelques apprentissages douloureux et d'autres rencontres plus exaltantes, j'ai découvert que j'étais une fille. Mais à vrai dire, c'était comme approcher un monde parallèle, sans vraiment pouvoir y appartenir. Les histoires d'A. toutes plus ubuesques les unes que les autres qui ont suivi m'ont conforté dans l'idée que je ne me sentais pas vraiment femme avec un grand F, seulement une fille en transit dans un monde parfois romantique, souvent catastrophique.

Après mon coup de foudre new-yorkais et la période de désenchantement qui a suivi, j'ai ressenti plus fort que jamais ce sentiment d'être asexuée. D'ailleurs, le sort s'en est mêlé. Je me suis fracturé le poignet, l'été qui a suivi, restant deux mois avec un énorme plâtre du bout des doigts à l'épaule. Outre une autonomie limitée me contraignant à retourner vivre provisoirement chez mes parents (hum, à 25 ans, oui), j'ai vécu ce sentiment d'être juste la fille de pôpa-môman, une personne dont le monde sentimental ressemblerait un peu au désert de Gobi (en moins beau, sans doute).

Oh, pourtant, des hommes, il y en a eu, des gentils, des pervers, des intelligents, des tordus, des physiquement intelligents, des lourdingues, des mystères, des regrets... Mais au final, j'avais toujours l'impression que ce pouvoir de séduction qu'ils étaient capables de produire sur moi, j'étais moi-même incapable de le reproduire ensuite. J'étais du genre à regarder derrière moi lorsqu'un garçon me fixait, vous voyez le genre. Toujours cette impression d'imposture.

Je m'en suis accommodée, je crois. Les garçons, finalement, ça peut être utile, sympa et divertissant. Moins pleureuses et chieuses que les filles, moins prise de tête, plus cash ; oui, je suis devenue la copine des garçons. Dans mon entourage, j'en ai pas mal, avec qui je ne nourris aucune ambiguïté et je crois sincèrement à l'amitié hommes-femmes (même si je conviens aisément que le syndrome "Harry & Sally" peut parfois s'installer), parce que les rapports sont finalement simples, du moment qu'on y mette son authenticité et sa spontanéité.

Bon, je ne me gratte pas les parties ni ne bois de bière, mais enfin, on n'est pas non plus obligé de prôner la caricature, hein.

Revers de la médaille, les garçons me considèrent aussi comme un pote. Et, bien que j'adore ces amitiés masculines, je vous avoue que je trouve la chose un rien vexante, parfois. Comme si, une nouvelle fois, j'étais asexuée. Je l'ai vécu à mes dépens, encore une fois, tout récemment, et je m'interroge: dois-je utiliser des artifices pour rappeler à la gente masculine que je suis bel et bien une fille? Ah, on me signale qu'il s'agit là de la méthode utilisée depuis des siècles par les représentantes du sexe faible. Mais c'est fatigant, non? Je veux dire, on ne peut pas juste être soi et séduire ainsi?

Ah, si, ça existe. Ça s'appelle l'amour. L'amour de soi, d'abord, ça peut aider. Je vais prendre un trangsène et je reviens.

* A moins de vivre dans une caverne ou de vous être transformé en stalagmite en tentant la baignade dans l'Atlantique (en avril, ne te découvre pas... même pas peur, j'ai osé. L'Océan à 15° - je suis généreuse, je crois - rien de tel pour raffermir les tissus) (fin de la parenthèse, savoir synthétiser, exprimer des propos clairs... ) Bref, disais-je, à moins de vivre calfeutré en attendant que Fukushima nous achève, vous avez forcément entendu parler de Tomboy, ce joli film de Céline Sciamma et dont je suis ressortie assez enthousiaste de la salle. Avant que la vie, cette saleté qui s'amuse à nous faire tourner en bourrique avec son ironie à trois balles, se charge de me rappeler quelques heures plus tard à quel point je suis imprégnée de ce syndrome Garçon manqué.

jeudi 28 avril 2011

Quand les verrous sautent

Hasard de l'horaire, j'ai croisé en tout début d'après-midi un cortège de personnes, jeunes pour la plupart, tout de noir vêtues, marchant d'un pas régulier jusqu'à une église. L'Église de Saint-Félix, où les Nantais allaient se recueillir sur les tombes de la famille Dupont de Ligonnès. Il n'était évidemment pas question que je m'y joigne, mais j'ai senti comme une chape de plomb, soudainement, comme si la réalité dépassait les pires cauchemars. De mon côté, j'avais de bien plus légères intentions, faire un truc que je n'osais plus trop faire depuis un moment: un p'tit ciné en plein après-midi, à l'heure où les gens, ces bienheureux, bossent.

A ma décharge, j'avais écumé toutes mes tâches jusque tard la veille au soir et je tenais vraiment à voir ce film, "Tous les soleils", avec Stefano Accorsi, toujours charmant. J'y allais sans a priori et j'ignorais en voyant ces visages marqués sur le trottoir, près de Saint-Félix, que les larmes couleraient aussi sur mes joues quelques heures plus tard.

Évidemment, on est d'accord, la terrible détresse et le chagrin mêlé d'horreur et d'incompréhension de cette famille, de ces amis, de ces connaissances, de ces curieux, aussi, peut-être, n'a absolument rien à voir avec la tristesse que j'ai ressentie, de mon côté, au simple visionnage d'un film. Mais pourquoi devrais-je taire cette émotion qui a surgi, brusquement? Par dignité, par décence? Le fait est que ce film a résonné en moi, très fort, qu'il a bousculé deux trois verrous que j'avais pris la peine de bien poser, pour faire comme si. Comme si je ne me souciais de rien, comme si je me laissais vivre, comme si je cédais à l'attrait de mes rêves en oubliant la dure réalité. Il a bouleversé ces remparts, cette carapace et laissé apparaître cette mélancolie qui jamais, je crois, ne me quitte vraiment.

Le film traite de la solitude d'un homme, veuf depuis quinze ans, qui n'a jamais cherché à "refaire sa vie" (quelle expression horrible). Un homme qui s'est accommodé de cette drôle de compagne, qui n'est, au fond, sans doute ni heureux, ni malheureux, comme anesthésié. Vivre pour lui, il a un peu oublié, il y a sa fille, son frère anarchiste, ses cours à la fac et au chant... Sa vie est remplie, finalement, et il s'en contente aisément.

La solitude est une fidèle compagne, qui ne vous trahit que lorsque vous la mettez un peu de côté, le temps d'une furtive rencontre, d'un moment un peu hors du temps, d'un événement impromptu, toutes ces choses qui rendent la solitude, cette vie à tracer seul, soudain intolérable. Comme après un très long sommeil, on se réveille la bouche un peu pâteuse, l'esprit un peu engourdi avec l'envie de croquer dans la pomme, alors que la vie indépendante et plus ou moins organisée que nous menions nous convenait encore la veille. Comme une prise de conscience, un électrochoc. Laisser les morts et les résidus de souvenirs derrière nous... Construire, ériger de nouvelles voies.

Avancer.

J'aurais dû sortir le coeur léger de la séance. Après tout, le portrait du frère rital, auto-déclaré apatride depuis que Berlusconi a pris le pouvoir en Italie, l'attentat d'une postière sous influence, la flamme d'une chef d'établissement et surtout la lumière qui se dégage du film et de l'ultime scène prêtent au sourire. C'est pourtant là que j'ai fondu en larmes. Parce que j'ai compris qu'à mon échelle, j'avais trop rêvé ma vie ces derniers temps, envisagé trop de scénarios souriants avec l'idée que ma bonne volonté suffirait à soulever des montagnes. Des petits bouts de coeur qui s'émiettent un peu partout, un travail trop réduit et voilà que remontent en force ces foutues angoisses, cette peur du lendemain et l'idée, insupportable, que je n'ai pas toutes les cartes en main pour décider de mon destin. Perte de contrôle, oui, illustrée par cette salve de larmes inattendue.

Il fallait que ça sorte, j'imagine. D'ailleurs, une fois les larmes séchées, mes émotions étaient bien rangées dans leurs tiroirs, ce soir. Elles avaient juste besoin de prendre l'air, un peu, histoire de montrer qu'on ne peut pas les anesthésier de façon permanente à coup de méthode Coué. Ni imaginer qu'à la seule grâce de la volonté, la magie va repeindre le quotidien du sol au plafond, d''un seul coup de baguette.

L'huile de coude et l'envie d'en découdre me semblent plus adaptées, à bien y réfléchir.